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Decembre 2004
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2004, DPVI 100 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer une convention constitutive du groupement d’intérêt public à caractère culturel “Cité nationale de l’histoire de l’immigration”.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2004


 

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DPVI 100 autorisant M. le Maire de Paris à signer une convention constitutive du groupement d?intérêt public à caractère culturel ?Cité nationale de l?histoire de l?immigration?.

Je donne la parole à M. Christophe NAJDOVSKI.

M. Christophe NAJDOVSKI. - Merci, Monsieur le Maire.

Vous nous demandez aujourd?hui l?autorisation de signer la convention constitutive du groupement d?intérêt public à caractère culturel ?Cité nationale de l?histoire de l?immigration?, groupement constitué de l?Etat, du Fonds d?action et de soutien pour l?intégration et la lutte contre de la discrimination et de la Ville de Paris. Ce projet de délibération nous concerne tous, mais il me concerne plus personnellement à double titre. Naturellement en tant qu?élu de Paris et du 12e arrondissement où est situé le Palais de la porte Dorée, mais aussi en tant qu?enfant de parents venus d?ailleurs, comme plus du tiers de la population française depuis deux siècles.

Certes, dès l?annonce du départ des collection du musée des Arts africains et océaniens vers le musée des Arts premiers, nous avions réfléchi à une nouvelle affectation de ce lieu plus en synergie avec son environnement, principalement le bois de Vincennes et le Parc zoologique. Mais si la Ville est propriétaire du terrain, l?Etat propriétaire du bâtiment est resté seul maître du jeu. Il a choisi le Palais de la porte Dorée pour y implanter ce centre de ressources. On peut regretter que la Ville de Paris n?ait pas été associée quant au choix de la localisation et qu?elle ait été en quelque sorte mise devant le fait accompli.

De plus, la ?Cité nationale de l?histoire de l?immigration? va s?installer dans un lieu qui pendant des décennies a symbolisé la colonisation. Je reconnais que la rédemption induite dans ce contre-pied à l?histoire peut troubler. Il est vrai aussi que nous aurions préféré le concept d?une ?Cité internationale de l?histoire de l?immigration? lequel à notre avis aurait pu non seulement initier la mémoire, mais aussi plus largement permettre une compréhension universelle de la richesse culturelle comme résultat des échanges et de la diversité.

Néanmoins, nous sommes conscients que ce compromis est un premier pas vers la reconnaissance de l?apport de l?immigration à la richesse économique et culturelle de la nation française. Le précédent Gouvernement de gauche l?avait bien compris puisqu?il avait manifesté son intérêt pour cette réflexion et commandé un rapport en 2001 à M. Driss EL YAZAMI, Vice-président de la Ligue des Droits l?Homme et à M. Remy SCHWARTZ, maître des requêtes au Conseil d?Etat. Leur rapport concluait à la nécessaire réalisation d?un projet de centre de ressources à vocation culturelle et éducative dans lequel la fierté serait un moteur du musée. Fierté entendue selon une double perspective, celle des Français pour leur pays, celle des étrangers et descendant de migrants d?avoir contribué à cette histoire et à ces valeurs.

 

Ce travail exploratoire a été poursuivi par le Gouvernement actuel et la mission de préfiguration du centre de ressources et de mémoire de l?immigration confiée à M. Jacques TOUBON a repris à son compte ces conclusions. Paris, ville cosmopolite ne peut que s?honorer d?ouvrir un lieu semblable à celui que d?autres grandes métropoles ont déjà. Je pense notamment au musée d?Ellis Island à New York, autre ville cosmopolite, ouvert en 1990 dans les bâtiments du centre de transit par lesquels sont passés les immigrants qui ont construit la mythologie nationale américaine. Ce lieu est aujourd?hui très visité et il retrace notamment, souvent de manière émouvante l?histoire de ces millions de migrants venus vivre aux Etats-Unis.

En ces temps où certains discours xénophobes et racistes assimilent de manière ignoble l?immigration à la délinquance et au chômage, il est nécessaire et même indispensable d?ouvrir un lieu à vocation muséologique et pédagogique qui replace dans un cadre historique l?apport positif de deux siècles d?immigration en France. Un lieu qui sauvegarde les traces et la mémoire des grandes vagues d?immigration en France, qui reconnaît l?histoire des immigrés dans la construction de l?identité française d?aujourd?hui. Un lieu accessible au grand public qui donne à comprendre et à réfléchir, un lieu qui valorise l?apport de l?immigration pour changer les représentations véhiculées ici ou là, un lieu qui donne des clefs pour comprendre l?avenir et ce que c?est qu?être Français dans un univers ouvert et globalisé.

Nous voterons donc ce projet de délibération pour la création de la ?Cité nationale de l?histoire de l?immigration? et pour faire du Palais de la porte Dorée un nouveau lieu culturel qui au-delà de sa vocation dynamisera l?Est parisien.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur tous les bancs de l?hémicycle).

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Merci.

Mme Michèle BLUMENTHAL a la parole.

Mme Michèle BLUMENTHAL, maire du 12e arrondissement. - L?inquiétude était grande dans le 12e arrondissement depuis la décision prise en 1995 par le Président de la République de créer un musée des Arts premiers, quai Branly. En effet, avec le déplacement des collections du musée des Arts africains et océaniens les habitants ont vu peu à peu le musée se vider, dépérir, sans projet réel semblait-il.

Au vu de ce projet de délibération, nous ne pouvons donc que nous féliciter d?un projet qui va redonner vie à ce lieu du 12e, mais nous regrettons cependant qu?il n?y ait pas eu d?alternative pour nos concitoyens de l?Outre Mer au projet initial de la création de cité des Outres Mers. Le Palais de la porte Dorée se situe à la lisière du bois de Vincennes. Il est l?un des vestiges de l?exposition coloniale de 1931 qui a marqué le 12e tant dans sa toponymie que dans son architecture. L?immigration a une double réalité, une réalité positive et ce musée portera la juste reconnaissance de l?apport de l?immigration dans la construction de la France et de l?enrichissement continu de la culture française par l?immigration. Mais l?immigration, c?est aussi le fait colonial. Parce que nous avons à faire sur ce sujet un travail de mémoire, nous souhaitons que dans le projet de cité de l?immigration, la première réalité n?éclipse pas totalement la seconde.

Le 12e arrondissement est aussi marqué par l?histoire de son immigration. A la fin de la Première Guerre Mondiale tous les Chinois qui revenaient des tranchées se sont retrouvés autour de la gare de Lyon espérant reprendre le train pour Marseille et retourner ainsi dans leur pays. C?est ainsi que tout le quartier Chalon a été structuré pendant des décennies par cette immigration chinoise aujourd?hui oubliée.

Aussi, Monsieur le Maire, je vous proposerai prochainement d?apposer une plaque dans l?actuelle Z.A.C. ?Chalon? à leur mémoire, à leur histoire.

En outre, 2006 marquera le 75e anniversaire de l?exposition coloniale, et dans le 12e nous désirons donner à cet événement un retentissement particulier en lien avec la destination future de l?ex-MAAO. L?année 2006 sera donc ponctuée par plusieurs manifestations, entre autres une exposition hors les murs et des actions en direction des écoles.

Nous espérons prendre la part la plus grande possible à l?élaboration du projet.

Je vous remercie donc, Monsieur le Maire, d?avoir proposé qu?un des deux sièges réservés à la Ville au sein de la mission de préfiguration, puisse être occupé aux côtés de Khédija BOURCART par un élu du 12e.

(Applaudissements sur tous les bancs de l?hémicycle).

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Merci beaucoup.

Mme BOURCART a la parole.

Mme Khédija BOURCART, adjointe, au nom de la 6e Commission. - L?essentiel a été dit.

L?immigration en France et tout particulièrement à Paris a modelé notre histoire, notre culture. Cette immigration est continue depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Et comme le signale la Cour des comptes dans son dernier rapport, la France a été le premier pays d?immigration au monde bien devant les Etats-Unis dans les années 20, puisque vous citiez, Monsieur NAJDOVSKY, le musée d?Ellis Island.

Il était normal qu?un musée soit situé à Paris, plaque tournante des immigrations. Je salue le travail du groupe de préfiguration présidé par M. Jacques TOUBON, mais vous avez raison de rappeler qu?il y avait eu un rapport sous Lionel JOSPIN. C?est donc un projet qui date de quelques années. Nous sommes ravis qu?enfin il commence à voir le jour. Nous étions bien entendu au courant de la mission de préfiguration, je déplore néanmoins que la Ville de Paris n?ait pu y être associée à aucun moment, même si nous avons suivi les travaux avec le plus vif intérêt.

Plusieurs lieux à Paris ont été cités sans qu?à aucun moment les Parisiens, ni la Municipalité n?aient été consultés. Ceci dit un groupement d?intérêt public va voir le jour. Nous y sommes associés et nous avons tenu à ce que la mairie du 12e arrondissement soit présente dans ce groupement intérêt public. Madame BLUMENTHAL, vous avez rappelé que le 12e a aussi sa part d?histoire dans l?immigration, mais également que l?ouverture d?un musée concerne aussi les riverains notamment pour l?aménagement urbain.

Madame, vous rappelez à juste titre les expositions coloniales. Je citerai le Jardin tropical, héritage de ces expositions. Nous ne pourrons faire l?impasse d?une corrélation avec le futur musée.

 

Je n?en dirai pas plus, et j?invite l?ensemble du Conseil, à voter ce projet de délibération.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Très bien. De belles interventions pour un beau projet. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DPVI 100. Qui est pour ? Qui est contre ?

Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2004, DPVI 100).