Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Juillet 2012
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2012, DAC 545 - Subvention (425.000 euros) et avenant à la convention avec l'association Institut des Cultures d'Islam (18e).

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2012


 

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Nous revenons légèrement en arrière, je m'en excuse, pour proposer à Alexis CORBIÈRE d'intervenir sur le projet de délibération DAC 545 qui porte subvention à l?association "Institut des Cultures d'Islam".

M. Bruno JULLIARD lui répondra.

M. Alexis CORBIÈRE. - Merci, vraiment, en étant conscient de ce caractère exceptionnel, mais cela nous tenait à c?ur.

J'interviens au nom de Danielle SIMONNET et de moi-même à propos de ce projet de délibération qui concerne "l?Institut des Cultures d'Islam".

Nous ne soutenons pas ce projet de délibération pour deux raisons. D'abord, nous ne comprenons pas pourquoi, alors que nous avons constaté depuis hier une volonté de réduire les dépenses dans la quasi-totalité des directions et des délégations que, dans ce projet de délibération, la subvention de fonctionnement prévue augmente de 100.000 euros.

Pourquoi ce traitement de faveur quasi exceptionnel, pourquoi cette augmentation de près de 15 %, présentée sans explication, sans justification ?

Nous constatons donc là une volonté de promouvoir un projet à part, hors normes, bénéficiant d?un traitement différent des autres associations et projets culturels du quartier des différents arrondissements parisiens.

C?est regrettable.

La seule explication à ce traitement de faveur réside selon nous dans la volonté de faire de cet établissement un exemple particulièrement choyé afin, sans doute, qu?il se reproduise dans d'autres villes.

Et bien, nous profitons de l'occasion pour vous dire que nous ne sommes pas d?accord, sur le plan intellectuel comme philosophique.

Nous l'avons, Danielle SIMONNET et moi, déjà exprimé dans cette instance ou ailleurs, mais nous le faisons une nouvelle fois pour que vous entendiez clairement nos arguments.

La laïcité exige que l'on fasse la claire distinction entre ce qui relève des convictions privées intimes concernant les convictions spirituelles de chacun de nos concitoyens, qui doivent pouvoir s'exprimer librement et être respectés, et ce qui relève du bien public de l?intérêt général.

Le désaccord que nous avons avec "l?Institut des Cultures d'Islam", impulsé durant la précédente mandature où nous n?étions pas élus du Conseil de Paris, c?est qu?il théorise et met en ?uvre la proximité et finalement le mélange, et nous pensons la confusion, entre ce qui relève du culturel et du cultuel.

De plus, par sa nature même, ce lieu "confessionnalise" en quelque sorte des faits culturels et politiques qui n'ont pas nécessairement de relation directe ou même indirecte avec l'islam.

Le monde arabe, sans oublier les Kabyles berbères, ce n'est pas l'islam, ce n'est pas que l'islam.

Les millions d'hommes et femmes qui vivent dans ces régions ne peuvent être en quelque sorte assignés à résidence des convictions spirituelles prétendues de la majorité de leurs concitoyens.

Oui, il faut parler et mieux faire connaître le monde arable de ses aspirations politiques et sociales, des cultures diverses qui s'y expriment et s'y épanouissent.

Un Institut du Monde Arabe existe d'ailleurs avec cette mission première, mais avec "l?Institut des Cultures d'Islam" c?est différent, un établissement culturel est bâti et en plus imbriqué dans les mêmes établissements, des salles seront construites également et réservées dans le but exclusif de permettre que se réalise l'exercice d'un culte.

Nous craignons demain que la confusion des genres l?emporte dans ces établissements, nous craignons que de l?argent public soit utilisé pour construire des locaux qui deviendront rapidement privatisés au bénéfice d'une seule catégorie des citoyens, uniquement en raison de leur confession.

Si cela est le cas, c?est l?esprit même de la grande loi du 9 décembre 1905 et son noyau de sens qui réside dans les deux premiers articles qui seraient bafoués.

Nous refusons donc que ce financement du culturel serve de prétexte au financement du cultuel.

Cette logique avait été impulsée dans un rapport initié par la commission présidée par Jean-Pierre MACHELON en octobre 2005, qui proposait précisément de prendre prétexte de financer les lieux dits culturels pour financer du cultuel.

Généraliser cela est particulièrement dangereux pour la République et la laïcité. A ceux qui nous reprocheront de faire un procès d'intention, d'exagérer, de ne pas connaître la réalité du dossier, nous répondrons sereinement que nous prenons acte aujourd'hui et que nous resterons vigilants.

Nous attendons avec impatience depuis 2008 que se mette en place l?Observatoire de la Laïcité. On nous affirme que c?est pour bientôt, tant mieux, nous pourrons mieux débattre de tout cela.

Ce sera l'occasion, nous l?espérons de discuter de l'ensemble des financements publics qui concernent cette question sensible.

Nous vous l'avons déjà dit, nous avons des désaccords nombreux sur des choix qui sont faits concernant de nombreux financements et travaux, allant au-delà de la loi de 1905, qui sont mis en place depuis plusieurs années par la majorité municipale.

Le respect de la laïcité nous concerne tous, il est l?un des enjeux majeurs du XXIe siècle, à Paris comme dans le reste du monde.

Merci.

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Pour vous répondre, la parole est à M. Bruno JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Merci, Monsieur le Maire et merci à Alexis CORBIÈRE.

Je suis, comme l'était - et l?est toujours d'ailleurs - Christophe GIRARD, comme l?est le Maire de Paris, nous sommes pleinement et autant que vous attachés au respect strict de la laïcité et donc au respect de la loi de 1905.

Je crois qu'il y a dans votre esprit une confusion et vous appelez vous-même d'ailleurs à ne pas confondre le cultuel du culturel. C'est précisément ce qui est organisé dans le montage de l'opération qui est aujourd'hui proposée et de la création de "l'Institut des Cultures d'Islam" qui s'installera dans le quartier de la Goutte-d?Or et qui permettra, à l'ensemble des Parisiens, qu'ils soient musulmans ou non musulmans, de disposer d'un lieu d'échange ou de partage où seront proposées des activités à la fois universitaires, culturelles et des activités cultuelles.

Je comprends dans votre intervention que ce qui pourrait vous gêner est que, dans ce même lieu, il puisse y avoir la conjugaison d?activités culturelles et cultuelles.

Je me permettrais de vous proposer à vous-même de laïciser un peu votre propos et de ne pas être excessif dans cette volonté acharnée de ne pas permettre que, dans un même lieu, il puisse y avoir des activités culturelles et cultuelles, dès lors que ce qui contribue au financement de ce lieu, c'est exclusivement la partie culturelle.

Mais il serait inutile, voire même potentiellement jugé comme agressif que de refuser que, dans ce même lieu, il puisse y avoir des activités cultuelles dès lors qu'elles ne sont pas financées par la Ville de Paris.

Nous sommes donc - et ce projet se construit - dans le strict respect de la loi de 1905 puisque la dimension cultuelle est scrupuleusement séparée de l'intervention municipale et ne bénéficiera en aucun cas d'un financement public.

Je ne reviens pas sur la globalité de cet excellent projet, novateur à plusieurs titres, qu'il s'agisse du geste architectural comme de son projet résolument contemporain, qui va doter Paris pour la première fois d?un lieu dédié à la création contemporaine en terre d?islam et pas seulement dans le monde arabe.

C'est enfin un projet qui va permettre d'offrir des conditions de prière dignes aux musulmans parisiens et nous considérons qu'il est aussi du rôle de la puissance publique que de permettre que la dignité d'exercice d'un culte soit réelle pour tous, quelle que soit l?origine de ce culte.

Le centre de préfiguration de l'Institut des cultures d'islam existe depuis octobre 2006, rue Léon, dans le 18e arrondissement. Il est désormais bien identifié dans le quartier de la Goutte d'Or, et d'ailleurs plus largement aujourd'hui dans le paysage culturel parisien.

Je crois d?ailleurs qu'il est, d'ores et déjà, apprécié. Il propose une programmation diversifiée : conférences, spectacles, concerts, projections, débats, expositions. Il accueille un festival annuel, initialement intitulé "Les veillées du ramadan" et devenu le "festival des cultures d'islam".

A partir de 2010, et j'en viens à la raison de l'augmentation de la subvention, les activités de cet Institut des cultures d'islam, initialement géré en régie par la DAC, ont été transférées à une association, dont la Ville de Paris, le département de Paris et l'Ecole pratique des hautes études sont membres fondateurs.

Cette association est actuellement présidée par Jamel OUBECHOU, directeur de la promotion des droits et de l'égalité auprès du défenseur des droits, et elle anime le centre de la rue Léon, et prépare le passage au nouveau bâtiment actuellement en construction qui sera livré au 1er trimestre 2013.

C'est pour accompagner cette montée en puissance que la subvention est proposée en augmentation de 100.000 euros. Je précise d?ailleurs que la totalité de la subvention versée à l'Institut des cultures d'islam bénéficie exclusivement aux activités culturelles, et uniquement aux activités culturelles : la séparation entre le volet cultuel et culturel est donc très claire.

C'est la raison pour laquelle je vous demande de bien vouloir approuver ce projet de délibération.

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Merci de ces précisions.

Nous pouvons passer au vote.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 545.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2012, DAC 545).