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Septembre 2010
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2010, II - Question d'actualité posée par le groupe U.M.P.P.A. à M. le Maire de Paris relative à l'engagement de la Municipalité pour l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2010


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité posée par le groupe U.M.P.P.A.

La parole est à Mme Marie-Claire CARRÈRE-GÉE.

Mme Marie-Claire CARRÈRE-GÉE. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, il y a un peu plus de deux ans, le 26 mai 2008, votre communication en Conseil de Paris valait un milliard. Vous souhaitiez faire du plan d'investissement pour l'enseignement supérieur, la recherche et l?innovation l?une des priorités d'action de votre seconde mandature. Vous aviez ainsi annoncé 1 milliard d'euros sur six ans, ne reculant d'ailleurs devant aucune audace - je vous cite : "1 milliard qui en lèvera un second, en stimulant et en mobilisant les efforts de nos partenaires : Europe, Etat, Régions, acteurs financiers et économiques".

Monsieur le Maire, si vous le permettez, avant d'évoquer le second milliard, revenons sur le premier, le vôtre, celui qui devait permettre à Paris de financer, entre autres, 4.000 logements étudiants, 55.000 mètres carrés de pépinières et d?incubateurs, de donner une dimension métropolitaine à la politique universitaire ou d'améliorer les conditions de travail et la qualité de vie des étudiants et des chercheurs parisiens.

Cette communication si ambitieuse ne comportait malheureusement aucune précision budgétaire chiffrée. Il a fallu attendre le mois d'octobre suivant pour connaître une répartition toute théorique, par votre adjoint M. MISSIKA, soit 907 millions d'euros en investissement et 171 millions d'euros en fonctionnement.

Depuis, où en est-on ? Quelle est, Monsieur le Maire, la réalité budgétaire et programmatique de ces annonces ? Existe-t-il un PIPP universitaire, qui serait un véritable instrument de prévision et de suivi budgétaire, notamment pour l?ensemble de la vie étudiante, le logement et les bourses ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi les dotations annoncées en octobre 2009 ne se retrouvent pas dans le budget primitif 2010, dans lequel le volet investissement pour l?innovation, la recherche et l?enseignement supérieur totalisait à peine 42 millions d'euros ?

Quant au budget supplémentaire du mois de juillet, qui invoque - je cite - "la préparation de l?avenir, une dynamique d?innovation", les dotations effectuées en secteurs stratégiques n'arrivent qu?en 11e position sur 13, tout juste avant celles consacrées au sport, ne recueillant que 1,2 million d'euros. Si on compare aux investissements prévus pour les opérations Jean Bouin ou Les Halles, qui totalisent près de 1 milliard, les Parisiens apprécieront, je crois.

Ils apprécieront également votre réaction, pour le moins stérile, à l'annonce du campus Paris-Saclay par le président de la République, avec une dotation de 850 millions d'euros, alors qu'il s'agit d'un projet dont dépend l'avenir de la France.

En effet, la véritable ambition est là : ériger le campus de Paris-Saclay en un pôle scientifique et technologique pluridisciplinaire, dans la lignée des meilleurs campus mondiaux : le MIT, Stanford ou Cambridge.

A la lumière de votre réaction face à l?effort sans précédent que réalise l?Etat en matière d'investissement dans l?enseignement supérieur à Paris, doit-on en conclure, Monsieur le Maire, que le secteur de M. MISSIKA, qui devrait être le vôtre également, demeure le parent pauvre de la politique d'investissement municipale ?

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je sens que la réponse de M. MISSIKA va être dynamique !

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - D'abord, je voudrais commencer par citer M. Jean-François LAMOUR. Il a dit ce matin : "Il y a des moments dans la vie politique où il faut savoir dépasser les clivages."

Je constate que la vérité politique du matin n'est pas celle de l'après-midi et que le caractère polémique de la question n'est pas du tout à la hauteur du sujet enseignement supérieur, recherche et innovation.

Il y a deux aspects dans votre question : l?un concerne le milliard et l?autre la politique de l'Etat dans le domaine de Saclay. Je vais donc, si vous le voulez bien, répondre sur les deux points.

Sur la question du milliard, nous avons déjà communiqué un certain nombre d'éléments. Je pourrai vous les recommuniquer, si vous le souhaitez. Vous avez une manière de calculer qui me paraît totalement erronée, puisque vous laissez de côté, par exemple, l'investissement dans le logement étudiant lorsque vous regardez la ligne budgétaire enseignement supérieur et recherche. Vous oubliez que, dans le calcul que nous avons fait, et nous l'avons toujours dit, la dimension de dotation foncière était prise en compte. Je maintiens donc que nous aurons, d'ici là fin de la mandature, investi 1 milliard et peut-être même un petit peu plus, de la façon suivante :

- 425 millions d'euros d'investissement dans l'enseignement supérieur, dont 237 millions d'euros pour le foncier universitaire. Je vous signale au passage, par exemple, que nous avons une négociation en cours, complexe mais importante, avec le ministère de l'Enseignement supérieur concernant la cité universitaire dans laquelle la Ville de Paris risque, si cette négociation va jusqu'au bout, de proposer 150 millions d'euros de foncier pour la construction de logements étudiants ;

- 188 millions d'euros pour le financement?

Excusez-moi ! Je ne vous ai pas interrompue, Madame !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Si vous voulez la réponse, il faut peut-être pouvoir l?entendre.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Ce sont 188 millions d'euros pour le financement de l?immobilier et des équipements universitaires.

J'en viens maintenant à la partie recherche et innovation. Oui, nous ferons les 55.000 mètres carrés d'incubateurs et de pépinières, ce qui portera l'effort sur deux mandatures à 100.000 mètres carrés. Cet investissement représente 100 millions d'euros et cet investissement est dans le P.I.P.P.

Dans ce chiffre, je citerai des dotations particulières pour un certain nombre de projets qui totalisent un montant global d'investissement de 47 millions d'euros : l'Institut d'études avancées, l'Institut du cerveau et de la moelle qui a été inauguré vendredi, l'Institut de la vision, l?Institut Imagine, l'Institut Pasteur, l'Institut Langevin. Je peux vous donner, si cela vous intéresse, l'ensemble des dotations qui sont prévues ou qui ont déjà eu lieu pour ces différents instituts.

Au passage, je note que si le Ministre de la Santé se précipite pour inaugurer l'Institut du cerveau et de la moelle, la dotation de l'Etat est largement inférieure à celle de la Ville et de la Région pour l'installation de l'Institut du cerveau et de la moelle sur le site de la Pitié-Salpêtrière.

Nous avons doté de 31 millions d'euros le fonds "Paris Innovation Amorçage", le Paris Lab et les prêts d'honneur. Ce sont 36 millions d'euros pour les pôles de compétitivité.

Quant à la recherche, en fonctionnement, nous aurons dépensé 171 millions d'euros au cours de la mandature, je vous recommande d'aller voir, par exemple, sur le site de la Ville les annonces que nous faisons en ce qui concerne les différents programmes de recherche, que ce soit "Research in Paris" dont la capacité d'accueil a été doublée (1,7 millions d'euros par an) ou le programme "Emergence(s)" créé en 2009 (1,8 millions d'euros en 2010).

Nous avons également, comme vous le savez, un certain nombre d'écoles d'ingénieurs dont nous avons la charge, qui représentent une dépense qui dépassera les 100 millions d'euros sur la mandature, je pense notamment à l'E.S.P.C.I. qui est l'école des prix Nobel, et à l'Ecole des ingénieurs de la Ville de Paris.

Il y a 222 millions d'euros sur le logement étudiant, dont Didier GUILLOT a la charge, qui se compose de 180 millions d'euros pour le logement proprement dit et de 42 millions d'euros pour la vie étudiante.

Je ne passerai pas en détail l'ensemble de ces éléments, mais je vous invite à faire les additions, vous verrez que le milliard est présent.

J'en viens maintenant à notre réaction sur la question de Saclay et du discours du Président de la République à propos de Saclay. La Ville de Paris a toujours soutenu, et le Maire de Paris a toujours soutenu, l'installation d'un grand campus technologique et scientifique à Saclay. Ce que nous reprochons aujourd?hui au Gouvernement et au Chef de l?Etat, c?est l'absence totale de concertation et le non-respect d'un certain nombre d'engagements.

Je prends deux exemples. Le premier exemple, c'est que deux grandes écoles installées à Paris (l?Ecole des Mines et Télécom Paris Tech, l?une est dans le 5e arrondissement et l'autre dans le 13e arrondissement) avaient développé des projets scientifiques et pédagogiques de double implantation, à Paris et Saclay.

Ces projets avaient été validés par les conseils scientifiques et les conseils d'administration de ces écoles, et validés par le Ministère de tutelle, en l'occurrence Mme LAGARDE qui est également conseillère de Paris. Tout cela a été balayé d'un revers de main par le Président de la République, lors de son discours de Saclay, puisqu'il a annoncé, à la surprise générale, que ces deux établissements allaient déménager en totalité sur le campus de Saclay.

Le second reproche que nous faisons au Président de la République n'est pas d'avoir un grand projet ambitieux pour Saclay, parce que cela nous le partageons. Le second reproche que nous lui faisons est que ce projet ambitieux pour Saclay ne se double pas d?un projet ambitieux pour Paris. Il a prononcé une phrase malheureuse en disant que Paris n?avait pas les moyens, compte tenu du prix du mètre carré, d?être un campus scientifique de dimension mondiale, alors que Paris l?est depuis au moins six ou sept siècles.

D?autre part, il a annoncé que pour financer le déménagement des écoles d?ingénieurs sur Saclay, les bâtiments seraient vendus. Cela représente près de 100.000 mètres carrés, au coeur du quartier latin, d'établissements consacrés à l'enseignement supérieur et à la recherche, qui seraient vendus à l?encan pour financer le déménagement des écoles sur Saclay.

Je dois dire que même quand on est un élu U.M.P., à partir du moment où on est un élu parisien, je ne vois pas comment on ne peut être choqué par une démarche pareille. Il est contradictoire de dire que l?on veut aider Paris à faire son développement scientifique et universitaire, et que ces bâtiments seront vendus, parce que ces bâtiments devraient accueillir les grands projets scientifiques et universitaires, dont sont porteuses les universités parisiennes.

Je pense, par exemple, à l?IRT Vie numérique. Je pense, par exemple, au pôle chimie, qui est porté par Paris Sciences et Lettres et qui demande à être installé dans les locaux de la rue Claude-Bernard. Si tout cela était négocié entre nous et l'Etat, je peux vous dire que le climat serait profondément différent entre la Ville et l'Etat, entre la Ville et l?Elysée, en matière de politique scientifique et universitaire.

Mais j?insiste sur un point essentiel?

M. LE MAIRE DE PARIS. - C?est excellent, mais il faut conclure maintenant.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Tous les élus parisiens, pour reprendre la phrase de M. LAMOUR, quelle que soit leur étiquette politique, devraient être unis dans cette bataille pour conserver les mètres carrés scientifiques dont nous avons absolument besoin pour le développement du territoire parisien.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche et "Les Verts").

M. LE MAIRE DE PARIS. - Si vous y tenez...

Mme Marie-Claire CARRÈRE-GÉE. - Je suis sûre que M. MISSIKA y tient vraiment en vérité, parce que je crois que, sur la première partie de ma question, il n'a pas évidemment apporté de réponse parce que ce n'est pas possible.

Je crois que je vous rends un grand service, Monsieur MISSIKA, et que vous pourrez faire valoir le fait que nombre d'élus veillent au grain sur cet important engagement du Maire de Paris. Et cela, pas seulement pour vos beaux yeux, Monsieur MISSIKA, mais parce que l'avenir de la jeunesse et de la recherche universitaire à Paris est en jeu.

Pour défendre votre secteur, Monsieur MISSIKA, vous pourrez dire au Maire que je reviendrai à la charge, si les engagements ne sont pas tenus. Vous m'avez répondu en citant beaucoup de chiffres. Vous avez additionné quarante fois la même chose, etc. Vous avez fait ce que vous pouviez, mais vous savez très bien que les engagements qui ont été pris dans le budget ne sont pas suffisants pour tenir les engagements prévus.

Quant à l'action de l'Etat que vous avez évoquée également, vous savez que cet engagement est plus qu'opérationnel, il obéit à une priorité absolue qui est celle de participer le plus efficacement possible à la recomposition du paysage universitaire parisien.

Je citerai, par exemple, le projet Condorcet Paris Aubervilliers, qui a été doté de 450 millions d'euros en 2009. Valérie PÉCRESSE l?a redit lors de l'inauguration de la partie ouest de Jussieu le 10 mai et encore le 4 juin : l'Etat a débloqué 40 millions d'euros pour financer l?achat de 10 hectares nécessaires au lancement des travaux.

Une telle politique se fait avec des moyens. Outre les 700 millions d'euros attribués aux établissements parisiens par l?opération Campus, l'Etat s'engage à investir 1,7 milliard d?euros sur la période 2007-2013. Au total, ce sont 2,4 millions d'euros que l?Etat investit dès à présent dans l'enseignement supérieur de la Capitale.

Voilà, Monsieur MISSIKA, je crois que nous partageons les mêmes objectifs. Ma question n'a rien de polémique, ma question vise à faire en sorte que vos engagements soient tenus, ce qui n'est pas le cas pour l'instant. Vous le savez parfaitement, Monsieur MISSIKA, et dites-moi un grand merci.

(Rires).

M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est peut-être beaucoup nous demander.

Nous tiendrons tous nos engagements.

Non, tu n?as pas le droit de reparler. Je suis désolé. Moi, j?ai le droit parce que le Code des collectivités locales? Je n'en abuse pas.

Nous tiendrons tous nos engagements. Vous savez que Jean-Louis MISSIKA veille à ce que je les tienne précisément dans ce domaine aussi.

Par ailleurs, si vous pouviez nous aider à convaincre l'Etat de ne pas vendre de terrains et de bâtiments universitaires à Paris, ce serait bien. Là, je pense que l'on pourrait faire du bon boulot ensemble.