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VI - Question d'actualité posée par M. Jean-François MARTINS à M. le Maire de Paris relative à l'attractivité internationale de la Ville de Paris en matière d'accueil des investissements étrangers.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2013


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est maintenant à M. MARTINS.

M. Jean-François MARTINS. - Monsieur le Maire, suite à une étude commandée par l'Association des Grandes Entreprises, réalisée par le cabinet K.P.M.G. pour Paris Ile-de-France, nous avons découvert que Paris était rétrogradée de la sixième à la dixième place mondiale en matière d'attractivité des investissements étrangers. Paris n'a reçu que 108 investissements étrangers sur la période septembre 2011-septembre 2012, contre 170 sur la période précédente.

Ce faisant, Paris est désormais devancée par Sydney, Moscou et un certain nombre de capitales européennes. Londres, notre voisine, caracole toujours en tête avec 351 investissements sur la même période, soit trois fois plus que ce que reçoit Paris.

Evidemment, on pourrait critiquer ces résultats en disant que la méthode est à nuancer. C'est pourtant cette méthode et cette source que vous utilisiez vous-même pour faire valoir les bons résultats des chiffres 2010. On pourrait évidemment aussi dire que cela est dû à la crise économique et financière, mais autant que je sache, cette crise est mondiale et européenne, et elle concerne également les métropoles européennes. L?argument même du fait que la France traversait en 2012 une séquence électorale s?applique également aux Etats-Unis et à la Russie, dont les villes, pourtant elles, progressent sur ce classement en attractivité.

Alors, ne cherchons pas à nuancer ces résultats, Monsieur le Maire, et faisons le constat humblement et sagement que la tendance est là : l'attractivité internationale de Paris baisse, une baisse importante, une baisse préoccupante et une baisse dangereuse pour notre économie et pour l'avenir de Paris.

Par ailleurs, cette baisse doit nous interroger d?autant plus qu'en tant que capitale, nous avons une responsabilité à l'égard des Parisiens, des Franciliens mais aussi de l'ensemble de la France, car nous sommes, vous le savez, la locomotive économique du pays. Les conséquences d'une baisse de l'attractivité se feront sentir au-delà du périphérique et de l?A86.

Le chômage, Monsieur le Maire, et les près de 300.000 destructions d?emploi en France depuis 24 mois nous interrogent et interpellent les collectivités locales mais aussi doivent nous faire voir, je crois, le moment où nous devrons changer de braquet pour passer de la politique de "à tout prix, à tout prix, essayons d'éviter les licenciements" à une politique qui permet réellement de créer de l'emploi, de jouer offensif et non plus défensif. Sur ce point, je voulais vous interpeller sur deux sujets particulièrement préoccupants, me semble-t-il, sur l'avenir des investissements étrangers à Paris.

Le premier, c?est que notre Capitale ne consacre que 3 % de son budget à l'enseignement supérieur et au développement économique, dans une économie globalisée où l'enseignement supérieur, l?innovation et la recherche sont un facteur clé de préférence des investisseurs. La Ville de Paris doit devenir un modèle d'investissement et de démonstration de sa capacité à innover.

Comment préparer le futur et donner à Paris l'image d'une ville d'avenir, quand on consacre seulement 3 % de son budget à s'y préparer ?

La deuxième inquiétude, Monsieur le Maire, vous y répondez en partie et je tenais ici à le souligner, c'est que la Ville de Paris, et la séquence qui va s'ouvrir, doit nous rappeler que les investisseurs étrangers sont aussi à la recherche de stabilité et de prévisibilité fiscale. Pour qu?une entreprise décide de venir s'installer à Paris, y fasse le pari du long terme, nous devons lui garantir sur au moins dix ans la stabilité et la prévision fiscale.

Enfin, Monsieur le Maire, Paris était un leader pour l'accueil des fonctions stratégiques des entreprises. Elle recule aujourd'hui, perd 8 places dans ce classement, passant de la septième à la quinzième place. Les grands groupes quittent la Capitale pour la petite et la grande couronne. Les congrès et les salons sont menacés par le projet de la Tour Triangle et par le réaménagement du parc des activités.

Alors, Monsieur le Maire, vous l?avez compris, les Parisiens, mais aussi tous les Français, sont inquiets de cette perte d'attractivité, car il en va du redressement économique de tout le pays.

Donc, ma question est simple : que comptez-vous faire pour inverser cette tendance à la baisse et redonner la place que Paris mérite dans la course aux investissements étrangers ?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Christian SAUTTER va vous répondre, mais je vais vous faire remarquer quand même quelque chose.

Alors que les universités, la recherche, ce n'est pas du tout une compétence municipale ni départementale, vous le savez cela, y consacrer 3 % du budget, c'est déjà énorme ! Surtout quand c?est en plus de ceux qui en ont la responsabilité ! Cela dit, Christian va vous répondre sur le fond. Je voulais juste vous faire cette remarque parce que, après, je sais ce que j'entends au moment des discussions budgétaires, y compris quand on fait des choses avec l'Etat, en plus de ce que fait l'Etat.

La parole est à M. Christian SAUTTER.

M. Christian SAUTTER, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur MARTINS, je vais me permettre d'être en désaccord avec vous sur l'attractivité de Paris.

D'abord, deux indications.

La première, c?est que l'attractivité pour les touristes est en hausse, puisque nous avons accueilli - Jean-Bernard BROS le dirait mieux que moi - l?an dernier 29 millions de touristes, soit 1 million de plus que l'année 2011.

En ce qui concerne l'attractivité des étudiants, Paris est classée en tête par un cabinet britannique sérieux, puisque vous citez aussi un cabinet britannique.

J'en viens à l'attractivité des entreprises.

L'étude dont vous parlez, de K.P.M.G. et de Paris Ile-de-France Capitale Economique, se fonde sur des estimations du Financial Times qui place Londres en tête - c'est leur droit ! - et qui montre, vous l'avez dit, une forte baisse entre 2011 et 2012. Il s'agit d'estimations ; les vrais chiffres, nous les connaîtrons au mois de mars, lorsqu'ils seront publiés par l'Agence française des Investissements internationaux et je ne pense pas qu'ils montrent une chute telle que celle que vous avez décrite.

Nous avons des résultats pour Paris, pour Paris intra muros, qui nous sont fournis par l'agence "Paris Développement" : 60 projets étrangers ont été accueillis l'an dernier, à comparer à 52 en 2011. On est loin de la diminution que vous mentionnez.

Ceci dit, la compétition entre les "villes monde" est rude et je crois que, et du côté de l'Etat et du côté de Paris, il y a une stratégie positive et pas défensive qui est menée.

Très rapidement, du côté de l'Etat, nous avons un crédit d'impôt recherche qui vaut évidemment pour toute la France mais qui pèse particulièrement favorablement en Ile-de-France et à Paris. La preuve, c'est que l'Allemagne cherche à imiter ce crédit d'impôt recherche.

Et le Gouvernement a publié le 6 novembre un pacte de croissance et de compétitivité pour renforcer les atouts de notre pays.

En ce qui concerne Paris, je voudrais, comme le Maire l?a esquissé à l'instant, dire que, depuis 12 ans, et particulièrement depuis 2008, nous avons une stratégie proactive, comme disent les Anglo-saxons, en matière d'attractivité sur l'innovation. Et l'innovation, c'est très important puisque un tiers des investissements étrangers portent sur les technologies de l'information et de la communication.

Nous sommes en train, et Jean-Louis MISSIKA en parlerait mieux que moi, de dépenser 1 milliard d'euros sur la mandature pour favoriser la construction d'incubateurs, de pépinières, d'hôtels industriels, un institut d'études avancées. A l'évidence, pour la recherche, qui est un levier important de croissance, nous sommes dans la bonne direction.

Quelques mots rapides, car le temps passe, sur le tourisme et l'investissement hôtelier. 7.000 chambres d'hôtel supplémentaires sur la décennie en cours, dans le cadre d'un plan d'ensemble de 32.000 chambres pour la région.

Je voudrais enfin insister sur le fait que ce que nous faisons à Paris s'étend de plus en plus à l'échelle métropolitaine. Nous allons examiner tout à l'heure le schéma régional de développement économique dont, à l'évidence, le but est aussi de renforcer l'attractivité de Paris et de la région parisienne. Attendons, Monsieur MARTINS, paisiblement les résultats de mars sur les vrais chiffres de 2012 et continuons à travailler pour rendre notre ville de plus en plus attractive.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Christian SAUTTER s'exprimait sagement et avec la dynamique qui le caractérise !

C'est mon job !

Et bien, un milliard d'euros d'investissement sur la recherche, l'innovation, l'université en un mandat, ce n'était pas avant 2001, cela !

Monsieur MARTINS ? Cela devrait vous rendre plus modeste.

M. Jean-François MARTINS. - Monsieur le Maire, le ton de ma question n'était pas polémique et ce n'était pas une attaque contre la politique municipale, c?était un état de fait.

Je regrette la réponse de M. SAUTTER qui est très : "Tout va bien, Madame la marquise, il ne se passe rien et on verra en juin". Je regrette que, au moins, nous n'arrivions pas à un diagnostic partagé sur cette inquiétude.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Profitez-en, ce n'est pas souvent qu?ils vous applaudissent !

Christian SAUTTER vous a répondu avec sérieux et sagesse?

Ecoutez, c'est quand même insupportable, Madame, j'ai le droit de parler. Je n'ai pas protesté quand vous parliez tout à l'heure. Si j'ai du respect pour vous, vous pourriez en avoir autant pour moi.

Monsieur MARTINS, je poursuis l'échange avec vous.

Christian SAUTTER a raison de vous montrer à quel point nous sommes entreprenants et qu'il ne faut pas céder à quelque panique que ce soit, ce qui est un petit peu quand même dans le ton de votre question.

En revanche, il l'a dit lui-même, la compétition est très rude. Et c'est parce qu?il y a cette compétition rude que nous développons 100.000 mètres carrés de pépinière d'entreprise, l'Institut d'études avancées dont je recevais la présidente et la directrice il y a quelques jours, que nous investissons justement sur la mise en commun de la recherche, de l'université et aussi de l'esprit d'entreprise et de l'entreprise, pour faire en sorte que Paris, ait un taux de chômage inférieur, M. DUBUS est là, contrairement à ce qu'il a dit à la radio, un taux de chômage inférieur à la moyenne régionale et à la moyenne nationale. Ce n'était pas le cas depuis 20 ans, c'est le cas depuis 3 ans.

Donc, il faut se battre. Si jamais on s'endort, on va de nouveau être en difficulté. Ce sont des batailles qu'il faut mener en permanence.

Christian SAUTTER pour l'attractivité internationale, Jean-Louis MISSIKA pour l'innovation, croyez-moi, se battent pied à pied et ils ont de bons résultats, mais il faut bien sûr que l?on aille en chercher d'autres encore.

Alors, pour les questions d'actualité, c'est terminé. Nous passons en formation de Conseil général.