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Mai 2006
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Vœu déposé par le groupe “Les Verts” relatif à “l’autre 8 mai 45”.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2006


 

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l?examen du v?u référencé n° 60 dans le fascicule, relatif à ?l?autre 8 mai 45?, déposé par le groupe ?Les Verts?.

Madame NENNER, vous avez la parole.

Melle Charlotte NENNER. - Le 8 mai 1945 marque la capitulation de l?Allemagne nazie. Au même moment, l?Algérie allait connaître un des événements les plus sanglants de son histoire. Au matin du 8 mai 1945, des milliers d?Algériens se sont rassemblés dans les rues de Sétif afin de déposer une gerbe au pied du monument aux morts et revendiquer le droit à l?indépendance qui leur avait été promise pendant la guerre. Le sous-préfet de la ville, ne pouvant s?opposer à cette célébration, a néanmoins interdit le port de toute arme et de bannière revendiquant l?indépendance de l?Algérie.

Dans le cortège, un jeune homme brandit un drapeau algérien. Refusant de le baisser, il est alors abattu comme le sera le maire de Sétif qui tente de s?interposer. Dans la panique, une fusillade éclate qui fait 27 victimes également du côté français. L?insurrection s?étend rapidement dans tout le Constantinois et fait 103 morts et 110 blessés parmi les colons européens. La réaction de la France ne se fait pas attendre et, dès le 10 mai, prend la forme d?une répression d?une extrême brutalité, hors de toute proportion. Menée par le général Duval, engageant l?aviation et la marine, l?armée coloniale fusille, bombarde, exécute.

La répression durera six longues semaines pendant lesquelles l?armée, rejointe par les colons ultras fera preuve d?une rare violence notamment à Guelma et Kherrata. En quelques semaines, des milliers d?Algériens seront tués. Ce drame est passé quasiment inaperçu de l?opinion métropolitaine, à l?exception notable d?Albert Camus, alors directeur de ?Combat?, qui, dans un article du 15 mai, adjure la presse française à ?refuser les appels inconsidérés à une répression aveugle? et dénonce le ?sauvage massacre? du Constantinois. Il aura fallu ensuite attendre près de 60 ans pour que la France, par l?intermédiaire de son ambassadeur d?Algérie, M. Hubert Colin de Verdière, en visite officielle à Sétif, évoque cette tragédie inexcusable et reconnaisse sa responsabilité dans ce massacre.

Je finirai en citant Sadri Khiari, militant actif des luttes de l?immigration et des mouvements antiracistes : ?Les descendants d?esclaves et de colonisés partagent la même mémoire des atrocités coloniales. La négation de celles-ci continue de les exclure d?un ?vivre-ensemble? en France. L?héritage commun des luttes anticoloniales et antiracistes reconstruit cette histoire brisée ; il permet de créer un lien positif qui comble le vide des mémoires, re-signifie les tragédies passées et présentes, constitue un nouveau point d?appui pour être présent dans le temps présent, pour se protéger dans l?avenir?.

Nous nous inscrivons pleinement dans ces propos et nous pensons qu?il convient de poser les jalons d?une histoire commune dans toutes ces contradictions, en évitant absolument la concurrence des mémoires. C?est pourquoi nous proposons qu?une plaque commémorant, expliquant les événements, soit installée rue du 8 mai 1945, dans le 10e, en concertation avec les associations locales et nationales impliquées sur ces problématiques.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole est à Mme CHRISTIENNE.

Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - Le même groupe a déjà déposé un v?u concernant cet hommage aux victimes des massacres de Sétif et de Guelma lors de la séance du 20 et du 21 octobre 2003. Ce v?u n?avait pas été adopté. Le v?u examiné aujourd?hui appelle la même réponse. En effet, si l?écriture de l?histoire est difficile et si nous ne pouvons pas nous souvenir exclusivement des moments glorieux comme la victoire sur le nazisme que nous commémorons chaque 8 mai, Paris ne peut cependant, comme je le soulignais il y a deux ans dans cette enceinte, rappeler ou commémorer toutes les pages douloureuses qui ont jalonné la guerre d?Algérie, tous faits, tous événements qui ne se sont pas déroulés dans la Capitale.

S?agissant de l?histoire de Paris, les événements douloureux que certains d?entre nous ont vécu, en particulier ceux liés aux conflits d?Afrique du nord, le maire a tenu à ce que rien ne soit occulté. La Municipalité a ainsi rendu hommage aux victimes des événements qui ont ensanglanté Paris le 17 octobre 1961 et le 8 février 1962.

La date du 8 mai rappelle la victoire sur la barbarie nazie et a une valeur symbolique et pédagogique unique qu?il est essentiel de préserver et à laquelle les Français sont unanimement attachés.

L?apposition d?une plaque commémorative rappelant d?autres événements, à proximité d?une voie ou d?une plaque évoquant la victoire sur le nazisme, brouillerait le message véhiculé par cette date, en particulier aux yeux des jeunes générations qui est, à mes yeux aussi, exceptionnel et spécifique que l?a été la barbarie nazie. Un tel brouillage ne pourrait que déboucher sur des amalgames susceptibles d?exacerber la guerre des mémoires et aller à contresens de notre volonté de construire par delà nos différences un avenir commun et fraternel transcendant nos déchirements passés.

C?est donc un avis négatif.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je vais mettre aux voix ce v?u?

M. Jean VUILLERMOZ. - Le v?u est-il retiré ou pas ?

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. Apparemment, non.

Madame NENNER, il n?est pas retiré ?

Melle Charlotte NENNER. - Non, il n?est pas retiré.

M. Jean VUILLERMOZ. - Deux choses sont très importantes, Odette CHRISTIENNE les a rappelées. Il y a évidemment le fait qu?il y ait eu un massacre à Sétif et que ce massacre existe dans l?histoire de France et qu?à un moment donné, il est logique que le peuple de Paris et, plus largement d?ailleurs en soit informé alors que ces crimes ont été pendant très longtemps cachés. C?est la première chose.

Mais la deuxième chose c?est évidemment qu?on ne peut pas être favorable au v?u tel qu?il est déposé ici puisque l?objectif n?est pas de confondre ce qui s?est passé en France ce 8 mai 45 et, en même temps, ce qui s?est passé à Sétif. C?est pour cela qu?il me semblait utile que l?on puisse en même temps réfléchir à la possibilité à Paris d?avoir quelque chose qui rappelle cet événement et, en même temps, ne pas faire en sorte qu?il y ait un amalgame, une confusion entre les deux évènements qui sont importants et qui se sont produits ce même jour.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur BLOCHE, vous avez la parole.

M. Patrick BLOCHE. - Je rebondis sur l?intervention de Jean VUILLERMOZ, que je partage totalement, et sur le début de son intervention qui était une interpellation sur le retrait ou non du v?u. Je ne vais pas redire ce qu?a dit Jean : nous n?avons pas de mémoire sélective, et les élus socialistes, comme les autres élus de la majorité municipale, peut-être même de l?opposition, ne sauraient oublier les événements qui se sont produits à Sétif le 8 mai 1945.

Il reste que le v?u, par sa rédaction, par l?intention qu?il porte, traduit une ambiguïté et viserait quelque part à détourner non pas l?histoire, mais la commémoration et le souvenir du 8 mai 1945 pour un autre objet.

En l?occurrence, parce que ce v?u est ambigu, parce que ce v?u, loin d?apporter la clarté dans la mémoire historique, entretient une certaine confusion, et compte tenu de la démarche, dont nous comprenons le sens, des élus Verts, je pense, compte tenu de ce que nous disons les uns et les autres, que les élus Verts pourraient sans peine retirer leur v?u, car les élus socialistes voteraient contre, mais avec un grand regret, puisque l?objectif poursuivi en termes de mémoire historique, nous le partageons totalement.

Avec un simple détail : le 8 mai 1945, il s?est surtout passé des choses à Berlin plus qu?en France.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Oui, Madame NENNER, vous voulez ajouter quelque chose ?

Melle Charlotte NENNER. - Nous allons maintenir ce v?u parce qu?il nous semble important aussi de traduire cette ambivalence. Les événements de Sétif ont démarré aussi le 8 mai 1945. C?est important.

Par contre, nous retenons la proposition des groupes majoritaires de travailler ensemble sur une façon de commémorer cet événement. Mais nous pensons qu?il est quand même important que ce type de plaque soit aussi rue du 8 mai 1945.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur GOUJON, vous avez la parole.

M. Philippe GOUJON. - Je partage évidemment l?avis de l?Exécutif. En plus, on ne saurait assimiler la victoire, finalement, sur la barbarie nazie des alliés, et de tous les alliés, à cet événement qui est d?une nature totalement différente. Si on souhaite commémorer, ce que je comprends parfaitement, tous les massacres qui ont eu lieu en Algérie pendant cette période extraordinairement douloureuse pour notre histoire, je pense que c?est un peu réducteur ; on pourrait évoquer les Harkis.

Voilà la raison pour laquelle nous voterons, bien sûr, contre ce v?u.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe ?Les Verts, assortie d?un avis défavorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est repoussée.