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Mai 2006
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2006, DU 99 - Attribution de la dénomination “place Theodor Herzl” à une place située dans le 3e arrondissement de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2006


 

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DU 99 relatif à l?attribution de la dénomination place Théodore Herzl à une place située dans le 3e arrondissement de Paris.

Monsieur AIDENBAUM, vous avez la parole.

M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Il vous est aujourd?hui proposé de rendre hommage à Théodore Herzl en attribuant son nom à une place située dans le 3e arrondissement de Paris.

Dans l?exposé des motifs de ce projet de délibération, le Maire de Paris rappelle qui était Théodore Herzl et rappelle qu?il incarne à la fois le combat contre l?antisémitisme et celui pour la reconnaissance du droit du peuple juif à fonder librement un Etat.

Cette décision qui honore la capitale de la France prend aujourd?hui une signification particulière, mes chers collègues. Signification particulière dans notre pays et dans notre Europe où soixante ans après la Shoah on assiste à une recrudescence de l?antisémitisme, du racisme et de la xénophobie.

Tous les pays d?Europe sont aujourd?hui touchés par l?émergence de partis et de mouvements d?extrême droite. En Pologne, un parti ouvertement antisémite entre au Gouvernement. Il y a quelques jours, en Belgique, un homme tue froidement des noirs, dans la rue, déclarant ouvertement qu?il a voulu massacrer des noirs, tout simplement parce qu?ils sont noirs.

Un peu plus loin que l?Europe, en Iran, un président, pour la première fois depuis très longtemps, ouvertement, fait des déclarations antisémites et demande officiellement la disparition de l?Etat d?Israël.

Voilà, mes chers collègues, le monde est fou ; l?Europe est contaminée et notre pays n?est pas en reste.

Je juge donc que c?est particulièrement important aujourd?hui. La place Théodore Herzl donne une signification particulière, comme je vous le disais, dans ces temps troubles que nous vivons.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Monsieur BOHBOT, vous avez la parole.

M. Jack-Yves BOHBOT. - Monsieur le Maire, je suis fier que la Ville de Paris ait accepté et réalisé le v?u que j?avais proposé, le 7 juin 2004, avec Laurent DOMINATI et le soutien de Claude GOASGUEN, pour donner le nom de Théodore Herzl à un place de notre ville.

Ce v?u avait été adopté à l?unanimité par le Conseil de Paris.

Je remercie donc l?ensemble du Conseil, le Maire de Paris, M. CAFFET, pour la présentation de cette délibération.

Vous avez choisi, Monsieur le Maire, le carrefour des Arts et Métiers. C?est une belle localisation, dans le centre de Paris, dans le 3e arrondissement, dans le Marais, lieu où la présence juive est millénaire et où elle a payé un lourd tribut à l?antisémitisme.

Ainsi, après la Ville de Vienne, nous serons la deuxième ville européenne à honorer Théodore Herzl, créateur du mouvement sioniste et fondateur de l?Etat d?Israël.

Pour les Juifs du monde entier, son ?uvre est exceptionnelle. Il faut se souvenir du contexte de l?époque, à la fin du 19e siècle, quand les Juifs sont soumis à un terrible antisémitisme dans de nombreux pays européens et quand leur sort n?est pas meilleur dans les pays sous domination turque où ils sont rabaissés, à l?instar des chrétiens, au rang dégradant de ?dhimmis?.

Journaliste hongrois, Théodore Herzl est à Paris pendant l?Affaire Dreyfus et il assiste aux Invalides à la dégradation publique du capitaine Dreyfus.

Le choc est terrible car la France est pour les Juifs non seulement le pays de la déclaration des droits de l?Homme et du Citoyen, mais aussi le pays qui leur a donné la citoyenneté française en 1791 et qui vient de naturaliser les Juifs indigènes d?Algérie.

Herzl prend alors conscience que le salut des Juifs, peuple dispersé depuis 2.000 ans, doit passer par la création d?une Nation autonome, d?un Etat en Palestine. Son livre ?L?Etat juif? constitue l?acte de naissance du futur Etat hébreu. Son projet se réalise en 1948, et quand David Ben Gourion lit le 14 mai au musée de Tel-Aviv la déclaration d?indépendance d?Israël, un immense portrait de Théodore Herzl trône au-dessus des quatorze premiers membres du Gouvernement hébreu.

Son message est toujours d?actualité. Ces dernières années dans notre pays, nous avons vu renaître et s?enraciner un nouvel antisémitisme. Le meurtre du jeune Ilan en a été hélas récemment un terrible exemple. La barbarie est hélas à l?oeuvre. Pire encore, des chefs d?Etat, comme l?a signalé M. AIDENBAUM, nient impunément l?Holocauste, attaquent la religion juive, menacent l?Etat d?Israël de destruction. Que penser effectivement du Président iranien qui martèle régulièrement son message antisémite et qui sera reçu en Allemagne à Nuremberg pour assister à un match de football lors de la prochaine Coupe du Monde ?

Je crois, Monsieur le Maire, que vous devriez dire solennellement à nos amis allemands et à leurs dirigeants, à vos collègues maires des grandes villes d?outre-Rhin, que la présence d?un chef d?Etat antisémite est inacceptable sur le territoire européen, précisément à Nuremberg, soixante ans après la tragédie de la Shoa. Notre Conseil doit s?élever contre une telle injure faite à l?histoire de l?humanité pour que le message de Théodore Herzl reste vivant.

Je vous remercie.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Monsieur CAFFET, vous avez la parole.

M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Merci, Monsieur le Maire.

Ecoutez, je n?ai pas grand-chose à ajouter à ce que viennent de dire Pierre AIDENBAUM et M. BOHBOT. Je laisse la responsabilité à M. BOHBOT d?éventuellement saisir le Maire pour qu?il ait également une action envers les autorités de la République d?Allemagne.

Je me concentre en fait sur ce projet de délibération dont je considère qu?il intervient à un moment particulier. Un moment qui est à la fois apaisé, mais dans un contexte également international dont je reconnais avec vous le caractère préoccupant.

Voilà, ce projet de délibération arrive au bon moment. J?espère que l?inauguration pourra intervenir rapidement. Mais je crois que le Conseil de Paris véritablement fait bien, que c?est une bonne et une sage décision que d?honorer Théodore Herzl.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Madame GÉGOUT, vous avez la parole.

Mme Catherine GÉGOUT. - Notre groupe a décidé de voter cette délibération mais je souhaiterais m?abstenir à titre strictement personnel simplement à cause de tout ce qui a été fait au nom de Théodore Herzl.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 99.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2006, DU 99).