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Octobre 2002
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Conseil Général
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7 - 2002, ASES 171 G - Subvention à l'association "Suicide écoute" (14e). - Montant : 3.049 euros

Débat/ Conseil général/ Octobre 2002


M. Christian SAUTTER, président. - Nous passons au projet de délibération ASES 171 G, qui est page 6 de l'ordre du jour. Il traite d'une subvention à l'association "Suicide écoute" dans le 14e arrondissement. Son montant est de 3.049 euros.
Mme Véronique DUBARRY souhaite intervenir et M. LHOSTIS lui répondra.
Mme Véronique DUBARRY. - Le suicide fait près de 11.000 morts par an et il y a près de 160.000 tentatives de suicide. C'est, après la route, la deuxième cause de mortalité dans la tranche d'âge 15-24 et la première cause de mortalité chez les 25-34 ans, le taux de suicide chez cette tranche d'âge ayant quadruplé ces dernières années. Pour les personnes âgées, ce taux augmente de façon inquiétante avec près de 3.000 morts en 1999 chez les plus de 65 ans.
Malgré ces chiffres, le suicide et la tentative de suicide restent encore des sujets tabous. Si le suicide pose la question du libre arbitre et de la dignité de chacun d'entre nous, il pose aussi la question du traitement de la souffrance mentale et sociale et la réponse que la société y apporte.
Le geste suicidaire révèle cette souffrance et personne ne peut se résigner à ce qu'un être humain envisage de se donner la mort, c'est un déni de solidarité et de cohésion sociale.
Ainsi la prévention du suicide n'est pas seulement une question médico-sociale, elle concerne la société dans son ensemble, elle renvoie à ce que nous faisons de notre société, de notre capacité à vivre ensemble, à entendre les souffrances engendrées par une société de plus en plus dure. Ce n'est pas un hasard si le taux de suicide chez les adultes a particulièrement progressé ; la privation d'emploi notamment plonge l'individu dans le désarroi, la perte d'estime de soi et l'isolement.
Certaines conduites, comme la toxicomanie ou les passages à l'acte violent, que notre société désigne comme vectrices d'insécurité sont souvent des révélateurs de ces souffrances et par-là même soulignent leur manque de prise en charge sociale ou psychologique.
Le suicide nous renvoie à des questions sociétales telles que le travail ou le non-travail, l'isolement social et affectif, les discriminations, la précarisation, etc.
Oui, il faut prévenir en aidant les associations, comme nous le propose ce projet de délibération, associations qui agissent quotidiennement auprès de tous les publics. Mais allons plus loin, acceptons de voir ce que nous aimerions cacher, parlons de ces souffrances engendrées par notre société, de ces jeunes qui ne trouvent plus leur place, de ces adultes qui n'arrivent plus à trouver de sens à leur vie, de ces personnes âgées seules face à la souffrance et à la mort...
Prévenir c'est agir sur différents fronts : l'aide aux associations qui favorisent l'écoute et la prise en charge psychologique ; la réflexion sur la création de nouveaux lieux d'écoute, là où la souffrance se révèle, écoles ou A.N.P.E., Centres d'action sociale, etc. Il s'agit aussi de redéployer les moyens de la psychiatrie à Paris, qui a perdu, rappelons-le, une grande part de ses moyens en cinq ans, ce qui permettrait une amélioration du suivi des personnes en crise ou ayant déjà fait une tentative de suicide, la récidive étant particulièrement importante au cours de douze mois suivant la première tentative. Et enfin pour les plus âgés, la création de cellules de prévention du suicide en gérontologie à l'image de celle créée à Bourg-en-Bresse.
Il faut également s'attaquer aux causes en favorisant le développement de la mise en réseau des différents intervenants (travailleurs sociaux, associatifs bénévoles ou professionnels, psychologues ou psychiatres) et de la prise en charge psychologique auprès des plus démunis en s'inspirant du travail effectué par les "Equipes mobiles psychosociales de jour" et, afin de rompre l'isolement, en favorisant les actions intergénérationnelles en promouvant la transmission des savoirs.
Nous nous félicitons que la Ville annonce dans son budget primitif de fonctionnement le lancement d'une campagne de prévention du suicide chez les jeunes, mais la prévention du suicide doit aller au-delà de cette tranche d'âge. La prévention du suicide doit être affichée clairement comme une priorité départementale dans le cadre de la prise en compte des conduites à risques. En février prochain se tiendront les Journées nationales annuelles de la prévention du suicide, nous espérons que Paris sera l'un des partenaires privilégiés de cet événement.
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame DUBARRY.
M. LHOSTIS a la parole pour vous répondre.
M. Alain LHOSTIS, au nom de la 6e Commission. - Monsieur le Président, Madame la Conseillère, c'est peu de dire que je partage pour l'essentiel, même pour la quasi-totalité, vos propos.
D'abord sur le constat, bien évidemment vous avez souligné que nous nous sommes engagés dans une approche de soutien aux associations, pas seulement à celle dont il est question aujourd'hui, mais à d'autres.
Vous avez soulevé ensuite un certain nombre de problématiques en matière de santé mentale, bien que vous le savez, je crois qu'on y reviendra plus tard dans le débat, cette question ne soit pas du ressort de la Ville ou du Département. Ceci étant, j'ai décidé de proposer l'organisation d'une rencontre parisienne de santé mentale, le 29 janvier prochain. Plusieurs groupes de travail préparent cette journée et évidemment nous essaierons d'aborder le maximum des aspects dont vous parlez. Le fait de faire se rencontrer dans un dispositif comme celui-ci un certain nombre, même la quasi-totalité des intervenants de ce secteur, permettra à la fois de croiser les expériences, peut-être d'aider à esquisser ou à conforter les réseaux que vous appelez de vos v?ux.
Bien évidemment pour ce qui concerne les questions du suicide, toutes les initiatives, la Ville en sera évidemment partenaire et nous avancerons dans ce domaine. Donc tout à fait d'accord avec vos remarques, mais je crois qu'il faut vraiment souligner avec force que cette question de la santé mentale doit être prise dans toutes ses dimensions par les pouvoirs publics et que l'initiative que nous prenons n'est pas une initiative dirigée contre quelques personnes ou activités déjà exercées, mais pour permettre les rencontres qui n'existent pas aujourd'hui et ce dont se plaignent la plupart des intervenants de ce secteur. Nous espérons que cette première journée puisse - c'est une première, cela n'a jamais existé - sous l'initiative de la Ville de Paris, permettre un croisement des expériences.
M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur LHOSTIS.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 171 G.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Le projet de délibération est adopté. (2002, ASES 171 G).