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Mai 2006
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2006, DAC 94 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer une convention d’occupation et une convention d’objectifs avec l’association “59, rue de Rivoli” pour l’occupation de l’immeuble sis au 59, rue de Rivoli (1er).

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2006


 

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Nous passons à l?examen du projet de délibération DAC 94 concernant la convention d?occupation et la convention d?objectifs, avec l?association ?59 rue de Rivoli? pour l?occupation de l?immeuble en question.

Madame Véronique DUBARRY, vous avez la parole.

Mme Véronique DUBARRY. - Je vous remercie, Madame la Maire.

Dans ce projet de délibération, il est question de la signature d?une convention d?occupation et d?une convention d?objectifs avec l?association ?59 rue de Rivoli? pour l?occupation d?un immeuble à la même adresse.

C?est pour nous l?occasion de revenir un peu, pas trop longuement cette fois, sur la politique qui est menée par la Ville en matière de squat artistique. Le règlement en l?occurrence du squat de la rue de Rivoli n?est pas un exemple mais plutôt un contre exemple, à plusieurs titres. D?abord, la lourdeur et le coût de l?achat de l?immeuble qui est quand même particulièrement important, qui fait que le risque encouru en la matière est la transformation en un lieu culturel lambda, bien que nous en ayons également besoin, mais qui oublie, qui fait un peu l?impasse, sur le caractère éphémère de ce type d?occupation et qui est même intrinsèque à ce type d?occupation.

Nous attendons la mise en place des contrats de confiance qui permettent des occupations provisoires mais légales, sachant que le rôle de la Ville en l?occurrence serait non pas d?acheter, je le répète, les lieux qui sont ainsi occupés, mais que celle-ci pourrait se porter garante des occupants artistes du lieu. Le problème qui se pose aux squats artistiques, cela a été le cas pour celui-ci aussi, est le respect des normes d?ouverture au public qui sont extrêmement contraignantes, extrêmement lourdes.

Il nous semble que la réflexion devrait porter sur des solutions réglementaires afin de ne pas fermer les yeux sur le fait que ces squats artistiques existent, qu?ils travaillent et, pour toutes ces raisons d?ailleurs, qu?ils doivent être ouverts et il n?y a pas d?autres solutions. Même si il va de soi que les occupants de ces lieux doivent améliorer les conditions d?accueil, il va de soi aussi qu?il faut trouver un agrément qui convienne à tous, je pense surtout à la Préfecture de Police, et qui permette de garder quelque chose de simple.

Ce projet de délibération est aussi l?occasion de parler de l?un des lieux auxquels je suis le plus attachée puisqu?il est installé dans le 10e arrondissement qui est le ?théâtre de Verre? qui est occupé depuis un certain nombre de mois. La S.N.C.F. refuse, après quelques timides tentatives de travail en partenariat, de régulariser la situation. L?association se trouve maintenant avec une astreinte de 50 euros par jour, astreinte qui a été fixée par le juge.

Je trouve cela un peu dommage que cette association qui s?est baladée déjà un certain nombre de fois dans Paris et qui espérait trouver dans le 10e, grâce aux liens qu?elle a su - rien de très neuf dans ce que je dis car c?est ainsi que fonctionnent la plupart des squats artistiques - qui a su trouver des liens et des ressources localement, des appuis également de la part des associations locales, des conseillers de quartier, des élus de l?arrondissement, se trouve dans une situation d?expulsion.

Il me semble que la volonté politique a un peu manqué dans cette histoire et que nous pourrions faire mieux, aller plus loin dans ce travail qui, comme vous l?aviez dit, Monsieur GIRARD, lors de la 9e Commission et l?examen de ce projet de délibération, n?est pas particulièrement novateur puisque de grandes villes en France ont déjà mis en place des partenariats et ont aidé des squats artistiques à s?installer. Je pense à Lyon, Rennes, Nantes, Toulouse et, bien évidemment, ailleurs en Europe. Des grandes capitales européennes ont, elles aussi, trouvé des façons de travailler avec cette culture vivante, populaire, à Berlin, Madrid, Rome et Genève. Vous citiez Zurich en 9e Commission.

Il me semble que nous devons trouver une façon d?évaluer les bénéfices multiples que nous avons à ne pas enfermer les artistes dans des lieux, dans des conflits d?abord, systématiques et stérilisants pour la plupart des cas et trouver des moyens de faire vivre ce qui, à un moment donné, à Paris était multiple.

Il y avait de très nombreux squats artistiques à Paris. Ils ont, petit à petit, tous mis la clef sous la porte. Vous le savez mieux que moi, maintenant, la plupart des artistes qui vivent ou qui travaillent de cette façon pensent préférable d?aller s?installer ailleurs. Il serait dommage de laisser passer une occasion de s?enrichir de cette façon, de faire vivre la culture et j?espère que d?ici la fin de la mandature, nous aurons encore plus avancé sur cette problématique et que d?un point de vue réglementaire, et d?un point de vue politique, nous serons à même de faire des propositions intéressantes aux collectifs.

Je vous remercie.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci. Je suis un peu ennuyée parce que M. LEGARET s?était inscrit et qu?il n?est toujours pas là.

Bon, Christophe GIRARD, vous répondez.

M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Mme DUBARRY met le doigt sur un sujet évidemment très compliqué, et elle a raison d?ouvrir ce débat, il n?y a pas de surenchère politique à faire mais en effet, il y a de vraies questions à se poser et des pistes à explorer et être pragmatique.

Vous conviendrez, qu?en début de mandature, le premier geste que j?ai fait comme adjoint de Bertrand DELANOË en charge de la culture a été de demander l?inversion d?une décision de justice qui prévoyait l?expulsion d?un collectif rue Blanche. Et nous avons pu, avec le concours de Michel CHARZAT, maire du 20e arrondissement et l?aide de Jacques BRAVO, le maire du 9e arrondissement et des élus du 9e et du 20e arrondissement, reloger ce collectif dans un certain nombre de lieux que nous avons mis à leur disposition.

Pour ce qui est du 59, l?implication de la Ville de Paris doit être replacée évidemment dans un cadre un peu plus général. En accord avec le Maire de Paris bien sûr, et selon son souhait, puisqu?il a sur ce sujet-là une position qui va tout à fait dans votre sens de protection des collectifs et de la fragilité des collectifs et des squats. Nous avons souhaité que la Ville développe une politique en faveur des collectifs artistiques et des nouveaux lieux de création.

Mais, comme vous le savez, Paris a des limites physiques. C?est une grande ville en terme d?esprit mais c?est une petite ville en terme de superficie puisqu?elle fait 105 kilomètres carrés, que Berlin fait 1.300 kilomètres carrés et Londres 1.500 kilomètres carrés. Ce qui nous distingue évidemment des autres capitales culturelles où l?espace ne manque pas, les friches sont nombreuses et où il est beaucoup plus facile de loger ou d?accueillir les artistes ou les collectifs.

Cette limitation pose un problème spécifique pour les artistes : les espaces de travail à disposition des jeunes créateurs sont en nombre insuffisants, je le reconnais, nous le savons et nous devons l?assumer. Ce qui ne veut pas dire que nous devons rester les bras croisés, mais quelles que soient les disciplines artistiques envisagées, que ce soit la musique, le théâtre, la danse, on sait qu?il y a une pénurie forte et profonde de lieux nécessaires pour eux, pour travailler et pour faire parfois d?ailleurs des travaux croisés.

La poursuite des programmes d?ateliers d?artistes, avec ou sans logement, ne saurait suffire même si elle est volontariste et même si elle est ambitieuse et si nous livrons petit à petit un plus grand nombre d?ateliers. En accord avec Bertrand DELANOË, j?ai donc souhaité qu?une offre complémentaire aux ateliers individuels soit développée : la création d?ateliers collectifs et de lieux de résidence.

Depuis 2001, les lieux de ce type se multiplient, la plupart encore en projet. Je citerai comme réalisation, un lieu qui vous est cher puisqu?il est dans votre arrondissement et que vous vous êtes battu pour ce lieu, c?est le ?Point Ephémère? mais comme projet également, il y a le 104 rue d?Aubervilliers. N?oublions pas que c?est un grand projet mais qui sera également un projet d?accueil des artistes. Le 100 rue de Charenton et ?La Forge? dans le cadre de l?appel d?offres en cours.

Parallèlement, la Ville reste attentive à la situation des différents squats artistiques parisiens. Je pense en particulier à celui que vous venez de mentionner : le ?Théâtre de Verre?. En ce qui concerne le ?Théâtre de Verre?, nous avons un peu de temps puisqu?il y aura un établissement à caractère social et également une crèche qui seront installés mais ce n?est pas pour une livraison immédiate. Nous cherchons donc à trouver une solution à la fois avec la S.N.C.F. mais peut-être une solution avec le Secrétariat général pour trouver un autre lieu d?accueil. En tout cas, nous y travaillons et sachez que nous serons attentifs et qu?en aucun cas nous ne laisserons disparaître ou se dissoudre ce très beau collectif.

Connaissant bien leurs difficultés actuelles, nous avons demandé donc que les responsables soient reçus, en particulier par mon collaborateur en charge dorénavant de ces dossiers qui est Guillaume RENOUD-GRAPPIN.

Sur cette question importante des ateliers d?artistes individuels ou collectifs, j?ai également souhaité lancer en juin prochain, dans un peu moins d?un mois, une nouvelle concertation en direction des syndicats de plasticiens et des collectifs d?artistes afin de faire le point sur ce volet de la politique avec les principaux intéressés. Bien évidemment, je vous ferai une communication en 9e Commission et devant les groupes politiques qui le souhaiteront, mais également vous êtes invités à un moment donné à participer à cette concertation si vous voulez défendre des points plus particuliers sur des dossiers identifiés.

Voilà. Je ne vous fais pas ma réponse à M. LEGARET.

Monsieur LEGARET, je peux vous répondre. Les lieux, tels que le 59 rue de Rivoli, doivent être réinscrits dans le cadre de la politique culturelle menée par la Ville. Paris a besoin d?ateliers accessibles à prix modique pour ces jeunes artistes. La remise de loyers concédés par la Ville permet d?atteindre cet objectif et d?ouvrir, Monsieur le Maire du 1er arrondissement, au c?ur de Paris un lieu de création avec un espace ouvert au public. Sans implication financière de la Ville, le marché relègue hors de Paris les jeunes artistes et leurs collectifs.

Pour être plus précis, sur ce que vous m?avez demandé tout à l?heure en séance et sur ce que Mme DUBARRY vient de dire, on a voulu s?inspirer lorsque nous étions en préparation du programme de mandature de ce qui se passe dans d?autres villes, comme Amsterdam, Zurich où en effet de grands collectifs d?artistes jouissent d?un accord parfois tripartite entre un propriétaire privé ou une société, une collectivité locale, la municipalité par exemple à Zurich ou un arrondissement, voire la totalité de Paris pour Paris, et le collectif lui-même.

La question évidemment qui est incontournable, et M. le Préfet ne pourra pas dire le contraire, c?est que nous devons respecter, c?est notre devoir et il y va de la responsabilité du Maire et de ses adjoints, bien évidemment les normes de sécurité. En aucun cas, nous ne prendrions jamais un quelconque risque de mettre une seule personne en danger dans un lieu aussi bouillonnant et aussi sympathique et progressiste soit-il.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

Une explication de vote, Monsieur LEGARET ?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Non, justement parce que M. GIRARD lit dans mes pensées et répond fort bien à une question que je n?ai pas encore posée?

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Il fallait être là au moment où nous en parlions, Monsieur LEGARET.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Oui, excusez-moi, Madame la Présidente.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Bien. Allez-y.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Très rapidement. Moi, j?aime les lieux de création. D?ailleurs, s?agissant du 59, rue de Rivoli, j?avais - Christophe GIRARD le sait - organisé à la mairie du 1er arrondissement une exposition pour les artistes.

Je reconnais les artistes et je les apprécie. Je suis évidemment moins enthousiaste, comme il le sait, sur la technique du squat et je considère que le squat n?est pas une reconnaissance en soi. La question que je pose sur le 59, rue de Rivoli, c?est que puisque la Ville a finalement acheté l?immeuble, que la Ville finance les travaux, la Ville est chez elle. La Ville gère d?autres ateliers d?artistes à Paris et elle sait les gérer. Il y a même une commission ad hoc qui fonctionne à ma connaissance de manière transparente et je n?ai pas de critiques à faire. Une fois que la Ville a déboursé des sommes considérables pour devenir propriétaire et faire les travaux, par quel mystère continue-t-elle à entretenir une convention pour une somme dérisoire ? Parce que 100 euros par mois pour un immeuble entier ! Je considère que la Ville est suffisamment grande et je lui fais confiance et je fais confiance à la commission d?attributions pour que les ateliers soient attribués dans des conditions qui soient tout à fait exemplaires.

Voilà la question que je pose. C?est la raison pour laquelle d?ailleurs le Conseil d?arrondissement a donné un avis défavorable sur le montage de cette convention. C?était cela la question.

Quant aux conditions de sécurité des squats, nous avons l?intense bonheur dans le 1er arrondissement d?avoir deux lieux gérés par ce collectif : le 59, rue de Rivoli et le 111, rue Saint-Honoré. Si s?agissant du 59, rue de Rivoli, la Ville a pris ses responsabilités, et je crois que c?était ce qu?il fallait faire, sur le 111, rue Saint-Honoré, pour ce que j?en sais, les conditions de sécurité sont plus qu?alarmantes. J?aimerais attirer l?attention du Maire de Paris et de M. GIRARD tout particulièrement sur les conditions de sécurité du fonctionnement de ce squat.

Je ne veux pas rallonger le débat et je me contenterai d?une réponse très courte et au besoin d?une explication verbale un peu plus longue en dehors de la séance de la part de M. GIRARD.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Sans aucun doute.

Rapidement, Monsieur GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - Je propose deux choses à M. LEGARET. D?abord, je le remercie des indications qu?il me donne. Je vais bien sûr saisir le Secrétariat général et la Direction des Affaires culturelles pour que nous nous assurions, en effet, que le 111 rue Saint-Honoré ne soit pas en infraction vis-à-vis du public ; il y va de notre responsabilité.

Ensuite, je ne souhaite pas non plus que le Maire du 1er arrondissement soit dans cette difficulté et je vous propose que vous m?invitiez à un Conseil d?arrondissement où je viendrai volontiers vous faire une présentation, à la fois sur la politique culturelle mais également plus particulièrement sur le 1er arrondissement, qui est un arrondissement d?avenir.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - De grand avenir j?espère.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 94.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2006, DAC 94).