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Decembre 2004
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Conseil Municipal
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Hommage à M. Alain RIOU (suite).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2004


 

M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, je demande la parole.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur BLET, vous avez la parole.

 

M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, nous aurions aimé rendre un dernier hommage, si vous en êtes d?accord, à Alain RIOU.

Son départ brutal nous a, les élus ?Verts?, particulièrement bouleversés. Le choc a été, je dirai, extrêmement dur.

Alain RIOU n?était pas turbulent. Alain était un passionné, un passionné de Paris, un passionné de culture, par ses fonctions au Ministère de la Culture, par son carnaval de Saint-Fargeau que nous souhaitons voir pérennisé. C?était aussi un passionné politique, cultivant au plus haut degré l?indépendance d?esprit et l?humour corrosif.

Je l?ai connu dans des circonstances exceptionnelles que je rappelle sans aucun esprit polémique. J?avais sous la précédente mandature été agressé physiquement en séance de nuit par le président de séance qui refusait de me donner la parole, et le seul élu socialiste, il y en avait peu à cette heure sur ces bancs, qui m?ait apporté immédiatement son soutien et avec éclat dans cet hémicycle, c?était Alain RIOU. Depuis, nous sommes devenus amis. Lorsqu?il a voulu quitter ses camarades socialistes pour nous rejoindre, j?ai effectivement accéléré sa transhumance en lui ouvrant bien grandes les portes des élus ?Verts? au Conseil de Paris.

Alain RIOU était de culture rocardienne, puis écologiste. Ce n?était pas forcément contradictoire. Il était animé de la passion de convaincre. Il était toujours ouvert, toujours à l?écoute. Il ne refusait jamais le dialogue, il le provoquait même. Dans sa recherche d?un juste milieu, il était sans concession.

Sur le monde politique, il portait un ?il goguenard et lucide.

Mais, plutôt que de vous rapporter les combats qu?il a pu mener dans cette enceinte et ailleurs, le meilleur hommage que nous puissions lui rendre dans cet hémicycle, c?est encore d?y restituer sa parole.

Alain, nous allons une dernière fois t?entendre. Cette citation, cette parole dérangeante, cette parole décapante, cette parole combattante, nous la dédions à Monique, sa femme, son épouse, à sa famille, à vous tous, mes chers collègues, et à vous, mes amis ?Verts?.

Dérangeant, il l?était. Je vous rappellerai brièvement l?hommage qu?il avait rendu à MITTERRAND et à CHIRAC à propos du baptême du quai Mitterrand. Il proposait que le port qui est situé en face prenne le nom de Fernando PEIRERA, et il s?en expliquait : ?dès lors que les grands hommes sont honorés, il conviendrait de laisser une trace de leur turpitude dans leur environnement immédiat. On pourrait ainsi décider de baptiser Ben Barka une artère proche de la station Charles de Gaulle?.

Sur Mitterrand donc, ?dans un souci d?équité, il semblerait juste, disait-il, de rendre les mêmes hommages à la victime de l?assassinat et de l?attentat du Rainbow Warrior qu?à l?un des responsables de l?opération. Cette perspective apparaîtrait, disait-il, comme une mise en abîme, comme un jeu d?ombre et de lumière, mais aussi comme une reconnaissance et une affirmation d?un certain sens de la responsabilité?.

Alain RIOU avait aussi écrit un ouvrage sur les dépenses de bouche des époux CHIRAC dont je retiendrai simplement quelques paragraphes de sa conclusion où il se dépeint lui-même et où il donne le sens de son combat politique.

?Trublion, vibrion, Don Quichotte, Rambo, agitateur, provocateur? Je passe sur les vocables qui ont été employés un moment contre moi ou qui pourraient l?être. Dès lors que l?on n?est pas entièrement dans le milieu ou que l?on est perçu comme atypique parce que l?on a envie de dire la vérité, sa vérité, au lieu de ne se préoccuper qu?à faire carrière?.

?Les hommes politiques ont tellement de choses à se reprocher, je parle de ceux qui réussissent et qui donc se préoccupent peu de marcher sur des cadavres, qu?ils se tiennent tous par des petits ou des grands secrets dont il convient de ne rien révéler au commun des mortels. Chacun a des dossiers sur les autres et réciproquement?.

Il ajoutait : ?on ne doit jamais lâcher prise quand on croit avoir raison, que l?on soit récompensé ou que l?on en prenne plein la figure, il faut avancer. L?intérêt fondamental dans la vie reste de garder l?estime de soi en continuant de croire, de respecter et de promouvoir les valeurs d?un Etat démocratique et républicain afin de pouvoir continuer de se regarder dans la glace. Peu importe que les médias et les ambitieux du moment, le pouvoir politique, les profiteurs de tout acabit, certains magistrats vous regardent d?un ?il plus ou moins sale, on finit par trouver des alliés, des justes, des combattants de l?espérance et alors on se sent mieux, on se trouve bien. Même lorsque l?on croit que plus rien ne sert à rien, que la lassitude et la fatigue se font sentir, quand on est persuadé que tout le monde est contre vous, que vous vous sentez vous-même coupable, il faut penser à la petite lumière qui, pas si loin de là, va finalement vous éclairer?.

Il brocardait encore ?ces hommes politiques dont il était, qui sont implacables avec les petits délinquants en prônant la tolérance zéro et qui éructent sans fin lorsque l?on effleure les puissants. Comme il est bon de leur résister, de leur désobéir, de leur échapper pour qu?à la fin du jeu, de la pièce, de la partie, de ce morceau de vie, disait-il d?une manière prémonitoire, et de bravoure, le marionnettiste soit démasqué, démasqué pour une certaine idée de la justice, démasqué pour la gloire, démasqué pour l?histoire, démasqué pour la beauté du geste. Peut-être même démasqué tout court.?

?Je suis persuadé qu?un peu de vertu, ajoutait-il, doit s?accompagner d?un peu de courage et d?un peu de force pour le dire. Ce qui a motivé ma démarche est un sentiment de révolte qui m?anime depuis de nombreuses années, celui-là même qui m?a amené à m?engager en politique, puis à devenir un Vert, démocrate, républicain, respectueux de l?Etat de Droit. Je crois en la démocratie, à la République et au Droit et les voir bafouer par qui que ce soit me choque profondément.?

Ma ?révolte comme la loi est au bon sens du terme aveugle, c?est-à-dire générale et impersonnelle donc sans parti pris. Qu?importe que l?édile visé soit de droite ou de gauche, opposant, adversaire ou partenaire, proche ami ou ennemi irréductible, la démarche est, sera ou serait toujours la même : faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que justice soit faite, pour que les mystificateurs soient dévoilés.?

?Cette attitude, me dit-on, nuit à ma carrière politique, mais ai-je jamais prétendu faire carrière dans la politique ou ailleurs ? J?y suis, je ne fais pas carrière, j?ai parfaitement compris que cela peut me nuire, mais que m?importe, mieux vaut ne pas ennuyer les puissants et les futurs puissants, mais qui a déclaré que de manière définitive s?opposer aux puissants de tous les bords soit si risqué que cela?, et pour conclure, il ajoutait :

 

?Sans doute on continuera à ironiser sur mon Don Quichottisme, mais j?ai toujours vécu dans l?espoir que les mauvais moulins puissent tomber, et qui sait, ils peuvent vraiment s?écrouler.?

Merci Alain. Alain, nous sommes fiers de toi.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci. Y a-t-il d?autres demandes de parole ? Bien.

Donc nous poursuivons la séance.