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Juillet 2011
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Conseil Général
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17 - 2011, DDEEES 84 G - Signature d'une convention avec l'association "Emmaüs Coup de Main" à Pantin (93500) pour l'attribution d'une participation permettant la préfiguration d'une ressourcerie-récupération (20e). Montant : 34.000 euros.

Débat/ Conseil général/ Juillet 2011

17 - 2011, DDEEES 84 G - Signature d'une convention avec l'association "Emmaüs Coup de Main" à Pantin (93500) pour l'attribution d'une participation permettant la préfiguration d'une ressourcerie-récupération (20e). Montant : 34.000 euros.

 

Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Nous examinons le projet de délibération DDEEES 84 G relatif à la signature d'une convention avec "Emmaüs Coup de Main".

Mme Fabienne GIBOUDEAUX a la parole.

Mme Fabienne GIBOUDEAUX. - Merci, Madame la Présidente.

Mes chers collègues, ce projet de délibération, qui propose de mettre en place une ressourcerie dans le 20e arrondissement avec l'association "Emmaüs Coup de Main" est un beau projet que l'on ne peut que soutenir dans son principe.

Nous devons aussi saluer l'esprit d'innovation sociale qui préside à la volonté d?adapter ce projet de ressourcerie à la question des marchés de la misère à travers l'étude d'une filière courte qui permettrait à des récupérateurs indépendants de déposer des objets et de tirer bénéfice de leur vente.

Néanmoins, et malgré la qualité du projet, on peut craindre qu'il ne puisse à lui seul résoudre le problème des marchés informels.

Aussi bien pour les vendeurs que pour les clients que l'on y rencontre, ces marchés font partie de la survie au jour le jour et sont le seul accès à la consommation.

C'est pourquoi nous considérons ce projet comme un premier pas sur la voie d?une réponse enfin sociale à la question des marchés de la misère. Nous saluons le fait qu'un comité de pilotage ouvert aux acteurs de terrain soit prévu. C?est de bon augure pour comprendre et prendre en compte les besoins des populations concernées.

Seul un travail de compréhension et d?écoute permettra d'aller à des solutions susceptibles de surmonter l'antagonisme qui se manifeste régulièrement entre ces riverains et ces populations.

Reste que nous n'en sommes qu'à une préfiguration. Si les lieux d?implantation de cette ressourcerie sont déjà pressentis, ce projet prendra naturellement du temps pour se mettre en place alors même que la question des marchés reste entière à l'heure ou la répression policière ne fait que la déplacer.

Nous pensons que parallèlement à des projets de ce type, qui s?inscrivent dans une structuration de long terme des filières de récupération, de recyclage et de réemploi, il conviendrait d?envisager aussi des solutions d'urgence.

Ces solutions permettraient par exemple à ceux qui n'ont actuellement d'autres choix d'activité que celle de la revente d?objets récupérés et, ne les oublions pas, à ceux qui sont par nécessité des clients de ces marchés, de trouver des lieux de vente organisés.

Limités dans le temps, dans l'espace, permettant l'exercice d'un contrôle des objets mis en vente, des espaces de vente pourraient être rapidement ouverts à Paris et dans les communes limitrophes.

La Maire de Montreuil s'est récemment prononcée en faveur de ce type de solution, à l'image du marché solidaire de l'Inquet, porté par la Municipalité de Toulouse.

C'est aussi l'une des propositions qu'a adressé à la Municipalité parisienne le collectif "Soutien aux biffins, pour des solutions alternatives à la répression".

Au nom du groupe "Europe Ecologie - Les Verts et apparentés", nous souhaiterions que ces propositions fassent d'urgence l'objet d'un travail ouvert, sérieux et serein sur leurs conditions rapides de réalisation.

Je vous remercie.

Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - La parole est à Mme Frédérique CALANDRA.

Mme Frédérique CALANDRA . - Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, chers collègues, effectivement, je suis heureuse de ce projet de délibération, qui est le fruit d'un long travail, notamment de conviction.

Il porte deux exigences : une exigence de justice sociale, et l'exigence de respect de l'espace public, et tout simplement de la qualité du vivre ensemble.

Je ne reviendrai pas sur les nombreux débats que nous avons eus depuis plusieurs mois sur le problème des marchés sauvages, qui sont une manifestation massive de la crise économique et de la précarisation d'un grand nombre de personnes.

Je tiens à rappeler d'ailleurs que s'il y a une précarisation d'un grand nombre de nos concitoyens, la majeure partie des gens qui vendent aujourd'hui à la sauvette sur l'espace public parisien viennent d'autres pays ou connaissent de très grandes difficultés de vie, et c?est une question que nous devons aussi nous poser collectivement.

Mais aujourd'hui, nous parlons de ce projet de délibération.

Il accorde une subvention de 34.000 euros à l'association "Emmaüs Coup de Main" et permettra à celle-ci de mener à bien durant l'été toutes les études nécessaires afin d'ouvrir une activité de ressourcerie dès l?automne.

Je voudrais pointer les aspects novateurs de ce projet. Non seulement "Emmaüs Coup de Main" va utiliser son savoir-faire en la matière mais en plus, fera cohabiter deux circuits, et nous tenions particulièrement à cela : un circuit classique long de recyclage ouvrant à terme 30 emplois d'insertion - j'insiste sur le terme d?insertion -, ce ne sont pas des emplois figés mais des gens destinés à rentrer dans un circuit, ensuite à être employés ailleurs et on reprend 30 emplois à nouveau.

Egalement, un circuit court permettant aux collecteurs-revendeurs qui ne peuvent pas encore rentrer dans des dispositifs d'insertion de trouver un débouché économique à leur activité sans pour autant déréguler l'espace public, et j'y insiste.

Je voulais revenir rapidement sur les 30 emplois d'insertion. Même si nous savons que la durée de présence des publics dans ces dispositifs peut être relativement longue, ces emplois permettront d'offrir une réelle perspective d'avenir à ces hommes et femmes.

Je rappelle que contrairement aux véritables biffins, qui jouissent en général de revenus faibles mais de petits revenus de minimums sociaux, les personnes auxquelles nous avons à faire dans le 20e arrondissement n?ont aucune autre source de revenus que ce qu?elles vendent sur le trottoir, et cela ne constitue en aucun cas un revenu mensuel décent leur permettant de vivre correctement, c'est-à-dire de se loger, de se nourrir, d'élever leurs enfants, etc.

C'est pourquoi nous refusons l'institutionnalisation de la misère.

La Ville de Paris a fait preuve de sa capacité à chercher des solutions innovantes. Je rappelle encore une fois qu'il y a un très grand absent dans ce dossier : c'est celui dont c?est la réelle compétence, à savoir l'Etat. Le Préfet CANEPA n?est pas apparu une seule fois depuis le début de ce dossier ; il n'y a aucune raison que les arrondissements de l'Est parisien ou les arrondissements périphériques payent à eux seuls l'addition de la précarisation et de la misère d'un certain nombre de gens.

Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Madame la Présidente, chers collègues, ce projet de délibération tant attendu est pour le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche très important.

Il nous permet enfin de sortir de l'impasse de la répression sur les marchés des biffins, ou marchés de la misère.

Nous avons défendu ce projet de ressourcerie-récupération. Cet unique projet, par contre, ne permettra pas de rétablir la tranquillité dans l'espace public pour les riverains, les revendeurs et les acheteurs, mais c'est un premier pas, un premier acte politique concret.

L?association "Emmaüs Coup de Main" sera donc chargée d'instaurer un accompagnement social pour contribuer à l'insertion des personnes qui seront accueillies. Plusieurs dizaines de personnes en grande précarité pourront tour à tour bénéficier d'un retour vers l'insertion professionnelle. Par ailleurs, le recyclage des objets, qui leur donne une seconde vie, permettra de lier préoccupations écologiques et sociales.

La création du comité de pilotage annoncé ouvre enfin un cadre de co-élaboration avec nombre d'acteurs. Et sachez que nous veillerons à ce que les biffins soient bien associés, tout comme les riverains, ainsi que le collectif qui s'est constitué.

Il a rédigé une note sérieuse présentant les alternatives possible à la répression et d'ailleurs, il me semble que les maires et élus qui ont participé à la première réunion de travail que nous avons eue entre composantes de la majorité l'ont reconnu.

Mais la plus grande avancée dans ce projet de délibération est la reconnaissance de la nécessité d'étudier les possibilités d'intégrer au projet une filière courte de revente des objets collectés. Et cette piste est essentielle, mes chers collègues.

Car on ne pourra favoriser la restauration d'un contexte de sécurité et de salubrité publique sur l'espace public, comme le prétend le projet de délibération, en ne touchant que des dizaines de personnes simultanément.

Et nous savons tous ici, même si nous attendons la cartographie qui sera financée par le Conseil régional, qu'il y a en ce moment environ 400 à 450 bâches rien qu'à Belleville, et combien d?autres aux portes de Montreuil et de Bagnolet ! Et si l?on retire 10 à 30 personnes, la situation locale dans sa masse n'aura pas profondément changé.

Le c?ur du problème auquel nous sommes confrontés est bien celui de la massification de la précarité.

Celle des revendeurs qui, dans une logique de survie, tentent de subvenir à leurs besoins ou de compléter leurs maigres revenus en revendant des objets collectés dans les poubelles, et celle d'autres citoyens dont les revenus trop faibles, les excluent des marchés classiques de consommation.

Le statu quo, bien évidemment, n'est pas tenable, ni pour les riverains ni pour les biffins. Et le problème de propreté est réel : un marché non réglementé, où des vendeurs sont contraints de jouer au chat et à la souris avec les forces de police, condamnés à abandonner leurs marchandises dans la course, cela salit forcément. Les marchés alimentaires salissent encore plus, mais ils ont des horaires réguliers et bénéficient d'opérations de nettoyage dès qu'ils sont finis.

Le problème d'insécurité lui aussi est réel. Laissez la misère et les logiques de survie se concentrer dans un même endroit, sans aucune régulation et dignité, et forcément vous ne pourrez obtenir que de fortes tensions. Et la répression n'y changera rien. Comment empêcher, par ailleurs, receleurs et autres trafiquants qui s'y infiltrent, quand il y a tant de monde dans un si petit espace ?

Donc, mes chers collègues, l'urgence est bien de créer plusieurs lieux de petits marchés de la récupération pour réguler cet espace public. Mais le c?ur du problème est bien plus profond. Cette misère en plein c?ur de Paris, qui s'étale sur les trottoirs de nos quartiers populaires fait peur. Elle attise l'angoisse du déclassement. Et si demain, c'était mon tour ? Elle renvoie l'idée que nous nous faisons de la misère massive du monde. Et si nous étions en train de la laisser s'installer, envahir notre cité ? Que génère-t-elle cette angoisse ? Le rejet de l'autre, du plus pauvre. Et elle peut finir par se traduire par un racisme social, pouvant prendre plusieurs facettes et devenir racial.

Alors la droite, tout comme l'extrême droite, le sait. Elle en joue. La chasse aux pauvres est lancée depuis longtemps : chasse aux sans papiers, chasse aux S.D.F. et familles qui campent le long du périphérique, chasse aux migrants tunisiens qui tendent de dormir dans les squares, chasse au salarié de Monoprix qui fait les poubelles pour ramener à manger à sa famille.

Mais cette chasse n'aboutira jamais, les prisons sont déjà pleines. Son but, par ailleurs, n'est pas d'aboutir. Mais idéologiquement, ce que joue le Gouvernement, c'est le pourrissement de la situation pour contribuer à la division des Français entre eux et à l'adhésion d'un discours autoritaire, sécuritaire et raciste.

Et pour nous, élus de gauche, élus républicains, attachés à dégager ce qui relève de l'intérêt général, cette question s'impose à nous et nous ne pouvons l'éluder. Portons-nous l'objectif d'éradiquer cette misère et de redonner la dignité à toutes et à tous ? Ou sommes-nous démissionnaires ? Décidons-nous de traiter le sujet par le débat raisonné et argumenté, ou en restons-nous sur le terrain des peurs, de l'irrationnelle angoisse de la misère, en renvoyant la balle à l'Etat, en décrétant notre impuissance ?

J'ai le sentiment que, par ce projet de délibération, par ce premier projet, nous arrivons ensemble enfin à être dans l'élaboration collective de propositions concrètes. Parce qu'il me semble que la question n'est plus de savoir si nous sommes pour ou contre les espaces régulés autorisant ces reventes, mais quand ? Où ? Et comment s'y prendre pour les créer?

Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Si vous pouviez conclure.

Mme Danielle SIMONNET. - Et je conclus.

Afin de rétablir le partage de l'espace public, de permettre à celles et ceux dont le Gouvernement par sa politique interdit l'accès aux travail, à des pensions de retraite décentes, de survivre néanmoins dans la dignité et de retrouver dans l'espace public et par l'activité de la ville des liens sociaux.

Cette question se pose maintenant.

Chers collègues, souvenez-vous de ces paroles de Victor Hugo à l'Assemblée nationale : "Je ne suis pas de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance en ce monde mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment que l'on peut détruire la misère."

Je vous remercie.

M. Pierre GABORIAU

Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - La parole est, non pas à Victor Hugo, mais à Mme Olga TROSTIANSKY.

Mme Olga TROSTIANSKY, vice-présidente, au nom de la 6e Commission. - Madame la Présidente, le sujet des marchés à la sauvette a suscité de nombreux débats dans notre Assemblée, et je partage la satisfaction, notamment de Frédérique CALANDRA, à voir présenté aujourd'hui un projet de délibération concernant un projet de récupérations ressourcerie dans le 20e arrondissement.

Avec l'Exécutif et les maires d'arrondissement concernés, nous menons depuis plus de deux ans un travail répondant entre autres aux différents v?ux votés au Conseil de Paris portant :

1. Sur un premier diagnostic sur les vendeurs réalisé par la mission SDF du Secrétariat général ;

2. Une réflexion avec les associations spécialisées ;

Des échanges avec les communes avoisinantes touchées elles aussi par le phénomène ;

La réappropriation de l'espace public par les habitants, avec une présence policière plus importante, une mobilisation de la DPP et des actions de propreté renforcées. Et je tiens à saluer ici tout particulièrement les agents de la D.P.E. qui exercent leur travail dans des conditions difficiles.

Tout ce travail préalable, nécessaire mais souvent peu visible, aboutit à la proposition de "Coup de Main". Bien sûr cette ressourcerie ne sera pas suffisante pour répondre à l'ensemble des vendeurs, mais elle constitue un premier pas important dans la prise en charge de personnes qui, pour l'instant, n'ont pas d'autre horizon que de vendre dans la rue les maigres biens qu'ils trouvent souvent dans les poubelles.

Madame GIBOUDEAUX, le projet de délibération, comme l'a rappelé Mme Frédérique CALANDRA, prévoit d'ores et déjà une filière courte de revente d'objets en complément de la ressourcerie.

Avec l'ensemble de mes collègues concernés, et notamment Mme Seybah DAGOMA, car ce projet s'inscrit dans le cadre général de l'économie sociale et solidaire, qui développe des formes d'activité économique à finalité sociale, incluant notamment l'insertion par le travail, nous continuons à travailler à d'autres dispositifs adaptés.

D'autre part, l'étude financée par la Région Ile-de-France, qui a été confiée à l'association "Aurore", devrait nous apporter de précieux éléments d'analyse sur les vendeurs.

Madame la Présidente, nous allons demander à l'Etat de cofinancer avec la Ville de Paris une M.O.U.S. (maîtrise d'?uvre urbaine et sociale) sur l'ensemble des territoires touchés par les marchés à la sauvette.

A l'heure actuelle, l'Etat ne montre pas beaucoup d'intérêt sur ce phénomène de précarisation très inquiétant, et nous attendons donc une réponse, avec une très grande impatience, de l'Etat pour effectivement s'impliquer dans ce phénomène. Pour l'instant, il n'est pas très présent.

Donc, je vous propose, avec l'ensemble de ces éléments, de voter ce projet de délibération.

Merci.

Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDEEES 84 G.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2011, DDEEES 84 G).