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Decembre 2011
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15 - 2011, DASES 602 G - Subvention et convention (8.300 euros) avec l'association "SAFE" (15e).

Débat/ Conseil général/ Décembre 2011

15 - 2011, DASES 602 G - Subvention et convention (8.300 euros) avec l'association "SAFE" (15e).

 

M. Christian SAUTTER, président. - Nous passons maintenant au projet de délibération DASES 602 G.

Il s'agit d'une subvention de 8.300 euros à l'association "SAFE", dans le 15e arrondissement.

M. Pascal CHERKI souhaite intervenir brièvement. Je lui donne la parole.

M. Pascal CHERKI. - Oui, pour nous féliciter et remercier le Département de Paris de rentrer dans ce dispositif, qui est constitué d'une subvention donnée à une association pour engager une mission de préfiguration visant à terme à engager une action de longue haleine et d'ampleur dans la prison de la Santé, pour la prévention de la toxicomanie.

L?élément phare en serait l'installation d'un distributeur de seringues, si j'ai bien compris, au sein de la prison de la Santé. C'est bien connu : en prison, il n'y a pas de drogue ; et c'est bien connu aussi : en prison, tous les prisonniers peuvent préparer leur réinsertion. Il n'y a qu'à voir comme quoi le taux de récidive baisse à l'issue de la sortie de prison.

Tout cela est une vue de l'esprit, et je pense que c'est une bonne méthode que de vouloir ne pas nier les problèmes mais les affronter. Il y a de la toxicomanie en prison. Il n?y a, non pas une réduction, mais une augmentation des risques sur la santé des détenus, et je pense que c'est une bonne chose que le Département de Paris essaie de faire évoluer l'administration pénitentiaire.

Certes, cela va bousculer des habitudes ; certes, cela va peut-être aussi pointer du doigt un certain nombre de lacunes et de décalages entre les objectifs affichés par l'institution pénitentiaire et la réalité de la pratique dans les prisons, mais moi, je préfère que l'on fasse évoluer les institutions publiques dans le sens de la santé et de la sécurité des prisonniers, qui doivent être traités comme des citoyens à part entière, nonobstant leur privation de liberté, plutôt que l'on fasse la politique de l'autruche et qu'on se retrouve avec une multiplication des risques.

C'est une mission de préfiguration ; c'est un travail qu'on fait en amont ; j'espère que l?administration pénitentiaire acceptera d'évoluer très rapidement sinon, je souhaite qu'en 2012 les mentalités puissent évoluer et qu'on puisse le faire.

Je terminerai en disant que c'est aussi l'occasion de manifester notre volonté de faire en sorte que la prison de la Santé puisse devenir une prison, une vraie prison. Je pense qu?à terme, il y a tout un projet à revoir dans cette prison qui n'est plus moderne, afin qu'elle ne soit plus obsolète. Autant il faut une prison dans la ville - comme maire du 14e arrondissement, je trouve ça tout à fait bien qu?il y ait une prison dans le 14e arrondissement -, mais pas celle-là, pas dans les conditions de détention que subissent les prisonniers, qui ne sont vraiment pas adaptées à ce que l'on doit attendre d'une prison moderne qui devrait préparer la réinsertion.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur CHERKI.

Monsieur LE GUEN, quelques commentaires. Vous avez la parole.

M. Jean-Marie LE GUEN, au nom de la 6e Commission. - M. Pascal CHERKI a dit et présenté ce dossier, qui vise à subventionner une association de préfiguration de ce que pourrait être effectivement, et comment fonctionnerait un échangeur de seringues dans notre prison parisienne, à savoir la Santé. Il en a dit toutes les raisons.

Les raisons sont très simples et très fortes. Aujourd'hui, comme je le faisais sur un sujet précédent, l'objectif fondamental de la lutte contre l'épidémie de Sida consiste à mettre en ?uvre une politique de réduction des risques et d'autre part, un dépistage le plus précoce.

Réduction des risques. Dans tous les domaines, de façon très pragmatique, nous sommes volontaires. De la même façon que nous l'avons été pour les salles de consommation à moindre risque, car nous pensons que c'est le moyen, effectivement, de diminuer les risques, nous savons, nous avons pris conscience avec les enquêtes qui ont été faites aujourd'hui par les différents organismes chargés de surveiller la toxicomanie dans ce pays, qu'il y avait effectivement, d'abord, un taux de toxicomanes enfermés en prison pour des raisons de toxicomanie tout à fait considérable, lié en partie d'ailleurs au renforcement de la politique pénale.

Mais ceci n'amène absolument pas, évidemment, une diminution, malheureusement, de la consommation de drogue à l?intérieur même des murs de la prison.

De ce point de vue, cela nous interpelle, comment est-il possible de prétendre faire en sorte que, dans la vie quotidienne, dans nos quartiers, on puisse garantir par la répression le fait que les jeunes, d'autres peut-être mais singulièrement les jeunes, puissent être jamais en contact avec la drogue, alors même que dans le lieu le plus fermé de la société française, le plus protégé où la répression s'exprime de la façon la plus ferme, des jeunes, des moins jeunes sont confrontés au problème de la toxicomanie ?

C'est quelque chose qui nous interpelle quand même profondément et qui devrait faire réfléchir ceux qui n'ont, comme idée dans la tête, que de mettre un mur entre la drogue et les jeunes, sachant que nous pensons, nous, qu'il faut apprendre à toutes les personnes, et à tous les jeunes évidemment, à se défendre, à se prévenir, contre les addictions et les comportements à risque, ce qui n'est pas la même approche.

Nous sommes derrière les murs de ces prisons et il y a de la drogue. Et derrière cette drogue, il y a des pratiques, qui sont celles qui ont été évacuées dans la société française il y a quelques années, c'est-à-dire des injections avec le partage des seringues. Et ceci se fait évidemment dans des conditions sanitaires absolument abominables, au sens où les personnes qui s'injectent sont parfois porteurs du VIH. Etant donné les circonstances de l'enfermement, il est souvent très difficile pour des personnes qui pourraient se savoir infectées de le faire savoir, de le faire reconnaître, d'accepter cette idée. Il y a donc une dissimulation encore plus forte, puisque la stigmatisation est très forte.

Donc les risques de contamination sont encore plus forts quand on s'aperçoit qu'il y a un certain nombre de pratiques qui se développent, c'est-à-dire la multi injection, comme cela pouvait exister dans la rue il y a vingt ou vingt-cinq ans avant qu?on ne mette en place les échangeurs de seringues, avant qu?on ne mette en place les politiques de réduction des risques.

Face à cela, l'indication - j'allais dire en matière de santé publique - est évidente : il faut ne pas nier les problèmes mais mettre en place des systèmes de réduction des risques, qui ont fait leur preuve à l'extérieur, à savoir des échangeurs de seringues, qui ne posent pas en soi des problèmes, en tout cas éthiques, philosophiques par rapport à la problématique de l'incarcération ou de la réduction des risques, mais simplement qui posent sans aucun doute peut-être un certain nombre de problèmes techniques.

Mais je ne crois pas que ces problèmes techniques soient impossibles à surmonter. En tout état de cause, lorsque nous défendons la santé de ces personnes, nous avons le sentiment que nous nous protégeons tous, en quelque sorte, parce que ces personnes, un jour ou l'autre, seront sorties de cette prison, seront dans la société et, infectées, elles représentent un risque pour l'ensemble de la population.

Donc nous avons à c?ur évidemment d'éviter des infections après des injections dans les prisons pour les personnes concernées, mais nous avons à c?ur aussi de défendre la santé publique. C'est pourquoi, faute pour l'instant d'une volonté gouvernementale, nous mettons en place des procédures qui visent à faire en sorte que, dès que le Gouvernement aura changé au moins de position, nous aurons la capacité, nous, en tant que Ville de Paris, à faire évoluer et avancer cette politique de réduction des risques.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur LE GUEN.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 602 G.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2011, DASES 602 G).