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Mars 2012
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10 - 2012, II - Question d’actualité posée par le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche, à M. le Préfet de police, relative à la manifestation des ouvriers de l’usine ArcelorMittal de Florange, dans le 15e arrondissement de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2012

10 - 2012, II - Question d?actualité posée par le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche, à M. le Préfet de police, relative à la manifestation des ouvriers de l?usine ArcelorMittal de Florange, dans le 15e arrondissement de Paris.

 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur BROSSAT, vous avez la parole.

M. Ian BROSSAT. - Monsieur le Préfet, jeudi 15 mars, en milieu de journée, une délégation d?ouvriers de l?usine ArcelorMittal de Florange s?est rendue dans le 15e arrondissement, à proximité du quartier général de campagne de Nicolas SARKOZY.

Ces salariés ont voulu aller à la rencontre du candidat U.M.P. à l?élection présidentielle. Nous avons tous vu les images, tous lu les reportages sur les échauffourées entre cette délégation et les C.R.S., ainsi que l?usage pour le moins brutal de gaz lacrymogènes par les forces de l?ordre.

Nous voulons aujourd?hui connaître le déroulement des faits, car nous ne comprenons pas les événements qui se sont produits.

Partis le matin de Lorraine, dans des cars affrétés par l?intersyndicale, ces 200 travailleurs étaient annoncés depuis longtemps. Depuis plusieurs mois, ils témoignaient des difficultés de la sidérurgie française. Ces dernières semaines, les soutiens de personnalités politiques et culturelles ont afflué.

Ces ouvriers souhaitaient dire haut et fort leurs inquiétudes, ils ont prévenu et ils sont venus.

C?est un ensemble de représentants légitimes qui ont décidé de cette démarche. Ce ne sont pas des casseurs, ce sont des travailleurs. A leur arrivée à Paris, pourtant, comme cela a été rapporté par la presse, ils ont été encadrés par les C.R.S.

Comment est-il possible que, quelques minutes plus tard, on réponde par la fumée du gaz lacrymogène, quel était le danger ?

Le Président de la République n?était courageusement pas présent, les manifestants manifestaient, les journalistes assistaient à la scène, rien d?exceptionnel donc qui justifie ce déploiement de force policière.

Le dialogue social est-il à ce point en panne dans notre pays que l?on déploie tant de grands moyens pour 200 ouvriers qui n?ont même pas rencontré Nicolas SARKOZY ?

Les forces de l?ordre ont-elles senti un tel danger qu?il a fallu refroidir aussi énergiquement une intersyndicale ?

Les images sont frappantes. Nous voudrions savoir, Monsieur le Préfet, les raisons de ce qui s?est produit ce jour-là. Nous voudrions connaître les instructions, la feuille de route des forces de l?ordre.

Nous voudrions surtout savoir quelles sont les mesures que vous comptez prendre pour que de telles situations ne se reproduisent pas.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. le Préfet de police et lui seul !

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les conseillers, Monsieur le Président.

Dans la gestion des événements de voie publique qui se déroulent à Paris, la Préfecture de police s?efforce de concilier au mieux le respect de la liberté de manifestation, qui est protégée par la Constitution et garantie par la Convention européenne des droits de l?homme, avec les impératifs de sécurité et d?ordre public.

L?an dernier, dans ce cadre juridique libéral (j?ai d?ailleurs eu l?occasion de le dire à cette Assemblée), les fonctionnaires de la Préfecture de police ont garanti le droit de manifester à Paris dans des proportions inédites, avec une très forte augmentation du nombre de manifestations. Il y a eu l?année dernière 3.655 manifestations à Paris, c?est-à-dire qu?il y en a 10 par jour, en moyenne, ce qui traduisait l?année dernière une progression de 25 %.

Dans ce même temps, j?ai été amené à interdire trois manifestations, ce qui, quelquefois, me fait un peu sourire quand j?entends parler du caractère liberticide des forces de police à Paris.

Samedi 10 mars, pour prendre une journée au hasard, ce ne sont pas moins de 21 événements revendicatifs qui se sont tenus à Paris.

Pour préparer et encadrer ces nombreuses manifestations, la Préfecture de police a acquis un savoir-faire incontesté qui trouve à s?exprimer depuis le moment où un projet de rassemblement est porté à notre connaissance.

C?est la phase de la déclaration préalable, expressément prévue par le législateur, jusqu?à la mise en place du service de sécurité adapté le jour de l?événement.

Alors, pour ce qui concerne la manifestation, pour répondre très précisément à votre question, Monsieur le Président, la manifestation sur laquelle vous m?interrogez, les premiers contacts entre l?organisateur et la Direction de l?Ordre public et de la Circulation sont intervenus à notre initiative, car peut-être, effectivement, ces responsables syndicaux ne sont pas habitués à travailler à Paris.

C?est donc à l?initiative de la P.P., le jeudi 14 mars, en début de soirée, soit la veille du déplacement à Paris des salariés d?ArcelorMittal que les contacts ont été pris.

Au cours de ces échanges, la Préfecture de police a fait savoir aux organisateurs qu?elle prenait acte de leur projet de déplacement, qu?ils n?avaient d?ailleurs pas déclaré, tout en leur signifiant clairement que le rassemblement ne pourrait pas se tenir devant le siège de campagne du candidat.

Afin que la manifestation se déroule malgré tout dans les meilleures conditions - ce qui explique d?ailleurs que nous avons accompagné dès le péage, comme cela se fait quelquefois, les salariés en question -, il a été convenu qu?un rassemblement se ferait à proximité immédiate du siège, sur un lieu précédemment signalé.

Dès leur arrivée sur ces lieux, les manifestants ont remis en cause ce lieu retenu pour le rassemblement. Durant quelques minutes, ils ont tenté de forcer le barrage policier mis en place. Les forces de l?ordre ont alors réagi pour empêcher les manifestants de venir au droit du siège de campagne, conformément à ce qui leur avait été indiqué.

Alors que les manifestants faisaient usage d?engins détonants et de fumigènes rouges (c?est d?ailleurs pour cela que l?on a vu notamment des images avec beaucoup de fumée), les forces de l?ordre ont alors adopté une réaction proportionnée pour éviter que le barrage ne soit forcé, ne faisant en particulier usage que d?un diffuseur lacrymogène à main à une seule reprise.

Devant l?évolution de la situation, j?ai demandé à mon directeur de cabinet de se rendre sur place. Il a pris contact avec les représentants des manifestants et il leur a rappelé que le candidat qu?ils souhaitaient rencontrer n?était pas là, mais qu?un rendez-vous était prévu pour le lundi suivant.

Après quelques minutes de tension de la part des manifestants, le reste de la démonstration s?est poursuivi dans le calme, avec l?accompagnement de la police, notamment il avait été prévu la veille que ce cortège se déplacerait à la Tour Eiffel et c?est ce que nous avons fait et, durant toute la journée, les choses se sont bien passées, sans que l?on ait à déplorer aucun blessé.

Je trouve pour ma part, par rapport à ce qu?est le travail de la police, que la mise en cause qui a été quelquefois faite dans cette affaire, sur le plan technique, est tout à fait injustifiée.

D?ailleurs, je signale, Monsieur le Président, que la formation politique à laquelle vous appartenez a organisé, me semble-t-il, hier, une manifestation depuis la place de la Nation vers la place de la Bastille.

Contactés plusieurs semaines avant l?événement dans le cadre d?une déclaration en bonne et due forme, les services vous ont fait connaître, dans le cadre de notre habituel dialogue technique avec les organisateurs de manifestation, les mesures de sécurité à observer. Je note ainsi que ce rassemblement s?est parfaitement bien passé, sans qu?il y ait d?ailleurs de décompte de la police.

Le professionnalisme des fonctionnaires de police et leur engagement au service du droit de manifester repose à Paris sur une longue expérience et une pratique quotidienne, parce que, dans cette affaire, j?ai eu l?occasion de le dire très récemment, ce que moi, j?ai à vérifier, c?est l?engagement professionnel des forces de police.

Si je respecte parfaitement la légitimité du débat public et des critiques qui peuvent nous être adressées en démocratie, il m?est par contre arrivé de ressentir de l?indignation, moi aussi, face aux mises en cause de notre travail et de notre institution.

Souvenons-nous par exemple de ceux qui croyaient reconnaître, sous les traits d?un casseur en pleine action, un fonctionnaire de police en civil en marge des manifestations relatives à la réforme des retraites.

Grâce à un minutieux travail d?investigation, le délinquant en question a été identifié, interpellé et poursuivi. Son procès s?ouvrira mercredi. Inutile de dire qu?il n?avait strictement rien à voir avec l?institution policière.

A l?époque, un responsable politique proche de votre groupe avait indiqué que les policiers avaient reçu, je cite : ?des consignes pour infiltrer les manifestants et jeter les pierres?.

C?est l?institution policière que je défends. Il ne m?appartient pas de faire de la politique.

Interrogé alors, le même responsable avait indiqué qu?il s?excuserait s?il s?était trompé et, dans cet exemple que je viens de citer, il semble bien que l?erreur étant constituée, nous attendons les excuses.

Voilà ce que je voulais dire, Monsieur le Président.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous voulez rajouter un mot, Monsieur BROSSAT ?

M. Ian BROSSAT. - Un mot...

M. LE MAIRE DE PARIS. - Allons, s?il vous plaît !

M. Ian BROSSAT. - Quelques mots rapides. D?ailleurs je constate que, pour quelqu?un qui ne fait pas de politique, vous en faites plutôt bien et vous êtes d?ailleurs plutôt bien accueilli par certains bancs de cette Assemblée.

Je voulais simplement faire deux remarques.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous ne vous rendez pas compte que ce que vous faites est très contreproductif. Un haut fonctionnaire est interrogé, laissez-le répondre. De quoi vous mêlez-vous ? Je suis désolé, faites ce que vous voulez mais je trouve cela contreproductif.

Alors Ian BROSSAT.

Et peut-être révélateur alors !

M. Ian BROSSAT. - Si vous permettez, mais manifestement vous avez un problème avec l?expression pluraliste de l?ensemble des groupes dans cette enceinte, ma première remarque, tout simplement, c?est qu?il reste un fait et je ne comprends toujours pas les raisons du traitement qu?ont subi les salariés d?ArcelorMittal qui n?avaient rien de casseurs et qui étaient simplement des travailleurs qui venaient revendiquer un certain nombre de choses, devant effectivement le QG d?un candidat à la Présidence de la République.

La deuxième remarque que je voudrais faire, si vous me permettez là aussi, c?est qu?effectivement le groupe auquel j?appartiens participait à une manifestation hier entre Nation et la place de la Bastille qui s?est fort bien déroulée. Je vous le dis simplement au passage, vu le monde qu?il y avait, vous auriez eu un peu de mal à l?interdire !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je ne pense pas qu?il en ait été question. Ecoutez !

Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Là je souhaite répondre, parce qu?avec les chiffres que j?ai donnés, j?ai le plus grand respect, et je comprends parfaitement la période dans laquelle nous sommes. J?ai été attaqué de façon très injuste au cours des dernières semaines dans des affaires pour lesquelles je ne suis pas concerné, je n?étais pas Préfet de police à l?époque.

Donc, je considère qu?il y a aussi des questions de personne et je n?ai jamais eu l?intention d?interdire la manifestation hier. Par contre, j?ai pris une mesure, pour la première fois peut-être dans l?histoire de Paris, c?est que j?ai souhaité qu?il n?y ait pas de décompte par les Renseignements généraux, parce que les Renseignements généraux ne doivent pas suivre la vie politique.

Alors, je remercie d?ailleurs M. le Maire de Paris. Je remercie M. le Maire de Paris de m?avoir qualifié de haut fonctionnaire. Un haut fonctionnaire est quelqu?un qui respecte la démocratie au cours des temps.

Puisque l?on dit aussi un certain nombre de choses que je lis, il est normal que les gouvernements changent des personnes. Voilà. Mais quand on donne comme motivation des engagements et autres, je trouve que ce n?est pas convenable.

Moi, j?ai l?habitude de parler assez franchement. Donc, à partir du moment où le travail qui m?a été confié ici depuis cinq ans est un travail de haut fonctionnaire, que j?espère conduire du mieux que je peux, je n?accepte pas que le président d?un groupe dise que j?aurais eu du mal à l?interdire. Je n?ai aucun mal à interdire quand le droit me permet d?interdire, mais je répète, parce que nous pourrions d?ailleurs interdire de façon plus fréquente, que mon système, parce qu?on peut aussi avoir quelques idées personnelles et quelques engagements, ne consiste pas à interdire des manifestations, si les gens avec lesquels on travaille sur le plan technique veulent bien respecter les engagements qu?ils ont pris.

C?est une façon de répondre, Monsieur le Président, à la question précise que vous m?avez posée. Les salariés d?ArcelorMittal ont été prévenus par nous qu?ils n?iraient pas devant le siège de campagne. Voilà. Ce matin, il y avait chez un autre candidat un travail du même ordre à faire, avec des représentants que je ne citerai pas car il ne m?appartient pas de citer, et nous avons fait le même travail. Et, Monsieur MARTINS, quand il a rencontré Jean-Louis FIAMENGHI a dit, pour parler plus clairement puisque vous le souhaitez, si c?était devant le siège de campagne de François HOLLANDE, vous n?auriez pas fait cela. On aurait fait ce que François HOLLANDE nous aurait demandé, à nous qui sommes des fonctionnaires. Voilà.

Vous, votre candidat, M. MÉLENCHON, donc comme vous l?avez compris, j?attends les excuses.