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Septembre 2000
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41 - 2000, DAC 214 - Subvention à l'association "Les amis de la Commune de Paris" (13e). - Montant : 5.000 F

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2000


M. Manuel DIAZ, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAC 214 concernant l'attribution d'une subvention à l'association "Les amis de la Commune de Paris".
M. HUBIN a la parole.
M. Jean-Philippe HUBIN. - Monsieur le Maire, ce projet a été retiré déjà de l'ordre du jour d'un précédent Conseil. Cette demande de subvention de 5.000 F revient aujourd'hui. Alors je ne sais pas pourquoi elle revient, ni pourquoi elle avait été retirée d'ailleurs, mais je pense que c'est lié à la création d'un site Internet. J'ai consulté le site Internet de l'association "Les amis de la Commune de Paris" ; on a inauguré une place de la Commune de Paris, il y a des commentaires sur la manière dont cette place a été inaugurée, sur les personnes qui l'ont inaugurée, notamment M. le Maire de Paris, M. Jean TIBÉRI lui-même.
Ensuite les documents présentés sur le site fustigent le pouvoir de l'argent, si on est contre l'argent il ne faut pas demander de subvention à ceux qui peuvent vous en donner...
(Protestations sur les bancs de gauche de l'hémiccyle).
... pourquoi s'abaisser à demander à "l'ennemi de classe" ? Il faut voir le style, je reprends textuellement les extraits du site Internet, bien entendu, je n'invente rien.
Alors ils se réclament du parti révolutionnaire de Paris, dressé contre la réaction. "Les amis de la Commune de Paris" mettent leurs partenaires à contribution, la C.F.D.T., la C.G.T., la Fédération anarchiste, le Grand Orient, la Ligue communiste révolutionnaire, Lutte ouvrière, le Syndicat de la magistrature... et je pense que la Ville de Paris n'a pas, ou que l'on peut en tous cas s'interroger, et moi je m'interroge, sur la nécessité d'entretenir un climat de guerre civile...
(Rires sur les bancs de gauche de l'hémicycle).
... de dresser les citoyens les uns contre les autres.
A l'époque, en 1870, personnellement j'ai 16 arrière grands-parents qui sont nés, qui vivaient à l'époque de la Commune de Paris, peut-être à Paris, peut-être y en a-t-il qui étaient Communards, peut-être y en a-t-il qui étaient contre les Communards, de toute façon il n'y a pas d'héritiers aujourd'hui des gens qui ont participé à la guerre civile de 1870. Il y a des Français qui sont en 2001, et qui n'ont pas à tout le temps se diviser les uns les autres au prétexte que certains sont les héritiers de ceux qui massacrèrent les communards, au prétexte que, je cite, "l'Eglise considérée comme l'âme de la contre-révolution"...
Mais enfin, franchement ! On a l'impression de lire un texte de 1870 et pourtant c'est en 2001 que c'est écrit ! Donc ce sont des gens qui sont totalement conservateurs, totalement passéistes, qui vivent le nez dans le rétroviseur, qui n'ont aucune idée de ce qu'il convient de faire dans un pays. Il convient de le rassembler, de l'unifier et pas de tout le temps le diviser et lutter les uns contre les autres.
Il paraît que "Les amis de la Commune" veulent que les manuels d'histoire glorifient la semaine sanglante, je ne vois pas pourquoi il faudrait glorifier une semaine sanglante dans l'histoire française et dans celle de la Ville de Paris, ni exalter les épisodes de guerre civile qui ont malheureusement beaucoup frappé notre pays, pourquoi pas la Saint-Barthélémy ou la révocation de l'Edit de Nantes ? Je veux dire que nous sommes dans un monde de l'irrationnel le plus total et nous encourageons cet irrationnel en votant une subvention de 5.000 F à des gens qui doivent maintenant passer l'éponge sur les événements qui se sont terminés il y a 132 ans.
Je suis contre ce projet de délibération.
M. Manuel DIAZ, adjoint, président. - Monsieur HUBIN, je croyais que les affaires de la Commune de Paris étaient finies, je vois qu'il n'en est rien.
Monsieur MALBERG, vous avez la parole.
M. Henri MALBERG. - M. HUBIN est réjouissant...
M. Jean-Philippe HUBIN. - Oui.
M. Bertrand BRET. - Attristant !
M. Henri MALBERG. - ... Affligeant. Vous savez, je suis élu depuis un moment et cela fait longtemps. Dans les premières années de mon élection, il y avait encore un Préfet. Après il y a eu l'actuel Président de la République, M. CHIRAC. Et puis M. TIBÉRI. Et j'ai fait remarquer sans cesse qu'il y avait vraiment des gens dans cette Assemblée qui n'avaient rien oublié, rien pardonné rien appris de l'histoire ; puisqu'il y avait une rue Thiers et pas de rue de la Commune de Paris. C'est invraisemblable.
Et puis quand même il semble que la sagesse ait prévalu. M. TIBÉRI a inauguré auprès de M. TOUBON, dans le 13e, la place de la Commune de Paris. J'y étais et je voudrais dire une seule chose. La modernité de la Commune de Paris est maintenant reconnue par toute personne qui jette un regard sur cette période. Le peuple de Paris en 1871 a inventé l'école publique, l'égalité des sexes, la solidarité avec les étrangers ! Ces gens ont inventé ce qui a couvert le XXe siècle. Un esprit progressiste incroyable, incroyable !
Ce que j'entends là est d'une bêtise, Monsieur HUBIN ! Vous êtes vraiment un dinosaure...
(Rires sur les bancs de gauche de l'hémicycle).
... et en vous écoutant je vais voter avec encore plus de plaisir. Ceci dit vous devriez quand même, puisque vous ne devez quand même pas être quelqu'un d'inculte, vous devriez jeter un coup d'oeil sur ce que les historiens, même de droite et qui ont les mêmes idées que vous, sont en train d'écrire sur cette période de l'histoire. Cela vous éviterait de dire des bêtises !
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et du Mouvement des citoyens).
M. Jean-Philippe HUBIN. - Monsieur le Maire...
M. Manuel DIAZ, adjoint, président. - Monsieur HUBIN, nous n'allons pas entamer en l'an 2000...
M. Jean-Philippe HUBIN. - ... pour moi, la Commune de Paris...
M. Jacques BRAVO. - Toute vérité est bonne à dire !
M. Claude LAMBERT. - Il a le droit de répondre, il a été attaqué personnellement.
M. Manuel DIAZ, adjoint, président. - Je crois qu'il y a des bons dinosaures ici !
M. Jean-Philippe HUBIN. - M. MALBERG siège ici dans un Hôtel-de-Ville qui a été brûlé par la Commune de Paris ! Le Palais des Tuileries a été brûlé par la Commune de Paris ! L'archevêque de Paris a été tué par la Commune de Paris ! Je ne vois pas en quoi ces faits d'armes méritent de recevoir une subvention !
Moi, j'ai dit simplement qu'à cette époque, en 1870, la France était en guerre civile à cause d'une occupation étrangère, comme souvent cela arrive quand elle subit une occupation étrangère. Il n'y a pas de quoi valoriser les uns par rapport aux autres. Les Parisiens ont peut-être été dans des camps séparés, aujourd'hui ils doivent travailler ensemble, Monsieur MALBERG, et c'est vous qui êtes un dinosaure ! Moi, je suis peut-être un mauvais historien, mais vous aussi, vous êtes un très mauvais historien si vous ne savez pas ce que je viens de vous rappeler, parce que si vous ne savez pas où vous siégez aujourd'hui, c'est quand même grave !
M. Manuel DIAZ, adjoint, président. - Monsieur HUBIN, je vous en prie, on n'est pas à "Jurassic Park" !
Mme MACÉ de LÉPINAY a la parole pour répondre.
Mme Hélène MACÉ de LÉPINAY, adjoint, au nom de la 4e Commission. - Mes chers collègues, je ne ferai pas de commentaires, mais on nous demande une subvention de 5.000 F pour aider l'organisation d'expositions rappelant une période de notre histoire. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, c'est une subvention de 5.000 F, mes chers collègues... Cela vaut-il un débat de cette longueur ?
Merci.
Mme Liliane CAPELLE. - Ce n'est pas sûr !
M. Claude LAMBERT. - Cela nous a réveillés ! Merci.
M. Manuel DIAZ, adjoint, président. - Merci, Madame.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 214.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2000, DAC 214).
Je souhaite que cet incident ne soit pas précurseur d'autres incidents. Cent trente huit ans après, je vous dirai, Monsieur HUBIN, que si la Commune a brûlé l'Hôtel-de-Ville et les Tuileries, les Versaillais ont passé 30.000 communards au fil de l'épée.
(Applaudissements sur les bancs de gauche de l'hémicycle).
Cela fait, je crois, partie de l'histoire et nous n'avons pas, 130 ans après, à remettre cela sur le tapis.
Je vous remercie.