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Decembre 2011
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103 - 2011, DAC 758 - Signature d’avenants ou de conventions avec divers organismes pour l’attribution d’acomptes de subventions au titre de 2012.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2011

103 - 2011, DAC 758 - Signature d?avenants ou de conventions avec divers organismes pour l?attribution d?acomptes de subventions au titre de 2012.

 

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Nous enchaînons sur le projet de délibération DAC 758 relatif à la signature d?avenants ou de conventions avec divers organismes pour l?attribution d?acomptes de subventions au titre de 2012, sur lequel le groupe Centre et Indépendants a déposé l?amendement n° 114.

La parole est à M. CORBIÈRE.

Alexis, c?est à vous, mon cher ami.

M. Alexis CORBIÈRE. - A propos de la statue du député Baudin ?

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Nous sommes passés sur les signatures d?avenants.

M. Alexis CORBIÈRE. - On est déjà sur le débat ? Voilà.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - On poursuit sur le débat de la laïcité.

M. Alexis CORBIÈRE. - Je vous en félicite. Pardonnez-moi. Tout va très bien.

Juste une question : j?ai combien de temps de parole ?

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Vous avez cinq minutes maximum.

M. Alexis CORBIÈRE. - On est d?accord.

Précisément, je rebondissais sur ce que disait notre collègue Yves POZZO di BORGO. C?est peu coutumier, j?ai écrit ce que je vous voulais dire parce que je souhaite que nous ayons une discussion sur ce sujet, sans outrance même si honnêtement, je tiens à le dire, ce qui se passe là est grave, et j?espère que chacun le mesurera. Je crois que c?est une erreur fondamentale de présenter un tel v?u avec les arguments qui sont avancés.

Donc, où réside, selon moi, l?erreur de la demande faite au Conseil de Paris par le groupe Nouveau Centre par l?intermédiaire de ce v?u ? Je crois qu?elle est dans la confusion entre le respect de la liberté de croire et le respect des croyances. Le premier respect n?implique nullement le second. Lui seul a force de loi et il s?assortit d?ailleurs du respect de la liberté de ne pas croire.

Le second respect, celui du respect des croyances, lui, n?a pas à être requis par la loi. Les croyances, comme toutes les convictions, sont susceptibles de critiques comme d?ailleurs d?éloges. La liberté inclut, en effet, la liberté de critique, de satire, d?ironie, autant que celle de louanges et d?approbations.

Tout récemment, un film a fait l?éloge de religieux : ?Des hommes et des dieux?. Les multiples concours financiers dont il a disposé ont-ils été mis en cause ? Les religieux intégristes acceptent les éloges de leurs convictions mais pas les critiques. Or, aucune ?uvre n?a à être autorisée ou entravée sur un tel critère, qui n?est pas d?ordre public et dépend strictement de l?opinion de chacun.

Souvenons-nous à cet égard de ce qui se passe quand la liberté de la culture n?est pas reconnue ni assurée : Vatican II a supprimé en 1962 l?Index librorum prohibitorum, qui était la liste des livres interdits où figuraient les ?uvres qui n?avaient pas l?heur de plaire à l?autorité religieuse.

Veut-on rétablir la censure et priver l?art des aides publiques qui lui reviennent ? Un archevêque s?émeut d?une pièce de théâtre ? Mais où est le problème ? Faudra-t-il qu?il puisse écrire nihil obstat (rien ne s?oppose) sur les livres ou les scénarios de théâtre qu?il veut bien tolérer, comme au temps de l?ordre clérical de l?Ancien régime ?

Généralisons. Si un citoyen peut exiger des entraves pour des productions culturelles qui le dérangent, que va-t-il rester de la liberté d?expression et de création ? Voulons-nous donc revenir au temps de l?obscurantisme et de la censure des arts ? Victor Hugo, pourtant croyant, disait que le parti clérical n?a cessé, je le cite, ?de mettre un bâillon à l?esprit humain?. Lui-même, Victor Hugo, fut censuré sous la monarchie restaurée, pour une pièce de théâtre, ?Marion Delorme?, jugée trop critique à l?égard du roi.

Il y a des siècles, l?église interdisait à Galilée d?affirmer le mouvement de la terre, que sa raison avait démontré dans le sillage de Copernic. L??uvre de Denis Diderot, ?La religieuse?, fut censurée et mise à l?index. Certaines peintures de la Renaissance, hymne artistique à la beauté du corps nu, étaient retouchées sur ordre de l?église par des Braghettone, ces peintres appointés pour peindre des voiles sur les parties, dont Tartuffe disait : ?Cachez ce sein que je ne saurais voir, par de pareils objets la vue est offensée?.

Voulons-nous revenir à de tels errements ? Ce n?est pas possible. La culture doit rester libre et bénéficier du soutien de la puissance publique. La culture est en effet ce qui fonde la liberté de l?homme, elle émancipe son jugement de toute soumission à une tradition, non pour nier celle-ci mais pour réfléchir sur elle et statuer en connaissance de cause.

C?est pourquoi étant de portée universelle, elle doit être promue par la puissance publique, et promue dans sa stricte liberté. Deux principes sont donc menacés par la demande en cause : le premier est la nécessité de promouvoir la culture, conforme à l?idéal des Lumières ; le second est la nécessaire liberté de la culture.

Rappelons que, en démocratie, ces deux principes ne sont pas négociables ni modulables : ils vont de pair avec l?émancipation laïque de l?Etat qui, étant séparé de tout lobby religieux ou athée, ne doit se mêler en aucun cas de faire la police des ?uvres et des pensées.

Aujourd?hui, les collectivités publiques financent la culture pour qu?elle soit pleinement libre, ce qui nécessite qu?elle ne dépende plus des intérêts privés. Le temps n?est plus où des mécènes finançaient des artistes mais à la condition que leurs ?uvres les flattent ou soient politiquement et moralement correctes.

Pour toutes ces raisons, je demande au groupe Centre et Indépendants de retirer leur v?u.

Merci.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur CORBIÈRE.

La parole est à Yves POZZO di BORGO pour trois minutes pour le groupe Centre et Indépendants.

M. Yves POZZO di BORGO. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, je ne m?attarderai pas sur le contenu? Ce n?est d?ailleurs pas un v?u mais je crois un amendement. C?est un amendement et je ne comprends pas qu?il n?ait pas été inclus dans le débat budgétaire, c?est un peu surprenant. Je le dis, il y a vraiment, de la part de l?Exécutif, quelque chose de très curieux. Ce n?est pas un v?u, c?est un amendement. Voilà. D?ailleurs, M. GAREL serait d?accord avec moi car il voulait tout bloquer dans le débat budgétaire. Mais je le dis, car ce n?est pas normal. C?est le premier point.

Deuxième point, je ne veux pas m?attarder tellement sur le contenu de cet amendement, pour évoquer son contexte qui me semble beaucoup plus important, rappelant, comme je l?ai fait tout à l?heure, que nous sommes évidemment, comme l?a dit l?archevêque, comme l?a dit Christine BOUTIN, comme l?a dit le Maire de Paris, que nous sommes tous opposés à toute censure de cette pièce et nous sommes également contre les excès qui accompagnaient ce genre de choses.

Je vous le confirme. Il est tout à fait normal que l?on ait un débat, mais il y a eu autour de ce problème une émotion qui, moi, m?est déjà arrivée quand j?étais au Sénat, de la part de mes collègues qui étaient du côté de Toulouse et de la région, on a déjà eu ce débat-là, j?étais très surpris de voir cette émotion qui est montée. Cette pièce a choqué, peut-être à tort - j?en ai parlé avec l?adjoint au maire qui m?a dit finalement qu?il n?y a pas grand-chose et c?est fort possible - mais le problème consiste en l?émotion qu?il y a eu autour de cela.

C?est une émotion qui a été très forte et qu?il y a eu dans le reste de la France.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Pouvez-vous relever votre micro, s?il vous plaît, car on ne vous entend pas bien.

M. Yves POZZO di BORGO. - Je veux dire que cette pièce a choqué à Paris et dans le reste de la France, et a choqué une grande partie des catholiques, et pas uniquement les petits cercles intégristes.

Le 8 décembre, Notre-Dame de Paris était pleine de fidèles qui étaient indignés de façon correcte. Il est de notre responsabilité d?élus - c?est la raison pour laquelle j?ai déposé cet amendement - de remédier aux tentations ?communautaristes? de nos concitoyens.

Il y a une protestation pacifique qui a été nuancée du cardinal André VINGT-TROIS. Les catholiques sont des Parisiens comme les autres, certains de gauche, certains de droite, d?autres encore sont des centristes. Il est normal que nous lancions ce débat au Conseil de Paris. Et on ne prétend pas avoir raison, mais nous le lançons.

Cet amendement est symbolique et prétend démontrer que l?on peut débattre de cette réalité sociale dans cette enceinte. Une délégation de catholiques, menée par l?acteur Michael LONSDALE et l?humoriste Frigide BARJOT, a pu débattre calmement, sans excès, sans vraiment d?insulte comme on l?a déjà eu ici, avec Jean-Michel RIBES. Nous devons pouvoir faire la même chose. Voilà, je le dis.

Notre v?u est une réponse à cette inquiétude des catholiques, qui est tout aussi légitime que celle qui touche malheureusement et régulièrement pour d?autres raisons les juifs et les musulmans. Je ne sais pas si on peut parler de ?cathophobie? en France. Le mot est probablement excessif.

Je peux comprendre aussi, bien que je n?ai pas rejoint leur signature, la cinquantaine de députés, dont Philippe GOUJON, qui se sont émus de cette question. Je n?ai pas signé mais je les comprends.

Je ne vois pas pourquoi d?ailleurs, on ne pourrait pas s?interroger sur le versement d?importantes subventions à un théâtre qui malmène l?équilibre laïc et l?équilibre de notre pays contre l?obtention d?une large publicité médiatique. Nous sommes pour la liberté de création et nous la défendrons toujours, mais liberté de création ne veut pas dire automaticité des subventions. Moi, cela ne me choque pas que Christophe GIRARD, avec la Commission culture, s?interroge quelquefois sur sa programmation. Ce sont des remarques, mais je trouve qu?il est tout à fait normal qu?au sein du Conseil de Paris on ait un débat sur ce sujet. Comme je l?ai dit, c?est important.

Je crois également au dialogue entre foi et culture. L?exemple des Bernardins est une preuve vivante à Paris. Mais je crois que ce dialogue ne peut avoir lieu que sur la base du respect et non celui de la provocation.

Ce que m?a dit CORBIÈRE, je l?ai écouté avec attention. Je te le dis, c?est intéressant tout ce que tu as dit. C?est une conception que tu défends, on n?est pas d?accord, mais ce que tu as dit est intéressant.

Je trouve que ce v?u a rempli son objet. Je m?en félicite, surtout quand je vois les attaques répétées un peu excessives de certains de nos collègues ?Verts? que je respecte beaucoup. La laïcité, c?est le respect de la foi ou de l?absence de foi, CORBIÈRE, et de chacun, et pas la stigmatisation de telle ou telle croyance.

Voilà. C?était le sens de mon amendement.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à Christophe GIRARD.

Ensuite, je donnerai la parole pour les explications de vote aux différents groupes qui l?ont demandée.

M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Je viens d?apprendre le décès de Roland Dubillard, donc j?ai envie de placer ma réponse sous l?indépendance et l?insolence et la liberté de ton de Roland Dubillard.

Yves POZZO di BORGO, je suis tenté de vous dire, ainsi qu?à tous les conseillers et conseillères de Paris présents lors de cette séance, que d?abord tous les catholiques parisiens ne pratiquent pas leur culte dans l?église dissidente et hors la loi Saint-Nicolas du Chardonnet.

Laissez-moi, je vous ai écouté, je vais vous répondre.

Laissez-moi?

Ecoutez, prenez le temps, réfléchissez, écoutez !

Je ne provoque personne.

Moi, je suis allé voir la pièce. Moi, je suis allé tous les soirs au Théâtre de la Ville et je suis allé au Théâtre du Rond-Point, donc je sais exactement de quoi on parle.

Vous vous faites manipuler !

Il existe de petits groupuscules, dont un qui est en recherche de visibilité et d?existence politique, avec en plus une dissidence du Front national par Bruno GOLLNISCH, qui s?appelle Civitas. N?allez pas rejoindre les rangs de ces groupuscules qui ne recherchent qu?une chose : les caméras, les journalistes et les photographes !

En manifestant, bien évidemment que les médias étaient présents. D?ailleurs, les conseils donnés aux directeurs de théâtre, aussi bien Jean-Michel RIBES qu?Emmanuel DEMARCYMOTA, étaient de répondre au minimum aux questions et aux interviews.

Je me dois de vous dire que les considérants de votre v?u ne sont pas tout à fait exacts, à commencer par le premier : la subvention de la Ville au Théâtre du Rond-Point, théâtre partagé en équité et à égalité par l?Etat, le Ministère de la Culture, Frédéric MITTERRAND, nommé par le Président de la République et François FILLON, la subvention de la Ville au Théâtre du Rond-Point n?est pas de 1.026.562 euros mais de 1.946.875 euros. Voilà, j?aggrave notre cas !

Comme je l?ai écrit en réaction de Pierre LELLOUCHE dans le ?Figaro?, qui ne rate jamais une occasion - cela me rappelle les débats du P.A.C.S. -, du 8 décembre dernier, qui a jugé ?choquant que la Mairie de Paris finance, même indirectement, des spectacles tels que Golgota picnic?. Bien évidemment, Pierre LELLOUCHE n?est venu aucun soir voir la pièce !

Quand on fait un commentaire sur l?argent public, je nous recommande d?étudier le dossier sérieusement. C?est ce que j?ai dit à Pierre LELLOUCHE.

Le Théâtre du Rond-Point est financé, comme je viens de le dire, à parts égales par le ministère de la Culture et la Ville de Paris. Frédéric MITTERRAND, en Ministre de la Culture, n?a pas assisté à la pièce mais est venu à la fin de la pièce samedi soir pour, en effet, apporter son soutien à l?indépendance du Théâtre du Rond-Point.

Pourquoi Pierre LELLOUCHE, comme vous d?une certaine façon, ne vous adressez-vous donc pas à Frédéric MITTERRAND, Ministre de la Culture nommé par Nicolas SARKOZY et François FILLON, Premier Ministre ?

Savez-vous, par ailleurs, que la pièce est donnée dans le cadre du Festival d?Automne ? Festival d?Automne lui-même cofinancé par la Ville et l?Etat. C?est une fois de plus la preuve, me semble-t-il, que les commentaires - et là, je ne vous associe pas dans le commentaire que je vais faire mais il s?adresse à Pierre LELLOUCHE - que les commentaires électoralistes et politiciens sont dommageables, me semble-t-il, à la démocratie et à la crédibilité de ses représentants.

Je ne souhaite même pas commenter les autres considérants car ils me semblent hors sujet. Être élu de la République, c?est défendre, me semble-t-il, l?indépendance programmatique des festivals et des théâtres. Cette liberté de création et cette indépendance sont non négociables.

Ai-je besoin de vous expliquer qu?une ?uvre d?art n?est pas la réalité mais une représentation ? Que ce spectacle est une fiction ? Ai-je besoin de vous rappeler que le délit de blasphème n?existe pas en France ? Le libre accès aux ?uvres, au sens de l?article 27 de la Déclaration universelle des droits de l?Homme, est un droit fondamental pour le public qui doit pouvoir librement voir, juger et critiquer les ?uvres qui appellent la discussion et la réflexion.

Christine BOUTIN, avec laquelle aussi bien Jean-Michel RIBES que moi-même avons échangé, a parlé plusieurs fois de liberté de conscience, valeur à laquelle nous sommes tous très attachés. Mais cette liberté de conscience n?est en rien menacée par la représentation d?une ?uvre de l?esprit dans un théâtre, fût-elle choquante pour tel ou tel. Cette représentation n?est imposée à personne et il est loisible à chacun de se rendre ou pas au Théâtre du Rond-Point pour ne pas risquer de voir sa sensibilité éventuellement blessée.

Une ?uvre est toujours susceptible d?interprétations diverses et nul ne peut, au nom d?une seule interprétation, prétendre intervenir sur le contenu de l??uvre, en demander l?interdiction ou tenter d?empêcher le public d?y accéder, comme le fait cette mouvance minoritaire que j?aimerais que l?on sépare des catholiques, protestants, orthodoxes et autres qui sont venus manifester silencieusement, de cette mouvance minoritaire et intégriste menée par Civitas. Chercher à empêcher les spectateurs d?accéder au théâtre, comme cela a été le cas les premiers soirs des représentations du spectacle de Romeo CASTELLUCCI au Théâtre de la Ville est une violation de ce droit fondamental. La liberté d?expression et la liberté d?accès aux ?uvres sont protégées par la loi et la loi sera respectée et appliquée dans notre pays.

Je remercie d?ailleurs la Préfecture de police, pour avoir vécu presque un mois entier avec nous, aussi bien dans des réunions à la Préfecture de police que tous les soirs avec les équipes et les policiers, les commissaires, tous ceux qui étaient là, non pas pour faire régner une peur mais faire régner l?ordre et le respect de la loi, et permettre au spectacle, Sylvain GAREL, de se tenir dans de bonnes conditions et de protéger non seulement les ?uvres mais les lieux, le patrimoine de la Ville, le patrimoine de la France et les artistes et les directeurs et les équipes des théâtres.

Je le disais, c?est une violation de ce droit fondamental.

La liberté d?expression et la liberté d?accès aux ?uvres sont protégées par la loi. Je vous rappelle l?article 431 alinéa 1 du Code pénal sur lequel nous nous sommes basés pour porter plainte, conjointement avec le Théâtre de la Ville : ?Le fait d?entraver, d?une manière concertée et à l?aide de menaces, l?exercice de la liberté d?expression, du travail, d?association, de réunion ou de manifestation est puni d?un an d?emprisonnement et de 15.000 euros d?amende.?

Bien entendu, le juge est seul juge mais, en tout cas, la loi est claire.

Une interdiction de tel ou tel spectacle ou une baisse de la subvention d?un théâtre en fonction du contenu des pièces qui y sont présentées ne signifient pas autre chose qu?un acte de censure inconcevable en démocratie.

La liberté de création doit être défendue face à toutes les intolérances. C?est pourquoi, avec le Maire de Paris, le ministère de la Culture, la Préfecture de police, ma collègue Myriam EL KHOMRI, nous avons tout mis en ?uvre pour que les représentations prévues aient lieu dans le respect des opinions de chacun et de l?ordre républicain, qu?il s?agisse de la pièce de CASTELLUCCI au Théâtre de la Ville, puis du ?104?, ou maintenant de la pièce de Rodrigo GARCIA au Théâtre du Rond-Point.

Je voudrais également ajouter que les fonds publics, comme vous le savez, à Paris sont également dépensés pour restaurer temples, églises, synagogues, Grande Mosquée de Paris, cathédrales. Les catholiques, les protestants, les orthodoxes, tous ces chrétiens silencieux ne souhaitent pas, je l?ai déjà dit, être associés aux outrances de certains manifestants, ces délinquants qui menacent les acteurs et les metteurs en scène physiquement, jettent des objets, des boules puantes, de l?huile de vidange sur les spectateurs et mettent en danger nos établissements culturels et lieux de liberté.

J?ai vu, figurez-vous, beaucoup de vanité chez certains manifestants, à la recherche de la caméra, du photographe et du journaliste. Un professeur de banlieue, qui accompagnait une école d?une banlieue, qui, en effet, était à la recherche d?une pièce de théâtre et de création, et qui accompagnait sa classe, a été blessé au Théâtre de la Ville. Cela est tout à fait inadmissible !

Si on lie une subvention au contenu d?une pièce, cela me semble être un engrenage infernal. Aujourd?hui, c?est telle pièce qui choque tel groupe de personnes ; demain, ce sera les anciens combattants ou les artistes peintres ou les garçons coiffeurs? et on voit que c?est infaisable. Que proposez-vous ? Que l?on instaure un bureau de contrôle politique qui, au moment de l?attribution de la subvention, vérifiera qu?aucune sensibilité n?est susceptible d?être blessée et on ajuste les moyens ? On voit bien que cette proposition, cher Yves POZZO di BORGO, est intenable et serait la porte ouverte à toutes les dérives.

Par ailleurs, en ce moment, ?Le Vicaire? est donné au Théâtre 14, qui stigmatise en effet la passivité du Pape pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette pièce avait été très violemment prise à partie par des personnes il y a 20 ans. Ce n?est plus le cas aujourd?hui.

Vous voyez, quand j?y suis allé, j?y suis allé deux fois, il y avait dans la salle de nombreux catholiques qui ont trouvé la pièce formidable car elle témoignait de ce qu?ils condamnent eux-mêmes depuis des années.

Alors, ce n?est plus le cas aujourd?hui. Les choses sont évidemment relatives.

Les Centristes - vous êtes au centre des choses, vous êtes pour que les choses soient non une soustraction mais une addition et êtes plutôt consensuels - souhaitent-ils également la diminution des subventions du Théâtre 14, dont la programmation choque certainement certains bigots impénitents ? Nous ne l?accepterons jamais.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Monsieur GIRARD.

Nous allons maintenant passer aux explications de vote demandées par différents groupes, donc je donne la parole à M. GAREL, pour le groupe E.E.L.V.A.

Ensuite, ce sera Mme DOUVIN pour le groupe U.M.P.P.A. et M. BARGETON pour le groupe socialiste.

M. Sylvain GAREL. - Merci, Madame la Maire.

D?abord, je dois dire que j?adhère totalement aux deux excellentes interventions d?Alexis CORBIÈRE et Christophe GIRARD qui, je pense, remettent les pendules à l?heure sur ce dossier.

Mais je voudrais dire ici mon inquiétude, mon extrême inquiétude, quand je vois des groupuscules effectivement comme Civitas, comme les gens de la Fraternité Saint-Pie-X de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui étaient des groupes très marginalisés, qui étaient des groupes très isolés, être aujourd?hui soutenus par des élus de la droite républicaine, que ce soit des gens du nouveau centre, que ce soit effectivement comme la pétition qui a été signée par Philippe GOUJON, Bernard DEBRÉ, pour ne parler que de deux élus de notre assemblée, mais aussi par 50 autres parlementaires de l?U.M.P.

Écoutez, ce sont des soutiens à l?action de Civitas ! Écoutez, vous reprenez? si, bien sûr, ce sont des actions à Civitas !

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Calmez-vous, Monsieur DUBUS !

M. Sylvain GAREL. - Je ne vous ai pas interrompu !

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Calmez-vous ! On laisse parler chacun des orateurs sur cette matière un peu sensible.

M. Sylvain GAREL. - J?ai lu la pétition et le v?u présentés par le Nouveau centre. C?est une drôle de conception du Centre de présenter cela, ou alors c?est le Centre de l?extrême droite parce que c?est quand même au c?ur de l?extrême droite que ces idées sont nées et sont développées.

Je dois dire que je suis très, très inquiet de voir cela aujourd?hui parce qu?il y a eu un passé pas si lointain que ça, un moment où la droite d?autres pays a rejoint l?extrême droite, et on sait comment ça s?est terminé : on commence par couper des subventions ; on finit par brûler des livres et ensuite, cela peut aller beaucoup plus loin.

Je vous remercie.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Pour les explications de vote du groupe U.M.P.P.A., Madame DOUVIN, vous avez la parole.

Calmez-vous, Monsieur DUBUS, je vous en prie : c?est bientôt le déjeuner?

Mme DOUVIN elle seule a la parole, s?il vous plaît !

M. Jérôme DUBUS. - Toi, l?avocaillon, la ferme !

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Monsieur DUBUS, je vous demande de vous calmer et surtout, de retirer ce que vous venez de dire parce que franchement, ce n?est pas à la hauteur, excusez-moi. Ce n?est franchement pas à la hauteur, Monsieur DUBUS.

M. Jérôme DUBUS. - Je ne retire rien.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Excusez-moi : je trouve cela insultant pour mon collègue, vraiment, il n?y a pas de raison d?être traité comme cela. Franchement !

M. Jérôme DUBUS. - Je n?ai rien à retirer ! C?est lui qui a commencé !

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Suspension de séance de deux minutes demandée par le groupe socialiste.

Excusez-moi, Madame DOUVIN.