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Mai 2006
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I - Question d’actualité posée par le groupe U.D.F. à M. le Maire de Paris relatif à la multiplication des tentes qui tiennent lieu d’abri à des personnes sans domicile fixe.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2006


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - La première question d?actualité est posée par le groupe U.D.F.

La parole est à Mme de FRESQUET.

Mme Elisabeth de FRESQUET. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, distribuées par Médecins Sans Frontière et Médecins du Monde, les tentes qui, depuis plusieurs mois déjà, tiennent lieu d?abri de fortune à des personnes sans domicile fixe se sont multipliées dans Paris. Disons-le franchement, déjà, notre regard s?habitue, il se lasse. Déjà, il ruse avec ce qui devrait être une légitime indignation. Déjà, tout se passe comme si, en dépit du caractère spectaculaire de l?opération, nous flirtions avec l?indifférence.

Loin de moi l?idée de sacrifier au misérabilisme, mais si l?homme est un animal qui s?habitue à tout, il nous revient de lutter contre la lassitude et la fatalité face aux situations de grande détresse. La politique et les actions de la Ville doivent prendre en compte une réalité objective. A vivre années après années l?errance et la marginalité, on intègre l?abandon comme un phénomène naturel de sa propre histoire. On l?intègre profondément.

Cela conduit parfois à refuser les quelques mains tendues qui, finalement, se découragent à leur tour et finissent par se détourner. Il faut bien entendu résister activement et refuser de baisser les bras. Ce n?est pas seulement la vitalité de notre solidarité qui est en jeu mais notre dignité aussi.

Coluche est mort il y a 20 ans, je le regrette, mais, qu?il me soit permis de le dire, ces propos restent plus que jamais d?actualité et je le regrette encore davantage. Il faut en finir avec le jeu de la ?patate chaude? qui inscrit chacun en déni de responsabilité et il faut en finir vite.

L?Etat, la Région et la Ville doivent former une chaîne d?initiatives qui prennent en charge ces situations de profonde détresse. Si la conscience individuelle, les actions de chacun comptent pour beaucoup dans la lutte contre l?exclusion et si la qualité et l?importance du travail associatif méritent d?être quotidiennement saluées, nous ne pouvons faire l?impasse sur la responsabilité des élus.

C?est pourquoi, Monsieur le Maire, le groupe U.D.F. vous demande instamment de définir et de mettre en ?uvre toute mesure allant dans le sens de la multiplication, été comme hiver, de lieux d?accueil décents, sécurisés, en la matière il reste beaucoup à faire, et susceptible de recevoir les personnes avec leurs animaux.

Je veux le redire avec force, il s?agit de personnes qui ont intégré l?état d?abandon. Sur ce point-là au moins, nous devons leur donner tort. L?intention des associations n?est pas en cause, mais la distribution d?abri de fortune installe finalement les personnes dans leurs propres symptômes alors que l?on doit les aider à en sortir. Autant que tout autre ou sinon plus, elles ont droit de bénéficier d?une politique volontariste fondée sur le souci de leur dignité, de leur respect et qui dépassent la trop simple grille des difficultés économiques.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.

Mme Mylène STAMBOULI a la parole pour vous répondre.

Mme Mylène STAMBOULI, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

La distribution de tentes par l?association Médecins du Monde a vocation à alerter les Parisiens et les pouvoirs publics sur la situation des personnes sans domicile. Je souhaiterais indiquer que Mme JEANSON, présidente de Médecins du Monde, a été reçue par le Maire de Paris pour évoquer cette action.

Il est clair que les tentes ne constituent pas une solution pour les sans-abri mais visent à interpeller le Gouvernement sur l?insuffisance de moyens et le manque d?ambition de la politique gouvernementale en matière de lutte contre l?exclusion. Je partage l?avis qu?il est indigne que, dans un pays comme le nôtre, des personnes soient contraintes de dormir et d?errer dans la rue. Nous savons, et ce constat est validé par l?ensemble des acteurs et associations de lutte contre l?exclusion, que cette situation est liée à plusieurs facteurs.

Premier facteur : la situation de crise nationale du logement, en particulier dans les grandes villes comme Paris et la poursuite d?une politique d?expulsion locative à Paris.

Deuxième : les carences des structures de soins psychiatriques.

Troisième : l?inadaptation du système d?hébergement d?urgence qui existe actuellement avec des hébergements donnés nuit après nuit ou 7 jours par 7 jours.

Quatrième : l?absence d?un dispositif d?accueil et d?hébergement suffisant pour les demandeurs d?asile isolés et les déboutés du droit d?asile.

Enfin, la situation particulière de l?Ile-de-France dont l?offre d?hébergement est insuffisante et mal répartie. Avec 4.500 places d?hébergement d?urgence, Paris concentre 50 % des places existantes. La fermeture des centres d?hébergement dans la journée, le manque de financement et de personnels sociaux qualifiés, l?accueil pour une nuit parfois non renouvelable sans demande d?un travailleur social au 115 ou des hébergements de durée de 7 jours renouvelables une ou 2 fois, ne peuvent répondre aux besoins de personnes gravement désocialisés.

Le financement du fonctionnement des centres d?urgence et du dispositif d?insertion est assuré par l?Etat dans le cadre de sa responsabilité en matière de lutte contre l?exclusion et en tant que garant de la solidarité nationale. Eu égard à la spécificité de Paris, la Ville participe déjà au-delà de ces compétences en soutenant des actions de lutte contre l?exclusion à hauteur de plus de 100 millions d?euros : 15 espaces solidarité insertion, les accueils de jour, 4 permanences sociales d?accueil, participation au Samu social, amélioration et coordination de l?aide alimentaire et des maraudes parisiennes, aides financières exceptionnelles.

Vous nous invitez à mettre en ?uvre toutes les mesures allant dans le sens de la multiplication, été comme hiver, de lieux d?accueil décents, sécurisés, susceptibles de recevoir des personnes y compris avec des animaux. C?est déjà le sens de notre engagement depuis 2001. En effet, la Ville participe en crédits d?investissement à hauteur de 16,5 millions à l?humanisation des grands centres d?urgence parisiens, le centre Ney, déjà rénové, le C.A.S.H. de Nanterre, en cours et c?est la première fois que la Ville soutient un centre situé en dehors de Paris comme le C.A.S.H., le centre Crimée, projet en cours pour les femmes avec ou sans enfant, le projet de Baudricourt, de la Mie de Pain, la restructuration du Palais de la femme, etc.

Nous nous sommes engagés également dans une nouvelle convention avec l?Etat sur la création ou l?humanisation de 1.600 places d?hébergement d?urgence pour la période 20052010. La Ville, au quotidien, recherche des terrains, des lieux pour l?ouverture de nouveaux centres, à taille plus humaine, mieux répartis sur le territoire parisien, visant à compenser également des pertes de place liées à l?humanisation des grands centres.

L?Etat vient d?annoncer l?ouverture de 5.000 places d?urgence d?ici trois ans, fonctionnant 24 heures sur 24, dont 500 places pour cette année. C?est très clairement insuffisant pour répondre aux besoins. 1.000 places sur Paris pourrait être maintenues ouvertes en journée dès à présent, à condition que le Gouvernement débloque les financements correspondants et engage sans délai une concertation avec les gestionnaires de ces lieux. Nous sommes prêts à étudier, avec les services de l?Etat, les modalités selon lesquelles nous pouvons contribuer à une ouverture des centres en journée, comme nous l?avons proposé à l?Etat, dans le cadre d?un projet social qui est celui de Crimée, centre géré par le Centre d?action sociale qui, après des travaux de réhabilitation, va rouvrir en fin d?année 2006 pour accueillir des femmes avec ou sans enfant.

Mais nous renouvelons notre demande, sous l?autorité de l?Etat, d?une conférence régionale de l?hébergement et du logement des plus démunis visant à la création nouvelle de places d?hébergement et de logements très sociaux répartis en Ile-de-France. La réponse à cette demande ne peut plus être différée dans le contexte actuel.

En conclusion, chaîne d?initiative, oui. L?Etat, la Région, la Ville peuvent travailler ensemble mais, bien entendu, dans le respect des compétences et des financements tels qu?ils sont prévus actuellement. Nous assurons déjà beaucoup plus que ce qui était fait auparavant et que ce qui est dans nos compétences.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Je rappelle quand même à tous les élus qui interrogent ou qui répondent que leurs temps de parole sont de 2 minutes ou 2 minutes et demie.