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Septembre 2004
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35 - VI - Question d'actualité déposée par le groupe U.D.F. concernant Cesare BATTISTI

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2004


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité du groupe U.D.F.
Monsieur GALLAND, vous avez la parole.
M. Yves GALLAND. - Monsieur le Maire, la question que je vais vous poser revêt pour nous un caractère fondamental sur le rôle, la responsabilité et le fonctionnement du Conseil de Paris sous votre autorité.
Le 1er mars 2004, vous présentiez un v?u au Conseil de Paris demandant que Cesare BATTISTI soit placé, je cite : "sous la protection de la Ville de Paris". Vos adjoints, M. CARESCHE, M. MANSAT, le maire du 9e arrondissement, notre collègue M. BRAVO, sont intervenus avec force sur un certain nombre d'éléments. M. CARESCHE indiquait, citation du B.M.O. : "Soutenir une mobilisation forte et justifiée autour de M. BATTISTI". M. MANSAT : "Paris affirme sa volonté d'être une ville refuge pour les écrivains pourchassés". M. BRAVO : "La protection de la Ville de Paris peut prendre un contenu très concret... Un comité de suivi et de vigilance des élus parisiens suivra de très près ce dossier et celui de tous les autres réfugiés politiques italiens".
Monsieur le Maire, dans le livre que vous venez de publier et sur lequel j'ai entendu une publicité sympathique ce matin, vous écrivez, je vous cite, que "en mars 2004, le Conseil de Paris a voté une résolution concernant Cesare BATTISTI [...]. Je dois ici avouer avoir manqué de vigilance...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Il y a des choses dans les points de suspension.
M. Yves GALLAND. - Monsieur le Maire, vous les rappellerez, mais je vais à l'essentiel. L'essentiel étant que vous disiez : "Je dois ici avouer avoir manqué de vigilance et d'autorité". Je crois vous citer dans le texte.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Il faut la citation complète.
M. Yves GALLAND. - Vous me corrigerez, le cas échéant. Je n'ai pas essayé de faire un raccourci qui déformait vos propos. Ce qui me paraît le plus important c'est qu'après mars un deuxième v?u a été voté en séance le 5 juillet. Lors du débat relatif à ce deuxième v?u, Mme KOMITÈS déclarait que M. BATTISTI, je cite : "n'avait eu droit à aucun procès équitable et contradictoire en Italie, qu'il a été jugé sans preuve matérielle irréfutable", fin de citation.
Ceci, vous le savez, de notre point de vue, est notoirement faux et va bien au-delà, je crois, de ce que vous indiquiez être votre position. C'est l'avis unanime, très ferme et avec un fond d'incompréhension de toute la gauche italienne, sur ce que peut être la position d'un certain nombre d'élus français.
Dans ce même débat, Mme GÉGOUT intervenait dans le même sens ainsi que M. BLOCHE. Seul M. SARRE se démarquait avec force.
Monsieur le Maire...
Mon cher collègue, j'ai repris le B.M.O. in extenso.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Veuillez m'excuser, votre bonne foi est éclatante, mais je vous en prie.
M. Yves GALLAND. - Ma bonne foi est éclatante, et je répondais simplement à mon excellent collègue M. BLOCHE que seul, je le maintiens, M. SARRE se démarquait avec force.
Monsieur le Maire, auriez-vous donc manqué sur ce sujet de vigilance deux fois ? Le 1er mars comme vous l'indiquez dans votre livre, mais aussi le 5 juillet ?
Monsieur le Maire, autre élément complémentaire, il nous intéresserait de savoir comment s'exerce concrètement aujourd'hui la protection de la Ville de Paris envers M. BATTISTI votée par la majorité municipale le 1er mars.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Avant que Christophe CARESCHE ne vous réponde et pour démontrer votre bonne foi magnifique, je vais dire ce qu'il y a dans les points de suspension.
Je rappelle : "Je dois ici avoir manqué de vigilance et d'autorité" et puis il y a trois points de suspension. Dans les trois points de suspension, j'ai écrit : "S'il était juste que la majorité du Conseil de Paris s'exprime sur le droit, sur le respect de la parole donnée et qu'elle demande en conséquence l'annulation de la mesure d'extradition qui frappait BATTISTI, en revanche il est vraiment regrettable qu'elle ait exprimée de la complaisance, voire de la sympathie pour son passé".
Voilà ce qu'il y avait dans les points de suspension, ce qui change légèrement quand même ce que vous venez de dire ! Mais je laisse à Christophe CARESCHE le soin de répondre.
M. Christophe CARESCHE, adjoint. - Je voudrais tout d'abord me placer du point de vue de M. GALLAND, c'est-à-dire du point de vue de quelqu'un, manifestement favorable à l'extradition de M. BATTISTI. Si j'étais à la place de M. GALLAND, je ne m'adresserai pas au Maire de Paris, mais au Ministre de l'Intérieur ! Ma question serait la suivante : comment se fait-il que M. BATTISTI, placé sous contrôle judiciaire, ait pu se soustraire aussi facilement à une décision de justice ? Voilà la question et, honnêtement, j'attends que le groupe de M. GALLAND à l'Assemblée nationale la pose au Ministre de l'Intérieur.
Pour ce qui concerne la Ville de Paris, je voudrais dire qu'il y a effectivement, et je crois qu'elles se sont exprimées, des nuances, en tous cas des divergences d'appréciation, de position sur les raisons qui motivent la défense de M. BATTISTI. Ces nuances se sont d'ailleurs exprimées très clairement lors de la réunion qui s'est tenue dans je ne sais plus quel théâtre du 9e arrondissement, avec notamment la prise de position de Bernard HENRI-LEVY, dans laquelle je me reconnais de même, je pense, que le Maire de Paris.
Et donc ces nuances existent, ces différences existent...
Elles se sont exprimées, et elles s'expriment.
Mais nous nous retrouvons, les uns et les autres, pour dire que le Gouvernement actuel remet en cause les principes sur lesquels des gouvernements précédents, notamment ceux placés sous l'autorité de François Mitterrand, se sont fondés pour empêcher l'extradition de M. BATTISTI. Les choses sont extrêmement claires, extrêmement simples, et d'ailleurs elles sont...
Ecoutez, Monsieur GOASGUEN...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Poursuivez, Monsieur CARESCHE, car si vous vous arrêtez à chaque interruption...
M. Christophe CARESCHE, adjoint. - Mais M. GOASGUEN m'interrompt...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur GOASGUEN, voudriez-vous rire en silence.
M. Christophe CARESCHE, adjoint. - M. GOASGUEN m'interrompt encore une fois. Je pense que s'il avait le courage de poser la question au Ministre de l'Intérieur, je pourrais alors considérer son interpellation comme étant de bonne foi.
Je termine en disant que c'est la position du Gouvernement actuel, remettant en cause des principes auxquels nous sommes attachés et qui avaient été respectés par les gouvernements placés sous l'autorité de François Mitterrand, qui nous rassemble. C'est pourquoi nous avons voté ce v?u.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Christophe CARESCHE.
La parole est donnée à M. GALLAND.
M. Yves GALLAND. - Monsieur le Maire, admirable mais pas convaincant. Première...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Sur aucun sujet on n'arrive à vous convaincre.
M. Yves GALLAND. - Si, si, ça arrive. Il nous arrive même, vous l'aurez probablement observé, de voter avec l'Exécutif.
Monsieur le Maire, je n'ai pas été convaincu, je n'avais aucune intention d'occulter votre citation, mais la citation intégrale telle que vous l'avez donnée ne me paraît pas aller du tout à l'encontre de ce que vous indiquez et de ce que j'ai dit. Au contraire.
Quant à M. CARESCHE, je voudrais lui dire simplement ceci. Il a tort, nous n'avons jamais indiqué ici que nous étions favorables - B.M.O. -, chers collègues, à l'extradition de M. BATTISTI. Jamais !
Nous avons toujours dit une seule chose, c'est que nous ne souhaitions pas que le politique se substitue au judiciaire ! Il y a une séparation des pouvoirs dans ce pays et nous pensons qu'il faut nous y tenir avec une extrême fermeté.
Par ailleurs, nous avons eu des vraies divergences d'appréciation, Monsieur le Maire, et sur ces vraies divergences d'appréciation, je regrette que vous n'ayez apporté aucune réponse puisque vous avez quand même voté le 1er mars la protection de la Ville de Paris pour M. BATTISTI et que nous ne savons toujours pas ce que cela représente et quels sont les éléments que vous pouvez nous donner aujourd'hui sur la protection pratique que vous avez apporté à M. BATTISTI qui a disparu.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Alors, je voudrais comprendre, mais nous allons passer au Conseil général.
Tout à l'heure, un de nos collègues a parlé de "jésuitisme", s'adressant bien sûr à M. CARESCHE. Mais je viens d'entendre M. GALLAND dire : "Je n'ai jamais dit que j'étais pour l'extradition". Donc je me demande à qui s'appliquait ce qualificatif.
Je vais être clair, Monsieur GALLAND.
(Rires).
Je vais être clair car vous avez tenté de faire un petit coup, et ce faisant, vous avez renforcé la campagne de publicité pour un livre. Je vous en remercie mais votre mauvaise foi est démontrée puisque vous avez fait sauter de votre citation l'essentiel.
Qu'est-ce qui est écrit dans le livre ? Et je vais être bref. "Je suis en désaccord avec certains moyens qui utilisent la violence dans les luttes politiques". Voilà de quoi je parle à ce moment-là.
Et qu'est-ce que je dis à propos de ce qu'a fait le Conseil de Paris ? Je dis : "La majorité du Conseil de Paris a eu raison de défendre le droit et le respect de la parole donnée".
A propos de respect de la parole donnée, je voudrais quand même faire remarquer que ce que sont plusieurs gouvernements de droite et de gauche qui ont respecté cette parole. En revanche, j'introduis une nuance, et je l'assume, Monsieur GALLAND, parce que le temps des clans qui marchaient comme cela au canon, le petit doigt sur la couture du pantalon, c'est terminé à la Mairie de Paris. Maintenant, on dit ce qu'on pense !
Oui ce que j'assume, Monsieur GALLAND, c'est que j'ai une différence d'appréciation avec des amis politiques et personnels et que je n'ai aucune sympathie, je vous le dis, ni pour la personne ni pour le passé militant de M. BATTISTI. Mais que j'ai de la sympathie ou pas pour son passé militant, son droit et le respect de la parole donnée ce n'est pas négociable ; c'est ce qu'a voté le Conseil de Paris, et je l'approuve.
Quant à savoir les sympathies que nous avons et les propos que nous tenons, chacun est libre, et je n'ai aucune envie de "caporaliser" la majorité municipale.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen, communiste et "Les Verts").
Mme Catherine GÉGOUT. - Personne n'a parlé de sympathie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Mais bien sûr que si, Madame GÉGOUT. Je vous communiquerai de nombreuses déclarations de plusieurs élus y compris socialistes. Et c'est plus que de la sympathie.
Chère, Madame GÉGOUT, vous exprimez des désaccords, permettez que je pense encore et que j'ai des convictions. Et quand je suis en désaccord avec vous, j'en ai autant le droit que vous de m'exprimer.
Et oui, des élus, y compris socialistes, communistes, "Verts", ont exprimé de la sympathie pour l'action de BATTISTI. Pas moi. Voilà.
Et maintenant, nous passons à nos travaux en formation de Conseil général.
La séance est suspendue.