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Septembre 2000
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69 - 2000, DAUC 77 - Aménagement du secteur "passage Goix" (19e). - Bilan de la concertation. - Avis favorable au programme d'aménagement et aux procédures nécessaires à sa mise en oeuvre. - Avis favorable à la mise en oeuvre de la procédure préalable à la déclaration d'utilité publique de l'opération. - Acquisition et libération des immeubles, 1 bis et 3, passage Goix et 234, boulevard de la Villette (19e). - Modification du droit de préemption urbain renforcé. - Autorisation à M. le Maire de Paris de consentir le dépôt des demandes de permis de démolir et de construire

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2000


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du projet de délibération DAUC 77 relatif à l'aménagement du secteur "Passage Goix" ; c'est le bilan de la concertation.
Je donne la parole à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, voilà une excellente délibération comme nous aimerions en trouver par dizaines à toutes les séances.
Il s'agit d'un programme de construction de 140 logements, moitié P.L.U.S. P.L.I., et quelques accessions à la propriété sociale, complété par un petit programme d'équipements publics : une halte-garderie de 20 places, une école-relais de 5 places et un espace vert de 370 mètres carrés environ. Le bilan financier s'élèvera à 225 millions de francs à peu près.
Nous l'avons approuvé en Conseil d'arrondissement, nous y avons adjoint un voeu qui a recueilli l'assentiment de M. BULTÉ, ce qu'il nous confirmera, je suppose, demandant que le relogement des habitants du 3, passage Goix (cela concerne uniquement 4 appartements), s'effectue le plus rapidement possible avant l'aboutissement de la procédure d'expropriation qui fera suite à la déclaration d'utilité publique et que ces deux phases soient dissociées car, compte tenu du contexte dégradé du passage Goix, de la présence permanente de dealers, de drogués, de squatters, de l'intrusion dans leur immeuble, ils vivent dans des conditions insupportables auxquelles il faut mettre un terme le plus rapidement possible et nous demandons donc à la Ville, sur son contingent, de bien vouloir régler ce problème. Apparemment, cela ne devrait pas poser de problème.
Cette opération a été lancée en février 1987, puis au Conseil de Paris le 29 février 1988, lors de la grande vague de DPUR de l'époque, qui a permis de procéder au déplacement massif d'une grande partie des habitants et à la démolition d'immeubles sur des périmètres entiers, aboutissant à la destruction des quartiers populaires du nord-est parisien.
Les permis de démolir se sont succédés de 1995 à 1999 et 21 bâtiments ont été démolis sur la rue du Département, le passage Goix, la rue d'Aubervilliers et le boulevard de la Villette. Il reste cinq bâtiments à démolir et deux bâtiments seront réhabilités dans le cadre de l'opération : le 232 et le 234 boulevard de la Villette. Nous nous en réjouissons.
Les démolitions ont, je le signale, entraîné la destruction de quatre hôtels meublés, 30, rue d'Aubervilliers, 6-8, passage Goix, 15, rue du Département, 240, boulevard de la Villette. Une fois de plus, cet habitat, le Ministère du Logement en réclame depuis bientôt vingt ans la préservation sur Paris, et il sera bientôt en voie totale de disparition, alors qu'il répond à des besoins très spécifiques de logement pour un certain nombre de Parisiens.
Dans le programme initial, 33 adresses étaient concernées au niveau de la démolition, soit 73 corps de bâtiments démolis, ce qui représente 145 logements et le déplacement de plus de 500 personnes.
Cette opération d'éradication du parcellaire ne respectait absolument pas le tracé d'origine, élargissait le passage Goix, le rendant méconnaissable. Elle avait pour objectif de construire 260 logements et 410 places de stationnement, aucun équipement public n'était prévu à l'origine.
L'aménagement du secteur est resté en souffrance pendant plus de dix ans. Les opérations ont avancé avec une lenteur invraisemblable, entraînant une dégradation de la qualité de vie des habitants, prolifération des friches, pourrissement systématique et délibérée d'un quartier avec l'apparition de squatters-dealers.
Face à cette stratégie, quelle fut notre démarche ?
Nous avons d'abord systématiquement refusé les permis de démolir proposés sur ce secteur, demandé à ce qu'ils soient retirés de l'ordre du jour du Conseil d'arrondissement. Les élus Verts, avec l'appui de la majorité municipale, se sont opposés à cette entreprise de destruction tant qu'aucun plan d'aménagement satisfaisant n'était présenté. Cette concertation a pu enfin être instaurée grâce à l'association "Les jardins d'Eole" et à son président, M. KELLER. Cette association a permis aux habitants du secteur de prendre conscience des possibilités d'action, de se regrouper et d'imposer leurs vues par une opération assez spectaculaire, à savoir le dépôt des détritus qui encombraient les friches et pourrissaient le quartier devant le siège de la permanence de l'adjoint au Maire de Paris chargé de l'urbanisme, ce qui suscita une prise de conscience salvatrice chez l'intéressé qui peut enfin mener à bien ce projet.
Cette prise de conscience et cette initiative citoyenne ont permis de débloquer la situation et d'obtenir deux séances de concertation qui se sont déroulées à un an d'intervalle et dont le bilan a été remarquablement fructueux.
Lors de la première séance, les habitants ont critiqué le fait que les immeubles à construire étaient trop élevés, notamment sur la rue d'Aubervilliers, où l'on aboutissait à une mini-muraille de Chine là où s'espaçaient auparavant des petites maisons de deux étages, des immeubles faubouriens de trois ou quatre étages. Le projet a donc été repensé remarquablement par les services de la Ville et lorsque la deuxième réunion de concertation a eu lieu, les données étaient modifiées, les immeubles quelque peu abaissés et, surtout, le coeur d'îlot a été dédensifié et comportera des petites maisons de ville de deux ou trois étages.
Cette opération a été également rendue possible parce qu'un architecte coordinateur a été désigné pour assurer globalement l'opération de reconstruction, d'aménagement et de réhabilitation de certains immeubles, Mme Odile SEYLER ; nous tenons à lui rendre hommage et nous souhaitons que la Ville puisse à l'avenir systématiquement nommer de tels architectes coordinateurs compte tenu de l'excellence de ces résultats. Cette nomination était pratiquement une première dans ce type d'opération menée par la Ville de Paris.
Une pointe de nostalgie, le 4 rue d'Aubervilliers, charmant petit immeuble de deux étages, que j'avais défendu, sera détruit pour faire place à une maison de deux étages; On aurait pu faire l'économie de cette destruction.
Enfin, l'implantation de l'école au 26/28, rue d'Aubervilliers n'est pas satisfaisante. Elle a été retenue pour des motifs d'urgence: la Ville étant propriétaire du terrain, l'école pourrait être construite rapidement et ouverte pour la rentrée 2001. Mais il n'est pas judicieux d'ouvrir une école sur une rue à grand trafic et pollution importante due aux véhicules, aux locomotives diesel et aux camions de TAFANEL. Elle aurait, plus légitimement, pu prendre place en coeur d'îlot, près de l'espace vert où les mères et les pères de famille auraient pu attendre leurs enfants.
Nous avons par contre approuvé les derniers permis de démolir accordés parce qu'ils permettront à la halte-garderie, à l'école et à l'espace vert de prendre place et pour l'un d'entre eux, de remplacer un immeuble de six étages par un autre de deux étages, dédensification tout à fait louable.
C'est en effet la première opération importante sur Paris qui produise une dédensification du tissu urbain. Le passage Goix et son secteur étaient extrêmement denses, construits sur un parcellaire agricole classique, en lanières, avec des immeubles allant jusqu'à six étages, séparés les uns des autres par des cours intérieures aux dimensions très modestes.
Pour une fois, le projet proposé mérite véritablement l'appellation d'urbanisme à dimension humaine, mariant des immeubles aux volumétries diverses au lieu de créer des alignements factices comme c'est trop souvent le cas et acceptant même de créer des petites maisons de ville de deux ou trois étages en coeur d'îlot, permettant un aération du tissu faubourien.
Pour toutes ces raisons, je ne suis qu'approuver cette délibération et vous en féliciter.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. BULTÉ.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire, ma réponse va être très rapide.
Je remercie M. BLET de ses propos ; il a largement vanté les qualités de la Ville de Paris en ce qui concerne cet aménagement. Je le rassure concernant le voeu voté au Conseil du 19e arrondissement, où la Ville va mettre tout en oeuvre pour pouvoir acquérir les lots, notamment à l'amiable et procéder rapidement au relogement évoqué par M. BLET. Merci.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 77.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions.
Le projet de délibération est adopté. (2000, DAUC 77).