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Octobre 2012
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II - Question d'actualité du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés, relative à la reconnaissance de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2012


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je passe à la question de David ASSOULINE, à qui je donne la parole.

M. David ASSOULINE. - Monsieur le Préfet, comme vous le savez, à l'occasion d'une manifestation pacifique d'Algériens en France le 17 octobre 1961, une répression sanglante s'abattit sur nombre d'entre eux, sous la direction et les ordres du Préfet d'alors, Maurice Papon, de sinistre mémoire.

Il y a 11 ans, le Conseil de Paris et le Maire de Paris, Bertrand DELANOË, ont décidé d'apposer une plaque commémorative rappelant ces dizaines de morts à la mémoire de notre Capitale. Il fut imité dans de nombreuses villes de France, en particulier en banlieue, marquée par ces événements, au moment du cinquantième anniversaire l'année dernière. Pourtant, outre le communiqué officiel d'alors, le lendemain de cette répression sanglante, faisant état de deux morts, jamais une parole officielle de l'Etat n'est venu reconnaître ce qui, aujourd'hui, est une évidence établie par l'ensemble des historiens travaillant sur cette période, qui ne divergent que sur le nombre exact des victimes, mais qui, pendant quelques décennies, a été occultée, masquée, et souvent avec acharnement.

Celles et ceux qui demandent cette reconnaissance ne sont animés d'aucun désir de vengeance, n'appellent nullement à la repentance ; ils veulent simplement, comme nous-mêmes, la vérité ! Bien sûr, certains veulent toujours instrumentaliser l'Histoire pour enfermer chacun dans de fausses identités et de vraies haines.

Pour les en empêcher et pour la vérité, pour notre part, nous vous demandons aujourd'hui que le silence qui entretient les blessures soit rompu, d'ailleurs comme pour les harkis, et nous sommes convaincus que cela sera ressenti profondément comme un acte de paix tourné vers l'avenir. Cette reconnaissance démontrera la force de notre République et de ses valeurs, et constituera un encouragement pour tous les démocrates qui veulent que plus jamais dans notre démocratie, pour quelque raison que ce soit, on puisse, au faciès, taper à mort, tirer à vue et noyer des manifestants pacifiques.

Monsieur le Préfet, cette parole, cette reconnaissance par l'Etat viendra-t-elle enfin ?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Monsieur le Conseiller, les événements du 17 octobre 1961 constituent en effet des moments tragiques dont la gravité ne doit pas être oubliée. Ils ont eu lieu dans une période difficile et troublée de notre Histoire. Il appartient aujourd'hui aux historiens de faire la lumière sur ce drame.

Je rappelle, à cet égard, que les documents d'archives à caractère non judiciaire portant sur cet événement, deviennent consultables par tout un chacun à la date du cinquantième anniversaire du dernier élément versé dans chaque dossier. Ainsi, de nombreux cartons d'archives sont donc désormais librement accessibles.

Seuls les documents à caractère judiciaire ne seront librement consultables qu'au-delà d'un délai de 75 ans, c'est-à-dire en 2036, selon les dispositions légales. Je tiens à souligner devant votre Assemblée la contribution que la Préfecture de police apporte depuis 1999 à ce travail de vérité par l'ouverture de ses archives. Aujourd'hui, 97 dérogations sur 99 sollicitées ont été accordées. Le travail historique et scientifique est déjà très engagé. La Préfecture de police y prend toute sa part, ouvrant largement ses fonds de documents et permettant la communication de pièces jusqu'alors jamais examinées par les chercheurs. A titre d'exemple, les pièces sur les procédures engagées par des victimes pour des violences policières sont consultables. Le 17 octobre 2001, Monsieur le Maire, vous avez inauguré une plaque commémorative au pont Saint-Michel à la mémoire de nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961. Je voulais saluer cette initiative qui s'inscrit dans le cadre de l?indispensable devoir de mémoire sur ces événements tragiques.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous remercie, Monsieur le Préfet de police.

Je pense que Mme Catherine VIEU-CHARIER veut faire un commentaire pour l'Exécutif.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, je tiens d?abord à remercier David ASSOULINE pour son engagement sans faille depuis les années 1980 sur cette question. Il a été un des tout premiers à ?uvrer pour l'ouverture des archives. Je veux rappeler ensuite à tous l'engagement de la Ville de Paris et de son Maire en la matière puisque, dès 2001, Bertrand DELANOË, Maire de Paris, a souhaité un hommage qui s'est concrétisé par l'adoption en Conseil de Paris d?une délibération pour apposer une plaque commémorative sur le pont Saint-Michel. Cette plaque a été inaugurée il y a 11 ans et une cérémonie y est célébrée depuis, chaque année. Concernant votre réponse, Monsieur le Préfet, je me félicite de votre volonté de voir l'Histoire enfin éclairée et de faire en sorte que toutes les archives soient complètement accessibles, dans la mesure de la légalité. Cela permettra aux historiens d'être fidèles dans leur mission scientifique en menant à bien un travail d'analyse sans pression, et je souhaite que ces historiens contribuent à l'établissement incontestable de la vérité et qu'enfin s?éclaire cette période sombre de l'Histoire de la Capitale. Enfin, mes chers collègues, tout en m'associant à la question portée par David ASSOULINE, je tiens à vous rappeler que nous sommes tous attendus ce mercredi 17 octobre 2012 à 11 heures 15 sur le pont Saint-Michel pour rendre hommage à ces Algériens.

M. LE MAIRE DE PARIS. - En tant que Parisiens, c'est tout à fait normal que nous soyons très préoccupés de cette histoire, mais il n'est pas interdit au Parlement, pour un événement qui implique une prise de position politique, d'interroger le Gouvernement.

Je suis le collaborateur de mes adjoints mais aussi des conseillers parlementaires?

J'essaie d'apporter ma modeste contribution !