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Avril 2009
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2009, II - Question d'actualité du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés à M. le Maire de Paris relative aux mesures de prévention et de lutte contre l'exclusion des jeunes les plus en difficultés.

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2009


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question de Léa FILOCHE du groupe socialiste et radical de gauche.

Mme Léa FILOCHE a la parole.

Mme Léa FILOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, chers collègues, les jeunes dans notre pays sont depuis longtemps particulièrement vulnérables sur le marché du travail et des chiffres récents montrent qu'ils sont les principales victimes des effets de la crise économique et sociale, tout particulièrement les jeunes issus des quartiers qui sont au départ plus fragiles.

Ainsi, en Ile-de-France, le chômage des jeunes vivant dans les quartiers en difficulté a augmenté de plus de 52,7 % en une année.

Coutumiers des emplois précaires et de l'intérim, ces jeunes apparaissent plus que jamais comme des variables d'ajustement à la crise économique que nous connaissons actuellement.

Les populations des quartiers dits "politique de la ville" sont déjà touchés par des difficultés de tous ordres : emploi, logement, éducation, formation et santé.

Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de réduire ces inégalités, mais les inquiétudes sont fortes aujourd'hui quant aux moyens alloués par l'Etat depuis plusieurs années maintenant puisque la règle est la baisse des subventions, la limitation des cadres d'information, d'accueil et d'encadrement.

Ce désengagement important de l'Etat entraîne une modification des responsabilités en matière de lutte contre les exclusions. Ce sont les collectivités qui pallient désormais ces engagements.

En cela, elles sont aujourd'hui en première ligne pour lutter contre l'exclusion des jeunes de 16 à 25 ans en particulier, car cette population qui n'est pas prise en compte par les systèmes classiques d'insertion tels que le R.M.I. est particulièrement touchée par les conséquences de la crise.

Pauvreté et précarité deviennent le quotidien des jeunes diplômés, des jeunes en formation ou en insertion professionnelle. Cela nécessite un plan d'action ambitieux et innovant de notre part.

La gravité de la situation nous impose un engagement massif et urgent. Il s'agit de cesser de traiter les jeunes essentiellement comme des catégories dangereuses comme malheureusement c'est le cas aujourd'hui au niveau étatique en privilégiant la lutte contre des bandes plutôt que la lutte contre les discriminations sociales et territoriales que nous appelons de nos v?ux.

A cet égard, les nouvelles orientations de la protection judiciaire de la jeunesse sont parlantes, les crédits sont réorientés vers les mesures pénales plutôt que vers les mesures de prévention qui sont pourtant les seules à apporter des solutions pérennes.

Nous savons aussi que les mesures de prévention sont bien plus importantes que les répressions systématiques. C'est pourquoi les jeunes ont besoin aussi de retrouver la confiance et de renouer avec les institutions.

Ils ont besoin d'être encadrés, accompagnés dans leur démarche d'insertion, d'avoir un bon niveau d'éducation et, lorsqu'ils en ont besoin, de pouvoir trouver les moyens de définir et de mettre en ?uvre leur projet de formation ou d'insertion professionnelle.

Il est essentiel de leur proposer un dispositif d'accompagnement, prenant en compte tous les aspects de la problématique d'insertion, notamment en matière de santé et de logement qui sont les deux formes de discrimination majeures subies par les jeunes à Paris.

Pourtant, le logement et l'accès à la santé sont pour moi, mais également pour une partie de cette Assemblée, la première pierre d'un accès à l'autonomie et donc à l'émancipation, à la formation et à la protection en matière du droit de travail.

Monsieur le Maire, l'insertion des jeunes les plus en difficultés est un investissement qui mérite tous nos efforts, c'est la cohésion de la société qui est en jeu. Il faut agir tant qu'il est encore temps.

C'est pourquoi nous souhaitons savoir quelles sont les actions menées par notre collectivité en ce domaine.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Myriam EL KHOMRI.

Mme Myriam EL KHOMRI, adjointe. - Merci, Madame la Conseillère, pour cette intervention.

Sur Paris, le nombre de jeunes demandeurs d'emploi est en hausse de plus de 3,9 % en février 2009 par rapport à janvier 2009. L'évolution annuelle est de plus 16,3 %.

Ils sont clairement les premières victimes des emplois précaires, C.D.D., intérim voire multiplication des stages. Cela vient s'ajouter aux inégalités visibles dans les quartiers en politique de la ville.

Les tensions entre jeunes que nous connaissons actuellement sur le territoire parisien sont révélatrices d'un fort repli identitaire. Il y a un accroissement du sentiment d'exclusion et aussi un accroissement d'un sentiment d'appartenance à un quartier ou à une rue.

La Ville n'a pas attendu la crise pour se mobiliser fortement sur cette question. Elle a mis en place un maillage du territoire, une véritable logique de chaîne éducative prenant en compte toutes les problématiques auxquelles les jeunes sont confrontés dans la vie quotidienne, vous l'avez dit : le logement, l'emploi, l'éducation, la discrimination et la santé.

Cette politique est menée en concertation étroite entre tous les adjoints concernés dont bien sûr Bruno JULLIARD, Olga TROSTIANSKY, Gisèle STIEVENARD, Christian SAUTTER et Jean-Marie LE GUEN.

C'est d'autant plus indispensable que, n'oublions pas, un jeune mal pris en charge aujourd'hui est demain un adulte en souffrance.

De nombreuses mesures mises en oeuvres se déclinent autour de quatre axes :

- Lutter contre l'errance et l'exclusion avec deux permanences sociales d'accueil.

- L'insertion sociale et professionnelle avec les clubs de prévention, les missions locales, les espaces dynamiques d'insertion, les contrats jeunes majeurs, et également le Fonds d'aide aux jeunes et "Paris Jeunes Solidarité" qui sont deux aides financières à l'insertion durable. 1.600 jeunes en ont bénéficié cette année pour un budget annuel de 630.000 euros.

- L'hébergement et l'accès au logement, avec les centres d'hébergement d'urgence et de réinsertion sociale "Georges Sand" ou "Gutenberg" que vous avez visité récemment, Monsieur le Maire.

- La santé, avec les centres médicosociaux de la Ville, les centres de planification et d'éducation familiale ou encore "la Maison de Solenn".

Beaucoup de chantiers sont également en cours, comme la création de nouveaux centres d'hébergement de petite taille pour jeunes en errance, avec le futur centre boulevard de Strasbourg à venir et un appel à projet qui sera lancé le 5 mai prochain pour la création de 250 places dans des structures innovantes ou encore 3.000 logements en foyers de jeunes travailleurs. Je rappelle à ce sujet que 1.600 logements ont été créés entre 2001 et 2007.

Nous souhaitons également moderniser les aides financières, les contrats jeunes majeurs et mettre en place des structures adaptées pour les jeunes souffrant de troubles du comportement.

J'insiste sur deux innovations destinées à aller au devant de ces jeunes qui ne font plus confiance aux institutions pour ensuite pouvoir les réinsérer dans les dispositifs de droit commun.

Des lieux d'accueil innovants et participatifs pour les jeunes dont quatre créations sont prévues d'ici 2014, le premier a commencé ses activités fin 2008 dans le 10e arrondissement et ouvrira son local fin 2009.

Egalement une deuxième innovation qui est l'expérimentation menée à la Mission locale Belliard pour prévenir l'entrée des jeunes dans le R.M.I.

Cependant, la mobilisation de la Ville de Paris dans cette question ne doit pas faire oublier le rôle que doit jouer l'Etat. L'insertion des jeunes est un enjeu national qui requiert un plan d'ensemble et d'ampleur.

Nous attendons et seront attentifs au plan annoncé par Martin HIRSCH pour relancer l'emploi des jeunes ainsi qu'aux mesures d'urgence qui devraient être annoncées à la mi-avril.

Nous avons quelques inquiétudes quant au financement de ces mesures, pour l'instant très flou.

Et que penser d'un Gouvernement qui donne d'un côté pour reprendre de l'autre ? Vous avez parlé de l'exemple de la Protection judiciaire de la jeunesse que je reprends à mon compte.

Vous l'aurez compris, la Ville de Paris va continuer à travailler et à s'investir pour soutenir les jeunes en difficulté.

Nous attendons de l'Etat qu'il fasse de même, surtout lorsqu'on sait qu'une société qui est incapable de dégager des perspectives mobilisatrices pour sa jeunesse est une société qui perd progressivement en vitalité, en créativité et en espérance.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci de cet excellent travail.