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Novembre 2011
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26 - 2011, II - Question d'actualité posée par le groupe E.E.L.V.A. à M. le Maire de Paris et à M. le Préfet de police, relative à la situation dans l'Education nationale en général et au malaise des élèves, des enseignants et des parents d'élèves de la cité Balzac à Paris 17e.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2011

26 - 2011, II - Question d'actualité posée par le groupe E.E.L.V.A. à M. le Maire de Paris et à M. le Préfet de police, relative à la situation dans l'Education nationale en général et au malaise des élèves, des enseignants et des parents d'élèves de la cité Balzac à Paris 17e.

 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Maintenant, je donne la parole à M. BOUTAULT.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. Merci, Monsieur le Maire.

Grève d?enseignants, blocage d?établissements par les lycéens, manifestation opération classes mortes, depuis le début du mois de novembre, la situation est particulièrement tendue au sein de la cité scolaire Balzac dans le 17e arrondissement.

Après avoir été reçus au Rectorat jeudi dernier, les élèves, les enseignants et les parents d?élèves manifestent aujourd?hui même devant le Ministère de l?Education nationale.

Situé boulevard Bessières, à proximité de quartiers populaires, cet établissement, à la fois collège et lycée, accueille 2.000 élèves. Sa situation est malheureusement a priori assez banale et ressemble à celle de beaucoup d?établissements scolaires publics touchés par la catastrophique politique du Gouvernement en matière d?éducation : classes surchargées, manque de moyens, enseignants absents non remplacés.

Mais à Balzac, ajoutant sans doute au malaise ressenti, le personnel d?encadrement est réduit à portion congrue : le poste du deuxième agent qui contrôle les entrées n?est pas reconduit ; il manque un ou une infirmière et cinq surveillants ; les documentalistes ne sont pas en nombre suffisant pour assurer l?accueil et le conseil aux élèves dans un établissement de cette taille.

C?est sur ce terreau que la mise en place de la réforme des lycées, lancée en 2010, est venue faire éclater la colère. Avec des moyens réduits, il est particulièrement difficile de faire cohabiter les sections internationales et les fameux enseignements d?exploration.

Résultats : dans certains emplois du temps, la pause méridienne est parfois inférieure à une heure ; des élèves comptent six heures de trou dans leur emploi du temps durant une journée et viennent tous les jours, y compris le samedi ; certains cours se chevauchent ; des élèves ne disposent pas de manuels pour travailler.

La proviseure a été mise en cause pour des erreurs d?organisation, mais la situation témoigne surtout des difficultés que rencontrent de plus en plus de chefs d?établissement auxquels on demande de faire toujours plus avec moins.

C?est dans ce contexte que la situation a dégénéré mardi 8 novembre.

Pour soutenir la grève des enseignants, les lycéens avaient décidé de filtrer les entrées de l?établissement, ne laissant passer que les collégiens. C?est alors que la police a décidé d?intervenir.

D?après les témoignages, un policier a attrapé un élève à la gorge, avant de le plaquer au sol et de le rouer de coups. Il a ensuite été menotté et emmené au commissariat. Il devra comparaître devant la Justice pour rébellion et outrage. Dans la bousculade qui a suivi, une jeune fille a eu le tibia fracturé et une autre a été légèrement blessée. Les élèves sont très choqués et le retour au calme semble difficile.

Monsieur le Maire, nous souhaitons savoir si vous partagez notre inquiétude concernant la situation particulière que nous venons d?évoquer dans cet établissement, qui est symbolique de la dégradation des conditions d'éducation dans notre pays.

Comptez-vous interpeller le Rectorat de Paris afin que des effectifs d'enseignants et d'encadrement supplémentaires soient affectés au collège-lycée Balzac, afin que soient rétablies les conditions normales de l'exercice de l'éducation ?

Monsieur le Préfet, nous souhaiterions vous demander des précisions sur les conditions de l'interpellation du jeune lycéen, et les raisons pour lesquelles une intervention musclée a été mise en ?uvre, conduisant à dégrader plus encore la situation au sein de cet établissement et aux abords.

Je vous remercie pour votre attention. Ma question ayant été transmise dans son intégralité, je ne doute pas de la précision des réponses que vous m'apporterez.

M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est quand même une occasion que je saisis?

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. Nous sommes le seul groupe à l?avoir fait, Monsieur le Maire.

M. LE MAIRE DE PARIS. - J'ai compris, et je souhaite que vous serviez d'exemple. Je souhaite, François DAGNAUD, que tout le monde fasse comme le groupe verts sur ce sujet.

Ce n'est pas non plus le cas de votre groupe, cher Alain DESTREM, quand il m'interroge moi.

Tous les lundis après-midi de séance, vous êtes un peu en forme?

Écoutez, nous avons du travail : il faut tenir les temps.

Là, personne ne tient les temps : ni les élus qui interrogent, ni les élus qui répondent, ni personne.

Colombe BROSSEL, soyez brève.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci, Monsieur BOUTAULT.

Vous nous interrogez pour savoir si le Maire de Paris partage votre inquiétude sur la situation des services publics d'éducation en général et la situation du collège-lycée Balzac en particulier.

Évidemment, nous dénonçons sans relâche depuis des mois déjà les conditions dans lesquelles les économies réalisées par le Gouvernement sur le dos du service public de l'éducation dégradent? cela fait grogner à ma gauche? dégradent quotidiennement, nous le voyons, et ce n'est qu'une traduction supplémentaire?

À ma gauche, à votre droite? bref ! vous les aurez remis dans l'ordre?

? dégradent réellement les conditions d'enseignement et d'étude?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous en prie ! Quand on commence comme cela l'après-midi en étant moins concentré, ce n'est pas bien. On écoute tous les orateurs, quels qu'ils soient.

Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Traduction concrète du fait que oui, couper année après année les budgets de l'éducation fait du mal à l'éducation et ne permet plus à l'éducation de fonctionner.

C'est la raison pour laquelle nous étions, avec l'ensemble de mes collègues vice-présidents des conseils généraux de gauche, présents le 27 septembre avec un certain nombre d'élus parisiens aux côtés des parents, des enseignants qui manifestaient dans la rue car ce n'est plus possible.

Les coutures craquent de tous les côtés. Et aujourd'hui, si la communauté éducative dans son ensemble nous interpelle à Balzac, dans son ensemble, j'insiste, les lycéens, les collégiens, leurs parents, les enseignants, c'est bien parce que les coutures craquent et que cela ne peut plus fonctionner.

Alors, oui, évidemment, nous sommes à leurs côtés ; nous l'avons toujours été. Je me permets de rajouter que depuis le début de l'année, nous faisons état du fait que ce type de dysfonctionnement apparaît dans l'ensemble des établissements de la périphérie parisienne.

Thomas Mann : 43 élèves non financés ; pas de DHG pour accompagner ces enfants.

Dans le 19e arrondissement, des enseignants qui ne sont pas remplacés parce qu?il n'y a plus de moyens.

Alors oui, nous continuerons à être aux côtés de l'ensemble de ces établissements. Balzac était à l'évidence l'un des établissements que nous soutenions, notamment dans le cadre du million. C'est un établissement dans lequel nous avions accompagné un projet de résidence d'artiste car c'est là qu'il faut être présent, et c'est là que nous mettons en ?uvre ce que nous avons proposé dans le cadre de l'accompagnement des collèges les plus fragiles.

Oui, nous continuerons à être présents, mais notre présence ne pourra pas faire revenir comme par magie ce qui manque aujourd'hui dans un établissement comme Balzac : des enseignants, des infirmières, des CPE, des?

Je termine par un mot, Monsieur le Maire.

Vous avez interpellé le Préfet de police sur les conditions dans lesquelles un certain nombre d'événements se sont déroulées. Je le laisserai évidemment répondre. Je me permets de signaler qu'Annick LEPETIT et Henriette ZOUGHEBI, vice-présidente de la Région, ont également interpellé le Préfet de police pour savoir dans quelles conditions tout cela s'était passé.

Nous continuerons à dire que lorsque des enfants, quand des mineurs sont mobilisés pour leurs conditions d'éducation, alors il faut le dialogue, le dialogue, le dialogue ! C'est le seul moyen de restaurer la confiance dans l'ensemble de la communauté éducative.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les conseillers, je voudrais d?abord remercier le groupe des Verts de nous avoir donné, en terme de méthode, cette leçon qui consiste à nous préciser la question, ce qui me permet de répondre évidemment avec beaucoup plus de précision, et je les remercie d'avoir posé cette question afin de pouvoir parfaitement éclairer cette situation, de la même façon que, comme vient de le dire Mme BROSSEL, cela m'a été demandé par Mme LEPETIT, à qui j'ai bien sûr répondu et peut-être que M. HUCHON m'interrogera, et c'est avec le même plaisir que je répondrai au Président de la Région.

Tous les policiers expérimentés vous diront qu'encadrer au titre de la protection de l'ordre public des mouvements impliquant de jeunes lycéens et des collégiens fait partie des missions les plus difficiles. Nous en sommes tout à fait conscients, nous qui, comme je l'indiquais à l'instant, avons à faire face à une augmentation de 30 % des manifestations générales depuis deux ans, et de 130 % des manifestations inopinées.

Oui, oui, Monsieur, la police française et la police de Paris est une police particulièrement républicaine qui canalise ces demandes de manifestations. Il faut le savoir, parce que personne ne le dit jamais et ne met en exergue, comme je vais le dire maintenant, un certain nombre d'événements.

Mais si nous exigeons un professionnalisme sans faille de la part des policiers sur le terrain, il me semble que la même exigence de prudence et de retenue devrait s'appliquer dans l'expression publique sur certains épisodes, afin que ne soient pas diffusées des informations erronées, voire mensongères, dont l'origine non recoupée peut avoir des visées manipulatrices et susceptibles d'entraîner des conséquences délicates chez des manifestants jeunes dont la culture politique est souvent très récente.

Dans le cadre de cette manifestation non régulièrement déclarée, bien sûr, un groupe de lycéens et de soutiens extérieurs a tenté mardi dernier de procéder au blocage des entrées du lycée Honoré de Balzac aux moyens de poubelle et de barrières de travaux prélevées sur la voie publique, ce qui a conduit la police à intervenir de façon périphérique pour encadrer les choses.

Les autorités académiques, de même que la Préfecture de police, ont souhaité bien sur là encore respecter, ce qui est tout à fait normal, la liberté de manifester. Mais il n'était ni admissible, ni conforme aux règles élémentaires de sécurité que l'ensemble des accès soient condamnés ni, a fortiori, que l'accès réservé aux véhicules de pompiers en cas d'urgence, 116 boulevard Bessières, l'entrée principale étant située au 118, soit enchaînée, cadenassée, créant un risque fort pour les personnes à l'intérieur des locaux en cas d'accident.

Le commissaire central de l'arrondissement s'est personnellement rendu sur les lieux afin d'évaluer la situation et de piloter l'éventuelle intervention des policiers présents à titre préventif devant les entrées secondaires, et en civil, afin d'éviter les tensions, comme nous l'avons fait depuis la rentrée scolaire à de nombreuses reprises - je n'ai pas le chiffre, mais je suis certain que c'est au moins 100 à 150 opérations que nous avons menées à titre préventif.

Au moment de la neutralisation des chaînes empêchant l'accès réservé aux pompiers, un individu virulent a tenté de frapper un policier. Je le confirme expressément : les policiers ont été pris à partie, et non l'inverse. Le perturbateur a donc fait à juste titre l'objet d'une interpellation au cours de laquelle il s'est violemment débattu. Plusieurs personnes ont tenté de s'opposer à cette interpellation, et donc ont été repoussées.

Le mis en cause est convoqué devant la Justice le 1er décembre dans le cadre d'une mesure alternative de composition pénale.

L'information selon laquelle une jeune femme aurait été gravement blessée au cours d'une bousculade - une fracture du tibia, nous a-t-on dit - s'est révélée être un mensonge diffusé à dessein. Aucune conduite en milieu hospitalier n'a été effectuée par les sapeurs-pompiers, aucune demande de dépôt de plainte n'a été enregistrée six jours après les faits.

Toutefois, il est exact qu'une élève de seconde a été légèrement blessée au tibia dans la bousculade consécutive à l'intervention. Remarquons que cette jeune personne ne s'est manifestée auprès d'aucun service de secours, pas plus que de l'infirmerie du lycée, et qu'elle était présente le lendemain matin au lycée. Il m'apparaît donc nécessaire de recadrer l'information délivrée sur les événements, les proportions très limitées de cette affaire devant conduire à un apaisement rapide de la situation

Je livre d'ailleurs une photographie, qui est la photographie, et je m'en réjouis, de cette jeune fille, le lendemain, dans l'établissement, qui certes avait une béquille, mais qui, fort heureusement, n'apparaît pas comme victime d?une fracture du tibia.

Je crois que, dans toutes ces affaires, il faut que l'on soit vraiment très modéré dans ce qui est dit et ce qui est relayé par la presse.

Ce matin, je lisais, sur une autre affaire, qu'il y avait eu un double meurtre, le meurtre d'un garçon, ce qui est très triste, de la P.A.F. en Seine-Saint-Denis, qui a été retrouvé mort. Cela n'a absolument rien à voir avec les faits.

Soyons très prudents, à la fois en termes de médiatisation des événements et en termes de relation des événements.

Sachez que, sous notre autorité, les forces de police se livrent à un travail souvent très délicat, surtout quand il s'agit de jeunes et il convient là encore, Monsieur le Maire (je suis obligé de le redire) de respecter leur travail. Nous ne sommes pas à la tête de troupes de gens qui se livreraient à des brutalités dans notre pays et je m'en réjouis. Si c'était le cas, je démissionnerais.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Bien.