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Juillet 2004
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Conseil Municipal
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63 - 2004, DAC 235 - Apposition d'une plaque commémorative en hommage à René Dumont, jardin d'agronomie tropicale du bois de Vincennes (12e)

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2004


M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du projet de délibération DAC 235 relatif à l'apposition d'une plaque commémorative en hommage à René Dumont au jardin d'agronomie tropicale du bois de Vincennes.
La parole est à Mme Moïra GUILMART.
Mme Moïra GUILMART. - Je suis là et, ma foi, peu importe le petit nombre de personnes qui sont là. Cela me donnera le temps d'aller jusqu'au bout de mon intervention et, de toute façon, je pense qu'il y aura une cérémonie, je l'espère, à la mémoire de René Dumont, à laquelle nous serons plus nombreux à participer.
En rendant hommage à la mémoire de René Dumont par la pose d'une plaque au jardin d'agronomie tropicale du bois de Vincennes, Paris reconnaît ce que chacun doit à ce défricheur, ouvreur de pistes tant pour les recherches scientifiques que pour le renouveau de la pensée politique.
En effet, c'est par son travail scientifique sur le vaste terrain de la planète que cet ingénieur agronome, soucieux d'apporter des méthodes pour aider les plus pauvres à surmonter la faim et la malnutrition, dès le début des années soixante, a pris conscience que les indépendances des pays anciennement colonisés, que la Révolution, avec un grand "R" même, ne suffiraient pas en elles-mêmes à apporter un mieux-vivre pour tous.
J'ai eu la chance d'avoir, en 1961, René Dumont comme professeur au moment où il préparait son livre "L'Afrique noire est mal partie". Inutile de dire que ses cours étaient contestés, chahutés et que René Dumont argumentait inlassablement, j'allais dire comme un beau diable, mais ne reculait jamais.
Je n'ai pas oublié son enseignement ni mis de côté sa pensée. Déjà, il dénonçait les gaspillages des pays riches et les politiques souvent inadaptées mises en ?uvre dans les pays en voie de développement, n'omettant jamais de dénoncer, d'ailleurs, également la corruption. S'il dénonçait ces gaspillages et ces politiques inadaptées, c'est parce qu'il avait compris que tout cela pouvait se retourner en boomerang dévastateur pour les hommes et la planète.
Régulièrement, les médias s'interrogent sur l'engagement des intellectuels dans le débat politique. René Dumont ne s'est pas posé la question, il s'est engagé. En se présentant à l'élection présidentielle de 1974, il fallait bien du désintéressement personnel et du courage pour tenter d'éveiller nos concitoyens à une prise de conscience sur des thèmes aussi graves pour l'avenir de tous.
Jusqu'à la fin de sa vie, il gardera cette passion de nous convaincre de remettre en question nos modes de production et de vie. Habité par l'urgence de la survie des hommes et de notre planète, selon des critères de justice pour les plus pauvres et, en définitive, bénéfiques pour tous, il savait bien que, si nous ne l'écoutions pas, si nous ne prenions pas conscience de ce qui était devant nous, c'est nous tous qui allions payer.
Dans ce combat, René Dumont ne pouvait être ni commode ni accommodant sur les moyens de parvenir à un "développement durable" puisque c'est lui qui, le premier, s'est référé à cette notion qui commence à nous habiter, sans doute encore insuffisamment.
René Dumont fut un homme libre, dans toute l'acception du terme. C'est donc avec bonheur que nous saluons aujourd'hui ce signe de reconnaissance de la Ville de Paris, en attendant ce que je disais en préliminaire, une cérémonie digne de son combat, lors de la pose de la plaque.
Je vous remercie.
M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - La parole est à M. Olivier PAGÈS.
M. Olivier PAGÈS. - Merci, Monsieur le Maire.
Mon intervention, puisque Nicole AZZARO devait aussi intervenir, sera une intervention plus personnelle et une intervention d'écologiste. Je serai très court.
Je voudrais simplement dire à la fois mon émotion et la fierté, en tant qu'élu, que la Ville de Paris appose une plaque commémorative en hommage à René Dumont. Je pense qu'effectivement René Dumont a été d'abord un révolté contre la faim dans le monde, contre la misère. Il a été un ingénieur agronome reconnu de ces pairs, et il a su en même temps sortir de son cheminement classique puisque, à un moment donné, il pensait que l'agriculture intensive américaine pouvait permettre de sauver un certain nombre de millions de personnes qui mouraient de faim.
Il a été un militant anticolonialiste. Il a été un militant pacifiste. Il a été un militant qui a posé le doigt sur tous les enjeux qui sont les enjeux de la pérennisation de la planète, sur tous les enjeux qui sont liés à la fracture Nord-Sud. Si je suis élu "Vert" aujourd'hui, c'est parce que, en 1974, j'ai participé à la campagne de René Dumont comme militant écologiste et que je me suis engagé dans l'écologie politique à cette date grâce à lui.
Vous comprendrez, que pour moi, c'est aussi beaucoup d'émotion, c'est aussi le souvenir de cette campagne où, avec son verre d'eau, il nous a rappelé que beaucoup de guerres aujourd'hui ont lieu à cause du pétrole, à cause des ressources naturelles, mais à cause aussi des problèmes qui sont liés à l'eau, et je ne citerai pas les lieux de notre planète où des guerres sont liées à ce sujet.
Je voudrais simplement, pour finir, vous dire - et je vous convierai tous à relire son livre "L'utopie ou la mort" - à quel point l'écologie politique aujourd'hui pose les grands enjeux de la planète du XXIe siècle. René Dumont en 1974 et avant, avec les mouvements associatifs, avait posé ces bases. Pour moi, c'est très important et j'en avais parlé plusieurs fois à certains amis, à des amis écologistes, à des militants, et des élus de ne pas oublier la mémoire de René Dumont.
Aujourd'hui, avec une grande émotion, je sais qu'il y aura, peut-être pas une commémoration, mais une célébration aura lieu : peut-être pas maintenant parce que sa compagne pour des raisons personnelles souhaitait que ce ne soit pas fait tout de suite. Je pense qu'il est souhaitable d'avoir une inauguration lors de la pose de cette plaque en l'honneur de ce grand agronome de la "faim", de ce militant de l'écologie politique.
Et quoi de mieux que d'avoir une plaque au jardin d'agronomie tropicale du bois de Vincennes ?
Je vous remercie.
M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Merci, Monsieur PAGÈS, pour cette intervention très personnelle, pleine d'émotion et de sensibilité.
Mme Odette CHRISTIENNE, adjoint, rapporteure. - En fait, nous allons dire que René Dumont, comme le disait un historien, est quelqu'un "d'inclassable" : inclassable, mais une personnalité très lucide, une personnalité foncièrement honnête dans ses appréciations. D'ailleurs, lorsque pour le compte de l'O.N.U. et de la F.A.O. il a réalisé des voyages d'étude, il a publié des rapports très critiques sur la politique agricole des pays du tiers monde.
Je relèverai essentiellement qu'il a été spécialiste avant beaucoup d'autres de ce que l'on appelle "La misère du monde", le premier à expliquer les conséquences de ce que l'on appelle la mondialisation, explosion démographique, productivisme acharné, pollution des bidonvilles, malnutrition, les fossés grandissant entre pays du Sud et pays du Nord...
C'est donc quelqu'un qui est dans ses appréciations tout à fait lucide. De plus, pendant 41 ans il a été un remarquable professeur qui a marqué des générations d'élèves. Donc je pense qu'il est très bienvenu étant donné ses préoccupations fondamentales, sa prise de conscience, qu'il y ait une plaque apposée dans le Jardin d'agronomie tropicale. C'est évidemment un avis favorable.
(Applaudissements sur les bancs de la majorité municipale).
M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 235.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Le projet de délibération est adopté. (2004, DAC 235).