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Juillet 2004
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19 - 2004, SG 79 - Subvention à l'association "Mouvement pour l'abolition de la prostitution et de la pornographie et toutes formes de violences sexuelles et discriminations sexistes (5e). - Montant : 4.000 euros

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2004


M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du projet de délibération SG 79 portant attribution d'une subvention à l'association "Mouvement pour l'abolition de la prostitution et de la pornographie et toute forme de violence sexuelle et de discrimination sexiste" qui est domiciliée dans le 5e.
Mme LE STRAT a souhaité intervenir et Mme HIDALGO lui répondra.
Mme Anne LE STRAT. - Ce projet de délibération porte sur un thème important s'agissant de l'éducation des filles et des garçons quant à la sexualité et aux rapports entre genres. Ce type d'éducation est essentiel, si nous voulons remédier aux discriminations liées au sexe et éviter autant que possible les violences sexuelles sexistes, encore trop présentes dans notre société.
Plus précisément, la question abordée ici est celle des représentations des rôles des hommes, des femmes et de la famille dans son ensemble dans la presse destinée à la jeunesse.
Si cette action est légitime et essentielle tant il est vrai que les constructions sexistes sont présentes dans bien des médias, mais aussi dans la littérature enfantine, à la fois au niveau du texte et de l'image et façonnent ainsi les futurs adultes dès leur plus jeune âge, l'action telle qu'elle nous est présentée dans ce projet de délibération n'apparaît pas clairement.
Dans un premier temps, l'exposé des motifs indique qu'il s'agit d'étudier la presse destinée à la jeunesse. Le paragraphe suivant indique que, je cite : "L'action se centralisera sur la presse généraliste et éducative des cinq dernières années, soit environ mille magazines et revues".
De quelle presse s'agit-il donc ? S'agit-il de mille magazines destinés à la jeunesse uniquement, et je doute qu'il y en ait autant ? Cela concerne-t-il différentes tranches d'âge ? Si oui, lesquelles ?
Le projet de délibération n'est pas très clair non plus concernant le volet de la valorisation des résultats. Plusieurs actions de communication seront mises en ?uvre par la Ville. Lesquelles ? A destination de qui ?
Des interventions dans les bibliothèques et centres d'animation seront proposées. C'est en effet nécessaire, mais pourquoi pas non plus dans les écoles où, par définition, le public serait encore plus large ?
En dehors de ces précisions qui me semblent nécessaires pour cerner la réalité de l'action projetée, je voudrais signaler que ce travail a été effectué en partie par l'association européenne "Du côté des filles", concernant les livres scolaires et la littérature destinée à la jeunesse.
Cette association, fondée par Adela TURIN, en 1994, a choisi comme axe de travail les albums illustrés pour les enfants de zéro à neuf ans, à partir d'un constat simple.
Les albums présents dans les écoles, les bibliothèques et les centres de documentation, ainsi que dans les maisons, sont tout à la fois la première littérature de jeunesse, un matériel pédagogique et un support privilégié du processus d'identification et de l'apprentissage des rôles sexués et des rapports sociaux de sexe.
Or, les études menées par cette association ont mis en évidence des résultats significatifs dont je vous cite quelques exemples : en France, dans la production d'albums illustrés d'une année entière (537 albums environ), la prédominance masculine dans les titres et les images de couverture arrive à 77,7 % ; 32 % des albums montrent au moins un personnage masculin au travail, contre 15 % qui montrent un personnage féminin au travail ; sur 455 personnages d'adultes féminins, 202 sont des mères au foyer ; 3 personnages féminins exercent des professions, une dans la justice, une scientifique, une politique, et ce ne sont pas des mères.
Ainsi, depuis sa création, cette association a mené un programme de recherche européen sur les albums illustrés, a participé à des actions de sensibilisation, a dispensé des formations sur le thème de l'égalité fille/garçon sur lesquelles la Ville pourrait éventuellement s'appuyer dans ses actions contre le sexisme.
Il ne s'agit donc pas, je pense que vous l'aurez compris, de s'opposer à ce type d'actions pédagogiques, mais nous nous interrogeons sur le choix du M.A.P.P. (Mouvement pour l'abolition de la prostitution et de la pornographie), au titre pour le moins explicite et évocateur.
Est-ce en fonction de ses positions sur la prostitution, abolitionnistes et favorables à la pénalisation des clients, qu'il a été choisi ?
Je conclurai en disant que pour cette raison et sans contester l'objectif assigné et affirmé par la Ville, nous nous abstiendrons sur cette subvention.
Merci.
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Madame LE STRAT.
La parole est à Mme HIDALGO pour vous répondre.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, au nom de la 1ère Commission. - Je ferai d'abord une réponse sur le projet en tant que tel.
Il s'agit de conduire une étude, cette association nous l'a proposé, sur la représentation des rôles et modèles masculins, féminins et de la famille, notamment auprès de la presse jeunesse, c'est-à-dire pas de la presse ou des ouvrages pour enfants, mais plutôt pour adolescents et pré-adolescents, ce qui veut dire qu'il y a un très grand nombre de titres dans ce domaine.
Je crois que cette action est utile. Elle n'est pas exclusive du tout. Il existe d'autres études et d'autres actions. J'en veux pour preuve l'initiative que nous soutenons de l'association "Je, tu, il" qui, depuis l'année dernière et encore cette année, accomplit un travail extrêmement important sur cette question des représentations des rôles sexuées, dans les collèges, dans les classes de troisième et quatrième.
Face au succès que rencontre cette action de "Je, tu, il", le Rectorat nous a demandé d'amplifier l'action et nous soutenons donc ce type d'initiative.
Elle est salutaire et elle n'est pas du tout exclusive. Si l'association "Du côté des filles" souhaite nous présenter un projet, nos portes sont tout à fait ouvertes pour pouvoir l'examiner. En ce domaine, toutes les énergies sont nécessaires.
Sur l'association en tant que telle, le M.A.P.P. est une association loi de 1901. La formule d'abolition de la prostitution ne doit pas surprendre. Elle est d'ailleurs la philosophie inspirant la politique de la France depuis fort longtemps, depuis la ratification de la convention de 1949. Nous ne sommes pas dans un domaine surprenant s'agissant de la position d'une association française ?uvrant dans ce secteur.
Nous ne nous arrêtons pas à la philosophie de l'association pour décider si elle aura droit à un financement de la Ville ou pas. Nous subventionnons des associations qui sont plutôt dans une philosophie réglementariste. Nous travaillons avec l'association "Act Up" et d'autres associations. On nous a présenté un projet que nous allons soutenir sur l'accès au droit. Puis, nous avons, par exemple, sollicité des chercheuses qui ont conduit des enquêtes sur la prostitution à Paris et dont les équipes sont constituées pour l'essentiel de personnes se référant à la philosophie réglementariste.
Nous ne sommes pas dans un choix de philosophie. Nous choisissons les actions après les avoir examinées, notamment au sein de l'Observatoire de l'égalité, après avoir pris un certain nombre de garanties et de précautions par rapport à la nature de l'action et à la possibilité pour l'association de conduire cette action.
Je voudrais ajouter, et je pense que ce sera un moment très important, que nous nous sommes engagés, à votre demande, à organiser un débat en Conseil de Paris. Je fais tout mon possible pour que nous puissions l'avoir avant la fin de l'année 2004, autour de novembre. Ce serait une bonne date pour faire un premier bilan de la politique que nous menons à Paris, non pas contre la prostitution, mais en matière d'aide aux personnes prostituées et victimes de la traite.
Je vous remercie.
M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Madame HIDALGO, pour cette réponse.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération SG 79.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Le projet de délibération est adopté. (2004, SG 79).