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Avril 2013
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Conseil Général
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Vœu déposé par le groupe UMPPA relatif à la création de salles de consommation de drogues.

Débat/ Conseil général/ Avril 2013


 

M. Christian SAUTTER, président. - Nous passons maintenant au v?u n° 6 G qui est relatif à la création de salles de consommation de drogues.

C'est M. BOURNAZEL qui présente le v?u n° 6 G et M. Jean-Marie LE GUEN qui donne l'avis de l'Exécutif.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Merci, Monsieur le Président.

Nous allons évoquer un sujet difficile et sensible : celui de la question de la drogue.

La drogue ravage des vies et encore des familles aujourd'hui dans notre pays.

M. Jean-Marie LE GUEN. - Ah bon ?

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Oui, ah bon, Monsieur Le GUEN, je vous en informe !

C?est un sujet sensible et nous devons éviter peut-être le manichéisme.

Chacun a ses positions, elles sont respectables. Simplement, nous avons aujourd'hui le lancement d'une opération, d'une expérimentation d'une salle de shoot dans le 10e arrondissement de Paris.

Je voudrais vous interroger, Monsieur le Président, Monsieur LE GUEN, sur deux points sur cette première question, c'est-à-dire de dire, au fond, qui sera responsable en cas de problème dans cette salle : qui sera le responsable en cas d?un problème pour un toxicomane ? C'est une question que je vous pose, à laquelle j?aimerais avoir une réponse.

Un problème, par exemple, d?overdose ?

Deuxièmement, y a-t-il des études d'impact prévues autour de la salle de consommation pour connaître les éventuels problèmes ou résultats positifs qui auraient été amenés dans le quartier par rapport au trafic de drogues ? Est-ce prévu ?

Ensuite, deuxième point, nous avons appris par la presse il y a quelques semaines que le maire du 18e, M. VAILLANT ici présent, pour lequel, par ailleurs, j'ai du respect, a pris une position qui n'est pas la mienne, en revanche, de proposer une nouvelle salle, mais cette fois une salle de crack, boulevard de la Chapelle, dans le 18e arrondissement.

Ma question est claire, Monsieur LE GUEN : c'est "oui" ou c'est "non" ? C?est "oui" ou c'est "non", la salle de crack dans le 18e ? Quelle est la position officielle du Maire de Paris par votre voix, la position du Département de Paris sur cette question ?

Car, alors que l'expérimentation de la salle de shoot n'a pas encore eu lieu, on propose aujourd'hui une nouvelle expérimentation avec une salle de crack. Je crois que nos quartiers, notamment dans le 18e arrondissement, ont besoin aussi d'autres projets que de salles de consommation de drogues, quelles qu'elles soient.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur BOURNAZEL.

M. le Maire du 18e arrondissement a été mis en cause, donc je lui donne la parole pour 2 minutes.

M. Daniel VAILLANT. - Merci, Monsieur le Président.

Il est vrai qu?au cours d?un entretien informel avec une journaliste du Parisien, parmi un certain nombre d'autres sujets concernant mon arrondissement, j'ai été amené à rappeler la position qui est la mienne, et la même depuis longtemps, sur ces questions de toxicomanie et plus précisément sur les ravages de la consommation du crack.

Je suis, faut-il le rappeler, à l'origine de la création de la structure "Coordination Toxicomanie 18" à l'époque, association créée fin 1998 et qui fut un excellent outil d'intervention de proximité, menant des médiations entre les habitants subissant des nuisances, les usagers de drogues et les structures d'accueil.

Le 14 juin 2005, j?ai organisé en mairie du 18e, des états généraux du crack intitulés : "Crack, errance et polytoxicomanie : quelles réponses concrètes ?", qui ont réuni des professionnels et des riverains des quartiers, déjà à l'époque, victimes de ces trafics et de la consommation de crack sur l'espace public. D'ailleurs, M. Jean-François LEGARET y avait participé positivement.

Le 19 octobre 2010, j'intervenais ici même, au Conseil de Paris, dans le cadre d'un débat sur les salles de consommation à moindre risque pour les usagers de drogues et je déclarais : "à l'autre extrême dans l'échelle des drogues, il faut aussi, je pense, exclure du champ d'action de ce centre la plus dure et la plus dangereuse des drogues actuelles, je veux parler du crack, pour laquelle des dispositifs spécifiques doivent être trouvés".

Pour ne pas être plus long, Monsieur le Président, je dis clairement dans cette rencontre informelle qu'après l'expérimentation et son évaluation dans le 10e arrondissement, en rendant hommage au courage de Rémi FÉRAUD et de Myriam EL KHOMRI qui ont participé à des réunions difficiles, mais, à mon avis, positives, mais je ne veux pas faire la réponse à la place de Jean-Marie LE GUEN, ne faut-il pas se poser la question que des médecins, des associations, des élus, dans leur intelligence collective, puissent réfléchir à cette problématique spécifique du crack ?

J'ai envie de dire à M. BOURNAZEL : vous considérez qu'il faut laisser les crackers, toxicomanes, dans les jardins des Halles, dans les cages d'escalier, sans essayer de réfléchir à quelle solution trouver, parce qu'il y a la problématique des intéressés eux-mêmes, qui sont en addiction, et il y a la problématique des riverains, des habitants, qui n'en peuvent plus.

Eh bien, moi, je ne veux pas baisser les bras et je considère que nous devrions? Vous savez, ces problèmes n'arrivent pas qu'aux autres, nous n'avons pas à les exploiter, nous avons à les traiter, nous avons à guérir, prendre le chemin du soin quand cela est possible, et c'est, semble-t-il, possible, et, par ailleurs, faire preuve de la plus grande sévérité et répression par rapport au trafic.

Je ne vois pas de quoi créer ici une polémique, Monsieur le Président.

M. Christian SAUTTER, président. - M.  BOURNAZEL redemande la parole brièvement et M. LE GUEN donnera le point de vue de l?Exécutif sur le v?u n° 6 G.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Simplement en un mot, puisque M. VAILLANT m?interpellait, lui répondre que nous avons des avis divergents, cela n'empêche pas le respect et c'est le débat démocratique.

Simplement je pense qu?il y a des efforts à faire en matière de santé publique pour renforcer nos centres de lutte contre les addictologies, notamment sur les questions de risques d'overdose et de contamination, d'aider et de renforcer les produits de substitution, Subutex et Méthadone ; la France a obtenu de bons résultats, nous pouvons encore mieux faire, mais il n'y a pas une seule politique possible, il y en a plusieurs possibles, et ce sont celles que les Parisiens départageront dans un an.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Monsieur BOURNAZEL.

Monsieur LE GUEN, qui est particulièrement compétent pour répondre sur le v?u n° 6 G et sur des questions plus vastes ?

M. Jean-Marie LE GUEN. - Monsieur le Président, tout d'abord, je note quand même que le débat commence à atterrir un peu, parce que dans les questions que vous posez sur ce genre de sujet, vous posez des questions qui ne sont pas illégitimes : y a-t-il encore des risques d'overdose et, par ailleurs, l'impact, va-t-il être étudié ?

Je suis un peu surpris que la première de vos préoccupations soit, aujourd'hui, l'overdose, bien que ce soit un sujet majeur de santé publique, sous-estimé, d'ailleurs, aujourd'hui, dans les statistiques.

Je suis obligé de vous répondre sur cette question en disant que, malheureusement, pour l'overdose, comme pour tous les sujets d'addictions, la responsabilité en est toujours de la personne qui fait le choix de prendre des produits qui sont dangereux pour la santé. C'est un des éléments fondamentaux, et rien ne changera de ce point de vue, d'autant qu?à tout moment, dans cette salle de consommation à moindre risque, il sera rappelé que le mieux, évidemment, est de ne pas consommer, mais que si on le fait, alors il faut essayer de diminuer les risques que porte cette consommation, et parmi les risques éventuels, il y a les risques d'overdose.

La stratégie qui est mise en place dans ces structures est une stratégie de réduction des risques à proprement parler ; ce n'est pas une politique, c'est une stratégie de réduction des risques, des risques liés à la consommation.

A tout moment, l'idée est de dire à ces personnes de bien réfléchir et d'essayer d'éviter de se droguer, pour employer un terme commun.

A tout moment, notre politique est de diminuer les risques et, si possible, d'écarter la problématique de la toxicomanie.

De ce point de vue, il n'y a aucune ambiguïté, la personne sera responsable. Elle est responsable, comme elle l'est aujourd'hui et comme elle le sera demain.

Deuxièmement, bien évidemment, il y aura des études de suivi d'impact, non seulement sur l?impact de la structure au plan extérieur, mais aussi sur le suivi des toxicomanes pour voir ce qui a été apporté, à la fois en termes de lutte contre la toxicomanie et de réduction des risques.

Encore une fois, ce n'est pas une politique, c'est un des éléments supplémentaires d'une politique qui inclut toute une palette d'interventions. Et puisque vous faites référence au débat que nous aurons sur ce sujet, cela me pousse à vous demander, et peut-être à vous suggérer, que ce débat ait lieu, par exemple, dans les débats que vous allez avoir à l'intérieur de votre formation politique. Ce serait intéressant de connaître la position de toutes les personnes qui seront en débat ; on connaît la vôtre, je crois connaître celle de Mme Rachida DATI, peut-être serait-il intéressant que l'on connaisse celle des autres? On connaît la position du groupe U.D.I., par exemple, qui est opposée à votre position, mais cela sera intéressant de connaître la position des différents candidats U.M.P., parce que je pense que lorsqu'on est pour une ville moderne, c'est très intéressant d'écouter ce que dise l'ensemble des gens qui sont face à vous dans une élection démocratique.

S'agissant du crack, je vous confirme que nous avons pris l'engagement avec les pouvoirs publics nationaux de nous lancer?

J'ai bien compris?

Le MEDEF va voter aussi ?

Je ne savais pas, je croyais que vous votiez au mois de juin...

D'ici là, en ce qui concerne la salle de crack, nous n?avons engagé, pour l'instant, d'autres dialogues avec les pouvoirs publics que sur un objectif d'une salle de consommation à moindre risque?

Je me suis toujours intéressé, Monsieur DUBUS, au conflit d'intérêt qu'il y a dans la situation où vous êtes, représentant ce que vous représentez, de vouloir venir ici, au Conseil de Paris, défendre l'intérêt général des Parisiens. Cela m'a toujours stupéfait, le cumul de responsabilités qui était le vôtre.

Je me demande comment une future majorité pourra continuer à supporter, si vous êtes candidat à avoir une majorité? comment vous pourrez supporter d'avoir dans vos rangs un tel cumul de responsabilités, mais on verra?

On est un peu loin du crack. Pour revenir au crack?

M. Christian SAUTTER, président. - Monsieur LE GUEN, un peu de calme !

Monsieur LE GUEN, je vous demande l'avis de l'Exécutif sur le v?u n° 6 G et je donne la parole à Mme DOUVIN après.

Monsieur LE GUEN, vous reprenez votre calme?

M. Jean-Marie LE GUEN. - Je vous ai déjà donné mon avis, Monsieur le Président.

M. Christian SAUTTER, président. - C?est parfait.

Madame DOUVIN ?

Mme Laurence DOUVIN. - Que M. LE GUEN retire ses sourires et arrête un peu de s'énerver de cette manière.

Je trouve impensable qu'il ait traité notre collègue Jérôme DUBUS de cette façon. Jérôme DUBUS est conseiller de Paris, il occupe ses fonctions, il n'a pas à être critiqué pour ce qu?il peut faire en dehors du Conseil de Paris, il n'y a donc pas de problème à ce niveau-là et je voudrais que M. LE GUEN retire ses paroles. Sinon, nous demanderons une suspension de séance.

M. Christian SAUTTER, président. - Madame DOUVIN, M. LE GUEN a peut-être été un peu vif, n?est-ce pas ?

M. Jean-Marie LE GUEN. - Non, c'est au-dessous de ce que je pense !

Christian SAUTTER, président. - Dans ce cas-là, cinq minutes de suspension de séance.