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Avril 2013
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2013 DDEEES 39 G - Subventions avec conventions (756.230 euros) relatives aux soutiens financiers aux projets coopératifs labellisés par les pôles de compétitivité "Cap Digital Paris Région", "Systematic Paris Région" et "Advancity", déposés au 15e appel à projets du Fonds Unique Interministériel (F.U.I.).

Débat/ Conseil général/ Avril 2013


 

Mme Olga TROSTIANSKY, présidente. - Nous examinons à présent le projet de délibération DDEEES 39 G qui est relatif au soutien aux projets coopératifs labellisés par les pôles de compétitivité "Cap Digital Paris Région", "Systematic Paris Région" et "Advancity".

La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, autant dire tout de go qu?il est hors de question, pour nous, de voter ce projet de délibération.

D'abord, nous sommes en désaccord profond avec ces pôles de compétitivité. Toute la logique qui sous-tend la démarche est celle de la mise en concurrence des territoires et donc le renforcement de l'attractivité de l'Ile-de-France et de Paris.

Au nom de quoi faudrait-il que Paris et la Région soient plus attractifs que les autres territoires ? Car comprenez bien, tant que vous inscrirez les politiques de l'emploi dans cette logique de l'attractivité, vous vous inscrirez dans la concurrence et donc celle-ci, forcément, se fera au détriment des autres territoires.

Cette logique ne peut être la nôtre, aucun élu s'inscrivant à gauche, partageant l?idéal républicain et les principes de solidarité ne devrait d'ailleurs l'accepter.

A quand, mes chers collègues, des politiques de coopération au service d'un maillage sur l?ensemble des territoires d?une activité économique répondant aux intérêts écologiques et sociaux ? Qui plus est d'une activité économique socialement novatrice, de type coopérative, de l'économie sociale et solidaire et pas uniquement ou principalement des entreprises privées, lucratives, sans fonctionnement coopératif ni démocratique en leur sein, sans redistribution des richesses produites entre celles et ceux qui y ont travaillé, sans garantie de réinvestissement immédiat dans le développement de l'activité.

De plus, regardons plus précisément ce qu?il nous est demandé de financer dans ce projet de délibération qui est quand même d'un montant bien élevé, de 756.230 euros.

Alors, je commencerai par le positif.

Il y a certains projets, le projet Symbio, qui sont fort intéressants, mais qui mériterait par ailleurs des notes un peu plus explicatives pour que les élu-e-s puissent se prononcer en connaissance de cause.

De quoi s'agit-il ? L'agence X-TU travaille depuis plusieurs années, avec notamment l'architecte Anouk LEGENDRE, à la possibilité d'élever des façades usines qui rendraient la ville productrice de ses propres besoins, notamment via la culture de micro algues sur des doubles murs-rideaux photosynthétiques, ces micro algues produites peuvent être utilisées sur le marché des ingrédients de spécialités pour l'alimentation humaine et animale.

Ces cultures de micro algues en façade pourraient par ailleurs présenter des hautes performances environnementales pour les bâtiments neufs, comme pour les constructions.

Nous n'avons cependant pas encore de bilan énergétique lié à l?évaluation de l?énergie grise du système de fonctionnement hydraulique qui est nécessaire pour les vidanges fréquentes de ces parois murales.

C'est le positif.

Mais il y a dans ce projet de délibération un autre projet, qui lui nous a fait bondir, il s'agit de soutenir la P.M.E. "Work4" pour le projet collectif "Sonar" pour un montant d'aide de 362.509 euros.

Le projet "Sonar" cela signifie, excusez mon accent déplorable en anglais, "sourcing and automated recruitment" et, dans notre belle langue académique, il s'agit d'outils automatisés pour mettre en relation efficacement des candidats avec leurs recruteurs.

"Work4 Labs" aide les entreprises à "tirer parti des médias sociaux comme Facebook et Twitter pour trouver, engager et embaucher les meilleurs candidats".

Cette entreprise est basée à San Francisco et a également des bureaux à Paris. Le rôle est de permettre aux entreprises de toutes les tailles de créer un site de carrière personnalisable social sur Facebook.

On s'apprête donc, mes chers collègues, à verser plus de 300.000 euros à la filiale parisienne d?une multinationale américaine pour faire, au final, le travail de Pôle Emploi !

Et que nous dit le cabinet de M. MISSIKA, lorsqu'on essaie d'avoir de plus amples explications ? Eh bien, qu?il faut reconnaître que Pôle Emploi n'est pas efficace et manque totalement de capacité d?innovation en la matière?

Mais que se passe-t-il, mes chers collègues, à Pôle Emploi, que nous dénoncions sous les gouvernements SARKOZY mais qui se poursuit de plus belle depuis que la majorité a changé ? Eh bien, que se passe-t-il à Pôle Emploi ? Eh bien, pourquoi ce service public ne serait-il pas capable d'innover et de permettre ces améliorations de mise en relation entre les demandeurs d'emploi et les employeurs via les réseaux sociaux, si c'est la méthode miracle innovante, au point qu'il faudrait nécessairement en appeler au service lucratif, mais néanmoins subventionné par la collectivité, dont, par ailleurs, on ne sait rien des partenariats éventuels des services publics ? Mais peut-être allez-vous nous le préciser?

Mes chers collègues, les politiques d'austérité de l'Etat ne cessent de réduire les moyens et de fermer des agences, de réduire les postes, refusent d'augmenter les salaires et dégradent les conditions de travail des professionnels de Pôle Emploi, ce qui dégrade également de manière catastrophique les conditions d'utilisation des usagers.

L'urgence, c?est que l'Etat accorde les moyens nécessaires à Pôle Emploi d'assurer correctement sa mission de service public, notamment en effectifs suffisants pour permettre de recevoir et traiter dans de bonnes conditions les demandes de tous les privés d'emploi.

Et l'Etat, qui le dirige actuellement ? Eh bien, principalement le Parti Socialiste et "Europe Ecologie - Les Verts", donc demandez à vos amis de prendre les bonnes mesures pour rendre Pôle Emploi efficace et innovant, en stoppant ces politiques d'austérité, pas simplement d'ailleurs dans l'intérêt des entreprises mais d?abord et avant tout dans l?intérêt des demandeurs d'emploi.

Donc, franchement non ! Ce projet "Work4" nous semble être une provocation et nous ne pouvons le soutenir.

Je vous en remercie.

Mme Olga TROSTIANSKY, présidente. - Merci, Madame SIMONNET.

Pour répondre, la parole est à M. Jean-Louis MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA. - J'ignorais que j'étais un provocateur à ce point-là, mais je voudrais remercier d'abord Danielle SIMONNET de son intervention, de sa remarquable intervention qui permet de mettre en valeur un projet de délibération qui est un projet de délibération important.

Je voudrais aussi lui dire que les pôles de compétitivité ont été conçus dès l'origine comme des lieux où se développait une logique de coopération ; et de coopération notamment entre les "start-up", donc les jeunes pousses en français, et les laboratoires publics. C'est même le principe de ce système de financement Fonds Unique Interministériel, où le Conseil général, la Région et l'Etat cofinancent des projets de recherche et développement, qui sont des projets coopératifs, des projets d'innovation ouverte, permettant à différentes entreprises de pouvoir utiliser des technologies innovantes.

Puisque vous parlez de ce projet "Sonar", je vais vous en dire quelques mots, ne serait-ce que parce que c'est un projet tout à fait intéressant et tout à fait innovant.

D'abord, c'est un projet qui associe des organismes publics : le C.N.R.S., le laboratoire LIMSI à l'Université de Paris Sud, l'Université Paris 8 et deux "start-up" parisiennes. Je dis bien "deux start-up", ce ne sont pas de grands groupes et je dis bien "parisiennes" parce que si l'une de ces deux "start-up" est basée à la fois à Paris et à San Francisco, c?est, à l?origine, une entreprise parisienne qui, parce qu'elle a grandi et qu?elle a grandi très vite, a pu ouvrir des bureaux à San Francisco.

D'ailleurs, je prends très souvent cet exemple de cette entreprise "Work4 Labs", et non pas "Work4", pour illustrer l'intérêt d'une coopération entre le Département de Paris et la Ville de San Francisco.

Ce projet "Sonar" traite d'une problématique d'intérêt général, qui est le chômage, et il permet de développer un outil qui permet de réaliser plus efficacement un recrutement en ligne ou une recherche d'emploi en ligne.

Vous n'ignorez pas, chère Danielle SIMONNET, qu'au-delà de la préoccupante pénurie d'offres d'emploi dans laquelle vit notre pays, il y a également chaque jour des offres d'emploi qui ne trouvent pas preneurs, faute de mise en relation convenable entre les offreurs d'emploi et les demandeurs d'emploi disposant du bon profil. Cette inefficacité de la mise en relation de l'offre et de la demande d'emploi coûte des millions et des millions d'euros à la collectivité publique.

Le marché de l'emploi a également connu une évolution extrêmement importante au cours de ces 15 dernières années, avec l?essor du recrutement en ligne. Je vais citer une étude de l'Institut C.S.A. qui date de janvier 2012, dans laquelle 2 Français sur 3 déclarent avoir déjà consulté des offres d'emploi sur Internet ; 44 % y ont répondu ; 31 % des personnes interrogées affirment même avoir trouvé un emploi grâce à Internet.

Cette révolution numérique, c?est un fait et ce fait doit être reconnu.

Le problème est que, aujourd'hui, les outils numériques qui sont mis à disposition des recruteurs, comme des candidats, sont encore très loin d'être parfaits.

D'une part, les utilisateurs, qu'ils soient recruteurs ou en recherche d'emploi, sont éparpillés en une multitude d'acteurs, qu'il s'agisse d'acteurs institutionnels, comme Pôle Emploi, de structures génératrices de masse, comme l?A.P.E.C. ou Monster, ou de nombreuses petites structures spécialisées, comme les cabinets de recrutement ou les sites spécialisés. Ce qui veut dire que, pour le demandeur d?emploi ou pour l'offreur d'emploi, il faut saisir sur chaque site énormément de documents pour avoir une audience maximale.

Deuxièmement, ces sites ont l'inconvénient, dans la mise en relation entre l?offre et la demande, d?utiliser des critères assez simplistes, tels que la présence ou non d'un mot clé exact ou d'une zone géographique.

Que proposent les partenaires de ce projet "Sonar" ? Ils proposent de faire progresser ces outils technologiques, ces outils numériques, en appliquant des techniques d'intelligence artificielle et des techniques web. Ce qui veut dire que, pour un recruteur, il sera possible de saisir une fois pour toute son annonce, de façon structurée dans cet outil et, au fur et à mesure, cet outil permettra de fournir des conseils pour améliorer l'annonce. Et l'outil automatisera la publication sur chacun des sites dans le format le plus adapté.

Si vous voulez, pour un candidat, c?est un énorme progrès que de pouvoir utiliser un outil comme celui-là.

Quelques mots sur les partenaires du projet :

- Le laboratoire d'informatique avancée de Saint-Denis et le LIMSI sont spécialisés dans le traitement automatisé du langage écrit et de la logique floue.

- Multiposting est une "start-up" parisienne spécialisée dans la diffusion d?offres d?emploi vers plusieurs canaux. Cette "start-up" a connu une croissance exceptionnelle depuis sa création en 2008. Elle a crû presque de 100 % chaque année. En 2012, j?espère que ce chiffre ne vous choquera pas, Madame SIMONNET, Multiposting a traité près de 4 millions d'offres d'emploi, soit un peu plus que Pôle Emploi.

- Work4 Labs, créée il y a tout juste un an, est spécialisée dans le recrutement sur les réseaux sociaux et elle est déjà numéro un du recrutement sur Facebook. C'est une entreprise qui est passée de 0 à 80 emplois et qui a autant d'emplois à Paris qu'à San Francisco.

Alors, vous insistez, et je partage votre préoccupation, sur la nécessité d'avoir un service public de l'emploi de qualité. Je vous rappelle qu'aujourd'hui, on estime à 30 ou 40 % la proportion d'emplois traités par Pôle Emploi. Il me semble d?abord qu'il n'y a rien de mal à optimiser pour nos concitoyens les mécanismes des 60 à 70 % restants.

Par ailleurs, le service public de l'emploi utilise des systèmes d'information automatisés qui ont tous été réalisés par des entreprises privées.

En faisant progresser la R&D dans le domaine on peut raisonnablement espérer que ces avancées bénéficieront aux usagers de Pôle Emploi lors des prochains appels d'offres que lancera cet organisme, pour faire évoluer ce système.

Voilà pourquoi, mes chers collègues, je vous propose de voter ce projet de délibération.

Mme Olga TROSTIANSKY, présidente. - Merci, Monsieur MISSIKA.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDEEES 39 G.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2013, DDEEES 39 G).