Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Septembre 2000
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

72 - 2000, DAUC 186 - Attribution de la dénomination "esplanade Joseph Wresinski" à une esplanade du 16e arrondissement

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2000


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAUC 186 relatif à l'attribution de la dénomination "esplanade Joseph Wresinski" à une esplanade du 16e arrondissement.
Je donne la parole à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, ce témoignage est un modeste témoignage, mais je souhaite rendre hommage au Père Joseph Wresinski, le Père Joseph, que la Ville de Paris veut honorer aujourd'hui.
Avec une détermination peu commune, il a dit non à la misère, à l'exclusion et à l'injustice. Son long combat s'est déroulé dans l'indifférence presque générale pendant des années jusqu'au début des années 1980, où il a commencé à porter ses fruits. Qui ne connaît "A.T.D. Quart Monde" aujourd'hui !
Une aide aux plus démunis paraît évidente de nos jours, elle ne l'était pas il y a encore 20 ans ou 30 ans. Dans les années 1960 et 1970, la France était un pays prospère, où il y avait peu de chômeurs. Qui savait alors, qu'en France et d'autres pays d'Europe, il y avait des familles qui vivaient dans les mêmes conditions de pauvreté que si elles étaient dans un pays sous-développé, d'où l'appellation si frappante de "quart-monde", inventée par le Père Joseph !
Il s'agissait de personnes, de familles vivant dans la misère souvent la plus totale, sans formation, sans travail, sans logement décent, sans couverture sociale, exclues de toute vie sociale, qui ne savaient en général ni lire, ni écrire et qui, au mieux, étaient reléguées dans des circuits d'assistanat et cela souvent depuis des générations.
Un animateur d'"A.T.D. Quart Monde" m'avait raconté que dans une banlieue du nord de la France, vivait une famille, ignorée de ses voisins, dans une bâtisse en bois. Personne ne savait, d'ailleurs, que cette famille avait des problèmes. Jusqu'au jour où, durant un hiver particulièrement froid, on a vu qu'une partie de cette maison avait été détruite et que la fumée sortait de la cheminée de la maison. Ces gens avaient tellement froid qu'ils s'étaient décidés pour se chauffer un peu, à faire brûler une partie de leur maison ! Cela illustre, hélas bien, à quel degré de misère certains peuvent être réduits.
C'est là que la démarche du Père Joseph a été vraiment originale. Il ne s'agissait pas pour lui de faire de "l'assistanat", même s'il savait que dans les cas de première urgence, cela était nécessaire ; d'autres associations, d'ailleurs, s'en chargeaient.
Il voulait que les gens qui croupissaient, parfois depuis des générations, dans la misère, prennent leur vie en main pour la changer, pour s'en sortir. "La misère n'est pas une fatalité" disait-il ; phrase qui, par la suite, est devenue un véritable slogan.
A quelqu'un qui ne savait ni lire, ni écrire, il disait : "Tu vas apprendre à lire et à écrire". A un autre qui ne connaissait pas ses droits : "nous allons te dire quels sont tes droits, mais ensuite tu iras, toi aussi, expliquer à d'autres, ignorants comme tu l'étais, quels sont leurs droits". C'est ainsi qu'avec sa chaleur humaine, sa ténacité, son énergie, il a apporté à tant de gens l'espoir et la découverte de la solidarité.
Les parents, en charge d'enfants, vivaient souvent dans l'angoisse de voir leurs enfants placés. Non pas qu'ils étaient de mauvais parents, mais parce qu'ils n'avaient pas de quoi les faire vivre dans des conditions décentes. C'était un réel drame et le Père Joseph a ?uvré pour essayer, dans la mesure du possible, à ce que les enfants ne soient pas séparés de leurs parents.
Année après année, avec les animateurs de ses comités, il arrivait peu à peu à gagner des causes désespérées. Il a prouvé que ce n'est qu'en étant ensemble que l'on pouvait vaincre les difficultés.
Avec ses comités, il se battait inlassablement sur tous les fronts pour que les droits des plus pauvres soient reconnus : revenus, logement, métier, travail, santé, mais aussi pour que des représentants du Quart-Monde soient présents dans les instances décisionnelles, nationales et internationales. Car, c'est en acquérant des droits également que les êtres humains recouvrent leur dignité : valeur essentielle à laquelle le Père Joseph tenait tout particulièrement.
Il disait aussi aux sympathisants : "pour les plus pauvres, vous ne pouvez rien, et pourtant vous pouvez tout". A la poignée d'écologistes que nous étions en 1979, il nous a fait confiance et le grand honneur de s'engager à nos côtés pour la première élection du Parlement européen. C'est ainsi que j'ai eu le privilège de le rencontrer et de travailler avec les bénévoles de ses comités qu'il nous avait envoyés.
Notre liste Europe-Ecologie était ainsi devenue la "voix des sans-voix". Même si nous passions peu dans les médias, par cette campagne nationale, nous avons pu ensemble, peut-être pour la première fois, informer le grand public qui ignorait tout de l'existence et des problèmes des plus démunis.
Après cette campagne, le Père Joseph avait été reçu par le Président de la République qui avait pris un certain nombre d'engagements pour aider son mouvement.
Les grandes personnalités laissent des traces indélébiles ; la meilleure preuve : la force des actions qu'elles ont entamées se traduit par la poursuite et le développement de leur ?uvre par d'autres. Le Père Joseph a disparu depuis 12 ans, mais son ?uvre se poursuit, amplifiée, vivante, suscitant de nouveaux bénévoles enthousiastes.
En appelant l'esplanade qui prolonge le parvis des Droits de l'Homme et des Libertés, devant le Palais de Chaillot, "esplanade Joseph Wresinski", vous ne pouviez choisir, Monsieur le Maire, un meilleur emplacement pour rendre hommage au Père Joseph, puisque cet endroit est devenu le symbole des combats contre l'oppression, l'injustice et la violation des droits de tous les hommes.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Monsieur BULTÉ, je pense que vous n'avez rien à objecter ou à ajouter à l'intervention de Mme SCHNEITER ?
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Non, je crois que Mme SCHNEITER a été très complète. J'avais préparé une intervention qui était sensiblement la même, qui avait une minute de moins.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Des deux interventions, nous retiendrons celle de Mme SCHNEITER.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 186.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2000, DAUC 186).
Je remercie M. BULTÉ pour l'ensemble de ses réponses.