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Juin 2006
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2006, DU 135 - Attribution de la dénomination “parvis Notre-Dame - place Jean-Paul II” à la place du parvis Notre-Dame dans le 4e arrondissement de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2006


Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Nous passons à l?examen du projet de délibération DU 135 sur lequel un amendement n° 20 a été déposé par le groupe socialiste et radical de gauche. Il s?agit de l?attribution de la dénomination ?parvis Notre-Dame, place Jean-Paul II? à la place du ?parvis Notre-Dame? dans le 4e arrondissement de Paris.

Monsieur ALAYRAC, vous avez la parole.

M. Gilles ALAYRAC. - Merci, Madame le Maire.

Mes chers collègues, je vais présenter à la fois l?amendement qui est cosigné par Jean-Bernard BROS et moi-même qui n?est pas un amendement de notre groupe, et m?exprimer sur le projet de délibération si vous m?y autorisez.

Il y a un an s?éteignait le Pape Jean-Paul II. Quelques jours à peine après son décès, le Maire de Paris nous invitait à adopter un voeu par lequel nous prenions l?engagement d?attribuer au parvis Notre-Dame le nom de ?place Jean-Paul II?. Le moment est venu de décider si nous réservons une suite à cette intention.

Je plaiderai, parce que c?est ma conviction personnelle mais aussi au nom des radicaux de gauche, pour qu?il ne s?agisse que d?un voeu pieux.

Ma première observation concerne la responsabilité que la Ville de Paris et son Conseil municipal prendraient s?ils venaient à personnaliser un parvis qui jusqu?à maintenant est un lieu d?oecuménisme, que des milliers de visiteurs et d?habitants traversent tous les jours. Le parvis de Notre-Dame n?appartient pas aux catholiques ni d?ailleurs à aucune autre religion. C?est un haut lieu historique et architectural devant lequel on admire la façade d?un monument joyau de l?humanité.

Tous ceux qui se rendent sur ce parvis sont certes des catholiques, pratiquants ou non, mais ce sont aussi des fidèles de toutes les religions, des agnostiques, mais aussi des athées ou des libres-penseurs. Ce premier argument qui vise à ne pas donner l?impression que ce lieu d?universalité se rattache à un homme ou à une religion devrait tous nous rassembler.

J?ajouterai que déroger au délai que la Ville s?est fixée en 1932 et qui prévoyait que le nom d?une personnalité ne pouvait être donné à un lieu de Paris que 5 ans au plus tôt après son décès devrait faire l?objet d?un débat spécifique alors qu?il ne s?agit ici que d?une dérogation de circonstance.

Par conséquent, avec Jean-Bernard BROS, nous vous proposons que le parvis Notre-Dame prenne désormais un nom devant lequel tous les visiteurs se reconnaîtraient, un espace d?universalisme. Notre amendement propose une solution d?ouverture : ?parvis Notre-Dame, esplanade des religions et de la conscience universelle?.

Mais si cet amendement ne devait pas être retenu, voici ce que je dirai du projet de délibération.

Les raisons de notre opposition à cette initiative sont nombreuses et je ne cherche pas à attenter à la mémoire d?un homme dont je reconnais le rôle éminent qu?il a joué au sein de la chrétienneté et dans les relations internationales mais, mes chers collègues, voter ce projet de délibération, c?est faire l?apologie de nombreuses prises de position qui me heurtent.

Cela mériterait aussi un temps de recul que nous n?avons pas pour permettre aux historiens de se livrer à une analyse d?un pontificat qui nécessite sens de la critique et objectivité.

Comme Parisien et comme élu, je ne veux pas que le parvis Notre-Dame, porte le nom de l?adversaire de l?avortement qu?il appelait, je cite, ?le culte de la mort?, de l?adversaire de la contraception quand il y voyait un comportement désordonné. Je ne veux pas qu?il porte le nom de celui qui a condamné l?ho-mosexualité, de celui qui dénonçait le préservatif et prêchait l?abstinence contre la maladie.

Par ces combats, Jean-Paul II a porté atteinte à la liberté du couple et de la femme en particulier.

S?il a rappelé avec force l?importance première de l?amour, il l?a fait en condamnant en même temps l?amour des divorcés, des homosexuels ou d?un prêtre pour une femme. Quant à la sollicitude affichée pour les pauvres, elle a été malheureusement contredite par sa répression de la théologie de la libération en Amérique latine.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Si Jean-Paul II n?a jamais manqué de dénoncer les régimes communistes, force est de constater qu?il a épargné les dictatures de droite.

Alors regardons ceux qui constituaient son entourage, le bilan est édifiant. Quelques exemples : Monseigneur Sodano, secrétaire d?Etat au Vatican, fut nonce au Chili sous Pinochet avec qui il entretenait d?excellentes relations, Monseigneur Medina, préfet de la Congrégation, était archevêque et, comme Sodano un inconditionnel de Pinochet.

Monseigneur Laghy, responsable de la Congrégation pour l?éducation catholique et nonce en Argentine sous la dictature. Je crois d?ailleurs me souvenir que nous avons rendu il y a quelques jours ici même un hommage aux Mères de la Place de Mai qui ont déposé contre lui une plainte.

Quant à ses saints, eh bien le pape Jean-Paul II s?est montré un champion de la béatification fort contestable. En 1982, il canonise le Polonais Kolb, fondateur d?une revue catholique antisémite. En 1991, il accorde sa bénédiction apostolique à l?ancien nazi belge Léon Degrelle. En 1996, il béatifie Monseigneur Schuster, archevêque cardinal de Milan, qui avait soutenu Mussolini en 1935 dans sa guerre coloniale contre l?Ethiopie. En 1998, il annonce la béatification de Monseigneur Stepinac, archevêque de Zaghreb, nazi notoire qui sera accusé de collaboration, de crimes de guerre et de crimes contre l?hu-manité. En 2002, il canonise Monseigneur Escriva de Balaguer, soutien inconditionnel de Franco et fondateur de l?Opus Dei.

Je rappelle aussi, mes chers collègues, que le porte-parole de Jean-Paul II, Monseigneur Navarro était membre de l?Opus Dei, un mouvement en totale inadéquation avec notre modernité.

Je n?oublie pas non plus le voyage du Pape dans le Chili de Pinochet, son message de félicitation à l?occasion de ses noces d?or et, en 1998, l?offre de médiation faite au Gouvernement britannique pour tenter de le faire libérer.

Tout ceci sont des faits. Je les livre. Jean-Paul II fut un pape qui a utilisé son pontificat et son statut de chef d?Etat pour imposer des vues éminemment critiquables. Non, ce nom ne nous rassemble pas. La raison impose de ne pas retenir cette proposition.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Merci, Monsieur ALAYRAC.

Monsieur Christophe GIRARD, vous avez la parole.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Chère Madame la Maire, chers collègues, je vous demande dans le respect des convictions de chacun, quelles soient la laïcité ou la religion quelle qu?elle soit, de peut-être éviter toute remarque pendant mon intervention, si elle prend un caractère humoristique.

Je m?explique : je pense qu?aucun de vous ici n?accusera le Maire de Paris, ou moi-même et les membres de cette Assemblée, d?homophobie, d?antisémitisme ou je dirai de rejet de l?autre. Le maire d?une grande ville, le maire d?une capitale se doit de rassembler et non pas de diviser.

C?est, me semble-t-il, ce qu?aujourd?hui Bertrand DELANÖE, Maire de Paris, fait, en prenant en compte toutes les sensibilités. De tous ses concitoyens, sans renier, à aucun moment les engagements que nous avons eus, que nous avons lorsqu?en effet, nous nous opposons à l?église catholique lorsqu?elle se situe dans une action qui nous semble relever de la non-assistance à personne en danger. Quand par exemple, en effet, un mot du pape aurait sans doute permis d?atténuer et de permettre une diminution de la progression de l?épidémie de sida en Afrique.

Cependant, c?est au nom de la laïcité, et je dirais de l?esprit d?ouverture de la République laïque, que le Maire et que nous, le groupe socialiste seul, sans les deux radicaux de l?Assemblée, cherchent à rassembler et respecter. Je crois qu?il est aussi dans le rôle d?un Maire de savoir taire ses convictions personnelles pour l?intérêt général. Et il y a deux événements que nous souhaitons fixer dans le temps en accordant cette appellation au Pape Jean-Paul II, c?est le dialogue qu?il a renoué et qu?il a noué avec les communautés juives et les communautés musulmanes.

Et c?est Jean-Paul II, que j?ai combattu, qui a en effet reconnu l?extermination de plus de 5 millions de Juifs, la Shoah. Alors, c?est sans doute plus l?homme politique que l?homme religieux, dont nous allons apposer le nom sur le parvis de Notre Dame, non pas en débaptisant ce parvis de son nom populaire qui est le parvis Notre Dame, mais en l?appelant en effet le parvis Notre Dame Jean-Paul II. Vous rappelant qu?à proximité du chevet de Notre Dame, il y a le square Jean XXIII et que ce choix est judicieux car autant il aurait été en effet sans doute étrange ou peut-être provocant d?appeler une avenue ou un boulevard ou une place laïque de la République du nom de Jean-Paul II, autant il s?agit là d?un lieu qui est attaché à un monument religieux, fréquenté par tous et par toutes, comme la dit Gilles ALAYRAC, sans distinction de race, de croyance. Et nous sommes attachés à la laïcité, c?est pour cela que nous voterons l?appellation dans le respect de l?esprit laïque de la République et de la Ville de Paris et de nos convictions et que nous vous appelons à voter pour l?appellation de la place Notre Dame Jean-Paul II.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Merci, Christophe GIRARD.

La parole est à M. Sylvain GAREL.

M. Sylvain GAREL. - Merci, Madame la Maire.

Je vais commencer par rendre hommage à Coluche, cela arrive rarement dans cet hémicycle, qui a disparu il y a tout juste 20 ans et je vais le paraphraser dans l?un de ses sketchs les plus célèbres, il disait quelques temps après l?élection de ce pape, Jean-Paul I et j?en retiens deux.

Pour ma part, j?en retiens beaucoup. Beaucoup de mal. A commencer par le coup de barre conservateur que Jean-Paul II a fait subir à l?église catholique, qui n?avait vraiment pas besoin de cela, en s?attaquant à tous les courants progressistes, que ce soient les partisans de la théologie de la libération en Amérique latine ou plus près de nous à Monseigneur Gaillot qui fut brutalement débarqué de son évêché, suite à ses prises de position en faveur des plus démunis.

Dans le même temps, Jean-Paul II ménageait et se rapprochait des courants les plus intégristes du catholicisme. Entre autres, ceux qui occupent illégalement depuis bientôt 30 ans, Saint-Nicolas du Chardonnet, qui vont bientôt être réintégrés dans l?église, qui diffusent de la littérature antisémite, ou ceux qui ont caché pendant des années Paul Touvier.

Vous comprendrez que j?ai de sérieux doutes, Monsieur le Maire, quand vous soulignez pour justifier votre décision le rôle de ce personnage dans le rapprochement de l?église avec le judaïsme.

Mais il y a plus grave. Jean-Paul II pendant sa trop longue carrière de pape s?est toujours opposé aux droits des femmes, à la contraception et à l?avortement. Pire en dénonçant avec constance l?utilisation des préservatifs, tout en sachant que c?était la seule solution pour se protéger du sida, il a par son intransigeance et son aveuglement contribué à la propagation de cette épidémie qui a fait des millions de morts et qui et en train de décimer l?Afrique, dont une partie non négligeable de la population est catholique.

Comment pouvons-nous, tout à la fois nous enorgueillir d?avoir un ambitieux programme d?aide à la lutte contre le Sida en Afrique et dans le même temps honorer un homme, qui s?il était encore vivant pourrait être convoqué devant le Tribunal pénal international pour complicité de crime contre l?humanité.

En ce qui concerne la laïcité, je ne vais pas reprendre les excellents arguments de mon collègue Gilles ALAYRAC. Je souhaite simplement souligner l?ambiguïté de notre Municipalité dans ce domaine. Pendant que plusieurs maires d?arrondissement de gauche lancent de grandes et coûteuses manifestations en faveur de la laïcité de la loi de 1905, nous donnons le nom d?une des plus prestigieuses places de Paris à un pape, nous subventionnons des crèches Loubavitch et finançons des groupes privés chargés de protéger des lieux religieux. Mais quand il s?agit de construire une mosquée à la Goutte d?Or, par manque de courage politique, vous avancez masqué derrière un Institut culturel musulman. Quelle confusion !

Je voudrais terminer mon propos par dénoncer le fait que ce projet de délibération viole une règle qui nous a été plusieurs fois opposée. Celle des cinq ans de délai entre la mort d?une personnalité et le fait de donner son nom à une rue ou à un lieu de notre Ville.

Je rappelle aussi que lorsque nous avons plaidé pour qu?une petit place de Paris porte le nom d?Henri Curiel, cela nous avait été refusé sous de fallacieux prétextes. Pourtant, tout comme Jean-Paul II, Henri Curiel s?est fait tirer dessus. Mais Curiel est mort et l?attentat a eu lieu en plein coeur de Paris et pas au Vatican.

Il nous faut constater que dans cette Municipalité de gauche, pour donner son nom à une place parisienne, il vaut mieux avoir été un chef religieux réactionnaire qu?un militant révolutionnaire internationaliste.

Je vous remercie.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Je donne la parole à Dominique BAUD.

Mme Dominique BAUD. - Madame la Maire, chers collègues.

Je suis heureuse aujourd?hui de soutenir avec mes collègues ce projet de délibération en hommage au pape Jean-Paul II.

Dès le printemps dernier, notre groupe avait d?ailleurs fait cette proposition au Maire de Paris. Au-delà de mes convictions personnelles, au-delà des convictions religieuses ou non des uns et des autres, il s?agit ici de rendre hommage à un homme qui a marqué le XXe siècle par son humanité au service de tous.

Il a honoré à plusieurs reprises de sa visite notre pays et notre ville. Les foules déplacées à ces occasions témoignent, si besoin était, de l?admiration et du respect à son égard. Il a multiplié les rencontres et le dialogue dans le respect des convictions de chacun et des diverses religions, et ce notamment contre l?intégrisme grandissant. Sa personnalité a marqué l?humanité toute entière.

Regrettant, à titre personnel, qu?une journée de deuil n?ait pas été déclarée en France au moment de son décès, je suis fière aujourd?hui de participer à une telle décision.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Merci.

Monsieur BOHBOT, vous avez la parole.

M. Jack-Yves BOHBOT. - Madame la Maire.

Pour tout Parisien, l?hommage au souverain pontife, Jean-Paul II, devrait relever de l?évidence. Et j?ai peine à comprendre certaines polémiques mesquines et inutiles.

Le témoignage de Jean-Paul II ne touche pas seulement les croyants du monde entier ; il touche tous les hommes de bonne volonté, y compris tous les Parisiens épris de tolérance.

Dans tous les combats de Jean-Paul II, on est surpris par la pleine concordance entre l?homme et le message. Jusqu?au bout, cet homme courageux a assumé son message de paix et d?amour donnant de sa personne et fuyant toute vaine gloire.

A plus d?un titre, l?action de Jean-Paul II ne peut que recueillir la sympathie des Parisiens.

La chute du communisme dont Jean-Paul II a été l?élément déclencheur nous rappelle le combat du pape contre des idéologies contraires à la personne humaine, aux systèmes inhumains, déployant des forces considérables, recourant à la dialectique du mensonge ou à la rhétorique de la haine. Le témoignage pontifical a été comme une insurrection de la conscience au combat des régimes totalitaires non pas par des armes, mais par des convictions fortes.

A travers Jean-Paul II, Paris honore tous ces dissidents. Sakharov, aux mains nues mais dont la volonté était inébranlable. Ce sont eux qui ont rendu à la moitié de l?Europe sa liberté, mettant fin à l?absurde division née de la guerre froide.

Inlassablement, Jean-Paul II a tout fait pour refuser la haine entre les hommes, les peuples, les nations, les religions et les communautés, cultivant un dialogue authentique.

A ce titre, pour mettre fin à l?enseignement du mépris, le pape a donné à la lutte contre l?antisémitisme sa plus forte contribution. Faut-il rappeler que c?est à Paris plus précisément, le 31 mai 1980, que Jean-Paul II a prononcé devant les représentants de la communauté juive parisienne des paroles fortes et inoubliables.

Le pape avait alors salué cette communauté qui a eu beaucoup à souffrir pendant les années obscures de l?occupation et de la guerre et rendu hommage à toutes les victimes dont nous savons que le sacrifice n?est pas resté infructueux.

Toute la trame du pontificat était là, dans ces paroles prononcées à Paris.

En 1980 et en 1997, Jean-Paul II a rendu visite aux Parisiens. Ses déplacements ont réuni des foules considérables ; leur succès a été inégalé.

Les J.M.J. ont fait la fierté de Paris et contrastent avec ces lugubres défilés qui ont terni l?histoire européenne. Aux bruits de bottes, je préfère ces foules recueillies et souriantes. Ces rassemblements honorent Paris et nous ne pouvons pas non plus l?oublier.

Jean-Paul II a appelé à un nouveau printemps dans les relations mutuelles. En ces temps troublés, marqués ici et là par des provocations et des initiatives imbéciles, qu?elles émanent de groupuscules ou, au contraire, de puissances souveraines et qui rêvent d?opposer les communautés les unes aux autres, le témoignage du souverain pontife est un précieux message. C?est une véritable boussole à l?usage des générations futures.

Puisse cette place nous rappeler la nécessité de ce dialogue entre tous les hommes, un dialogue où les convictions respectueuses se distingueront sans difficulté des prétentions arrogantes, un dialogue où Paris sera en première ligne.

Je terminerai en remerciant à la fois le Maire de Paris d?avoir proposé l?attribution du parvis Notre-Dame au nom de Jean-Paul II et Claude GOASGUEN qui en a été l?initiateur.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Merci.

Je vais donner la parole à Jean-Pierre CAFFET, puis il y aura des explications de vote.

Monsieur CAFFET, vous avez la parole, pour l?Exécutif.

M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Merci, Madame la Maire.

Je vais intervenir rapidement parce que je crois que Christophe GIRARD a dit l?essentiel et il l?a dit de belle manière.

Il ne faudrait pas que nous soyons dans la confusion. Ce que nous faisons aujourd?hui, c?est honorer un homme et non pas honorer une religion. Nous ne prononçons pas un acte de foi ; nous reconnaissons simplement la trace qu?a laissée un homme dans l?Histoire de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle. Ne confondons pas.

Que Jean-Paul II soit une personnalité controversée - et beaucoup de choses ont été dites d?ailleurs sur sa position sur la contraception, l?avortement, la place de la femme dans la société, etc. - je ne dis pas que ce n?est pas grave, Monsieur GAREL? Reconnaissons que la religion catholique est traversée de courants. Il y a des courants qui sont conservateurs et je crois que la majorité de la hiérarchie catholique est opposée à l?avortement, par exemple. Elle ne reconnaît pas véritablement le rôle que la femme doit occuper dans la société. De ce point de vue, le pape Jean-Paul II, c?est-à-dire le chef de l?église catholique, ne se singularisait pas de la doctrine dominante de l?église catholique.

Bien sûr, il y a des courants radicaux au sein de l?église. Et ici aussi. Mais ce que nous faisons aujourd?hui, c?est reconnaître le rôle joué par Jean-Paul II à la fin du XXe siècle, notamment sur la shoah, et c?est un acte fondamental. Reconnaissons que Jean-Paul II n?est pas Pie XII.

Si on m?avait proposé une rue Pie XII à Paris, très honnêtement, cela m?aurait posé problème. Mais Jean-Paul II n?est pas Pie XII.

Et cet acte fondamental qu?il a posé, y compris d?ailleurs avec une espèce de repentance de l?église catholique d?une certaine époque, vis-à-vis des Juifs, c?est quelque chose de très important de mon point de vue.

Et le dialogue qu?il a essayé d?instaurer avec les religions me semble également un acte que l?on a relativement peu connu dans l?histoire de l?église catholique et qui me semble devoir être reconnu. Ne confondons pas les choses.

Je ne partage pas complètement les propos de M. BOHBOT, même s?il n?est pas faux de dire que si on peut aujourd?hui voter librement en Pologne, c?est aussi un petit peu grâce à Jean-Paul II.

Je ne sais pas s?il a eu quelques connivences avec le régime de Pinochet, mais je ne veux pas rentrer dans ces polémiques politiques parce que je sais qu?il y en a qui s?arrogent le monopole de ce que doit être la liberté, de sa définition et de sa défense. Très bien.

Je voudrais conclure simplement en disant que, dans notre esprit, dans l?esprit de ceux qui adopteront ce projet de délibération et dans l?esprit du Maire de Paris, il n?y a pas de confusion, il n?y a pas un acte visant à privilégier une religion par rapport à une autre. Il y a simplement un acte visant à reconnaître le rôle historique d?un homme, aussi controversé soit-il.

Notre Assemblée a honoré Michel Debré et je crois me souvenir qu?il a été pendant quelques années un chaud partisan de l?Algérie française. Et alors ?

Ne faisons pas de confusion.

Je vous invite à voter ce projet de délibération.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Merci beaucoup pour la clarté de cette explication.

Je vais donner la parole à Patrick BLOCHE pour le groupe socialiste et radical de gauche.

M. Patrick BLOCHE. - Merci, Madame la Maire.

Après les interventions, notamment de Christophe GIRARD et de Jean-Pierre CAFFET, j?aurai peu à ajouter, sinon pour appeler notre Assemblée, mais c?est peut-être un réflexe de Président de groupe, à une certaine cohérence puisque c?est un peu comme le P.L.U., hier soir. Nous votons pour la deuxième fois la même chose.

En l?occurrence, il y avait une majorité, au sein de cette Assemblée, pour voter un v?u visant à ce que le parvis Notre-Dame s?appelle parvis Notre-Dame-Jean-Paul II. A partir du moment où le Conseil de Paris, dans son autonomie, a voté un v?u pour qu?il en soit ainsi, il serait curieux qu?au moment où le Maire de Paris met en ?uvre un v?u du Conseil de Paris, il n?y ait plus de majorité pour le suivre.

C?est ma première observation.

J?ai entendu les interventions des uns et des autres. Il a été fait un bilan contrasté de l?action de Jean-Paul II et j?ai moi-même, à titre personnel, et aussi à titre politique, comme d?autres, une vision contrastée du bilan de Jean-Paul II.

Mais ce qui m?a frappé, et Jean-Pierre CAFFET l?a dit avec beaucoup de raison, c?est que, dans le jugement porté sur Jean-Paul II, et qui avait dans certaines interventions un côté quasi inquisitorial, j?ai été très frappé, car ce n?est pas Jean-Paul II qui était jugé mais c?est la doctrine catholique en tant que telle.

Car Jean-Paul II n?a été, durant la durée de son pontificat, que celui qui, en responsabilité, a appliqué une doctrine qui est même un dogme sur un certain nombre de sujets et sur un certain nombre de sujets de société, pour lesquels je confirme, au nom du groupe socialiste et radical de gauche, que nous sommes en complet désaccord.

Je voudrais également alerter notre Assemblée, et ce sera mon dernier point, sur la manière dont nous pouvons être amenés à porter certains débats au sein du Conseil de Paris dans l?attribution que nous donnons à certaines places, à certaines rues, à certains lieux de Paris et les noms de personnalités que nous pouvons donner.

Je dis cela parce que, quelque part, dans mon oreille, ont raisonné un peu quelques propos tenus quand nous avons attribué à un quai de Paris le nom de François Mitterrand. Vous m?en excuserez. Et aussi parce que nous sommes amenés régulièrement à donner à des rues, des lieux, des places de Paris le nom de personnalités qui, à un moment de leur vie, par égarement, ont été des partisans souvent très convaincus, sinon convaincants, d?idéologies totalitaires qui furent au c?ur de l?histoire du XXe siècle et qui ont provoqué les crimes contre l?humanité que nous savons.

C?est la raison pour laquelle je ne souhaiterais pas que notre Assemblée entre dans un débat sans fin qui nous amène, sur chaque appellation que nous serons amenés à donner, à dresser un réquisitoire de telle ou telle personnalité, chacun ayant une histoire personnelle qui se confond souvent avec l?Histoire tout court.

Bref, comme les élus du groupe socialiste et radical de gauche refusent tout autant le terrorisme intellectuel que le sectarisme, c?est en pensant à toutes les Parisiennes et à tous les Parisiens qu?ils voteront ce v?u, car ce sont des élus libres, parce qu?ils sont laïques.

Mme Anne HIDALGO, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Patrick BLOCHE.

Je vais donner la parole, à qui d?autre, pour une explication de vote ?

Monsieur George SARRE, Président du groupe M.R.C., puis M. GOASGUEN.

M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement républicain et citoyen, maire du 11e arrondissement. - Madame la Maire, chers collègues, pour une raison de principe, le groupe M.R.C. votera contre la proposition de donner le nom du pape Jean-Paul II à l?actuel parvis de Notre-Dame.

Nous sommes en effet attachés au principe de laïcité qui impose une stricte séparation entre l?Etat et les religions, toutes les religions.

Nous n?ignorons pas que d?autres rues portent à Paris le nom de religieux. Pour certaines dénominations, fort anciennes, nous n?y pouvons rien. Dans d?autres cas, nous admettons qu?il soit fait exception à la règle. Mais il faut, à ce moment-là, que la personne concernée ait rendu au Pays et à la République des services éminents et indiscutables.

C?est le cas du grand résistant que fut le Père Chaillet qui, pendant la guerre, la Seconde Guerre mondiale, se distingua dans la résistance avec d?autres, notamment beaucoup de chrétiens.

Il est une autre raison à notre refus : c?est l?Histoire. Le parvis de Notre-Dame est connu sous ce nom depuis des siècles, par les Parisiennes et les Parisiens bien sûr mais aussi par beaucoup d?étrangers. C?est un marqueur fort dans la ville, un lieu connu de tous les touristes, qui est donc associé à l?image de Paris dans le monde.

Il n?existe aucune raison pour que cet endroit central de la Capitale soit désormais connu sous le nom d?une personnalité qui n?a aucun lien, de près ou de loin, avec notre ville et avec la France. Et dont certaines options ont été particulièrement controversées. Pour un endroit aussi important, le choix de la personne doit faire l?unanimité.

La laïcité est un des fondements de notre République et, chacun le sait, elle n?est pas une juxtaposition de communautés, fussent-elles religeuses. Elle suppose une stricte séparation entre l?espace public et l?espace privé, la religion ayant toute sa place dans le second mais aucune dans le premier.

Or, qu?est-ce que le parvis de Notre-Dame sinon un espace public que foulent chaque année des centaines et des centaines de milliers de visiteurs.

Voilà donc, mes chers collègues, les raisons de notre opposition. La laïcité est une affaire de grands principes mais même les petites entorses à son respect sont une marque de faiblesse et de recul des principes républicains.

Mme Anne HIDALGO, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur SARRE.

M. GOASGUEN a la parole.

M. Claude GOASGUEN. - Merci, Madame la Présidente. Je crois que tout a été fort bien dit par notre collègue GIRARD et avec beaucoup d?émotion.

Je voudrais dire simplement qu?il y a des personnalités qui dépassent très largement les contingences juridiques, les cinq ans, qui ne sont d?ailleurs pas une règle de droit mais une règle coutumière, pour laquelle des exceptions ont déjà été données, et à juste titre, puisqu?il s?agit du Général de Gaulle et de François Mitterrand.

Si des critiques se sont élevées sur certaines personnalités politiques, c?est qu?elles étaient plus proches du Conseil de Paris que la personnalité d?un pape qui n?était pas directement liée aux contingences politiques conflictuelles, encore que, quand j?écoute certains propos ici, je me dis que, ma foi, certains n?ont pas bien compris son message. C?est l?homme et non pas le chef religieux qui est ici célébré. C?est l?homme de paix. Qu?on me cite un seul propos de Jean-Paul II où il est quelque part fait l?apologie d?un conflit ou prêté la main. Que l?on me cite un seul propos !

J?ai cru entendre tout à l?heure que, quasiment, Jean-Paul II avait prêté la main à des guerres sournoises dans des pays éloignés. Enfin ! C?est un homme de paix, c?est un homme de réconciliation. C?est un homme qui croyait en l?homme et qui l?a prouvé même dans ses derniers messages et dans ses derniers mots? Rappelez-vous, ?n?ayez pas peur?.

Est-ce que vous pouvez imaginer un seul instant qu?un homme de cette envergure historique puisse prêter à confusion ? Qu?il soit devant Notre-Dame de Paris n?a pas grand-chose de choquant, vous voudrez bien le reconnaître ! Car Notre-Dame de Paris est quand même un édifice de culte. Même si c?est un lieu passant, c?est aussi un édifice de culte. Et comme le nom de Notre-Dame restera attaché au nom du pape qui a dirigé la chrétienté dans un moment critique, je ne vois pas ce qu?il y aurait de choquant.

Mais je voudrais dire que cela, lorsque j?en ai fait la proposition, s?est fait dans la plus grande dignité. Ne croyez que l?église ait été si enthousiaste que cela ; elle a pris le temps de la réflexion.

Personnellement, lorsque j?ai fait cette proposition, j?en ai discuté à plusieurs reprises avec l?archevêque de Paris qui, pendant plusieurs semaines, et en contact avec le Maire de Paris, a réfléchi à la déviance que l?on pourrait voir à un quelconque culte de la personnalité, ce qui n?est pas dans la tradition catholique. Par conséquent, ne croyez pas que cette décision a été si facile à accepter ; c?est le fruit d?une mûre réflexion.

Je voudrais dire, pour être encore plus honnête, que je remercie le Maire de Paris. Je remercie le Maire de Paris de l?avoir acceptée ; la proposition que j?avais faite était pour un lieu de la Capitale. Il a largement contribué à ce que ce lieu soit l?esplanade devant Notre-Dame de Paris, faisant le parallèle avec un autre lieu proche de Notre-Dame de Paris qui est le square Jean XXIII. Encore une fois, cela n?a rien d?aberrant. Notre-Dame de Paris est, quand même un édifice cultuel de toute première importance.

Je voudrais donc remercier le Maire d?avoir aidé à la compréhension, à la prise de conscience de cette demande et je crois que l?image de Paris a beaucoup gagné dans ce geste qui n?est pas particulier à l?égard d?un culte mais le geste de la reconnaissance d?une capitale prestigieuse vers un homme qui est un grand homme de paix tout aussi prestigieux. Et je crois que Paris s?honore de rendre hommage aux grands hommes du XXe siècle.

C?est la raison pour laquelle le groupe U.M.P. votera sans hésitation, bien entendu, ce projet de délibération.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Merci, Monsieur GOASGUEN.

Autre explication de vote ?

Mme AUFFRAY a la parole.

Mme Danièle AUFFRAY, adjointe. - Je n?avais pas besoin de l?être mais je suis convaincue par les excellentes interventions de nos collègues Gilles ALAYRAC et Sylvain GAREL. Mais si vous le voulez, et c?est pourquoi je disais que c?était en mon nom mais je remercie le groupe ?Les Verts?, je vais faire une intervention rapide mais un peu en contre-pied théologique.

Je pense qu?en effet j?aurais sûrement voté contre une proposition de dénomination du parvis Notre-Dame qui aurait été, en quelque sorte, sacrilège.

Il me semble que les lieux de culte doivent être respectés et c?est justement parce qu?il s?appelle parvis Notre-Dame et que l?on a dit, et cela a été dit plusieurs fois que ce n?est pas le pape mais l?homme et avec tout ce que l?on a entendu sur le fait et que je partage, l?homme politique pire, qui serait ainsi honoré, il me semble absolument peu conforme et peu chrétien d?associer le nom de Notre-Dame au nom de Jean-Paul II.

Il n?y a pas lieu ici de faire une leçon trop longue sur le culte marial, initié au 12e siècle par l?église catholique et qui, malgré ce que l?on peut en croire sans trop savoir, a été une chose assez positive tout au cours des siècles, le fait que la religion catholique ait peut-être été l?une des moins péjorante des autres religions monothéistes par rapport au rôle de la femme.

En plus de toutes les excellentes choses qui ont été dites sur le caractère de Jean-Paul II, c?est à l?association de Notre-Dame et de Jean-Paul II que je m?oppose.

(Applaudissement sur les bancs du groupe ?Les Verts?).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Mes chers collègues, nous allons passer au vote sur ce projet de délibération DU 135.

Tout d?abord, je mets aux voix, à main levée, l?amendement n° 20 présenté par Gilles ALAYRAC assorti d?un avis défavorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

L?amendement n° 20 est rejeté.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 135.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2006, DU 135).