Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Septembre 2005
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2005, DPJEV 83 - Autorisation à M. le Maire de Paris, de signer avec l’association “Leroy sème” la convention d’occupation et d’usages mettant à la disposition de l’association 2 parcelles de terrain situées 1, 2, 2 bis et 8 cité Leroy (20e) pour y établir un jardin partagé.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2005


 

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Nous examinons le projet de délibération DPJEV 83. Ce projet concerne une autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec l?association ?Leroy sème?, la convention d?occupation et d?usages mettant à la disposition de l?association deux parcelles de terrain dans le 20e arrondissement.

Vous avez la parole, Madame GÉGOUT.

Mme Catherine GÉGOUT. - Merci, Madame la Maire.

Nous avons deux projets de délibération qui concernent des conventions d?occupation et d?usage mettant à disposition des terrains de la Ville à titre précaire et révocable, en vue d?y établir des jardins partagés.

On peut se réjouir du succès des jardins partagés dans Paris qui se trouvent au croisement d?un besoin typiquement citadin de voir se développer des espaces végétalisés d?une part, et d?autre part des mouvements qui se dessinent depuis quelques années autour des formes de réinvestissement des liens de voisinage, de recherche de convivialité informelle, de curiosité de l?autre, d?envie de faire des choses ensemble et aussi on peut se réjouir du fait que le rapport à la nature ou à la végétation soit de plus en plus reconnu comme constitutif d?une intelligence de soi-même et de l?autre et du monde.

D?ailleurs, nous nous réjouissons du programme de développement des jardins pédagogiques dans les écoles et dans tout projet d?école nouvelle, cette dimension est introduite.

D?autre part, nous nous félicitons aussi du fait que les rencontres intergénérationnelles soient de nouveau comprises comme une richesse pour les enfants, les adultes et les aînés. Et aussi de la place croissante, même si elle est encore bien trop faible, que prennent l?initiative populaire et l?éclosion des projets dans la ville. Et tout cela s?assortit de la reconnaissance de la fête et du plaisir comme vecteur du lien social.

Ces projets de délibération nous font réfléchir sur l?affaire du jardin solidaire dans le quartier Réunion dans le 20e arrondissement qui vient d?être fermé, avec toutes les questions que cette expérience a soulevé. Je souhaitais faire quelques remarques pour essayer d?en tirer quelques enseignements qui pourraient pour l?avenir nous aider.

 

En fait, la question, c?est comment rendre possible une utilisation temporaire des terrains en friches qui ne soit pas en contradiction avec les projets d?aménagement visés pour ces terrains.

Les conflits et les déceptions autour de cette affaire du jardin solidaire sont le résultat d?une situation en fait que personne n?a pensé, qui n?a pas été planifiée, organisée suffisamment en amont. Un investissement désordonné sans concertation suffisante a occasionné des mécontentements de part et d?autre. Finalement un gâchis d?énergie et de confiance. Puisque finalement, ce jardin était un lieu tout à fait remarquable de convivialité, de lien social, un lieu que nous aurions soutenu très volontiers, que nous aurions contribué à pérenniser très volontiers s?il n?était pas venu percuter de plein fouet le projet de gymnase qui était attendu depuis longtemps. Nous avons d?ailleurs pris position nous-mêmes dans ce conflit.

Donc, une affaire douloureuse avec des responsabilités partagées. Or le problème posé par ce jardin va se reposer ailleurs. D?abord parce que la Ville bouge : on démolit, on construit, on aménage ensuite pour les raisons que nos avons vues. Des nouvelles formes d?appréhension de la Ville, de la sociabilité se développent. Nous ne souhaitons pas y faire obstacle, nous les encourageons, mais ces situations vont se reproduire. Il serait dommage que des terrains destinés à des constructions dont les délais peuvent impliquer plusieurs années de friche restent sans usage dans une ville où l?espace manque.

Par ailleurs, il n?est pas envisageable de remettre en cause les aménagements auxquels ces terrains sont destinés qui sont définis comme étant d?intérêt général et qui prennent un certain temps à se réaliser.

Ce type d?équation n?est pas insoluble mais ce n?est pas pour autant un problème simple et il mérite que l?on s?y attache. Dans ce domaine, je pense que le manque de règles entrave la créativité des projet, frustre les initiatives populaires, prive les résidents d?animation heureuse ou originale, fait se heurter des entités qui pourraient être des partenaires et divise des populations qu?on voudrait solidaires, génère des complications, des procédures, etc.

Ce qui est en question, c?est bien l?usage qui est fait de la ville, par qui, à quelles échelles de temps, sur quels espaces ? C?est la question du partage de la ville, du jeu des usages temporaires et des projets durables, c?est aussi le jeu entre ce qui est planifiable, ce qui est cadré et en même temps, une liberté d?utilisation aussi nécessaire, la question des frontières public-privé, spontané-institutionnel, sauvage-structuré, végétal-urbain, mobile-statique, etc.

Il n?y a pas de réponse toute faite mais il vaut sans doute la peine d?avoir une réflexion sur la manière de permettre à ces temporalités, à ces espaces de cohabiter, de faire bouger leur frontières même sur des durées limitées. En fixant des règles pour cela, il conviendrait de définir les natures d?activités qui soient admises à titre temporaire sur les terrains en friches et moyennant quelles conditions.

Aussi, je souhaiterais qu?un groupe de travail spécifique soit mis en place sur ce sujet précis pour ne pas risquer de se retrouver dans une situation où chaque fois que des gens se mettent à investir un lieu disponible, on n?ait pas d?autres solutions que de les en chasser par la force.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Merci, Madame GÉGOUT.

Monsieur CONTASSOT, vous avez la parole.

M. Yves CONTASSOT, adjoint, au nom de la 4eCommission. - Madame GÉGOUT, vous soulevez deux questions qui sont pas tout à fait de même nature. D?une part, la question des jardins partagés, et d?autre part la question des jardins éphémères.

Mme Catherine GÉGOUT. - Oui, c?était un prétexte.

M. Yves CONTASSOT, adjoint, rapporteur. - Je voudrais que l?on fasse bien la part des choses. Malgré ce que j?ai entendu de la part d?une maire d?arrondissent ce week-end qui prétendait avoir inventé les jardins partagés, sous l?ancienne mandature, je regrette que cela n?existait pas en 2001 et heureusement nous les avons réellement mis en place.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Il n?y avait rien avant, alors !

M. Yves CONTASSOT, adjoint, rapporteur. - Ecoutez, vous me direz, Monsieur LEGARET, où il y avait des jardins partagés à Paris. Vous me le direz, je suis tout prêt à reconnaître si vous m?en trouvez un seul qui existait sous forme de jardin partagé.

En revanche, et vous avez raison de souligner la spécificité des jardins éphémères. Le dossier sur lequel nous travaillons, comme d?ailleurs tous les projets de délibération que nous votons aujourd?hui, concerne des jardins pérennes et pas des jardins éphémères.

Vous dites la Ville bouge. On ne peut pas laisser des friches pendant des années en l?état. Et vous dites que l?absence de règles crée des difficultés. Je voudrais vous dire qu?en matière de jardin éphémère, il y a des règles écrites et extrêmement précises. Quand nous signons une convention avec une association qui met à disposition un terrain pour faire un jardin éphémère, la règle du jeu est parfaitement écrite, les échéances sont fixées. Je prends particulièrement le soin de recevoir les associations pour expliquer que cette règle ne sera pas remise en cause et qu?il n?y aura pas de possibilité de différer l?échéance pour la libération des terrains.

En revanche, ce qui est difficile pour celles et ceux qui travaillent et qui font du bon boulot sur ces jardins, et tout particulièrement dans le jardin solidaire, il faut le souligner, c?est d?accepter l?idée de l?échéance, comme si au bout d?un moment les projets de la Ville pouvaient être mis en cause grâce à la qualité du travail effectué. Mais ça ne se passe pas comme ça. Et sur les deux jardins qui sont arrivés à échéance, la cour du Maroc pour un cirque ou le jardin solidaire dans le 20e arrondissement, il n?y a pas eu besoin de recourir à la force pour libérer les jardins. Cela s?est fait, certes, avec des difficultés psychologiques que je comprends, mais en même temps avec un vrai travail en commun. Et par exemple sur le jardin solidaire, c?est l?association avec la Direction des Parcs et Jardins qui a établit le plan d?enlèvement des végétaux et fait le choix des lieux où ils seraient transplantés, et cela se passe très bien.

Les échéances ont été scrupuleusement respectées de la part de l?association, il faut le dire. Et je crois que c?est une des conditions pour que l?on puisse continuer à avoir des occupations de friches ici ou là dans Paris, car si cette règle n?était pas respectée, cela remettrait en cause l?ensemble de ce que l?on appelle les baux de confiance dans notre jargon ou la capacité de mettre à disposition des terrains éphémères.

 

Mais globalement, je considère que même si c?est compliqué psychologiquement, les relations que l?on a pu nouer avec ces associations font que in fine on arrive quand même à trouver des bonnes solutions.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Mme Catherine GÉGOUT demande la parole pour une explication de vote.

Mme Catherine GÉGOUT. - C?est juste parce que je me suis sûrement très mal exprimée. Je ne voudrais pas qu?à l?avenir on interdise l?accès par la force. Mais, pour le jardin solidaire, ce n?est pas du tout ce qui c?est passé.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DPJEV 83.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2005, DPJEV 83).