Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Septembre 2004
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

60 - 2004, DU 57 - Secteur Beaugrenelle - Ilot Pégase (15e). - Approbation, après enquête publique, de la modification du Plan Local d'Urbanisme ayant pour objet l'évolution des dispositions du secteur de plan de masse "Beaugrenelle-Citroën".Vœu déposé par le groupe U.D.F

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2004


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous allons passer maintenant à l'examen d'un projet de délibération important si j'en juge par le nombre d'inscrits. Il s'agit du projet de délibération DU 57 relatif au secteur Beaugrenelle - Ilot Pégase. Approbation après enquête publique de la modification du Plan Local d'Urbanisme ayant pour objet l'évolution des dispositions du secteur de plan de masse "Beaugrenelle-Citroën", sur lequel un v?u n° 26 a été déposé par les membres du groupe U.D.F.
Je donne la parole à Mme CAPELLE, pour la première intervention.
Mme Liliane CAPELLE. - L'urbanisme sur dalle, si prisé dans les années 1960/1970, vieillit décidément mal. Aux Olympiades, comme dans le quartier Beaugrenelle, la lente dégradation se poursuit et la municipalité a bien fait de profiter de la modification du PLU pour restructurer le centre commercial de l'îlot Pégase, qui a pour inconvénient majeur une conception labyrinthique faisant fuir la clientèle et une absence totale de visibilité depuis le front de Seine. Mieux intégrer le centre dans l'existant et le restructurer à l'intérieur, l'ouvrir sur la Seine et requalifier la rue Linois sont des objectifs réalistes et indispensables à l'avenir du quartier.
Comme le souligne la délibération qui nous est proposée, les résultats de l'enquête publique qui s'est déroulée en 2003 montrent que la confusion s'est installée dans l'esprit de nombreux habitants quant à l'objet réel de la modification du plan de masse. Il ne fait qu'édicter de nouvelles règles d'utilisation des sols. Le projet de restructuration du centre proprement dit élaboré par ses propriétaires fera l'objet d'une concertation ultérieure et séparée.
Plus grave : aiguillonnés par une partie de l'opposition municipale qui a eu pendant 20 ans la possibilité de restructurer le quartier, et ne l'a pas fait, certains habitants ont carrément propagé le fantasme de l'irruption de nouvelles tours sur un front de Seine déjà bien bétonné, mais on sait quand et par qui. Avouez, quand on connaît le secteur, qu'il est assez cocasse d'entendre des craintes sur "la destruction de l'équilibre architectural du quartier" ou" la supposée perte de l'aspect village du secteur Beaugrenelle". Ces qualités-là m'avaient échappé.
Bien sûr, il faudra faire attention, lors de la restructuration proprement dite du centre, à la sauvegarde des espaces plantés, aux conséquences en termes de circulation et de nuisance et au devenir du petit commerce.
Je fais entièrement confiance à la SEMEA-15 et à ses compétences techniques pour mener à bien ses fonctions. Je suis également certaine que la concertation continuera avec les riverains et les associations.
Les élus du M.R.C. sont certains d'une chose : Beaugrenelle est un échec urbanistique évident et, dans l'intérêt même des habitants, ne peut plus rester en l'état. Une partie de la droite en convient d'ailleurs. Dans cette affaire, c'est l'intérêt général qui doit prévaloir et nous commande naturellement de voter cette délibération. Ce n'est pas à ceux qui ont bétonné Paris et ont transformé les quais de Seine en aspirateur à voitures de jouer aujourd'hui les boutefeu en déformant sciemment le projet aux yeux des citoyens. Je vous remercie.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - M. DAGUENET a la parole.
M. Jacques DAGUENET. - Vous nous présentez donc un projet de délibération important portant approbation, après enquête publique, de la modification du Plan d'urbanisme, ayant pour objet l'évolution des dispositions du secteur de plan de masse Beaugrenelle-Citroën. Une chose est certaine : le centre commercial, et plus largement le quartier, méritent une attention renouvelée. Ceux qui nient cette évidence, et qui souvent portent une responsabilité sur le dépérissement constaté aujourd'hui, devraient faire preuve d'un peu plus de modestie. D'ailleurs, nous avons eu déjà à débattre en séance de Conseil de Paris de l'état de la dalle, des parkings qui posent des problèmes de sécurité. Il faut ajouter les problématiques de rénovation dans les quartiers et les rues avoisinantes.
Ce dont a besoin le quartier Beaugrenelle, c'est bien d'un projet global pour l'ensemble de ses habitants et pour les activités qui s'y trouvent, notamment commerciales. Aujourd'hui, il nous est proposé un plan masse qui devrait, en volume, ne permettre aucune extension en hauteur du bâti existant. C'est donc une donnée positive qui préserve les perspectives des habitants. C'est une bonne chose.
Reste posé le problème des espaces verts et, à ce sujet, nous souhaitons que le projet que nous aurons à connaître, comporte non seulement une dimension végétale paysagère, mais qu'en plus, il permette la reconstitution des espaces verts existants : c'est une première remarque.
Concernant le projet de rénovation commerciale qui est en gestation, je souhaite dire que nous nous prononcerons le moment venu sur sa configuration en vous demandant de bien vouloir organiser une concertation approfondie dans le quartier bien sûr, mais aussi plus largement. Je le dis au stade où nous en sommes : donner des possibilités de construction dans le PLU, ce n'est pas forcément donner le droit de les utiliser toutes.
On l'a vu d'ailleurs sur le sujet des Halles, ou encore plus récemment sur le PLU avec l'enquête : les Parisiens sont à même de prendre en compte et d'enrichir par leurs propositions l'aménagement futur de leur Ville.
Nous serons donc attentifs aux propositions que vous formulerez à ce sujet, y compris bien sûr pour associer les élus que nous sommes car il s'agit d'un aménagement marquant porteur d'enjeux importants. L'avenir du Front de Seine concerne bien sûr la Ville toute entière.
Ceci étant dit, je souhaiterais, en amont du projet, faire quelques suggestions complémentaires qui, je l'espère, retiendront votre attention. Le projet annoncé se place dans une perspective de réalisation de Haute Qualité Environnementale. L'intention est bonne, mais elle devrait s'appliquer non seulement au centre commercial, mais également à l'ensemble des opérations envisagées dans le secteur. Mieux, ce projet nous donne l'opportunité de réfléchir et, nous l'espérons, de déboucher sur l'utilisation de la voie d'eau pour la gestion du fret. La présence de la Seine y incite au moment où le transport fluvial reprend de l'essor. Il faut le conforter pour faire reculer la pollution des camions.
Parler en même temps du développement durable, c'est aussi parler de développement humain, donc de l'emploi. Il est annoncé la possibilité de créer mille emplois sur ce site. Nous demandons que cette perspective puisse bénéficier pleinement aux habitants du quartier, particulièrement aux jeunes, en relation avec l'A.N.P.E., la Mission locale. Nous proposons de confier à l'AFPA une mission d'évaluation des besoins des futures entreprises afin d'être en mesure de décliner des plans de formation, si c'est nécessaire, afin que les jeunes des quartiers du 15e puissent en bénéficier. Au total, cette démarche devrait déboucher sur des emplois stables et de qualité.
Nous proposons qu'un chargé de projet auprès de la SEMEA-15 anime cet objectif ainsi que la concertation.
Pour terminer, au-delà des questions de stationnement à propos desquelles nous demandons des informations, nous souhaitons que le quartier, ses habitants, ses commerces bénéficient d'une nouvelle dynamique urbaine, d'un cadre de vie amélioré, notamment en matière d'équipement. Concernant ce dernier aspect, nous souhaitons là aussi, qu'en concertation, soit recherchée l'opportunité de créer dans cette partie de Paris un équipement public marquant.
Monsieur le Maire, vous voyez, les élus communistes avancent très concrètement un ensemble de propositions. Nous attendons vos réponses pour arrêter notre positionnement sur la délibération que vous nous proposez.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, Président. - Merci.
Monsieur GALY-DEJEAN, vous avez la parole.
M. René GALY-DEJEAN, maire du 15e arrondissement. - Je vais très rapidement résumer les prises de position qui ont été les miennes à de nombreuses reprises et par divers canaux dans le 15e arrondissement pour manifester mon opposition au projet de délibération qui nous est soumis, et ensuite très rapidement j'essaierai d'éclaircir avec M. CAFFET un problème de procédure interne au fonctionnement de notre Ville.
En fait, derrière l'aspect technique du projet de délibération se cache une vaste opération immobilière dont nous n'avons vraiment découvert l'ampleur qu'après qu'une enquête publique réglementaire, indispensable pour modifier le droit des sols dans l'îlot Pégase, ait été complètement achevée, et même depuis longtemps.
Dans cette affaire, aussi bien de nombreux élus du 15e que les associations, que la population, ont manifesté les plus grandes réticences et les plus extrêmes réserves vis-à-vis des projets considérés. Vous connaissez les chiffres : 1.427 personnes qui sont intervenues à l'enquête publique ont manifesté une opposition résolue au projet, seules 26 personnes y donnant un accord ; quant aux associations, elles ont fait connaître de diverses façons leur opposition mais, pour montrer leur détermination dans cette affaire, elles ont été, ce qui est un fait assez rare pour le 15e en tout cas, jusqu'à adresser en date du 10 septembre à l'ensemble des conseillers de Paris une lettre détaillant les raisons multiples justifiant leur opposition au vote du projet de délibération dont nous délibérons.
Ce qui est mis en avant par l'ensemble de toutes les critiques et de toutes les oppositions, c'est le caractère démesuré, hypertrophié du projet immobilier de modernisation du centre commercial. Les chiffres que nous connaissons, à savoir aménagement ou construction de 58.000 mètres carrés de surface de plancher, dont 45.000 de surfaces commerciales, avec près de 1.000 places de parking, indiquent de la manière la plus claire qu'il s'agit de réaliser à Beaugrenelle un centre de dimension régionale susceptible de capter la clientèle de l'Ouest de Paris et de la région, en gros le 7e, le 16e arrondissement plus les villes de Boulogne-Billancourt, d'Issy-les-Moulineaux et éventuellement de Vanves. C'est le caractère démesuré de ce projet qui effraie, à juste titre, la population et qui nous conduit à voter contre ce projet de délibération.
Pour conclure, il ne s'agit pas ce soir de manifester quelque hostilité que ce soit, ce qui serait à l'évidence totalement absurde, à la restructuration et à la modernisation du centre commercial. Nous y sommes favorables et nous sommes prêts à accompagner cette modernisation, mais à la condition qu'elle ne se fasse pas au détriment de la population que nous représentons.
Je voudrais maintenant très rapidement, avec M. CAFFET, essayer d'éclaircir un point puisque celui-ci a pu dire en commission que le Maire du 15e avait donné son accord à ce projet de délibération. Moi, j'ai devant moi la fiche navette, Monsieur CAFFET. Je lis : "accompagnant les projets de délibération adressés pour avis simultanément aux adjoints aux maires sectoriels et aux maires d'arrondissement avant introduction sur ALPACA". Et puis en dessous, je vois : "Avis de M. le maire du 15e arrondissement".
Le papier que je vous ai envoyé, c'est "accord", mais accord sur quoi ? Accord sur l'introduction dans ALPACA. Parce que si le projet de délibération n'est pas introduit sur ALPACA, je ne vois pas comment il peut être délibéré par le Conseil du 15e arrondissement, première observation.
Deuxième observation : si vous, vous interprétez le fait que j'autorise le projet de délibération à être mis dans le réseau ALPACA, c'est-à-dire à arriver jusqu'à la mairie du 15e arrondissement, si vous considérez qu'en donnant cet accord, j'ai donné un accord de principe au projet de délibération, c'est quand même une interprétation abusive. Pourquoi ? Cela signifie que moi, maire du 15e, sur un projet comme cela, je peux tout seul, dans mon coin, vous donner un accord. Et le Conseil d'arrondissement, alors, il sert à quoi ? Quand est-il consulté ? Je ne vois pas comment, pour l'introduction sur le réseau ALPACA, je pourrais donner un avis sur un projet de délibération de cette nature avant que le conseil d'arrondissement ait délibéré. Et donc je demande, Monsieur CAFFET, que soit modifié le libellé de ce document administratif de telle sorte que, quand je donne mon accord pour l'introduction sur le réseau ALPACA, je ne puisse pas être tancé d'avoir en quelque sorte donné par avance l'avis du Conseil d'arrondissement ce qui, à l'évidence, est absurde.
Je redis donc ici que, dans le 15e et au niveau de notre Conseil d'arrondissement, ma position sur ce projet n'a jamais varié, elle est parfaitement connue. Et quand j'ai donné mon accord pour l'introduction sur le réseau ALPACA, cela signifie simplement une chose : c'est que j'étais d'accord pour présenter devant le Conseil d'arrondissement et à la délibération de celui-ci le projet de délibération dont il s'agissait, mais sans que je puisse préjuger à l'avance de ce que serait la décision du Conseil d'arrondissement.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
Monsieur GALDIN, vous avez la parole.
M. Alexandre GALDIN. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, je ne reviendrai pas sur les éléments de dossier que le maire du 15e a excellemment exposé et qui explique notre hostilité à cette délibération.
Je voudrais cependant poser deux questions à la Municipalité. D'un côté, vous déclarez, Monsieur le Maire, vouloir associer les Parisiens à l'élaboration des nouvelles règles d'urbanisme censées modifier la physionomie de la Capitale pour les vingt ans à venir. Dans cet esprit, vous avez adressé à 800.000 foyers un questionnaire sur leurs souhaits et leurs priorités en matière d'architecture et de protection du patrimoine. La réponse des Parisiens, comme vous le savez, a été éloquente : les Parisiens rêvent d'une ville plus verte, plus humaine et préservée des excès urbanistiques.
D'un autre côté, sur un cas d'espèce concret comme la modification du PLU du secteur de plan de masse Beaugrenelle Citroën, que voit-on ? Vous agissez exactement dans le sens contraire. Vous défendez un projet immobilier et commercial d'un dimensionnement inapproprié et démesuré aussi bien en surface qu'en hauteur, que les habitants du 15e refusent massivement, ainsi que l'ont montré leurs prises de position lors de l'enquête publique et celles des associations de riverains unanimes.
Alors, Monsieur le Maire, mes chers collègues, je pose les questions suivantes : votre première adjointe, présidente de la SEMEA-15, veut-elle par cette opération punir les habitants du 15e arrondissement qui ne lui apportent pas les suffrages attendus élection après élection ?
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et "Les Verts").
Ou, Monsieur le Maire, est-ce les sirènes et pressions des promoteurs immobiliers qui expliquent cette initiative de la Municipalité absolument contraire aux discours tenus par le Maire de Paris et aux attentes des Parisiens ? Je vous remercie de votre réponse.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci, Monsieur GALDIN qui se situe toujours à des niveaux très élevés.
Monsieur BLET, vous avez la parole.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, quelle est la pertinence de ce projet de centre commercial à Beaugrenelle ? Quels sont les problèmes posés par cette extension ? Premièrement une surdensification commerciale destructrice du petit commerce environnant. Rappelons-nous il y a quatre ans la levée de boucliers unanime face au projet de centre commercial de 50.000 mètres carrés d'Aubervilliers qui disait : "Ce projet est une véritable provocation à l'égard de tous les commerçants du Nord et de l'Est de Paris" ; le Maire de Paris de l'époque, Jean TIBERI, qui estimait, à juste titre, que le projet aurait un effet dévastateur sur le petit commerce ; Georges SARRE qui déclarait en juillet 2000 : "En raison de l'importance du projet et de ses conséquences graves notamment sur le commerce de proximité, je suis naturellement contre son établissement tant à Aubervilliers qu'à Paris. En outre, je considère que la construction d'un centre commercial de 50.000 mètres carrés devrait faire l'objet d'une concertation dans un cadre intercommunal".
Bertrand DELANOË dont j'admire la prescience se déclarait contre ce type de centre tant à Aubervilliers qu'à Paris, c'est Bertrand DELANOË qui le dit et Beaugrenelle c'est Paris. La Ville de Paris avait même attaqué la décision de la DCDEC précisant que l'implantation du centre entraînerait la suppression de 4 commerces sur 10 et la disparition de 1.130 emplois sur Paris. Le commissaire enquêteur chargé du dossier que disait-il ? : "Lorsque la grande distribution crée un emploi, elle en supprime trois, un dans le petit commerce qu'elle tue, un chez les intermédiaires et un chez les producteurs". Voilà le bilan précis en termes d'emploi de la création d'un centre commercial de ce type, un emploi de créé, trois emplois de détruits.
Or Beaugrenelle est un projet aux dimensions rigoureusement similaires, 45.000 mètres carrés, si on y ajoute d'ailleurs le Monoprix mitoyen on atteint même plus de 48.000 mètres carrés et je ne reciterai pas le chiffre que M. le Maire a dit l'autre jour sur les 58.000 mètres carrés de plancher. Mais Beaugrenelle serait un projet différent, un projet sans impact négatif, 1.000 emplois nouveaux de créés, aucun de détruit. C'est une exception dans toute la France, augmentation du trafic généré par les 12 millions de visiteurs quasi nulle, alors que pour la Z.A.C. d'Aubervilliers l'augmentation du trafic automobile avait été chiffré à 40 %, qui plus est tous les commerçants du quartier soutiendrait le projet, or c'est vrai pour les commerces qui sont à proximité parce qu'ils vont en bénéficier, mais si l'on regarde la liste de ces commerçants, on s'aperçoit qu'il n'y a aucun commerce vestimentaire qui sont les plus menacés par ce type de ce centre commercial. Cela fera, c'est clair le bonheur des restaurateurs, des bars situés dans un périmètre très proche du centre, mais l'impact sur les commerces situés dans une zone de chalandise plus éloignée et notamment la rue du Commerce sera funeste. A titre d'exemple, la zone de chalandise pour la Z.A.C. d'Aubervilliers avait été extrêmement et précisément décrite, 18e, 19e et 20e arrondissements, plus une partie du 10e et du 11e arrondissement, la zone de chalandise de Beaugrenelle, je pense que cela va un peu au-delà du seul 15e en englobant une partie limitrophe du 16e. Ainsi d'un côté on déclare vouloir protéger le petit commerce en créant dans le futur PLU du linéaire commercial, notamment sur la rue du Commerce et de l'autre on autorise l'implantation d'un hyper centre qui sera destructeur de ce petit commerce. Où est la cohérence ?
Deuxièmement, l'absence d'équipements publics. Oui le secteur a besoin d'être réaménagé, c'est clair. C'est un devoir de la puissance publique et de notre collectivité locale, mais de là à sous-traiter cela au privé... Le privé peut s'offrir un morceau de quartier en mettant 200.000.000 euros sur la table, c'est merveilleux, où va l'aménagement de Paris si cette règle se multiplie, et on a d'autres exemples dans d'autres arrondissement. Le quartier Beaugrenelle n'a pas besoin de 18.000 mètres carrés de commerces supplémentaires. L'offre commerciale dans ce secteur du 15e est remarquablement diversifiée. Pour améliorer la vie du quartier, il faut peut-être développer certains équipements publics et la nécessité en est compromise par le choix fait de confier la réhabilitation du centre aux seuls investisseurs et promoteurs privés. Si on veut réorienter ce projet, c'est possible. On peut réfléchir à un élargissement de la halte garderie en crèche, on peut réfléchir à certains types d'équipements culturels, le conservatoire de musique, une bibliothèque ou tout autre type d'équipement.
Troisième point extrêmement important lui aussi, une architecture décevante. L'enjeu architectural d'un projet de ce type est de première importance. Le bunker enrobé de verre de Valode et Pistre qui ne dépare pas d'ailleurs des tours sans intérêt et sans âme est d'une grande banalité. Nous sommes loin de l'architecture innovante et créative prônée là aussi par Bertrand DELANOË. Dans le passé à Paris les bâtiments commerciaux étaient de véritables joyaux. En attestent les immeubles de la Samaritaine, des Galeries Lafayettes, du Bon Marché etc. De nos jours en Europe certains centres commerciaux tels les Grands magasins Selfridges à Birmingham sont à la pointe de l'avant-garde de la création architecturale. Nous ne devons pas renoncer à cette ambition architecturale sous prétexte que l'opération est purement privée avec la carte forcée d'un seul architecte choisi.
Quatrième point, une démarche HQE qui n'est pas inexistante, mais qui est par trop timorée. L'investisseur a entrepris effectivement une démarche intéressante.
M. Christophe CARESCHE, adjoint président. - Vous avez épuisé votre temps de parole.
M. François FLORES va intervenir, je pense que...
M. Jean-François BLET. - Je fais des propositions tout à fait constructives.
M. Christophe CARESCHE, adjoint président. - J'ai dit que je serai draconien sur le respect du temps de parole sinon notre séance va dériver. Je constate que. M. FLORES est également inscrit. Soit vous prenez du temps sur M. FLORES et vous terminez, soit M. FLORES dira ce que vous avez à dire.
M. François FLORES. - Je vous accorde une minute.
M. Jean-François BLET. - Je passe sur les fleurs que je vous ai adressées en matière de développement durable en disant que ce projet est incomplet car il aurait fallu se fixer sur un objectif d'autosuffisance énergétique, voire sur une production excédentaire ainsi qu'il en est dans nombre de projets européens de ce type-là et que le recours à l'énergie solaire thermique et photovoltaïque, devrait être envisagée pour parvenir à un objectif de ce type-là.
Monsieur le Maire, vous aviez demandé dans le cadre de la consultation sur le PLU aux Parisiens, s'ils étaient favorables à la préservation de la vocation commerciale de 200 kilomètres de rues. Résultat sans équivoque : 90 % de oui. Vous avez fait remarquer lors du débat que la question qu'il aurait fallu poser aux Parisiens c'était : "Etes-vous favorables au développement de centres commerciaux à Beaugrenelle, aux Halles, sur les gares de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés, objectif totalement contradictoire avec le précédent.
A Beaugrenelle, nous avons la réponse, les riverains et "Les Verts" estimant que le projet tel qu'il est n'est pas acceptable. Les grands symboles de l'urbanisme ségrégatif des année 60, les tours, les autoroutes urbaines et les centres commerciaux sont en total contradiction avec les valeurs de l'écologie et les valeurs du développement durable. On nous a fait le coup des tours, l'autoroute des voies sur berges est toujours là, maintenant ce sont les centres commerciaux. Paris mérite mieux que ce retour à l'urbanisme dévastateur des années 60.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci. Il restera trois minutes pour M. FLORES.
Monsieur GOUJON, vous avez la parole.
M. Philippe GOUJON. - Je ne m'engagerai pas, à l'instar de mon collègue, dans un long débat théorique, mais je serais très concret concernant cet important dossier de la rénovation dans le 15e, l'îlot Pegase sur le front de Seine et plus spécifiquement le centre commercial Beaugrenelle qui est un souhait partagé par un grand nombre d'habitants de ce quartier et comme d'autres j'y suis tout à fait favorable. Même si l'exposé des motifs de ce projet de délibération précise, je cite : "que cette modification du document d'urbanisme qui a pour objet de réglementer l'utilisation des sommes ne préjuge ni du périmètre ni des caractéristiques architecturales, ni même de la réalisation effective du centre commercial", nous savons évidemment tous que la question qui se pose aujourd'hui est celle de la restructuration et de l'extension du centre commercial Beaugrenelle. Je rappelle que j'étais déjà intervenu au nom des élus du 15e il y a de longs mois pour m'opposer au projet de délibération concernant l'enquête d'utilité publique. Nous avons toujours souhaité que les Parisiens puissent bénéficier de la meilleure offre commerciale, des commerces de proximité indispensables à la vie de nos quartiers, mais également de grands magasins et de centres commerciaux à taille humaine. Mais afin de limiter la concurrence déloyale que pourraient représenter des centres commerciaux surdimentionnés, leur implantation dans Paris a toujours fait l'objet d'un examen scrupuleux dans le respect de la loi. A cet égard je n'ai d'ailleurs jamais entendu sur cette question Mme COHEN-SOLAL, mais sur ce dossier je pense qu'il serait utile qu'elle puisse nous donner son avis. Aujourd'hui le projet de centre implique en effet une extension de 18.000 mètres carrés. 45.000 mètres carrés est-il le seuil en-dessous duquel un centre commercial ne peut survivre ? Des centres commerciaux moins importants dans Paris parviennent pourtant à exister depuis longtemps avec une surface commerciale bien inférieure. J'en veux pour preuve le Centre Passy Plaza dans le 16e dont la surface GLA est de 6.800 mètres carrés.
En province même, la plupart des projets en centre-ville dépassent rarement 20.000 mètres carrés.
Je suis persuadé que les conséquences sur le quartier, la vie quotidienne de ses habitants, la survie des commerces de proximité alentours seront bien différentes selon la superficie commerciale définitive du centre rénové. Je ne suis pas convaincu par la nécessité de cette extension car elle risque d'accroître un certain nombre de nuisances pour les habitants de ce quartier : la gestion d'un flux de 12 millions de visiteurs par an, l'augmentation de la circulation et des livraisons, l'accroissement du bruit et de la pollution atmosphérique consécutifs.
Différents éléments sont, je crois, à surveiller tout particulièrement dans ce projet :
- d'abord la nécessité de hauteurs homogènes de part et d'autres de la rue Linois (pour le moment, 21 mètres sur l'îlot Pégase, 18 mètres sur l'îlot Verseau). Il serait souhaitable que les hauteurs projetées concernant l'extension des constructions sur l'îlot Pégase, aujourd'hui inconstructible d'ailleurs, ne dépassent pas les 18 mètres ainsi que la Ville de Paris s'y était d'ailleurs engagée auprès de l'Association syndicale du Front de Seine. L'adoption de cette disposition permettrait d'une part de limiter l'aspect bien trop massif du bâtiment qui cachera à terme la vue sur la Seine de plusieurs centaines de résidents, d'autre part de respecter une cohérence et une esthétique symétriques, et enfin de réduire l'importance quand même assez démesurée du projet présenté. Il serait assez paradoxal effectivement que la Ville de Paris et son aménageur délégué privilégient plus les intérêts financiers de l'investisseur privé que ceux du public !
- la nécessité également d'acheminer les livraisons vers le centre commercial, principalement en sous-sol et en évitant notamment l'ouverture d'un accès des livraisons dans la rue de l'Ingénieur-Robert-Keller. Un accès directement sur les quais serait préférable ;
- la nécessité d'indemniser les occupants des appartements lésés par cette rénovation, par exemple ceux qui ont vue sur la Seine et perdraient en partie cet atout ;
- la nécessité de maintenir dans le quartier une offre accrue en stationnement résidentiel. En effet, la suppression du stationnement en surface dans la rue Linois aura pour conséquence un report du stationnement sur d'autres voies de ce secteur ;
- l'obligation d'une plus grande équité : la Mairie de Paris n'a pas encore autorisé l'aménagement d'un parking souterrain rue du Commerce ou plutôt à proximité, rue Frémicourt, dans un autre secteur du 15e mais approuve la réalisation de près de 1.000 places de parking dans ce projet de centre commercial. Il ne faudrait pas que ce centre génère une concurrence déloyale au détriment des petits commerces du 15e, notamment de la rue Saint-Charles et même de la rue du Commerce ;
- l'obligation de proposer un nouveau plan de déplacements et de circulation dans le quartier. D'ailleurs, lors du Conseil de quartier du 1er juin 2004, Mme HIDALGO déclarait, je la cite : "La circulation autour du Centre fera l'objet, bien sûr au vu des projets qui seront adoptés, d'une étude des services de la voirie...". Et elle nous promettait que cette étude nous serait présentée, mais elle ne nous a pas été communiquée jusqu'à présent.
Pourtant la question de la circulation est primordiale si l'on veut conserver à ce quartier sa tranquillité et un caractère résidentiel. D'ailleurs, il serait opportun de porter à notre connaissance l'étude d'impact commercial, paysager aussi et de circulation qu'est en train de préparer l'A.P.U.R.
Un dernier éclairage à notre Assemblée, parce qu'il y a d'autres projets dans cette partie du 15e. Le quartier vert "Commerce" de 41 hectares...
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Non, ne parlez pas de tous les projets, sinon on ne s'en sortira pas ! Il vous reste 5 minutes.
M. Philippe GOUJON. - Bien sûr mais je crois qu'il faudra mettre en cohérence les multiples projets en ce qui concerne la circulation, les aménagements de pistes cyclables, la mise en Mobilien de la ligne 62, etc.
Nous demandons l'examen d'un schéma de cohérence territoriale, permettant d'apprécier globalement les effets de toutes ces transformations dans cette partie du 15e.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - On vous a bien compris.
M. Philippe GOUJON. - Mais je m'achemine vers ma conclusion...
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Non, non, c'est terminé, Monsieur GOUJON !
M. Philippe GOUJON. - ... simplement pour dire :
Oui à un centre commercial rénové, correspondant aux attentes des riverains et à une rénovation architecturale d'un secteur qui en a besoin et a très mal vieilli.
Mais non à un changement de vocation d'un quartier qui se veut résidentiel, en un quartier à vocation commerciale.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
M. Philippe GOUJON. - Le risque...
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Non, non. Vous abusez là !
M. Philippe GOUJON. - Le risque est aussi qu'après l'adoption de ce projet de délibération, nous n'ayons plus la possibilité ni en Conseil d'arrondissement, ni en Conseil de Paris de nous prononcer. Et avec le président de notre groupe, Claude GOASGUEN, je voterai contre ce projet de délibération.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur ALAYRAC, vous avez la parole.
M. Gilles ALAYRAC. - Oui, Monsieur le Maire.
Chacun voit bien que ce projet est ambitieux. Pourquoi ? Parce qu'il va modifier les emprises, les volumes des constructions de ce quartier ainsi que leur aspect, et c'est donc normal, qu'il justifie un débat approfondi dans la mesure où les aménagements, dont nous aurons à débattre plus tard, nous engageront vraisemblablement pour plusieurs années.
Quelle est la situation d'aujourd'hui ? C'est un quartier qui ne va pas bien. La dalle est dégradée, les espaces publics posent des problèmes d'accessibilité, de sécurité et d'esthétique.
Le quartier îlot Pégase tourne à la fois le dos à la Seine et au reste de l'arrondissement, et il semble enfermé dans un isolement que l'ambiguïté de sa construction, entre le niveau du sol et le niveau de la dalle, accentue.
Surtout, le centre commercial Beaugrenelle, qui est vieux de 25 ans, est en crise depuis de longues années. C'est un centre qui est peu fréquenté, peu accessible, peu agréable. Ses commerces d'ailleurs dépérissent ou le quittent.
Cette crise trouve son origine dans la conception même du centre qui ne lui a pas permis de jouer le moindre rôle ni pour le quartier ni pour l'arrondissement.
Le projet sur lequel travaille la SEMEA-15 qui a confié la réhabilitation du groupe commercial au groupe "APSYS-GECINA", je le crois sincèrement, est une chance pour le quartier et pour l'arrondissement.
En effet, la rénovation du centre qui sera possible si nous modifions le P.L.U., après l'enquête publique, constituera un enjeu de taille pour la population et pour l'emploi. Le projet sur lequel travaille le promoteur en effet sera présenté aux élus et à la population ; nous en connaissons déjà les grandes lignes, mais il est légitime qu'il puisse être enrichi par des contributions d'où qu'elles émanent.
Lors du Conseil du 15e arrondissement, plusieurs collègues et moi-même avons noté les interventions constructives du groupe U.D.F. et de plusieurs élus U.M.P. qui se sont sérieusement penchés sur le dossier, je dirai sans a priori, et qui ont vu des aspects positifs, qui ont aussi posé des questions qui méritent des réponses, notamment celles sur le plan de déplacement envisagé pour le quartier.
Mais hélas, je ne porterai pas la même appréciation sur la façon dont le maire de l'arrondissement et une partie de sa majorité, mais aussi "Les Verts" locaux, ont abordé ce dossier selon une démarche qui s'apparente plus à du conservatisme qu'à la volonté de faire bouger les choses. Je dirai même qu'un certain nombre d'entre eux ont délibérément entretenu la confusion par une caricature de présentation de ce dossier, et si on les suivait, nous attendrions sans doute encore 25 ans de plus pour réhabiliter Beaugrenelle.
Alors bien sûr il ne faut pas désespérer du bon sens des élus et nous avons constaté, lors de ce Conseil d'arrondissement, que le maire d'arrondissement a dû retirer un projet de délibération qui consistait à annuler purement et simplement toute l'opération.
Aujourd'hui, circule une pétition favorable au projet. Et au moment où je parle savez-vous combien de signatures elle a recueilli ? 10.000.
(Manifestation d'étonnement générale).
Et je pense que nous ne pouvons pas ignorer le résultat de cette pétition. Je suis conscient qu'un effort d'information doit être poursuivi pour expliquer le projet, recueillir les avis mais surtout rassurer les habitants et plusieurs associations qui sont persuadés qu'il ne sera qu'une surdensification urbaine et qu'il noiera le quartier sous des flots d'automobiles.
Ce projet sera le premier centre commercial certifié H.Q.E. en France et peut-être même en Europe. Une place majeure sera accordée au végétal, les activités polluantes comme celles de "Shell" et "Midas" seront supprimées, les livraisons réorganisées pour en réduire les nuisances et améliorer le traitement des déchets.
La maquette nous présente un projet satisfaisant du point de vue esthétique avec du verre, un projet lumineux, moderne, mais qui a surtout le mérite d'enlever à ce quartier son côté inaccessible. Je dirai donc que ce projet est aussi raisonnable en terme de surfaces, et que celles qui seront construites seront consacrées à un agrandissement du cinéma MK2 dans un arrondissement où nous en avons bien besoin après la fermeture de deux cinémas, mais aussi à la réalisation de boutiques sur rue et à l'ouverture d'un grand magasin.
Les constructions prévues n'iront pas au-delà de celles existantes dans le quartier. Dans les centres commerciaux, ce sont les courses alimentaires qui génèrent le plus de trafic automobile, c'est pour cela que celui-ci n'en sera pas doté.
Cette rénovation s'accompagnera de la réalisation de plusieurs projets qui seront une chance pour le quartier, et je dirai que ce serait une faute que de ne pas la saisir. En effet, en réhabilitant ce centre commercial le promoteur nous propose aussi de désenclaver l'îlot Beaugrenelle en ouvrant le centre sur le quartier et sur la Seine. La rue Linois va être élargie, réaménagée, plantée d'arbres et repensée en véritable rue commerçante, et les commerçants du quartier n'y sont pas hostiles. Les passerelles aussi sur les rues Keller et la rue Linois deviendront transparentes et affinées.
Tout ceci sera, et je pense qu'aucun élu ne peut être insensible à cela, l'occasion de créer 1.000 emplois dans le quartier. Je pense que nous pouvons jouer la complémentarité de la dalle Beaugrenelle avec le quartier qui est situé à ses pieds, et remédier aux échecs patents des urbanistes et de la Municipalité des années 70 qui n'avaient pas intégré qu'une cité était construite pour ses habitants et pas seulement pour faire joli quand on arrive à Paris par les quais de Seine.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - M. DESTREM a la parole.
M. Alain DESTREM. - En ayant écouté les personnes qui sont intervenues avant moi, je vous suggère à tous de quitter le 15e arrondissement. Cela va devenir un arrondissement épouvantable. N'achetez plus : le prix au mètre carré va s'écrouler, ce centre commercial va déstabiliser le 15e arrondissement. Surtout n'écoutez pas ce que je vais vous dire parce que je vais tenter d'en prendre la défense.
Je suis toujours assez surpris lorsque je vois les relations que peuvent avoir les hommes politiques avec les professionnels. Lorsqu'on est face à un professionnel, on lui dit : c'est formidable, vous allez enfin faire quelque chose dans ce coin, il y a nécessité, tout le monde le dit, mais par contre, surtout pas 40 ou 45.000 mètres carrés, mais 18 à 20.000. Mais, le professionnel, si c'est 18 à 20.000 mètres carrés, il ne vient pas. On se retrouvera finalement avec le centre actuel, parce que les professionnels ne raisonnent pas forcément comme les hommes politiques.
Deuxième chose : il y a nécessité, pour ceux qui connaissent l'arrondissement, d'essayer de trouver une solution durable pour ce quartier du front de Seine. Cette solution durable est d'autant plus nécessaire qu'on a énormément de difficultés déjà à faire vivre les tours du front de Seine avec le reste de l'arrondissement et qu'on y note une certaine rupture dans le tissu environnemental. L'ouvrage "dalle", tout le monde le sait, en particulier les élus du 15e, ne fait que vieillir et a besoin d'être restauré.
Et la troisième chose, c'est que nous sommes obligés d'admettre, que cela nous plaise ou non, que le centre Beaugrenelle est actuellement un véritable échec. Soit nous voulons écouter, travailler et veiller à ce qu'on puisse éventuellement faire quelque chose de mieux, soit nous incitons les investisseurs privés à baisser les bras, et nous revenons à la case départ. Et n'oubliez pas, mes chers collègues, que nous sommes au tout début de la procédure puisque, après l'enquête publique, la modification du P.L.U. ne concerne aujourd'hui que l'évolution du plan de masse. Ensuite, nous aurons le temps de travailler avec les candidats à la rénovation de ce site pour que l'on fasse de Beaugrenelle un centre vivant et accueillant pour le 15e.
Aujourd'hui, c'est l'échec, il ne reste qu'une dizaine de boutiques, alors qu'il y a une capacité d'un peu plus de 90 enseignes. Je le redis : attention à cette volonté d'immobilisme que nous avons, pour certains d'entre nous ; il faut faire évoluer ce quartier, n'essayons pas de faire en sorte que ce soit, après notre vote, l'irréversible... Tout à recommencer et des années de retard.
La deuxième chose que je voudrais dire, c'est n'oubliez pas que la proposition qui est faite permettra à la SEMEA-15, en vendant le foncier, de bénéficier de ressources financières nouvelles qui lui permettront de rénover, entres autres, la dalle et le parking. Et moi qui suis un modeste libéral, je dis qu'il vaut mieux que ce soit le privé qui évite à la SEMEA-15 d'accroître ses difficultés financières afin de faire face à ses engagements.
On dit que l'on passe de 28.000 à 45.000 mètres carrés. Je l'ai entendu. C'est déjà, je vous le signale, une diminution d'un tiers par rapport aux propositions initiales. Des gestes ont donc été faits. La différence, ces 17.000 mètres carrés, seront utilisés à quoi ? En dehors de tous les commerces locaux qui seront présents, ce sera environ 6.000 mètres carrés d'un petit "Printemps" ou d'une "Galerie Lafayette". Environ 6.000 mètres carrés pour une "FNAC" moyenne ou un "Virgin" et environ 5.000 mètres carrés pour l'extension d'un cinéma dont le propriétaire est déjà présent (MK2). Est-ce bien grave pour le 15e ?
Réduire les surfaces et dire "attention, c'est dangereux", ce serait rendre ce projet encore plus fragile, et faire en sorte qu'il ne voit jamais le jour.
C'est la raison pour laquelle, à la fois dans l'intérêt de la SEMEA-15, à la fois dans l'intérêt du 15e et dans l'intérêt du quartier, il est temps que l'on fasse aujourd'hui un bond en avant pour avoir un nouveau Centre Beaugrenelle. C'est ce que je voulais vous dire à titre personnel, d'autant plus que nous avons, dans le groupe, la liberté de vote.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - C'est bien. C'est un groupe très libéral.
M. FLORES a la parole.
M. François FLORES. - Première chose : avant d'intervenir, puisqu'on a mis en cause ici "Les Verts" locaux du 15e, et qu'il semblerait que "Les Verts" locaux soient des conservateurs, pour reprendre l'intervention d'un élu "Vert" du 15e, malheureusement ce que l'on a constaté lors du Conseil d'arrondissement, c'est l'alliance des ultras libéraux puisque nous avons entendu le discours ultra libéral de l'un des représentants de l'U.M.P., avec les socio libéraux. Et on a vu ce que cette alliance a donné dans le 15e arrondissement.
Monsieur le Maire, le quartier sur dalle de Beaugrenelle est un quartier symbole des aberrantes conceptions urbanistiques en vogue jusqu'aux années 60/70. Les tours d'habitation et la séparation des espaces publics sur rue et sur dalle accentuent le sentiment d'anomie. Le centre commercial mal conçu vivote. Qui plus est, la dalle se dégrade rapidement. Le béton s'érode en effet dangereusement et il devient urgent d'entreprendre des travaux de réhabilitation. Or, désagréable surprise : la facture est particulièrement salée (55 millions d'euros). Grâce notamment au renouvellement des baux de parking, une enveloppe de 28 millions d'euros a pu être dégagée. Pour les 27 millions restants, trois options restaient possibles: soit la collectivité investissait elle-même sur le réaménagement du site, soit l'investissement de la Mairie de Paris n'était que partiel dans le cadre d'une opération public-privé, soit la collectivité s'en remettait aux investisseurs privés, propriétaires du centre commercial.
C'est ce dernier choix, le choix du libéralisme qui a été fait. En modifiant le plan masse de Beaugrenelle, on autorise l'investisseur à agrandir son centre commercial afin d'évacuer le problème de la dalle. Pourquoi ? Pour des raisons purement budgétaires. Parce qu'il a été décidé unilatéralement de ne pas inclure la réhabilitation du secteur Beaugrenelle dans les investissements municipaux de la mandature.
La réhabilitation du secteur est aussi absente du P.I.P.P., Projet d'investissement pour Paris et ne fut jamais débattu en Conseil de Paris, ni même au sein de la majorité municipale.
Le privé pouvait ainsi se substituer à la puissance publique. Or, quel est l'objectif du secteur privé ? De faire le maximum de profit en maximisant la charge foncière. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les investisseurs ou les promoteurs, qu'importe les ergotages sémantiques, ne se sont pas restreints. Le premier projet qu'ils ont présenté prévoyait en effet une surface commerciale de 60.000 mètres carrés, soit l'équivalent de la surface commerciale du Forum des Halles. Face aux protestations des associations de riverains, les surfaces commerciales ont été ramenées à 45.000 mètres carrés contre 27.000 mètres carrés pour le centre actuel. En dépit de cette réduction, le nouveau centre Beaugrenelle deviendrait un des plus grands centres commerciaux parisiens.
Il est à noter que le Monoprix, le 1er des Monoprix de Paris et même de France pour le chiffre d'affaires, n'est bizarrement pas inclus dans le chiffrage des surfaces commerciales alors qu'il jouxte le centre commercial.
Monsieur le Maire, une fois la modification du P.L.U. adoptée, le projet de Beaugrenelle ne sera plus soumis au Conseil de Paris. Or, de toute évidence, ce projet n'est pas mûr. Si nous souhaitons que le centre de Beaugrenelle soit réhabilité, nous ne pouvons accepter un projet privé qui n'obéit qu'à une logique libérale.
Ce projet doit être retravaillé et considérablement amélioré. C'est l'avis des trois associations de riverains, d'Ile-de-France Environnement, et de la grande majorité des riverains qui ont manifesté à 98,2 % leur désaccord lors de l'enquête publique, avec 1.427 avis défavorables contre 26 favorables.
Donnons-nous, Monsieur le Maire, le temps de la réflexion. Certes, nous sommes prisonniers de l'option privée qui a été prise, mais si nous disposons encore d'une année avant le dépôt du permis de construire, je ne vois pas en quoi le report d'un mois de cette délibération est impossible, le temps de mener une véritable concertation sur quelques objectifs essentiels, susceptible de réorienter positivement le projet que nous découvrons.
Merci de m'avoir écouté.
M. Christian SAUTTER, adjoint. - Monsieur le Maire, je voudrais apporter un soutien chaleureux à ce projet pour quatre raisons.
La première : ayant habité pendant 25 ans à 500 mètres du centre commercial, je ne peux qu'approuver la rénovation d'un ensemble qui était grisâtre et inhospitalier parce que mal conçu et mal entretenu.
Deuxièmement, je crois que, plutôt que d'aller en voiture faire leurs courses à Vélizy, il est mieux pour les habitants de l'Ouest parisien de faire leurs courses à proximité. Je pense que la réduction des trajets entre les lieux de résidence et les lieux de commerce fait partie du développement durable.
Troisièmement, j'approuve la démarche financière de la présidente de la SEMEA-15. Je crois, comme elle, que l'argent public doit être investi en priorité dans les quartiers périphériques de Paris, dans les quartiers où la vie est difficile, dans les quartiers politique de la ville plutôt que dans les quartiers qui sont plus favorisés. Et un financement privé, un financement transparent me paraît tout à fait opportun pour le centre Beaugrenelle.
Dernière raison, et c'est pour moi la principale, 1.000 emplois nouveaux seront créés. Et je veux dire tout de suite à Jacques DAGUENET que bien évidemment nous ferons un effort pour que ces emplois bénéficient aux jeunes et aux moins jeunes qui sont en difficulté et qui habitent à proximité.
Je crois que ce projet est une nouvelle bataille gagnée dans la longue guerre que tous ensemble nous avons engagée contre le chômage.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
M. POZZO di BORGO a la parole.
M. Yves POZZO di BORGO. - C'est un v?u présenté par les élus du groupe U.D.F. Vous avez remarqué, Monsieur le Maire, que je profite des lumières que vous avez fait installer. Je vous en remercie. C'est très joli.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Justement, je voulais vous en parler : attention, c'est fragile ! Ne les triturez pas dans tous les sens, cela coûte cher !
M. Yves POZZO di BORGO. - Je lirai les deux dernières parties du v?u : "Sur la proposition des élus du groupe U.D.F., le Conseil de Paris émet le v?u que soient présentés dès que possible au Conseil d'arrondissement les détails du projet de réaménagement du centre Beaugrenelle tels qu'ils seront définis dans le permis de construire, que soient liés au projet de rénovation du centre commercial, les mesures et projets de la Ville et de la Préfecture de police de Paris concernant le Plan de circulation et le réaménagement des voies urbaines environnantes".
Je vous rappelle, Monsieur le Maire, que ce v?u a été adopté le 13 septembre 2004, à l'unanimité, par le Conseil du 15e arrondissement.
Merci.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci, vous avez été aussi bref qu'au Sénat ! Très bien !
Madame HIDALGO, vous avez la parole.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe. - Merci.
Monsieur le Maire et chers collègues, beaucoup de choses ont été dites. Tout d'abord, je ne me savais pas sociale libérale. Le socialisme me va très bien, tout simplement, pour mon ami François-Xavier. Je voulais lui dire aussi que c'est vrai que le choix que nous avons fait dans ce projet, ce n'est pas de créer une régie municipale ou un goum pour gérer le futur centre commercial de Beaugrenelle puisque, pour nous, cela relève de l'initiative privée, sachant que l'initiative de la collectivité est de veiller à l'aménagement de l'ensemble de ce quartier. Nous n'en sommes pas, effectivement, dans notre réflexion de gauche dans ce Conseil de Paris, encore à dire qu'il faudrait municipaliser les centres commerciaux, et je crois que c'est tant mieux.
Ce centre commercial, comme cela a été dit, construit en 1979, est en crise quasiment depuis sa création. Toutes les enseignes de qualité qui existaient à son origine sont parties et ce dépérissement, ces difficultés du centre commercial sont un puissant facteur de dévalorisation pour l'ensemble du quartier du Front de Seine. La crise de ce centre trouve son origine dans la conception même du centre. Ce qui est donc en jeu ici, pour ce quartier et pour Paris, c'est donc bien l'insertion dans le quartier de ce centre commercial, c'est ce à quoi nous nous sommes attelés parce qu'il faut enfin que les habitants trouvent les commerces et les services dont ils ont besoin.
C'est un enjeu très important, cette rénovation du centre commercial, pour nous, dans notre perspective de représentants des intérêts de la collectivité parisienne, c'est une première étape dans le renouvellement urbain du quartier parce que, autour de cette rénovation du centre commercial, l'idée est aussi de créer une vraie rue commerçante sur la rue Linois ; c'est de concevoir un centre commercial rénové, j'insiste, à l'échelle du quartier. Ce qui a été dit sur le fait que ce serait un centre commercial du type les Halles, parce que j'ai vu des tracts là-dessus... Quand même, qu'on ne se moque pas du monde : plus de 100.000 personnes habitent à 10 minutes à pied de ce centre commercial.
Et il s'agit bien d'en faire un centre qui soit attractif sur cette zone de chalandise qui attire du monde à pied ou en transport en commun. Ce sera le premier centre commercial H.Q.E., cela a été dit. Enfin, il sera accessible, réellement accessible ! Si vous vous amusez à prendre une poussette et à essayer d'utiliser les rampes pour accéder au centre commercial, je ne vous garantis pas d'arriver entière. Surtout, si vous descendez les rampes, vous risquez d'arriver dans un piteux état derrière votre poussette. Donc il faut le rendre accessible aux personnes à mobilité réduite également, bien sûr, et apporter le pôle culturel et de divertissement dont ce quartier a besoin car le 15e est encore très en retard en matière d'équipement culturel.
Cela a été dit aussi par Jacques DAGUENET, par Christian SAUTTER, par Gilles ALAYRAC : 1.000 emplois nets créés, ce n'est pas rien... et M. DESTREM, pardon ! Après, on va dire que je fais alliance avec les libéraux, alors.... Ces 1.000 emplois créés, nous nous engageons, Jacques DAGUENET, à travailler très, très en amont, et merci de nous solliciter là-dessus, avec les services publics de l'emploi pour préparer les qualifications qui permettront d'être, le moment venu, vraiment opérationnels sur ce centre.
Mais au-delà de cet équipement, de cet investissement privé, je tiens à dire, mes chers collègues que, quand même, depuis mars 2001, nous avons pris un certain nombre de décisions dans ce Conseil de Paris pour rénover l'espace public et les équipements publics qui sont à proximité de ce quartier, qui sont notamment au pied d'une tour qui est la seule tour de logements sociaux, qui est la tour de l'ingénieur Keller, et cette tour était largement abandonnée par beaucoup de nos prédécesseurs. J'en veux pour preuve que nous investissons sur la piscine Keller, sur les tennis du stade Mourmelon, sur la piscine Mourmelon, sur la piste d'athlétisme, que nous avons dû entreprendre, cela a été dit, des travaux très importants de rénovation et de sécurité des parkings parce que, mes chers collègues, les planchers des parkings de Beaugrenelle étaient en train de se casser la figure et que notre responsabilité pénale était en jeu si nous ne faisions rien. Nous avons investi 28 millions d'euros votés par le Conseil de Paris en novembre dernier. Voilà un certain nombre de conséquences positives sur ce centre commercial.
Le projet au stade auquel il est présenté aujourd'hui n'est bien sûr pas abouti. Il ne s'agit pas aujourd'hui de se prononcer sur le projet du centre commercial de Beaugrenelle, mais bel et bien d'ouvrir la possibilité de transformer ce quartier. Il y aura deux enquêtes publiques encore à la suite de cette délibération, et puis un permis de construire sera proposé.
Nous nous sommes engagés avec Jean-Pierre CAFFET, mais je lui laisse le soin de détailler cela, à organiser, comme cela nous est aussi suggéré par l'U.D.F., une concertation tout au long de ce projet, notamment lors des étapes décisives. Mais, quand même, 10.000 personnes qui se prononcent aujourd'hui pour que ce centre soit rénové, un besoin d'investissement, un besoin de renouvellement urbain dans cette partie du 15e arrondissement et la possibilité pour nous de marquer nos exigences par rapport aux investisseurs privés pour que la Ville trouve son compte et, derrière la Ville, ce sont les habitants, tout cela ne peut pas nous amener à voter contre ce projet, mais bien sûr à l'accompagner et à l'accompagner encore pendant l'année que nous avons devant nous.
Je vous remercie.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
Mme COHEN-SOLAL a la parole pour répondre, puis M. CAFFET et après il y aura les explications de vote, mais ce sera bref.
Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.
Très brièvement, à ce moment de la discussion, qu'ajouter à ce qui a déjà été dit ? D'abord qu'aujourd'hui aucun opérateur commercial ne s'intéresse à Beaugrenelle jusqu'à présent dans l'état où il est. Aucun opérateur commercial ne vient vers Beaugrenelle pour investir ni développer ses activités. Ce centre très grand est, comme on l'a dit depuis longtemps, extrêmement vieux, insécure et vacant.
Si on veut que le 15e arrondissement... Monsieur le Maire du 15e, je vous demande vraiment d'y réfléchir, si l'on veut que le 15e arrondissement, qui est le plus grand arrondissement de Paris, ait une chance de voir développer tous les genres de commerce parce que le commerce ne se développe pas par morceaux, mais par complémentarité, par diversité et il doit être dynamique partout dans le 15e, il faut absolument rénover le centre Beaugrenelle. C'est une tautologie que de dire cela ! Nous avons l'opportunité d'un projet pour rénover ce centre Beaugrenelle. Nous avons l'opportunité effectivement d'un projet, qui est un projet privé, qui nous semble intéressant et que nous allons continuer à observer. Nous ne sommes pas aujourd'hui en train de donner un quitus à un centre commercial. Il y a bien d'autres lieux, bien d'autres étapes de concertation jusqu'à la CDEC qui nous permettra de regarder dans le détail ce qu'il y aura dans ce centre commercial Beaugrenelle.
On nous parle d'un projet de grand magasin, on nous parle de commerces culturels qui manquent cruellement dans ce quartier, et on nous parle surtout d'une modernisation, d'une attractivité, d'une visibilité de ces commerces.
Nous avons déjà rencontré, naturellement, les promoteurs commerciaux. J'ai parlé personnellement avec eux, Monsieur GOUJON, si je peux vous rassurer, je fais mon travail ! J'ai déjà parlé avec eux de la nécessité d'aligner, par exemple, les petits commerces qui sont du côté de la rue Linois et de la rue Saint-Charles, d'y mettre des métiers, d'y mettre des créateurs. Pour l'instant nous travaillons positivement dans ce sens. Il faut qu'il y ait une diversité de l'offre commerciale dans ce grand ensemble. Je crois que nous pourrons suivre le projet, en concertation avec les habitants, en concertation bien sûr avec les associations de petits commerçants du quartier qui sont loin d'être défavorables à ce projet, de façon extrêmement précise, avec les contraintes que la Ville a posées, pour que l'on donne une chance enfin à Beaugrenelle de démarrer et d'être évidemment dynamique.
Je pense que cet arrondissement a besoin d'ambition et de dynamisme commercial. Permettons, au moins par ce projet de délibération qui nous permet de faire évoluer le P.L.U., d'y penser puisque nous regarderons de plus près les choses au fur et à mesure, comme je vous l'ai proposé.
Merci, mes chers collègues.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur CAFFET, vous avez la parole.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, au nom de la 8e Commission. - Merci, Monsieur le Maire. Je vais être relativement bref parce que pratiquement tout a été dit dans ce débat et tous les points de vue ont pu largement s'exprimer.
Il faut partir d'un constat qui nous est commun et qui est largement partagé dans cet hémicycle : il y a une nécessité à la fois urgente et absolue de traiter ce centre commercial. Il est en déshérence, il est dans un état de décrépitude avancée, et si rien n'est fait dans un délai relativement bref, nous savons ce qui va se passer : les commerces vont fermer, progressivement, et nous aurons ici, sur ce terrain, une friche urbaine dont nous pouvons tous prévoir le devenir. Il y a donc nécessité de faire quelque chose.
La Ville a d'ailleurs pris ses responsabilités. Lorsque des problèmes de sécurité se sont fait jour dans les parkings, elle a investi 28 millions d'euros, et ceci de manière rapide. Je vous rappelle le projet de délibération que nous avons voté ensemble, il y a quelques mois. Qu'on ne vienne donc pas me dire que la collectivité publique se désintéresse de ce secteur puisque, justement, la Ville a déjà investi près de 30 millions d'euros.
Donc premier constat, il faut faire quelque chose. C'est à partir de là que les points de vue divergent. Il y a deux types de réponse. La première est de bâtir un projet qui peut être discuté. La seconde est de dire que de toute façon, pour une question de principe, nous ne ferons rien. La question de principe est la suivante : un investisseur privé doit-il intervenir ou pas ? Un investisseur privé peut-il s'en mêler ou pas ? Et là, on aboutit à cette espèce de remarque sur l'ultra libéralisme...
Je ne suis pas loin de penser que c'est infantile, mais je ne le dirai pas...
Allez dire aux habitants du 15e arrondissement que c'est ultra libéral de refaire un centre commercial, tout en en discutant le contenu, je ne suis pas franchement persuadé que les tenants de cette thèse auraient beaucoup de succès !
Par ailleurs, que va-t-il se passer ? Il y a un investisseur, il va acheter de la charge foncière, et avec cette charge foncière, des opérations publiques pourront être lancées. Que fait-on d'autre dans une Z.A.C. ? On fait exactement cela ! On vend de la charge foncière à des investisseurs, des méchants capitalistes, pour que la Ville tire de la recette de manière à réaliser des voiries, des équipements publics et des espaces verts ! C'est la même chose.
Mais là, c'est de l'ultra libéralisme parce que c'est une question de principe. A ce moment-là, il ne faut plus faire de Z.A.C. et il faut doubler le montant des impôts des Parisiens... J'ai déjà entendu cela.
La deuxième critique consiste à dire : il faut faire quelque chose, mais ce qui est prévu est démesuré. "Démesuré", regardons les choses de près. Ce projet, c'est 9.000 mètres carrés de SHON supplémentaires. En effet, dans les 18.000, il y en a la moitié, c'est-à-dire 9.000, qui sont reconquis sur des espaces qui existent déjà à l'heure actuelle. Jugez la démesure : 9.000 mètres carrés de SHON créés avec, je le signale, la diminution in fine du nombre de places de parkings. Et regardons l'utilisation de ces 18.000 mètres carrés. M. DESTREM en a cité une partie, je vais la compléter. Je confirme que, sur ces 18.000 mètres carrés, 3.400 seront consacrés à des salles de cinéma. L'ogre capitaliste MK2 va faire un profit absolument colossal sur ces salles de cinéma ! 4.500 seront consacrés à un pôle culture : la FNAC ou Virgin, des intérêts étrangers peut-être ! A peu près 6.000 mètres carrés pour un grand magasin : Le Printemps, les Galeries Lafayette... Vous vous rendez compte, quel scandale ! Et 4.100 mètres carrés pour des boutiques de rue, c'est-à-dire du petit commerce. Voilà la démesure de ce projet !
9.000 mètres carrés de SHON complémentaires, une réduction des places de parking et 18.000 mètres carrés de commerces supplémentaires, qui peuvent d'ailleurs être discutés avec l'investisseur.
Non, ce projet n'est pas démesuré. Il faut refuser la caricature. Je ne peux pas accepter que M. BLET, qui se veut d'ailleurs le meilleur élève de Bertrand DELANOË puisqu'il le cite maintenant à longueur de Conseil de Paris, dise que ce projet, c'est le retour à l'urbanisme des années 60, dont M. BLET indique par ailleurs qu'il repose sur un triptyque, à savoir les tours, les autoroutes et les hyper centres commerciaux. Non, il n'y aura pas à Beaugrenelle de tours, d'autoroutes et d'hyper centre commercial.
Vous savez très bien que cette question des tours a été réglée de manière définitive pour la mandature. Je ne peux pas m'engager pour la prochaine mandature, Monsieur FLORES ! Vous ne savez pas, comme moi, si vous serez là !
La raison, l'urgence impose de faire quelque chose à Beaugrenelle. Je propose que nous adoptions ce projet de délibération, qui est un projet de délibération de modification du P.L.U. permettant de réaliser un projet. Il y a actuellement un projet, il existe, il est sur la table, il est discuté et il est contesté. Sommes-nous obligés par ce projet de délibération de faire ce que nous voyons sur la maquette ? Absolument pas ! Il y a des marges de man?uvre : on peut demander à l'investisseur de consacrer une surface à un équipement public, on peut demander à l'investisseur, comme le proposait Jacques DAGUENET, de prévoir un certain nombre de dispositions en matière d'emploi. Bref, ce projet peut évoluer. Alors, ne bloquons pas.
Nous aurons une concertation qui se poursuivra, nous aurons de toute façon deux enquêtes publiques : une enquête publique dite BOUCHARDEAU et une enquête publique CDEC. Je suis tout à fait d'accord avec le v?u proposé par l'U.D.F., c'est-à-dire que tout ceci soit présenté le plus rapidement possible au Conseil du 15e arrondissement, et que des études soient faites sur la circulation. Discutons de ce projet, mais ne fermons pas la porte parce que nous savons que si, aujourd'hui, nous agissons ainsi, cela entraînerait, compte tenu des délais du PLU, deux ans de retard. Et deux ans de retard, cela veut dire que le centre commercial fermera, que chacun prenne ses responsabilités !
(Vifs applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et "Les Verts").
M. Christophe CARESCHE, adjoint, Président. - Je suis saisi de plusieurs demandes d'explications de vote : de M. GOASGUEN, de M. GALLAND et de M. VUILLERMOZ.
Monsieur GOASGUEN, vous avez la parole.
M. Claude GOASGUEN. - Merci, Monsieur le Maire.
Ce débat méritera, comme on dit dans les archives, un tiré à part parce qu'il est vraiment exceptionnel de contradictions. On se souviendra longtemps de voir Mme HIDALGO attaquer la municipalisation, de regarder M. VUILLERMOZ avec qui elle est d'accord pour fustiger les goums ! C'est quand même un grand moment d'entendre M. BLET prendre la même position que M. GALY-DEJEAN qui n'a pas la réputation d'être un homme de gauche... Je me disais, parfois, que mon ami MADELIN, qui me disait souvent qu'il était à gauche, avait peut-être raison. Vous nous avez développé de manière extraordinaire le champ, et je reprends vos mots, "de l'insertion que pouvait provoquer le libéralisme". Puisque le libéralisme qui était honni devient maintenant un facteur d'insertion formidable, vous comprendrez que, dans ces conditions, on hésite, et nous hésitons !
Personnellement, j'ai tendance à dire qu'à Paris, nous avons fait suffisamment d'abus pour qu'on ne charge pas à l'excès et qu'on privilégie la liberté de proximité par rapport à la démesure libérale.
(Exclamations).
Et vous comprendrez qu'avec les talents d'orateur que vous avez manifesté les uns et les autres pour défendre les thèses libérales, j'en arrive à me poser moi-même des questions. C'est la raison pour laquelle, même si je reste favorable personnellement à un vote négatif, je laisserai, bien entendu, la liberté de vote à mon groupe parce que vous risquez d'en avoir séduit beaucoup.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - M. GALLAND a-t-il été séduit ?
M. Yves GALLAND. - Monsieur le Maire, comme vient de le dire excellemment Claude GOASGUEN, ce débat est étonnant parce que partiellement à front renversé. Nous allons essayer d'éviter la caricature et d'observer paisiblement ce dossier.
Sur le réaménagement de Beaugrenelle, qui est sinistré, je crois qu'il y a dans cette salle une incontestable unanimité. Et le projet que vous nous présentez à des vraies qualités, c'est aussi incontestable. Mais, aujourd'hui, on ne peut pas nier qu'il y ait des réticences fortes dans la population parmi les habitants qui se sont exprimés et qu'il y ait des réticences fortes des associations. Est-ce que, sur ces bases, il est sain d'avancer sur des projets extraordinairement sensibles en matière d'urbanisme sans créer un risque d'incompréhension qui entraîne l'échec ? De notre point de vue, il n'est pas raisonnable d'engager aujourd'hui ce projet sur une base aussi fragile.
Nous allons voter contre, mais je voudrais être très clair sur notre position. Je ne sais pas s'il sera repoussé ou s'il sera voté. S'il est repoussé, nous souhaitons qu'une concertation rapide, très rapide, - vous avez raison, Monsieur CAFFET, il ne faut pas reporter aux calendes grecques un problème qui est urgent - permette de trouver, dans l'esprit du projet que nous soutenons, investisseurs privés, un meilleur équilibre sans qu'il y ait reniement pour entraîner une véritable adhésion. Et nous avons franchement le sentiment, au-delà de la passion, qu'en écoutant les uns et les autres, un consensus et, à défaut du consensus, soyons réalistes, une très large majorité, est possible sur ce projet.
Notre proposition : remettez un peu le métier sur l'ouvrage, et comme le disait Saint-Exupéry : "Si tu veux réunir les hommes, apprend leur à bâtir ensemble". On est prêt à le faire. Alors, essayons d'ouvrir un peu ce débat, de vous donner un peu de temps et je crois que vous arriverez au consensus que vous souhaitez.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - M. VUILLERMOZ a la parole.
M. Jean VUILLERMOZ. - Un mot tout à fait aimable à M. GOASGUEN pour dire que je ne sais pas si, alors que je n'étais pas né, j'aurais été pour le Goum. Ce que je sais, c'est que nous avons analysé pas mal le passé pour dégager des pistes pour l'avenir et que je suis un communiste d'aujourd'hui qui se projette dans l'avenir pour faire quelque chose de concret. Je ne suis pas sûr, Monsieur GOASGUEN, vous me permettrez simplement ce mot, que ce ne soit pas le cas pour vous qui êtes à droite. Je sais que vous êtes à droite, je sais quelle a été la politique de la droite hier, et je vois bien quelle sera la politique de la droite demain. Cela fait une différence importante, mais c'était simplement pour sourire.
J'ai écouté ce qu'ont dit un certain nombre d'élus dans cette Assemblée. Je ne peux pas ne pas me souvenir de ce qu'a été la position d'un certain nombre d'élus, ici, à propos d'un centre commercial qui était situé à Aubervilliers. Et en entendant ce qui se dit aujourd'hui, je pense qu'il n'est plus possible que la position de la Ville de Paris soit celle qui a été la sienne dans le passé. Il faudra donc faire en sorte, aujourd'hui, Aubervilliers puisse avoir son centre commercial parce qu'il est évident que tout ce qui a été dit est clair : si on veut faire ce que nous souhaitons à Paris, il faudra accepter un certain nombre de choses ailleurs.
On ne peut pas avoir deux discours, il faut être clair. On ne peut pas avoir un discours pour Paris et un discours pour la banlieue, mais rassurez-vous, j'ai toujours défendu qu'à Paris on s'opposait aux centres commerciaux qui se faisaient en banlieue. Il faut réfléchir. Je n'étais pas forcément pour, à l'époque, qu'il y ait un centre commercial aussi grand. Ceci dit, j'ai toujours dit aussi qu'on ne demandait pas leur avis aux gens de la banlieue, quand on construisait des centres commerciaux, comme par exemple quand on a rempli les Halles avec un centre commercial qui était dix fois plus grand et qui attirait beaucoup de gens de la banlieue. Je ne suis donc pas en contradiction avec ce que je disais à ce moment là.
Enfin, nous avons posé trois questions. Sur ces trois questions, il m'a semblé n'avoir entendu une réponse que sur une seule : sur l'emploi. Evidemment, nous allons aujourd'hui nous prononcer sur la modification du P.L.U. pour éventuellement construire. Mais il est évident que nous aurons demain à discuter de ce qui sera mis dans ce projet. Je sais bien qu'il y a un projet, et j'ai bien entendu tout ce qui était déjà proposé. Mais en ce qui nous concerne nous souhaitons beaucoup de concertation pour arriver à décider ce que sera demain ce centre commercial et cette nouvelle construction qui se fera à Beaugrenelle.
Nous avons posé la question : êtes-vous d'accord pour nommer un chef de projet, qui sera rémunéré peut être par les entreprises privées ? Nous avons aussi souhaité que, dans la discussion, il soit possible d'évoquer, et donc que la Ville éventuellement soutienne l'idée, de la réalisation d'un équipement public. Je n'ai pas eu de réponse aux deux dernières questions et je souhaiterais les avoir.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Il va falloir, à un moment ou un autre, que nous votions.
M. RIOU va parler, et nous voterons après.
M. Alain RIOU. - Il résulte de ce débat qu'il serait plus raisonnable de reporter cette délibération. C'est ce que nous avons demandé et n'avons pas cessé de demander depuis le début. Il se trouve que nous avons effectivement discuté avec nos amis de la majorité, et nous avons essayé de voir si on pouvait dédensifier ce projet. On nous a dit que c'était possible, mais qu'il faudrait voir avec l'investisseur. Sera-t-il d'accord ? On veut qu'il y ait des équipements publics, plusieurs équipements publics. Pourquoi un seul équipement public dans un espace aussi vaste ?
On nous a dit : "Nous sommes de bons négociateurs, mais il faudra voir avec l'investisseur". C'est bien cette logique qui pose problème. Tout à l'heure, notre ami ALAYRAC disait que "Les Verts" locaux avaient été conservateurs. Je crois que Gilles ALAYRAC ne s'est pas rendu compte qu'il y a eu une réponse - même si nous avons contesté ce questionnaire - de 120.000 Parisiennes et Parisiens, qui montre bien que sur la concentration urbaine à Paris, les Parisiens ont répondu clairement "non".
D'ailleurs, qu'est-ce qu'on propose ici ? C'est de prévoir déjà, avant même que le PLU existe, une dérogation au PLU qui sera d'ailleurs lui-même plus densificateur qu'on ne l'imagine.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur RIOU, les explications de vote durent une minute !
M. Alain RIOU. - Comme on n'a pas répondu au parti communiste, me semble-t-il, cela prouve que le projet n'est pas complètement abouti. Si le projet n'est pas retiré, le groupe "Les Verts" votera contre.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur CAFFET, voulez-vous rajouter quelque chose ?
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - J'ai clairement répondu, me semble-t-il, et de manière positive, aux questions posées par Jacques DAGUENET. J'ai moi même évoqué, dans ma conclusion, la possibilité d'un équipement public. Je constate simplement, et je terminerai là-dessus, que ce sont ceux qui avaient traité ce questionnaire du PLU par la dérision, voire le quolibet, qui, aujourd'hui, s'en réclament et en font leur Bible.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets d'abord aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe U.D.F., avec un avis favorable de l'Exécutif.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
La proposition de v?u est adoptée. (2004, V. 186).
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 57.
Qui est pour ?
Je pense qu'il faut compter. Mettez-vous debout.
(Les membres qui votent pour, se lèvent).
Contre ?
Mettez-vous debout aussi.
Abstentions ?
52 voix pour, 32 contre et 2 abstentions.
Le projet de délibération est adopté. (2004, DU 57).
(Applaudissements).
La séance est suspendue.