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Mai 2006
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2006, DAC 211 - Attribution de la dénomination définitive “Bibliothèque du Cinéma - François Truffaut” à la bibliothèque aménagée au 14 Grande Galerie au Forum des Halles (1er).

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2006


 

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Nous passons à l?examen du projet de délibération DAC 211 concernant l?attribution de la dénomination définitive ?Bibliothèque du cinéma - François Truffaut? à la bibliothèque aménagée au Forum des Halles.

Je donne la parole à Alain LE GARREC.

M. Alain LE GARREC. - Merci, Madame le Maire.

Quand on parle cinéma, le nom de François Truffaut arrive toujours dans la conversation. Nous en savons tous un film, une image, une réplique ou un personnage, donc tout naturellement quand la Ville de Paris a décidé de réaliser le scénario ?Bibliothèque du cinéma?, le titre s?est alors imposé de lui-même : François Truffaut.

Quand j?ai commencé à écrire ce petit texte, je me suis interrogé. Faut-il privilégier sa bibliothèque et sa création unique en France, ou François Truffaut tout aussi unique ?

J?ai choisi de commencer par François Truffaut car s?il est nécessaire d?ouvrir une bibliothèque du cinéma, c?est que le cinéma français est objet de fierté et François Truffaut y est pour beaucoup, même s?il y eût un avant et qu?il y aura un après qui lui doit beaucoup.

De façon brutale, on dit souvent que François Truffaut est né de père inconnu en 1932, qu?il fut élevé principalement par ses grands-mères puisque sa mère en fait ne le supportait pas quand il faisait du bruit, ce qui est assez simple à vivre quand on est un enfant. Enfance donc difficile dans la période de l?occupation qui ne l?était pas moins. Il mettra longtemps avant d?aborder d?ailleurs cette période.

A 15 ans, il passe par une maison de redressement pour fugue. Puis en 1950, il fait de la prison militaire pour désertion. Il développe alors une de ses grandes qualités, et défaut pour certains, ne jamais s?enfermer.

André BAZIN, critique de cinéma le prend sous son aile et l?entraîne dans l?aventure du cinéma tout d?abord par la critique et l?écriture, ce qui permet au jeune François de remettre les pendules à l?heure devant le cinéma conformiste et corporatiste français du moment en publiant ?Le cinéma français crève sous de fausses légendes?. Nous sommes en 1957 et il faut du courage et beaucoup d?assurance.

On pourrait se demander quel serait son regard aujourd?hui sur nos chaînes de télévision, leur puissance déterminante où, je crois, les mots ?conformiste? et ?corporatiste? sont venus se nicher. Je crois que ces mots se nichent dans malheureusement beaucoup d?autres endroits.

En 1954, il tourne un premier court-métrage, titre ?La visite?. Générique : réalisateur François Truffaut, scénario François Truffaut, images Jacques Rivette, montage Alain Resnais. Je ne connais pas ce film mais quelle carte de visite.

Son vrai premier court-métrage ?Les mistons? en 1957 lui donne déjà deux clés pour le futur. Le rapport amoureux ambigu du couple interprété par Bernadette LAFFONT et Gérard Blain et l?univers des enfants, ce seront les éléments précurseurs et constitutifs du cinéma de François Truffaut et de la ?nouvelle vague?.

En 1959, il tourne et c?est devenu, comme l?avait prévu GODARD, une expression classique ?Les 400 coups?. C?est un film à la première personne et ce n?est pas courant. Un petit peu avant lui, il y eut Jean Renoir, sa référence, son ami, son maître. La maison de production que vient de créer Truffaut se nomme ?Les films du Carrosse? en souvenir du film de Renoir ?Le carrosse d?or? mal aimé qu?il défendit avec acharnement.

Qui ne connaît pas ?Les 400 coups? ? Qui ne connaît pas Antoine Doinel et sa vie qui va se poursuivre dans d?autres films ? Et bien entendu Jean-Pierre LEAUD. Il est vrai que ces ?400 coups? sont les 400 coups de François Truffaut mais le caractère et l?âge de LEAUD prennent le dessus et ce sont aussi les 400 coups du jeune LEAUD.

Ceux de cette génération se souviendront des années 50, de son atmosphère grise, de sa vie grise, de ses blouses grises. Cette époque est en noir et blanc et il est difficile de l?imaginer autrement.

Il y a 2 ans, le succès du film ?Les choristes? montre bien que l?univers des enfants et l?histoire à la première personne résonnent encore. Je ne sais pas si Truffaut qui disait ?L?adolescence ne laisse un bon souvenir qu?aux adultes ayant mauvaise mémoire? aurait aimé ce film, mais il n?en aurait pas rejeté les ingrédients.

Puis vint ?Tirez sur le pianiste? en 1960, ?Jules et Jim? en 1962 et le dernier film presque prémonitoire ?Vivement dimanche? en 1983. En tout, il y en aura 21 en 24 ans sans compter les scénarios tournés par d?autres, comme ?A bout de souffle? par Jean-Luc GODARD, ?La petite voleuse? tourné après sa disparition par son ami Claude MILLER.

Il est aussi producteur : ?Paris nous appartient? de Jacques RIVETTE ou encore ?L?enfance nue? de Pialat.

Il est acteur dans certains de ses films comme ?La nuit américaine?, expression qui désigne au cinéma un truquage technique qui permet d?obtenir un effet de nuit en plein jour - ne voyez pas là une appréciation sur un président, quoique - et aussi chez SPIELBERG dans ?Rencontre du 3e type? ; là, toute ressemblance avec des faits réels aujourd?hui ne serait que pure coïncidence.

Oscars, Césars, Cannes qu?il boycottera en 1968, pluie de récompenses, combien d?acteurs et d?actrices lui doivent ce qu?ils sont aujourd?hui.

Celui qui disait ?Je tourne autour de la question qui me tourmente depuis 30 ans : le cinéma est-il plus important que la vie ?? s?éteint le 21 octobre 1984, il avait 52 ans.

Je ne sais pas répondre à cette question. Tout ce que je sais, c?est que grâce au cinéma, nous, pauvres spectateurs, nous entrons dans l?histoire qu?on nous raconte, nous avons toujours l?âge de ceux qui la font vivre. Et les 1 heure, les 2 heures, les 3 heures que nous passons dans les salles obscures sont une confrontation entre notre imaginaire et celui du réalisateur. Bien souvent nos souvenirs personnels sont des images qui nous ont été apportées par le cinéma.

Le cinéma, c?est une bonne histoire, puis une bonne histoire et enfin une bonne histoire. C?est aussi une communion avec une salle, avec un groupe. Le cinéma qui se regarde tout seul se nomme télévision et c?est autre chose.

Truffaut cinéaste, c?est aussi Truffaut auteur, découvreur, admirateur : Orson Wells, Citizen Kane, Alfred Hitchcock. Il publiera ses entretiens. Quand on interrogeait Truffaut sur pourquoi il écrivait aussi, il répondait ?Je crois que les deux activités sont complémentaires. J?aime les livres autant que les films, je n?aime pas l?idée que le cinéma, le domaine de l?audiovisuel s?adresserait aux gens qui n?aiment pas les livres?.

C?est par cette phrase que nous allons entrer dans la nouvelle bibliothèque du cinéma. Livres, DVD, espace ouvert convivial et facile d?accès. Truffaut aurait peut-être fait ce long travelling, même en plusieurs prises en partant de la médiathèque puis le Forum des Images, puis la bibliothèque et le cinéma multiplexe avec ce monde qui se presse aux différents guichets.

Je crois donc que cette avenue en perpétuel mouvement qu?il faudra d?ailleurs aussi nommer un jour, convient bien pour aller de lieux de cinéma à d?autres lieux de cinéma. Et puis n?estce pas en cet endroit quand ce n?était que le trou des Halles que Catherine DENEUVE rencontra Marcello Mastroianni.

Monsieur le Maire après bien des péripéties en surface?

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Il va falloir conclure, Monsieur LE GARREC.

M. Alain LE GARREC. - Je termine.

? bien des discussions non encore terminées, sans qu?on y prenne garde, sans trace apparente, mois après mois, difficulté après difficulté, un projet prenait forme, trouvait son financement qui est un effort considérable mais à la hauteur de ce qu?est le cinéma pour notre Ville. Il ouvrira tout au début de l?année prochaine en respectant le budget initial de la production, ce qui dans le domaine du cinéma est une gageure. Le chantier est important et invisible. On peut mener des chantiers aux Halles en toute discrétion, c?en est là une preuve.

J?en profite pour remercier ceux qui ont écrit le scénario, ceux qui ont fait le casting, ceux qui ont fait le découpage, qui ont négocié les contrats, le réalisateur, les acteurs et le producteur.

Enfin, la fermeture, il n?y a pas eu de dernière séance, les programmations du Forum des Images en?

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Il faut vraiment conclure. Vous êtes vraiment à plus de 6 minutes.

M. Alain LE GARREC. - ? ont profité pour sillonner Paris et aller à la rencontre des spectateurs pour les remercier d?être venus aux Halles et leur dire que l?année prochaine avant ?Le dernier métro?, nous les attendrons.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci. C?était une très belle intervention et j?ai eu des scrupules à demander de l?arrêter mais mon rôle ici est de veiller aux temps de parole.

La parole est à Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Très rapidement, et sans avoir fait ?les 400 coups? ni avec M. LE GARREC ni M. LEGARET, je dois dire que souffle sur le 1er arrondissement une sorte de nouvelle vague dont je prends acte.

C?est l?occasion pour moi de remercier Alain LE GARREC, à la fois pour ce qu?il a dit, ce qui montre toute l?attention qu?il porte comme élu de l?arrondissement à ce qui s?y passe, et me souvenir également qu?on lui doit en effet l?avancement du chantier actuel du Forum des Images.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 211.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2006, DAC 211).