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Juillet 2012
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Vœu déposé par le groupe Communiste et élus du Parti de gauche relatif au livre "Métronome" de M. Lorant Deutsch.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2012


 

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Nous examinons maintenant le v?u n° 46 déposé par M. Alexis CORBIÈRE à nouveau, sur le livre "Métronome" de Lorant DEUTSCH.

Vous avez une minute pour présenter le v?u et Danièle POURTAUD vous répondra.

M. Alexis CORBIÈRE. - Je ne ferai pas la liste de toutes les erreurs et affabulations que contient l'ouvrage de M. DEUTSCH. Inventions pures et simples, mauvaises interprétations très discutables, légendes et mythes racontés sans aucune mise à distance, on pourrait y passer l'après-midi. Je voudrais par contre parler de la façon dont se transmet l'histoire et de la liberté d'expression.

Le succès du livre de M. DEUTSCH est le symptôme de deux choses contradictoires. D'abord, il traduit une soif de connaissance de l'histoire de la ville, c'est évidemment une bonne chose. Mais il est regrettable ici que cela aille de paire avec une vision de l'histoire approximative, fumeuse, ayant pour parti prit une nostalgie assumée de l'Ancien régime, totalement déformé par les convictions spirituelles de l'auteur, qui rapporte parfois, durant des pages entières, sans aucune mise en garde ni recul, des légendes pures et simples, inventées et colportées depuis des siècles.

Nous voulons mettre en garde contre cette histoire écrite par les nouveaux camelots du roi qui squattent les plateaux télé, qui n'est en réalité que camelote des rois. Nous disons oui à l'histoire mais non au catéchisme Ancien régime.

Nous serions des censeurs, c'est ce que j'entends, mais il va de soi que M. DEUTSCH a le droit d'écrire ce qu'il veut, et nos concitoyens ont le droit d'acheter les ouvrages de leur choix. Mais nous refusons que soit valorisé, salué par la Ville, décoré par le Maire, invité dans des écoles publiques en présence d'élus et de représentants du Rectorat, financé par le service public de télévision, les tenants de cette histoire peopolisée, bling-bling, tant à la mode désormais, qui méprise la République et la Révolution française.

C'est là que réside la nouvelle censure, l'ultra médiatisation des uns et le silence pour les autres. Souffrez donc d'entendre notre voix critique, elle est bien peu de chose par rapport à la puissance médiatique de M. DEUTSCH depuis deux ans. C'est la voix qui vous dit : valorisons la culture, la recherche et la connaissance, et refusons l'obscurantisme !

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à Mme Danièle POURTAUD.

Mme Danièle POURTAUD, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Je voudrais dire à mes collègues Alexis CORBIÈRE, et au groupe Communiste et élus du Parti de Gauche, que, comme vous le savez, le Maire est, tout comme vous, très attaché à l'histoire, et à l'histoire de cette ville en particulier.

La meilleure des preuves est que non seulement il a nommé une adjointe chargée du patrimoine, mais également une adjointe chargée de la mémoire. Par ailleurs, il a créé le Comité d'histoire de la Ville de Paris et la Commission des travaux historiques. Comme vous le savez, certainement, au sein de ces deux institutions, ont été nommés des historiens représentant toutes les périodes et tous les courants de recherche sur l'histoire.

Aujourd'hui, nous sommes en effet convaincus que c'est aux historiens qu'il revient d'écrire l'histoire. Et j'ajouterai que le Conseil de Paris, ses élus ne doivent être, à mon sens, ni censeurs ni auteurs d'une quelconque histoire officielle.

Au-delà de la polémique que vous relayez, et qui va certainement contribuer à remettre Lorant DEUTSCH et son "Métronome" au hit parade de l'été, au-delà du procès d'intention sur la promotion que ferait la Ville de cet ouvrage, je crois que c'est à nos actes qu'il faut porter attention.

Il ne vous aura pas échappé, chers collègues, qu'il existe des moments de notre histoire sur lesquels nous choisissons d'attirer l'attention des Parisiens, par des expositions ou des colloques, soit à l'Hôtel de Ville, soit sous la responsabilité du Comité d'histoire, au couvent des Cordeliers ou dans les mairies d'arrondissement.

Pour n'en citer que quelques-unes, sur les dernières années, je rappellerai la commémoration des cent quarante ans de la Commune, les martyrs du groupe Manouchian avec l'Affiche rouge, la rafle du Vel' d'Hiv avec la poignante exposition qui se déroule en ce moment à l'Hôtel de Ville. Et chaque année, pour l'anniversaire de la Libération de Paris, nous mettons à l'honneur des Résistants parisiens.

Chacune de ces commémorations, et je réponds par là à une des demandes de votre v?u, fait l'objet de la publication d'une brochure distribuée à 20.000 exemplaires environ, dans les écoles et les collèges, et la sortie d'un DVD distribué, à raison d'un par classe, dans les établissements.

En tant que professeur d'histoire, vous aurez certainement observé que le coffret de 10 DVD, "Nous étions des enfants", qui contient le témoignage des enfants juifs cachés, a été distribuée en juin dans les établissements scolaires. Et je vous annonce la distribution en septembre d'une réédition de l'ouvrage sur la rafle du Vel' d'Hiv d'Adam RAYSKI.

Comme vous le savez, j'en suis sûre, toute l'année, le Comité d'histoire organise des conférences, qui ont un très grand succès à l'auditorium du Petit Palais, et le cycle "Ciné Histoire", à l'auditorium de l'Hôtel de Ville, accueille enseignants et élèves.

Pour être complète, il me reste à vous dire que je suis sûre que l'enseignant que vous êtes sait que les interventions dans les écoles sont faites à l'initiative des enseignants, sous le contrôle du Rectorat.

M. Alexis CORBIÈRE. - Pourquoi y a-t-il alors des élus qui les accompagnent ?

Mme Danièle POURTAUD, adjointe. - Cela les regarde. Je ne contrôle par les sorties de tous les élus.

Voilà, cher collègue, je pense vous avoir amplement rassuré sur les responsabilités de chacun, et avoir démontré que la Ville mène d'ores et déjà les actions que vous souhaitez voir conduites dans votre v?u.

C'est pourquoi, bien entendu, je vous demande de bien vouloir le retirer. Sinon, je serai obligée d'appeler à voter contre.

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Avant de passer au vote, nous sommes saisis de deux demandes d'explication de vote : la première du groupe U.M.P.P.A. par la voix de Mme MONTANDON.

Mme Valérie MONTANDON. - Merci, Monsieur le Maire.

Lorant DEUTSCH retrace dans le "Métronome" l'histoire de France au rythme des stations de métro. Il n'a jamais prétendu réaliser un manuel exhaustif et objectif de l'histoire de notre capitale. D'ailleurs, qui pourrait croire que l'histoire de Paris se résume en quatre cents pages ?

Ce v?u reproche donc inutilement à l'auteur de ne pas s'attarder sur un certain nombre de périodes de notre histoire. Nous pouvons tous en effet le regretter. Il aurait pu, par exemple, mentionner l'Occupation. Cela n'a pas été le choix de l'auteur et nous devons le respecter.

Monsieur CORBIÈRE, la réécriture de l'histoire n'a-t-elle pas toujours été un travers commun à tous les régimes communistes ? Je m'étonne même que les cosignataires du v?u ne mentionnent pas l'absence du chapitre consacré à la station de métro Stalingrad, par exemple.

Lorant DEUTSCH est avant tout un passionné de Paris, et cette passion, il l'a communiqué à travers son ouvrage le "Métronome". Il a eu surtout le mérite de toucher un large public, et surtout des personnes qui n'auraient pas été sensibilisées autrement.

Ainsi, nous estimons que la Ville peut continuer à effectuer la communication qu'elle a entamée. Il faut savoir vivre avec son temps, Monsieur CORBIÈRE.

En effet, M. Lorant DEUTSCH n'est pas un historien au sens scientifique du terme : il est surtout un amoureux de Paris.

Adopter ce v?u, c'est entacher cette preuve d'amour d'un auteur libre du soupçon de l'idéologie. Nous voterons donc contre ce v?u.

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Explication de vote du groupe Centre et Indépendants par la voix de son porte-parole, M. DUBUS.

M. Jérôme DUBUS. - Monsieur le Maire, Mes chers collègues, notre groupe ne votera pas ce v?u. Et une fois n'est pas coutume, je salue la position de la Ville, de l'Exécutif, qui ne se laisse pas impressionner par les outrances de M. Alexis CORBIÈRE, qui veut nous imposer une histoire officielle, une histoire municipale, bien conforme à sa formation politique et, je dois dire, qui sent le sectarisme à plein nez.

Lorànt DEUTSCH est un acteur de talent, c'est aussi un jeune homme passionné d'histoire et par l'histoire de Paris, qui a reçu, à ce titre, la médaille de la Ville de Paris et qui l?a retracée avec le succès que l'on sait, succès, d'ailleurs, très honnêtement, auquel il ne s'attendait pas et qu'il n'a pas recherché.

A l'heure où l?on se plaint que nos enfants manquent de repères historiques, il est bon que des ouvrages comme "Métronome" viennent, en parallèle des cours d'histoire et des nouvelles technologies, nourrir leur curiosité et leur intérêt pour cette matière.

M. CORBIÈRE nous parle de la légende de Saint-Denis ; veut-il débaptiser la ville de Saint-Denis comme ses inspirateurs révolutionnaires l?avaient fait pour de nombreuses communes ?

M. CORBIÈRE déplore le jugement porté sur certaines phases de la Révolution française ; veut-il nier les effets de la terreur, les massacres de septembre ou l'iniquité de la commune ?

M. CORBIÈRE s?inquiète du traitement de la commune par Lorànt DEUTSCH ; M. CORBIÈRE veut-il réhabiliter l'exécution de l'archevêque de Paris par les Communards ?

Franchement, à part M. CORBIÈRE, personne ne croit dans cette assemblée que Lorànt DEUTSCH menace la République.

J'ai peur que nous nous engagions dans une voie proche de l'obscurantisme et de la censure.

Je le renvoie donc au poème de Louis Aragon, cher à Arnaud MONTEBOURG : "La rose et le réséda", qui nous rappelle que "dans la Résistance, luttèrent ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas, des héritiers de noms célèbres de l?ancien régime et des émigrés de fraîche date, bref, l'honneur de la France".

Non, vraiment, Monsieur CORBIÈRE, l'histoire de Paris ne débute pas en 1789?

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Monsieur DUBUS, je vais vous demander de conclure, s?il vous plaît.

M. Jérôme DUBUS. - Je termine.

Il eut été bon que vous en ayez le souvenir avant la rédaction de ce v?u.

L'histoire n'est pas blanche ou noire, elle n?est, en tout état de cause, pas rouge non plus, il n'y a plus d'histoire officielle?

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Monsieur DUBUS, je suis désolé, vous avez largement dépassé votre temps de parole ; on arrête les micros.

M. Jérôme DUBUS. - Deux minutes !

Nous avons connu?

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Non, on arrête tout de suite alors ! C?est bon.

Terminé ! C?est 2 minutes, pas 2 minutes 50.

Je suis désolé, Monsieur, il y a des règles, vous les bafouez ouvertement et avec un certain cynisme. Quand je vous demande de vous arrêter, vous vous arrêtez et vous ne poursuivez pas.

Les journalistes seront ravis de prendre votre déclaration par écrit ; je crois que c'est le plus important pour tous ceux qui interviennent.

M. MARTINS a la parole.

M. Jean-François MARTINS. - Monsieur le Maire, pour faire un coup d?éclat médiatique et un peu de polémique, les nostalgiques de la terreur de cette Assemblée ont choisi un très mauvais combat et sont peut-être les moins bien placés pour pouvoir écrire une histoire officielle de Paris pour tomber sous le coup de la médiatique et faire un coup médiatique, M. CORBIÈRE s?en félicitera pour sa notoriété, un peu moins pour sa vertu, car il tombe à la fois, là, dans l'obscurantisme et dans la volonté de censure de dire les livres autorisés et ceux qui ne le sont pas ; tous ceux qui ne diraient pas que Robespierre est un saint et que la terreur était un moment agréable seront des livres interdits pour M. CORBIÈRE.

Et puis, il fait, me semble-t-il, une deuxième erreur de confondre recherche historique et académique et vulgarisation.

Le travail de Lorànt DEUTSCH n?est pas un strict travail d?historien, mais un travail de vulgarisation. Il a, peut-être parfois avec imperfection et avec quelques approximations, passionné des publics qui étaient loin, des classes populaires auxquelles il est attaché, pour l?histoire de Paris, il les a fait s?y intéresser, il les a conduits à pousser des recherches plus avancées avec peut-être des choses plus précises et, aujourd?hui, nous pouvons nous féliciter que 1,5 million de Français se soient intéressés et s'intéressent toujours à l'histoire de Paris.

Cela doit, au contraire, nous donner une responsabilité nouvelle : celle d'accompagner tous ces nouveaux amoureux de Paris dans l'espace public, avec des nouvelles signalétiques pour marquer les beaux endroits et les belles histoires de Paris ; ce livre, plutôt que d?être une menace pour Paris, est une chance de valoriser son patrimoine ; saisissons-la.

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Merci.

Je crois que tout a été dit.

Nous pouvons maintenant passer au vote?

On ne va pas recommencer le débat.

Tout le monde s'est attaqué dans tous les sens, il n'y a pas de problème, mais Alexis CORBIÈRE en a vu d'autres, ne sous-estimez pas sa capacité de résistance.

Je mets aux voix, à main levée, le voeu assorti d'un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le v?u est rejeté.

Je vous remercie.