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Juin 2006
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Conseil Municipal
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2006, DJS 433 - Autorisation à M. le Maire de Paris de conclure avec la société “Nike” une convention de cession à titre gracieux à la ville de Paris d’un gazon synthétique et de son contrat d’entretien pour le terrain de football du square Léon (18e), assortie d’une autorisation d’occupation du domaine public.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2006


Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Nous passons au projet de délibération DJS 433 concernant l?autorisation accordée à M. le Maire de Paris de conclure avec la société ?Nike? une convention de cession à titre gracieux à la Ville de Paris d?un gazon synthétique et de son contrat d?entretien pour le terrain de foot du square Léon dans le 18e arrondissement assortie d?une autorisation d?occupation du domaine public.

Monsieur GAREL, vous avez la parole.

M. Sylvain GAREL. - Merci, Madame la Maire.

J?en profite pour excuser Mme LE STRAT qui ne peut être là cet après-midi et qui ne pourra donc pas intervenir comme c?était prévu.

En ce qui concerne ce projet de délibération, je dois dire que quand je suis entré dans cet hémicycle, il y a maintenant cinq ans, je ne pensais pas devoir un jour, au sein de cette majorité, dans la même après-midi, être obligé de m?opposer au ?sponsoring? de ?Nike? d?une pelouse de terrain de foot et à la nomination d?une place Jean-Paul II. Je trouve que cela fait beaucoup dans une même après-midi mais enfin...

Tout d?abord, ?Nike?, c?est une des plus grosses multinationales au monde qui a très longtemps fait travailler des enfants, qui délocalise à chaque fois que l?on trouve des gens à exploiter un peu moins cher dans le pays d?à-côté - et je trouve plutôt amusant que l?adjoint qui va me répondre à cette question soit un anti libéral affiché - et puis c?est aussi une société qui est connue pour sa façon d?exploiter les travailleurs, de très mal les payer et d?empêcher le syndicalisme de pouvoir s?exercer au sein de ses entreprises.

D?autre part, et là cela concerne plus directement la Ville de Paris, ?Nike? vient d?être mis en examen dans l?affaire du P.S.G. En effet, ?Nike?, dans une combine pour permettre aux joueurs de ne pas payer une partie de leurs impôts, versait des sursalaires aux joueurs du P.S.G. qui gagnent déjà pour certains plus de 150.000 euros par mois, mais cela ne leur suffit pas donc il était nécessaire d?avoir de l?argent au noir, à l?étranger, et de ne pas le déclarer aux impôts. ?Nike? vient d?être mis en examen dans cette affaire du P.S.G. qui, je vous le rappelle, est subventionné par la Ville à la hauteur de 3,6 millions d?euros par an.

Comme je l?ai dit dans la mairie du 18e arrondissement, c?est une prime aux tricheurs et aux voleurs que nous sommes en train de faire en permettant à cette entreprise de s?installer dans le 18e arrondissement, et en en plus à la Goutte d?Or, dans un quartier où beaucoup de jeunes enfants rêvent devant ces marques qui essayent de les faire rêver et qui les incitent à dépenser beaucoup d?argent, parce que vous savez très bien que ces équipements sportifs coûtent très cher.

Tout cela pour quoi faire ? Pour financer une pelouse de gazon synthétique. C?est une invention extrêmement écologique, le gazon synthétique, d?ailleurs, soit dit en passant, d?après les services de la Ville, la Ville n?a pas les outils ni les moyens de l?entretenir. Cette pelouse coûte 20.000 euros. C?est-à-dire que l?on vend notre âme pour 20.000 euros alors que l?on donne 3,6 millions d?euros au P.S.G., alors que nous avons déjà dit depuis très longtemps que cet argent pourrait être donné au sport amateur, et on pourrait en faire des pelouses, même pas synthétiques pour ce prix là ! Donc, voilà l?aberration : d?un côté, donner de l?argent à un club sportif professionnel et d?un autre côté, obliger les clubs amateurs à essayer d?aller quémander auprès de multinationales, telles que ?Nike?, un peu d?argent pour se payer une pelouse synthétique.

Je vous remercie.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Bien. M. LE GOFF n?est pas là. Donc, nous allons passer tout de suite à la réponse de M. CHERKI.

M. Pascal CHERKI, adjoint, au nom de la 7e Commission. - Madame la Maire, en entendant M. Sylvain GARELparler des gazons synthétiques, je me disais que l?expression fumer la moquette trouvait tout son sens dans ses propos.

Je voudrais dire la chose suivante. D?abord, en matière de délocalisation, Monsieur GAREL, vous, vous êtes un spécialiste de la délocalisation du logement des infirmières mais je voudrais revenir maintenant sur la question qui nous intéresse : l?objet de ce projet de délibération.

De quoi s?agit-il ? Il s?agit de la chose suivante. Vous avez une parcelle au square Léon dans le 18e arrondissement sur laquelle il y a une emprise espace vert et puis vous avez une espèce de terrain en béton sur laquelle des gamins du quartier jouent au foot. Ils jouent au football toute l?année et il se trouve qu?ils jouent dans des conditions qui ne sont pas les plus agréables.

Je me remémore, lors de la communication sur le sport, le débat que nous avons eu,notamment l?interpellation du groupe ?Les Verts? disant qu?il fallait réfléchir aux lieux de pratiques sportives au-delà des équipements sportifs, dans les équipements sportifs et au-delà, ouverts à la population et aux jeunes du quartier.

Et voilà que depuis que nous sommes en responsabilité, nous n?avons pas été capables de prendre les mesures nécessaires pour améliorer le quotidien de la pratique sportive de ces jeunes qui, je le dis, malheureusement pour eux sont en majorité des Blacks et des Beurs dans ce quartier de la Goutte d?Or et qui jouent au football dans des conditions pour lesquelles, moi personnellement, Monsieur GAREL, qui fait du sport, c?est la grande différence avec vous, je l?aurais un peu mauvaise.

Qu?est-ce qui se passe ? Ces gamins contactent Lilian THURAM. Le Lilian THURAM que vous avez été, à juste titre, très nombreux dans les rangs des ?Verts?, avec d?autres, à trouver très courageux pour interpeller M. Nicolas SARKOZY à la suite des émeutes de banlieue. Lilian THURAM, parlant de l?association des enfants de la Goutte d?Or, décide de monter un projet avec eux.

Il se trouve que M. Lilian THURAM a commis un pêché capital. Il est sous contrat d?image avec la société ?Nike?. Donc M. Lilian THURAM? Je t?explique, Sylvain GAREL, tu t?es intéressé au dossier quand il est arrivé au Conseil d?arrondisse-ment. Il se trouve que M. Lilian THURAM qui est en contrat d?image avec la société ?Nike? a proposé, dans le cadre du programme que ?Nike? monte dans le monde entier, de financer de la rénovation d?espaces publics.

C?est incroyable ce sectarisme !

Il a proposé que la rénovation de ce petit bout de terrain puisse être envisagée. Ce n?est pas un problème de 20.000 euros qu?a la Ville. Les 20.000 euros, on les a. Mais, Monsieur Sylvain GAREL, il aurait fallu que des élus comme vous s?intéressent à projet. Vous voulez que je vous dise à qui elle appartient cette parcelle ? A la DPJEV qui depuis 5 ans laisse les enfants de la Goutte d?Or, alors que cela appartient aux parcs et jardins, jouer au foot dans des conditions indignes !

Quand on est dans le 16e arrondissement, on a droit à toutes les attentions pour un espace vert protégé mais quand on est en plein c?ur de la Goutte d?Or, on doit jouer dans des conditions déplorables ! Les terrains de la Direction de la Jeunesse et des Sports sont rénovés pour permettre aux jeunes, y compris dans les quartiers populaires, de pouvoir jouer ou football dans les mêmes conditions que dans les arrondissements bourgeois.

Je n?ai pas de leçon à recevoir des gauchistes de salon et des histrions mondains...

Je reviens au fond du dossier. C?est facile d?aller faire des grandes leçons de lutte de classes dans les forums.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Concluez sur le dossier, Pascal CHERKI.

M. Pascal CHERKI, adjoint, rapporteur. - C?est facile d?aller faire de grandes leçons de lutte des classes dans le forum social mondial mais les gamins des quartiers populaires, sous prétexte qu?ils n?ont pas eu le bon goût de partager l?ensemble de la philosophie de M. GAREL sur la lutte contre le capitalisme financier transnational, peuvent repasser !

Je reviens au dossier. De quoi s?agit-il ? La société ?Nike? nous contacte et nous dit qu?ils sont prêts à financer la rénovation. Je dis que je ne ferai rien sans l?accord du Maire d?arrondis-sement. Nous les rencontrons avec Daniel VAILLANT. Nous leur demandons quel est le programme qu?ils envisagent. Ils disent qu?ils sont prêts à financer la pose d?un gazon synthétique sur cet espace. Nous disons oui mais à une seule condition : ?ce terrain est municipal et il le sera après rénovation, il le restera, donc, vous ne serez pas propriétaire du terrain?. Ce sera un terrain de la Ville, et il le restera.

Deuxième élément. Nous ne voulons pas que se reproduisent des pratiques comme nous les connaissons, notamment dans le domaine de l?art dans lequel M. GAREL est si friand, où son horizon intellectuel est très ouvert, moins ouvert dans le domaine du sport. Nous ne voulons pas que ce soit l?occasion d?une opération de promotion commerciale de la part d?une société comme on le voit dans les fondations.

J?entends M. GAREL se plaindre de l?emprise des marques mais je ne l?ai jamais vu critiquer la fondation Cartier, le musée Guggenheim. On pourrait parler de la contribution des entreprises capitalistes internationales au marché de l?art et, comme c?est de l?art, c?est bien, c?est beau mais quand c?est du sport, vous comprenez, c?est problématique. Et c?est cela le fond du problème. C?est une démarche de snobs qui méprisent les aspirations populaires. Je l?ai toujours dit et je le maintiens. C?est cela le gauchisme de salon. On en parlera le moment venu.

Qu?est-ce que nous avons dit à la société ?Nike? ? Nous n?accepterons pas une opération? Mais c?est la vérité, vous êtes un snob, Monsieur GAREL. Nous n?accepterons pas que cela donne lieu à une opération de promotion commerciale. La société ?Nike? nous a dit : nous nous proposons une chose. Nous allons lancer une campagne Joga Bénito avec Ronaldinho et d?autres joueurs de l?équipe du Brésil et nous demandons donc simplement de pouvoir mettre une petite plaque Joga Bénito. Le Maire du 18e arrondissement a dit que c?était tout à fait acceptable, sans l?intitulé ?Nike?.

Ce terrain sera rénové. Nous ferons financer la rénovation du terrain par une entreprise privée. Ce terrain était municipal, il restera municipal. La société ?Nike? s?est engagée pendant trois ans à l?entretenir à ses frais et je pense que les gamins du quartier de la Goutte d?Or verront le quotidien de leur pratique sportive amélioré dans une situation qui recrée leur agrément.

Mais il y a des grands spécialistes de la démocratie participative qui considèrent qu?ils sont plus compétents que les acteurs de terrain eux-mêmes pour déterminer ce qui est bon pour eux. Cela s?appelle du paternalisme et je n?y céderai jamais.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Merci, Pascal CHERKI.

Yves CONTASSOT m?a demandé la parole, je la lui donne.

M. Yves CONTASSOT, adjoint. - Je viens d?entendre avec beaucoup de plaisir Pascal CHERKI dire que ce terrain était mal entretenu par la D.P.J.E.V. Je l?ai entendu avec beaucoup de plaisir parce que cela fait 5 ans que, tous les ans, je rencontre tous les maires d?arrondissement pour voir quelles sont leurs demandes en matière d?investissements localisés.

Je n?ai pas souvenir que la mairie du 18e m?ait jamais demandé 20.000 euros pour améliorer le square Léon, mais sans doute, l?adjoint aux parcs et jardins n?était-il pas le bon interlocuteur pour les demandes localisées en matière de gestion des espaces verts. De la même manière que l?adjoint aux sports n?a jamais cru bon voir, avec son collègue des parcs et jardins, si on pouvait trouver les 20.000 euros pour le faire sans être obligé de recourir à un sponsor.

Je le regrette. Je ne pense pas que se soit tout à fait la bonne conception du travail en équipe. Je ne pense pas que ce soit la meilleure manière d?éviter des fausses querelles. Je suis désolé, je n?aime pas ces grandes leçons de pseudo démocratie de quelqu?un qui travaille tout seul dans son coin. Je pense que nous aurions pu éviter cette querelle totalement déplacée s?il y avait eu la volonté de travailler en commun. Et je le regrette pour ma part.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. Merci, Monsieur CONTASSOT.

Après ce débat particulièrement vif et passionné, je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DJS 433.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2006, DJS 433).