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Mai 2006
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Vœu déposé par le groupe “Les Verts” relatif à la création d’une place des communards entre les 10 et 19 de la rue des Panoyaux.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2006


 

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous allons maintenant examiner le v?u référencé n° 62 dans le fascicule, déposé par le groupe ?Les Verts?, relatif à la création d?une place des Communards entre les 10 et 19 de la rue des Panoyaux.

Madame BARANDA, vous avez la parole.

Mme Violette BARANDA. - Merci, Monsieur le Maire.

A quelques jours près, nous allons commémorer le 135e anniversaire de la semaine sanglante qui, du 21 au 28 mai 1871, vit la défaite de l?un des plus grands mouvements prolétariens de l?histoire.

Le 11e, le 19e et le 20e arrondissements furent le théâtre de la résistance acharnée des derniers communards. La semaine sanglante s?acheva le 28 mai 1871 au cimetière du Père-Lachaise où le dernier carré des retranchés fut passé par les armes. Les témoins évoquent tous de nombreuses exécutions sommaires de la part des troupes dites démocratiques. On évoque, selon les sources, de 10.000 à 25.000 exécutions sommaires, viols, meurtres d?ouvriers communards durant la semaine sanglante.

La répression des communards fut féroce : près de

10.000 condamnations à mort, 4.000 déportations au bagne de Nouvelle-Calédonie dont la célèbre Louise Michel. Les lois d?amnistie n?interviendront qu?en 1880.

A l?heure du débat sur l?immigration choisie, la Commune a représenté une expérience unique, tant par la gestion des affaires de la cité que par sa tolérance vis-à-vis des étrangers présents à Paris. En effet, non seulement de très nombreux étrangers participèrent à la Commune, mais ils en devinrent membres de droit. Des Belges dont Léo Frankel, des Polonais dont Dombrowski qui fut membre de l?état-major de la Commune, des Garibaldiens, des Russes telle Elisabeth Dimitrieff qui fonda l?Union des femmes, etc.

Depuis quelques années, dans le quartier de Ménilmontant, à deux pas de Belleville, de nombreux citoyens souhaitent qu?un lieu de l?arrondissement marque symboliquement cette page tragique mais glorieuse de notre histoire. L?intersection des 10, 11, 12, 13, 14, 15 et 17-19, rue des Panoyaux représente de fait une petite place où, les beaux jours venant, se déroulent de nombreuses fêtes de quartier. Une demande fut déjà faite au conseil de quartier en 1997 mais rejetée à l?époque. C?est une place sans nom, puisque la rue des Panoyaux la traverse.

L?association des Artistes de Ménilmontant, l?association des Amis du Lou Pascalou, l?association des Saules pleureurs (association des riverains locataires), les Amis de la Commune de Paris ainsi que les commerçants du quartier ont émis l?idée qu?en surplus de la rue des Panoyaux, ce qui constitue de fait une place soit apposée une plaque portant mention : Place des Communards.

La Commune de Paris a déjà une place dans le 13e arrondissement ; il est désormais temps d?honorer les femmes et les hommes qui se sont battus pour la liberté, l?égalité et le respect des droits des individus.

C?est pourquoi nous demandons qu?à l?intersection des 10, 11, 12, 13, 14, 15 et 17-19 rue des Panoyaux soit apposée une plaque portant la mention : Place des Communards.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Madame CHRISTIENNE, vous avez la parole.

Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - La Municipalité a, depuis 2001, marqué à de très nombreuses reprises son attachement à la mémoire de la Commune de Paris.

L?Hôtel de Ville, lieu symbolique de l?histoire du mouvement communaliste s?il en est, a ainsi accueilli en 2004 l?exposition réalisée par ?Les amis de la commune de Paris? et le professeur Jean-Louis ROBERT grâce aux soutien financier de la Ville, 79.500 euros, mais aussi une série de tables rondes sur les thèmes comme ?La Commune, l?école et la laïcité?, ?Les Communards, internationalistes patriotes ??, ?Rimbaud et la Commune?, organisées par des historiens comme Jacques ROUGERIE.

Elle a par ailleurs projeté une série de films sur la commune, dont ?La commune, Paris 1871? de Peter WATKINS, en partenariat d?ailleurs avec des associations ?Rebond pour la commune?, ?Une journée au Luxembourg? de Jean BARONNET, ?Paris et le temps des cerises?, ?Honoré Daumier?, etc.

La Ville a par ailleurs, en partenariat avec les Archives de France et naturellement les Archives de Paris, permis grâce à un soutien financier constant depuis 2002 de réaliser un monumental ?Guide des sources d?archives de la Commune de Paris?, réalisé sous la direction de René BIDOUZE grâce au soutien de plusieurs dizaines de chercheurs bénévoles. Ouvrage magistral de plus de 1.200 pages qui constituera un instrument de référence pour les chercheurs et les historiens professionnels et amateurs de plus en plus nombreux à s?intéresser de cette page de notre histoire. Il doit être édité courant 2006 par la Documentation française et sera accompagné d?un CD-Rom présentant 50.000 noms de communards condamnés.

Par ailleurs, la plaquette sur ?La commune de Paris? est en cours de réalisation à l?intention des lycéens parisiens. Lancé en 2003, ce projet a été confié à une équipe d?universitaires de renom, Eugen WEBER, Daniel TARTAKOWSKY, Stéphane AUDOIN-ROUZEAU, Jacques ROUGERIE, Hollis CLAYSON, Jay GULLICKSON, Laure GODINEAU, sous la direction du professeur Robert TOMBS de l?Université de Cambridge.

Ce document qui devrait faire date, car il confrontera le point de vue des universitaires français et étrangers sur les événements dont l?Histoire a souvent été instrumentalisée, voire déformée à des fins politiques, devrait déboucher sur une publication au second semestre 2006. Cela sera oeuvre d?histoire pour les lycéens parisiens.

En outre, le Maire et ses représentants ne manquent pas d?honorer chaque année la mémoire des communards en déposant une gerbe devant le mur des fédérés.

Enfin, une plaque commémorative en hommage aux fédérés fusillés sera prochainement apposée au cimetière de Charonne où les dépouilles de nombreuses victimes des fusillades furent réinhumées en 1897.

Il me semble donc que nous faisons une oeuvre constante et que nous rendons hommage régulièrement à ces communards.

La Commune de Paris a déjà une place dans le 13e arrondissement. Nous ne devons pas décliner une liste de places dans chacun des arrondissements. Par contre, notre politique de mémoire conduit à réfléchir à différentes formes d?hommages à rendre à la Commune de Paris.

C?est donc un avis négatif pour une nouvelle place de la commune.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Y a-t-il des explications de vote ?

Vous avez la parole, Monsieur BLOCHE.

M. Patrick BLOCHE. - Merci.

Odette CHRISTIENNE vient de rappeler avec force combien la municipalité actuelle depuis 5 ans a rattrapé un retard historique dans la commémoration des événements qui ont ensanglanté Paris en 1871 lorsque la commune de Paris fut réprimée par les Versaillais.

Nous sommes effectivement au mois de mai, ce mois de mai qui nous amènera comme chaque année depuis longtemps à nous retrouver notamment samedi prochain devant le Mur des fédérés, ou même pour certains - je pense aux habitants du 11e arrondissement- un peu plus tard rue de la Fontaine au Roi, dans cette controverse historique qui amène à savoir si la dernière barricade est tombée dans le 11e ou le 20e arrondissement ou peut-être ailleurs.

Odette CHRISTIENNE a rappelé toutes les initiatives qu?a prises ou soutenues la Ville en étroite relation avec une association avec laquelle nous sommes amenés à avoir des liens étroits, ?l?Association des amis de la commune de Paris? que préside Claude VILLARD qui est un remarquable historien de cette période, pas seulement d?ailleurs de cette période mais plus généralement du mouvement ouvrier.

Il y a une place de la commune de Paris qui existe dans le 13e arrondissement. Et vraiment ce v?u, tout aussi sympathique qu?il soit, même si nous pourrions avoir sans doute un débat sémantique sur le fait de savoir si le terme ?communard? est un terme approprié dans la mesure où c?étaient les Versaillais qui utilisaient le terme de ?communards? initialement.

Au-delà de ce débat sémantique, pour que nous puissions collectivement commémorer la commune de Paris de façon rationnelle et sans esprit de dispersion et pour que cela ait un sens notamment dans le 20e arrondissement, Odette CHRISTIENNE évoquait cet hommage qui sera rendu au cimetière de Charonne. Il y a aussi naturellement le Mur des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise.

Je pense que notre travail de mémoire se trouve perturbé par des initiatives de dispersion et que nous avons intérêt collectivement à nous concentrer sur un certain nombre de lieux bien identifiés. C?est la raison pour laquelle ce v?u ne semble pas opportun aux élus du groupe socialiste et radical de gauche.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme GÉGOUT.

Mme Catherine GÉGOUT. - Merci, Monsieur le Maire.

Les habitants du 20e sont un peu frustrés parce qu?en fait, sur la proposition du groupe communiste, il avait été demandé que la place de Ménilmontant s?appelle ?place de la Commune de Paris?. D?ailleurs, cela aurait réglé nos affaires avec le 11e, ce qui aurait été excellent. Et puis, voilà, on a perdu, le 13e nous a pris de vitesse. La ?place de la Commune de Paris? existe bel et bien, elle est dans le 13e. Après tout, il y a beaucoup de quartiers de Paris qui se sont soulevés à ce moment-là.

D?un côté, la proposition qui est faite est louable parce que chaque fois qu?on peut commémorer la Commune quelque part, c?est excellent. Ceci dit, la forme n?est pas forcément adaptée parce qu?il y a à la fois le titre dont on pourrait discuter, le fait que ce sera une place sans en être une puisqu?il y a pas mal d?adresses sur la rue des Panoyaux, sur cette place physique qui est la rue des Panoyaux. Ainsi, on ne va pas changer le nom de la place parce que cela changerait l?adresse pour tous les riverains. C?est un demi geste, cette plaque.

Odette CHRISTIENNE a rappelé tout ce qui a été fait et qui continue à être fait sur la Commune. Comme il y a des plaques historiques un peu partout dans Paris qui rappellent à tel ou tel endroit l?histoire du lieu, ne pourrait-on pas à l?endroit de la barricade de la rue Ménilmontant, installer un panneau explicatif comme il y en a dans de nombreux lieux historiques de Paris. Je pense que l?on pourrait choisir un ou deux lieux de barricades sur lesquels on pourrait mettre dans ces quartiers-là un souvenir sous forme d?explication, que les gens lisent beaucoup d?ailleurs.

Il n?y a là aucune agression par rapport à l?intention du voeu mais je pense que la forme n?est pas la bonne. Merci.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme CAPELLE.

Mme Liliane CAPELLE. - Je m?aligne tout à fait sur ce qui vient d?être dit, je ne vais pas rouvrir la guerre entre le 11e et le 20e.

Je me souviens que nous étions avec Patrick et d?autres à cette manifestation. C?est Pierre MAUROY qui était venu apposer cette plaque rue de la Fontaine au Roi en 1991 exactement. Donc les lieux de mémoire existent déjà...

Il est vrai que cela nous met en difficulté parce qu?on a l?impression de balayer comme cela. Or ce n?est pas le sens de notre refus. Notre refus a été bien expliqué. Il y a le Mur des Fédérés. Il y aura Charonne. Je partage tout à fait le point de vue souhaitant que l?on puisse indiquer qu?il y ait eu là une barricade mais on ne va pas mettre que c?est la dernière quand même.

Il faudrait peut-être à ce moment-là reprendre un nom. Je vois qu?il y a une femme Elisabeth Dimitriev ; on cherche des noms de femmes, alors pourquoi ne pas donner un nom de femme mais pas le terme de ?commune?, ?communard?, ou je rappelle plutôt ?communeux?, c?est comme cela qu?ils s?appelaient entre eux.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je crois que l?on s?est bien compris.

Madame BARANDA, vous voulez ajouter quelque chose ?

Mme Violette BARANDA. - Je comprends un peu les arguments. Pour le mot de ?communeux?, c?était effectivement leur vrai nom. Les communards s?appelaient entre eux ?les communeux?. Les Versaillais les ont appelé ensuite ?les communards?. Et il fut ensuite repris par Louise Michel dans ses livres, et ensuite quand on voit les chansons de FERRAT, c?est entré dans le domaine public ; maintenant c?est une revanche sur le terme qui était vu négativement de leur dire : ?eh bien, oui, c?étaient des communards, voilà?. Je pense que c?est leur rendre hommage, un hommage de dire ?les communards?.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe ?Les Verts?, assortie d?un avis défavorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est repoussée.