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Septembre 2006
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Conseil Municipal
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2006, DASES 85 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer une convention avec l’AP-HP pour la réalisation d’une étude relative aux troubles des apprentissages du langage écrit. - Attribution d’une subvention correspondante. - Montant : 70.000 euros.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2006


 

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Nous passons à l?examen du projet de délibération DASES 85.

Madame DUBARRY est inscrite et vous avez la parole.

Mme Véronique DUBARRY. - Je vous remercie, Monsieur le Maire.

Chers collègues, il s?agit ici de voter la prolongation d?une étude épidémiologique concernant les troubles du langage écrit, qui a été entamée il y a à peu près un an auprès de 1.000 enfants scolarisés en CE1, en école élémentaire donc.

Cette étude, comme cela nous est précisé dans le projet de délibération, vise à évaluer la proportion de mauvais lecteurs, à déterminer parmi eux combien présentent les critères diagnostics de la dyslexie et à évaluer les effets d?un entraînement audiovisuel en milieu scolaire. Elle devrait être complétée par une analyse des données socioculturelles et cognitives comportementales, une évaluation de la durabilité des effets des entraînements et l?étude de corrélats biologiques et comportementaux des déterminants socioéconomiques.

Il n?est, bien évidemment pour moi, pas question de remettre en cause la validité scientifique d?une telle étude, d?autant que la lecture de ce projet de délibération est peu aisée car elle use et abuse d?un certain langage scientifique. Il y a cependant un certain nombre de questions qui me laissent quelque peu dubitative. Je reprendrai tout simplement quelques-uns des termes du rapport, tel qu?il nous est présenté dans l?annexe au présent projet de délibération.

?Les enfants en difficulté en primaire ont un risque important de rester de mauvais lecteurs tout au long de leur scolarité et à l?âge adulte, pénalisant souvent leur intégration socioprofessionnelle et pouvant entraîner des situations de précarité, voire de violence. Une partie du décalage en lecture pourrait être expliqué par un déficit de ces comportements phonologiques, la conscience phonologique et le niveau socioéconomique étant directement corrélés. Pour pouvoir mieux analyser les facteurs cérébraux précisément en cause dans les difficultés de lecture, en particulier chez les enfants en milieu précaire, un programme en imagerie fonctionnelle? Il s?agit donc de comparer les dysfonctionnements observés en I.R.M. des enfants de l?étude mauvais lecteurs en milieu défavorisé et bilingue, à ceux dyslexiques afin de valider ou d?infirmer l?hypothèse d?un dysfonctionnement similaire?.

Lorsque j?ai lu ces phrases, ces propos, cela m?a fâcheusement rappelé ce que j?avais pu vous lire il y a un peu moins d?un an, à savoir des extraits du rapport de l?INSERM, d?ailleurs il se trouve que ces chercheurs sont également affiliés à l?INSERM, sur les troubles du comportement chez les enfants de moins de 3 ans.

Ce rapport a fait, comme chacun d?entre vous le sait, couler beaucoup d?encre. Il a mobilisé contre lui les travailleurs sociaux et la communauté scientifique, puisqu?il prônait une détection très précoce des troubles comportementaux chez l?en-fant, troubles censés annoncer un parcours vers la délinquance, bien évidemment, et invitait les professionnels à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité.

Je vous avoue que ce type de posture me fait frémir. Il s?agit ici d?étudier ?les corrélats biologiques et comportementaux des déterminants socioéconomiques?. Dans le contexte actuel, il est impossible de ne pas s?interroger sur les fondements méthodologiques et idéologiques - je pèse le mot - de cette approche, puisqu?elle s?inscrit dans la droite ligne du rapport INSERM précédent, que je viens de citer, qui tend à médicaliser la pauvreté et à trouver des causes neurobiologiques aux enfants présentant des troubles de l?apprentissage issus de milieux socioéconomiques défavorisés.

Bien sûr, il s?agit d?une hypothèse de recherche, qui reste donc à vérifier, normalement, mais je trouve qu?elle entretient une dangereuse confusion entre catégories médicales et actes sociaux.

Cette étude s?inscrit de la même façon dans la droite ligne des recherches anglo-saxonnes d?inspiration néolibérale, contre lesquelles nous nous sommes ici même très souvent insurgés.

Il est hors de question pour moi, je le répète, de remettre en cause la validité et les postulats scientifiques. Je souhaiterais néanmoins que nous restions très prudents quant au résultat de cette étude et surtout à l?utilisation qui pourrait en être faite. D?autant que ce qui est prévu à l?issue de cette étude, c?est que cela pourrait mener à mettre en place un dispositif pédagogique, approprié et évalué, de lutte contre l?illettrisme. Or, en l?occurrence et par ailleurs, parmi les chercheurs qui vont mener cette étude, il n?y a aucun enseignant associé. Peut-être que ce sera fait plus tard mais pour le moment, il n?y a aucun enseignant. Il n?y a aucun psychiatre, psychologue associé. Cela me pose un vrai problème parce que cela donne quand même une ligne de conduite que je réprouve et que nous réprouvons souvent ensemble sur les bancs de cette Assemblée.

Je vous remercie.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Madame DUBARRY.

Monsieur LHOSTIS, vous avez la parole pour y répondre.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Je suis très étonné de ce discours, moi qui ai signé parmi les premiers la pétition dont Mme DUBARRY vient de faire état.

Je rappelle quand même que l?INSERM, qui vient d?être englobée dans un opprobe général, regroupe des milliers de chercheurs dont la compétence et la qualité sont reconnues nationalement et internationalement.

Je trouve donc que l?amalgame est dangereux, puisqu?on nous parlait de dangerosité. Je pense que si Mme DUBARRY et le groupe ?Les Verts? pensent cela de cette étude, il faut qu?ils votent contre, parce que personnellement, je ne l?aurais pas soumise si tel était bien le cas.

Ceci étant - mais on y reviendra peut-être dans le dossier suivant -, le problème avec les scientifiques, c?est qu?ils vérifient des hypothèses de recherche. Si nous devons par avance leur prescrire le résultat obligatoire de la recherche, on tombe dans des méthodes que nous réprouvons et qui viennent d?être évoquées. Donc, voilà. J?ai ce problème.

Mme DUBARRY m?a fait savoir qu?elle voulait que je sois sérieux dans ma réponse, mais j?ai l?habitude d?être sérieux, et surtout avec elle. De plus, comme on se voit très souvent, je préfère être le plus sérieux possible.

La lecture est un enjeu majeur et les difficultés de lecture en début de primaire peuvent sérieusement demeurer tout au cours de la scolarité. C?est un constat. Ce n?est pas un jugement sur les pauvres. Quand des enfants qui entrent en 6e ne savent ni lire ni écrire, c?est un vrai problème. Il s?agit donc d?un enjeu scolaire, mais aussi d?un enjeu social majeur.

L?étude dont vous parlez a déjà commencé. Elle n?a pas provoqué jusqu?à présent de difficulté. Ce ne sont pas des chercheurs en biologie qui observent des choses microscopiques. Ils sont en relation avec le service de santé scolaire et l?Académie.

L?objectif était de faire le point sur la proportion de mauvais lecteurs, de déterminer la part de dyslexie et d?évaluer une méthode d?apprentissage par entraînement audiovisuel. Ce sont les objectifs fixés au départ. Nous voulions identifier une méthode pédagogique susceptible de lutter contre l?illettrisme, mais je pense que cet objectif-là ne saurait être mis en cause.

Que s?est-il passé ? Un rapport intermédiaire est remis qui fait état pour plus de 90 % des élèves, de résultats comparables d?une école à l?autre indépendamment de l?environnement socioculturel et pédagogique. C?est un constat. Par ailleurs, pour 10 % des élèves qui sont les plus en difficulté, la répartition est très dépendante du milieu socioculturel d?origine. C?est également un constat. Donc indépendamment de l?environnement, la plupart des enfants apprennent ; c?est un constat.

A ce moment-là, ce n?est pas moi qui propose, ce sont évidemment les services concernés qui s?interrogent : ?Est-ce que l?on fait simplement ce constat ou essaie-t-on d?approfondir la réflexion pour voir quelles sont les causes ??

A la lumière de ces résultats, on a pensé compléter l?étude en cours pour mieux identifier les causes et les difficultés. L?étude sera conduite par le service de rééducation neuro-pédiatrique de Bicêtre, dont la compétence universitaire est reconnue. Elle vise à croiser les données des neurosciences concernant une population sélectionnée de dyslexiques et les données socioculturelles, qui concernent l?apprentissage tous milieux confondus. Tout cela pour mettre en place une réponse pédagogique appropriée qui n?incombe pas aux auteurs de l?étude mais, à la lumière de ces résultats, aux pédagogues qui seront chargés d?élaborer et de réaliser cette réponse en école ordinaire et donc accessible à tous les enfants, notamment les dyslexiques et mauvais lecteurs.

Vous pouvez à partir de là considérer que cela n?offre pas d?intérêt parce que vous voyez derrière cela un amalgame avec l?utilisation qui a été faite de conclusions de chercheurs à des fins politiques par le Ministre de l?Intérieur. Certaines conclusions que je ne partage pas et auxquelles je me suis opposé.

Pour terminer, je dirai : ni excès d?honneur ni indignité, une volonté d?aller jusqu?au bout pour voir comment nous pouvons améliorer une situation.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Monsieur LHOSTIS.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 85.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2006, DASES 85).