Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mai 2006
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

2006, DLH 63 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec la Société immobilière d’économie mixte de Paris (S.I.E.M.P.) un bail emphytéotique portant location de l’immeuble communal situé 69, rue de La Jonquière (17e).

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2006


 

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DLH 63 concernant une autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec la Société immobilière d?économie mixte de Paris un bail emphytéotique portant location de l?immeuble communal situé 69, rue de La Jonquière dans le 17e, sur lequel l?amendement n° 43 a été déposé par le groupe ?Les Verts?.

Monsieur BLET, vous avez la parole.

M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, au 69, rue de La Jonquière se trouve un petit immeuble de deux étages. Ce petit immeuble faubourien était un des plus anciens, c?est même le plus ancien de la rue. Il aurait, en effet, été construit lors de l?ouverture de la rue. Son style architectural et sa morphologie témoignent de cette ancienneté. Il est notamment remarquable par sa faible hauteur et sa toiture en tuiles de terre cuite.

Edifié sur une parcelle de 97 mètres carrés, il occupe 80 % de la surface du terrain et sa surface totale bâtie est de 239 mètres carrés environ. Il comprend aujourd?hui 9 petits logements de 19 mètres carrés en moyenne et un local commercial en rez-de-chaussée occupé par une auto-école. Ce bâtiment est insalubre ; cela fait 10 ans maintenant qu?une procédure d?expropriation a été mise en oeuvre. Depuis lors, les habitants n?ont bien évidemment pas été relogés et on a laissé sciemment le bâtiment continuer à se dégrader.

Au niveau des structures porteuses, le service technique de l?habitat estime les murs extérieurs et l?assise du bâtiment en mauvais état mais ne conclut en aucun cas à l?irrémédiabilité de ses dégradations.

Pour la Préfecture de police, seul un seul logement sur les neuf pose un problème de sécurité, compte tenu de l?effondrement très partiel d?une partie du plancher dû à des infiltrations d?eau, phénomène classique du plâtre qui se décolle. Les marches de l?escalier en bois sur cour doivent être réparées. Pour le reste, les problèmes du bâtiment sont liés à des problèmes ultra classiques d?infiltration d?eau effectivement. La Préfecture de police demande de vérifier l?étanchéité des réseaux d?alimentation et d?évacuation d?eau, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps.

La présence de termites est également signalée mais elles ne sont plus actives, ainsi que le dit expressément le rapport de l?architecte. Et même la présence de termites serait insuffisante pour justifier la démolition de l?immeuble. En 2003, 1.538 immeubles parisiens affectés par les termites avaient été recensés après inspection de 10 % seulement du patrimoine immobilier parisien. Si on le transpose à la totalité de ce patrimoine, c?est donc plus de 100.000 immeubles sur Paris qui sont l?objet des visites de ces charmantes bestioles. Ce chiffre est ainsi bien en deçà de la réalité. Le 17e arrondissement est l?un des arrondissements les plus affectés par les termites. Entre les quartiers des Ternes, de la plaine Monceau et des Epinettes, près de 500 immeubles sont infestés.

Alors, faut-il démolir tous ces immeubles ? Faut-il démolir 500 immeubles dans le 17e ? Faudrait-il démolir plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d?immeubles dans Paris sous prétexte de termites ?

Pour avoir connu cette expérience dans la copropriété où j?habite, je peux vous dire qu?il y avait eu un effondrement sur trois niveaux, planchers et plafonds, dus effectivement non pas à des termites mais à des capricornes qui adorent la chaleur de ces espaces, le garde-manger que leur offrent les poutres et l?eau des infiltrations d?eau. Qu?avons-nous fait ? Nous avons changé les poutres maîtresses, ce qui représente effectivement des travaux relativement importants mais nous n?avons pas démoli le bâtiment pour autant. Voilà.

Même les termites, cela se traite d?abord. Et même en cas de gros dégâts, on peut parfaitement les réparer. Là, il n?y aurait que 2 poutres éventuellement à changer, puisque l?immeuble ne fait que 2 étages. Bref, le bâtiment est dégradé et il doit être traité.

Alors la question de son traitement pose une question fondamentale pour Paris : quelle est l?attitude de la Municipalité et de ses bras armés vis-à-vis de son patrimoine ?

On s?apprête, en effet, à démolir sans sourciller le bâtiment le plus ancien d?une rue de 500 mètres de long environ qui témoigne du passé faubourien du quartier des Epinettes. Une telle attitude démontre bien le mépris dont font toujours l?objet les bâtiments faubouriens, surtout s?ils sont de faible hauteur.

Et là, je rejoins tout à fait les remarques et les analyses de notre collègue Sylvain GAREL, il y a un instant, en ce qui concerne le traitement de maisons identiques à Montmartre. Ces bâtiments sont souvent les plus anciens des arrondissements, ils sont en effet synonymes de dépenses moindres et de profits accrus.

La volonté de préserver la mémoire et l?identité des quartiers n?est rien face à l?implacable logique des profits et des profiteurs.

Dans le P.L.U. ces vieux bâtiments de faible hauteur n?ont fait l?objet d?aucune attention particulière. Bien au contraire. Lors du débat au Conseil de Paris sur le P.L.U. sur plus de 500 amendements visant à protéger bâtiments, volumétrie ou hauteur des immeubles de faible hauteur du 19e - et je dis bien volumétrie et hauteur - ce qui représentait les trois-quarts des demandes, ce qui veut dire que l?on est prêt à ce qu?il y ait des créations architecturales audacieuses pour rompre avec la médiocrité architecturale dont nous sommes abreuvés depuis le début de cette mandature sur Paris? eh bien, 80 % de ces demandes, pour l?heure, ont été rejetées. Elles ne répondraient pas aux critères ; ces critères sont secrets, clandestins et n?ont jamais été communiqués au Conseil de Paris. Et sur la base de critères de quelques technocrates réunis dans je ne sais quel groupe de travail ou commission, eh bien, on nous objecte des fins de non-recevoir.

Pour terminer, le cas du 69, rue de La Jonquière relève de cette même logique. Un petit immeuble ancien, une dent creuse qui, une fois réhabilitée, aurait énormément de charme et que l?on sacrifie pour un profit supposé qui, quoi qu?il en soit sera bien maigre puisque seuls 2 logements sont prévus dans le futur bâtiment. Je constate que dans d?autres arrondissements? dans le 11e, des bâtiments identiques ont été retirés de l?ordre du jour à la suite de demandes parfaitement légitimes et qu?une attention particulière leur a été apportée par le maire de leur arrondissement, Georges SARRE que je tiens à saluer sur ce point.

Monsieur le Maire, le patrimoine parisien n?est malheureusement pas inépuisable. Regardez le 18e où Château Rouge sera bientôt la copie conforme de la Goutte d?Or, menacé et massacré avec le même acharnement méthodique que l?a été la Goutte d?Or.

Regardez le 19e : en moins de 30 ans, il a été détruit à 85 %, au nom de la modernité, bien sûr, le critère hygiéniste de la guerre anti-vieille pierres menée par les lobbys des promoteurs et des architectes. A ce rythme, Paris s?enlaidit et Paris se renie.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur MANO, vous avez la parole.

M. Jean-Yves MANO, adjoint, au nom de la 8e Commission. - Permettez-moi, Monsieur le Maire, de me féliciter que M. Jean-François BLET ait résisté à l?attaque des capricornes ayant entraîné l?effondrement de trois niveaux de son immeuble. Il est donc heureusement encore là pour occuper sa place dans la Municipalité?

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Même les capricornes n?ont pas eu raison de M. BLET?

M. Jean-Yves MANO, adjoint, rapporteur. - Malgré cette satisfaction, je crois que je ne pourrais pas suivre M. BLET dans sa démarche qui fait qu?un immeuble, sûrement très significatif de l?architecture particulière de ce coin du 17e, pourrait subir une réhabilitation jugée impossible par les services techniques. Je suis tenté de suivre l?avis des services techniques plus compétents que moi pour juger de l?opportunité de la réhabiliter ou non car, vous le savez , avant de prendre de telles décisions, nous étudions systématiquement les différents scénarios possibles.

Je suis donc au regret de rejeter l?amendement qui nous est proposé.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, la proposition d?amendement n° 43 déposée par le groupe ?Les Verts?, assortie d?un avis défavorable l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition d?amendement n° 43 est repoussée.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 63.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2006, DLH 63).