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Juillet 1997
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Conseil Municipal
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17- 1997, DPA 135 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec les architectes REICHEN et ROBERT et l'architecte MIMRAM des marchés de maîtrise d'oeuvre en vue de la restructuration du site occupé par l'ancienne piscine Molitor (16e).

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 1997



M. Michel BULTÉ, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l'examen du projet de délibération DPA 135 autorisant M. le Maire de Paris à signer avec les architectes REICHEN et ROBERT et l'architecte MIMRAM des marchés de maîtrise d'oeuvre en vue de la restructuration du site occupé par l'ancienne piscine Molitor.
Je donne la parole au premier orateur inscrit, M. MANO.
M. Jean-Yves MANO. - Merci, Monsieur le Maire.
Effectivement, Monsieur le Maire, vous nous proposez de délibérer sur le projet de la piscine Molitor, ou du moins sur l'un des aspects du devenir de la piscine.
La sagesse voudrait, Monsieur le Maire, que vous retiriez de l'ordre du jour ce projet de délibération.
(M. Jean-François LEGARET, adjoint, remplace M. Michel BULTÉ au fauteuil de la présidence).
En effet, en souhaitant voir avalisées par notre Assemblée les études en vue de la restructuration du site et la maîtrise d'oeuvre confiée aux architectes REICHEN et ROBERT concernant la piscine publique, vous validez le choix de conception globale du site, choix contestable sur le plan architectural - un bâtiment de 5 étages venant dénaturer l'esprit " Arts déco " de ce lieu -, choix également contestable sur le plan de la séparation du projet en deux parties : espace public, espace privé.
Notre Assemblée n'a jamais eu à délibérer de l'orientation conceptuelle que vous souhaitez donner à ce lieu. Où, quand et sur quelle proposition notre Assemblée et le Conseil du 16e arrondissement ont-ils été saisis par vous du projet global, avec, si l'on en croit la rumeur, la construction de deux hôtels, de logements et de salles de réception accompagnés d'une piscine ? Cet ensemble serait construit sur un terrain propriété de la Ville et concédé donc en partie à une structure inconnue de nous à ce jour.
Nous souhaitons, comme vous, voir réhabilitée la piscine Molitor dans le respect du symbole qu'elle représente pour la période " Arts déco ". Nous souhaitons que cela se passe dans la transparence, en concertation avec les habitants, les associations et la Ville de Boulogne, commune riveraine du projet.
Au lieu de cela, vous choisissez de présenter cette réalisation de façon parcellaire et presque en catimini ! Je n'en veux pour preuve que l'inscription en catastrophe au Conseil du 16e arrondissement de cette délibération, évitant sans doute à vos yeux de faire trop de publicité sur ce projet.
Votre méthode est contestable et entraîne des contestations, venues d'ailleurs de vos propres rangs, exprimées au cours du Conseil du 16e arrondissement et, d'autre part, exprimées de façon nette par la Ville de Boulogne qui, lors de son dernier Conseil municipal, a rejeté le projet sans ambiguïté. Je cite : " Il convient d'abord de s'interroger sur le principe du projet. Les efforts que nous consentons pour la préservation du patrimoine des années 30 dans notre ville nous conduisent à considérer le projet proposé comme une dénaturation inadmissible d'un monument historique ".
Voilà, Monsieur le Maire, comment la Ville de Boulogne juge le projet proposé et son Conseil municipal l'a donc rejeté à l'unanimité.
La Ville de Paris a la chance de posséder, dans un environnement rare, un joyau de l'architecture des années 30. Vous nous proposez de dénaturer le site, vous confiez une partie de l'espace au secteur privé, tout en engageant pour la Ville des dépenses extrêmement importantes.
Je crains fort que la piscine publique ne soit là que pour valoriser les hôtels, les appartements et les salles de réception. Je crains fort que la Ville, par les choix qu'elle nous présente, passe à côté d'une chance rare de rénover convenablement un ensemble sportif de qualité.
Nous ne pouvons admettre que seul le projet REICHEN et ROBERT puisse être présenté à notre Assemblée.
Je vous encourage donc, Monsieur le Maire, à prendre contact avec M. FOURCADE, Maire de Boulogne, pour élaborer un projet intercommunal et peut-être trouver par cette démarche les financements nécessaires à un projet intégralement voué au sport et aux loisirs et non à l'hôtellerie, aux appartements et aux salles de réception.
Pour l'ensemble des raisons invoquées, le groupe socialiste votera contre le projet de délibération qui nous est soumis. Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, du Mouvement des citoyens et communiste).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci.
Je donne la parole à Mme CAPELLE.
Mme Liliane CAPELLE. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, le projet de restructuration de la piscine Molitor va-t-il devenir un objet de conflit ? Il nous semble que la Municipalité parisienne mésestime l'importance et la valeur patrimoniale de la piscine Molitor. Tout d'abord parce que cette piscine à deux bassins, dont l'un était transformable l'hiver en patinoire, est un symbole de l'architecture " Arts déco " : elle fut réalisée par l'architecte Lucien Pollet en 1929 et inaugurée par Johnny Weissmüller. D'autre part, parce que cet équipement auparavant concédé, propriété de la Ville de Paris, est resté ouvert et accessible aux Parisiens jusqu'en 1989 et qu'il a été laissé sciemment à l'abandon par la Municipalité parisienne après le non renouvellement de la concession.
Contrairement à vous en effet, Monsieur le Maire, nous n'avons pas la mémoire courte. Adopter le projet qui nous est présenté aujourd'hui, ce serait accepter en premier lieu, les négligences de la Municipalité Parisienne depuis 1989, date de la fermeture de cette piscine engendrée par le manque d'entretien. A l'époque son état nécessitait des réparations importantes. Sa dégradation s'est aggravée à la suite de fuites d'eau non colmatées, d'actes de vandalisme liés à l'absence de surveillance, alors qu'une opération de réhabilitation au coût raisonnable aurait pu être programmée de longue date par la Municipalité et engagée rapidement.
Cette incurie incroyable ne peut s'expliquer autrement que par une volonté de laisser à l'abandon ce monument jusqu'à ce que son état de délabrement serve de justification à la Municipalité pour engager une opération immobilière. Nous avons déjà eu l'occasion d'intervenir sur ce point à plusieurs reprises, y compris auprès de Ministres de l'ancienne majorité, mais en vain. Il me semble aussi que des associations ont déposé un référé devant le tribunal administratif, estimant que la Ville n'avait pas fait face à ses obligations.
Rappelons que la Ville de Paris avait envisagé à partir de 1988 une opération de restructuration de cet ensemble, prévoyant la destruction d'une partie de l'édifice au profit d'un complexe immobilier de luxe devant accueillir un hôtel. Il aura fallu l'intervention de l'Etat pour que, suite à un avis défavorable émis par l'Architecte des bâtiments de France et à l'inscription le 27 mars 1990 de ce bâtiment à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, ce projet iconoclaste ne soit pas réalisé. Le comble est pour ainsi dire que des centaines de mètres d'éléments de balcon à bronze peints en bleu pendant la seconde guerre mondiale auront échappé aux pillages des occupants et qu'il aura fallu cette période d'abandon pour qu'ils disparaissent au cours des dernières années.
Il est encore possible aujourd'hui d'engager un programme de rénovation respectueux pour cette piscine " Arts déco " qui mérite d'être conservée dans son ensemble, réhabilitée dans les meilleurs délais et à nouveau ouverte au public. Une fois restaurée dans l'esprit de ses concepteurs, elle pourrait être à nouveau concédée. Une association a d'ailleurs, me semble-t-il, présenté en collaboration avec des architectes en 1990 un projet de ce type qui prévoyait la conservation du bassin en " T ". La Municipalité parisienne en a-t-elle tenu compte ou de tout autre programme susceptible de permettre la conservation de cet ensemble balnéaire sans destruction, ni densification du secteur ?
A-t-elle seulement estimé le coût d'une simple opération de réhabilitation ? A l'évidence non, puisqu'il nous est aujourd'hui présenté un projet d'une autre nature, aux contours flous, sans qu'il ne soit fait référence dans le mémoire en question à la possibilité d'une simple opération de réhabilitation, encore moins à son coût, ce qui est surprenant.
Le projet de délibération qui nous est présenté, sans plans, sans schémas et au maigre contenu ne nous apporte pas les garanties nécessaires que nous attendons pour que puisse être engagée une véritable restauration de cet ensemble.
Il y est certes question d'une concertation, mais malheureusement aussi et surtout à nouveau d'une restructuration, terme qui nous fait craindre, compte tenu de l'opacité qui entoure ce dossier, les pires projets de la Municipalité pour cette piscine.
C'est pourquoi sans doute la Municipalité de Boulogne-Billancourt s'est opposée à ce projet qui prévoit, si l'on en croît la presse, la destruction de la piscine intérieure, l'aménagement d'un hôtel qui viendra renforcer la concurrence dans ce secteur de Paris, de logements et d'un centre de conférence au niveau de l'aile nord du bâtiment. Nous ne pouvons accepter un tel projet. Nous voterons donc contre en rappelant notre opposition à l'opération de densification qui se profile derrière ce mémoire au contenu imprécis.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je vous remercie.
La parole est à M. MESMIN.
M. Georges MESMIN. - La piscine Molitor est en état de pourrissement avancé depuis qu'en 1989 la Ville a refusé de renouveler la concession au précédent concessionnaire qui proposait une restauration que la Ville estimait d'un coût prohibitif. Elle s'est engagée à cette date dans un projet de restructuration-démolition qui a été contrarié par les manifestations d'inquiétude des riverains, suivies de l'inscription en mars 1990 à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.
Voilà donc plus de 7 ans que le problème est posé. Est-on en vue d'une solution satisfaisante ? J'en doute beaucoup pour plusieurs raisons que je voudrais exprimer aussi rapidement que le permet la complexité du sujet. Ce dossier comporte, me semble-t-il, de nombreuses anomalies.
D'abord, en ce qui concerne la procédure, j'ai parlé de la lenteur d'avancement du dossier. Tout s'est passé comme si la Ville avait espéré pouvoir remettre en cause le classement à l'inventaire et avait laissé volontairement se délabrer la piscine. Je ne suis pas le seul à le dire. Voici ce que disait M. Jean-François SÉGARD en mars 1995 : " Il est clair que la Ville de Paris n'a rien fait pour conserver le site, alors qu'il présente un intérêt architectural - seule piscine à ciel ouvert, de style paquebot à Paris - et un lieu de mémoire ". Depuis 1989, la procédure suivie a été particulièrement lente.
Périodiquement, on nous annonce une très prochaine présentation en Conseil de Paris. Ce fut le cas au cours des séances du 20 mars 1995 en réponse à M. SÉGARD, du 18 septembre 1995 en réponse à M. MANO, en mai 1996, également comme suite à une question de M. MANO. Cette présentation était annoncée pour l'automne, qui est maintenant passé depuis déjà 10 mois.
La manière de procéder de la Ville explique ces retards. Tout se passe comme si la Municipalité essayait d'imposer ses solutions par morceaux. Aucune discussion globale, à ma connaissance, n'a eu lieu au sein du Conseil sur l'avenir de la piscine et le parti architectural qui paraît maintenant adopté presqu'à la sauvette. Aucune discussion n'a eu lieu non plus sur le bien-fondé de la décision de scinder le projet de restructuration en deux parties, l'une confiée à des promoteurs privés, l'autre menée par la Ville.
Le projet REICHEN qui paraît avoir été choisi maintenant par la Municipalité, puisqu'il est le seul en lice, n'avait pas été retenu plus que ses concurrents lors de la consultation lancée en 1991, qui s'est révélée infructueuse puisqu'aucun des projets présentés ne fut retenu par le jury. Cependant certains fonctionnaires du Ministère de la Culture l'auraient jugé intéressant et auraient donné un avis favorable de principe.
A ma connaissance, la Ville n'est pas tenue par un tel avis et je note que notre Conseil n'a toujours pas été consulté sur la qualité de ce projet.
On nous dit maintenant qu'il faut voter de nouveaux crédits d'études pour le cabinet REICHEN, alors qu'une concertation est lancée auprès de la population et des associations, ce qui paraît contradictoire puisque l'on n'attend pas le résultat de la consultation. Celle-ci devait se dérouler en juin et jusqu'au 4 juillet, mais la maquette n'est restée que quelques jours pour être envoyée à Boulogne-Billancourt. La consultation a donc été faite, une fois de plus, à la va-vite, et je souhaite qu'elle soit prolongée jusqu'à fin septembre, car les mois d'été ne sont pas favorables à ce que les habitants se mobilisent pour donner leur avis.
Cette consultation est d'ailleurs assez particulière puisqu'elle n'offre pas de choix entre plusieurs projets. Il en existe un autre, le projet " FERNIER ", qui respectait manifestement beaucoup mieux que le projet " REICHEN " l'esprit du constructeur d'origine. C'est pourquoi il avait la faveur des associations de riverains et de certains élus, dont moi-même. Or, ce projet semble avoir disparu dans une trappe, le projet " REICHEN " restant seul en lice par suite de la décision d'une commission de sélection des maîtres d'oeuvre qui, nous dit-on, a pris sa décision le 8 juillet 1996, sans que l'on sache quels autres maîtres d'oeuvre étaient en lice et pourquoi ladite commission les a écartés.
Chose encore plus bizarre, c'est un jury qui a choisi l'esquisse présentée par l'architecte MIMRAM pour un toit ouvrant. La partie aurait donc fait l'objet d'une concurrence qui n'a pas été mise en oeuvre pour le principal. On ne voit pas très bien comment un toit ouvrant peut s'accrocher à un ouvrage qui n'est pas encore nettement précisé dans sa conception et fait l'objet d'une consultation qui, si elle a quelque valeur, devrait pouvoir permettre de le remettre en cause. Il semble bien que la consultation sur le toit ouvrant sert d'alibi pour faire passer la non consultation sur le projet " REICHEN ".
Tout ceci me donne à penser que le Conseil de Paris, une fois de plus, va avoir la main forcée sans être parfaitement éclairé sur les vertus d'un projet que l'on semble vouloir lui imposer. Je redoute, en ce qui me concerne, que le Tribunal administratif, s'il était saisi par des riverains, puisse se révéler de mon avis et donc annule les procédures en cours.
Dernière anomalie que je signale au passage : la 6e Commission n'a pas été saisie. Pourtant, c'est la Commission de l'urbanisme. Ce projet de délibération ne lui a pas été présenté.
Deuxièmement, sur le bien-fondé du parti lui-même, tel qu'il s'exprime au vu de la maquette, je me bornerai à dire que je partage tout à fait les réserves formulées par le Conseil municipal de Boulogne-Billancourt.
Premièrement, le projet dénature très fortement l'esprit de la construction initiale, témoignage que chacun reconnaît estimable de l'architecture des années 30. Il s'agit d'un bourrage qui augmente très sensiblement la densité initiale.
Deuxièmement, la façade nord de cinq étages écrase le grand bassin d'été.
Troisièmement, le système d'articulation du toit ouvrant occultera l'éclairement naturel direct, en été, éclairement déjà affaibli par les bâtiments hauts qui seraient prévus autour du bassin.
Quatrièmement, le programme avec logements et hôtels entraînera une augmentation de la circulation, en particulier celle des cars de tourisme, alors que le quartier est déjà gravement affecté par les afflux générés par les équipements sportifs de la Ville, Parc-des-Princes et Roland-Garros en particulier.
C'est pourquoi je voterai contre ce projet de délibération.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. MANSAT.
M. Pierre MANSAT. - Je serai assez bref puisque Mme CAPELLE a détaillé avec maîtrise ce qu'il y avait à penser sur ce dossier.
Je crois qu'il serait de bonne gestion de retirer ce projet de délibération puisque vous entendez bien qu'il émane de tous les bancs de l'Assemblée, quelles que soient les opinions politiques, un refus de ce projet qui ne respecte pas ce bâtiment, qui traduit la mémoire architecturale de notre Ville. Je dirai qu'il y a des ouvrages dans lesquels il vaut mieux éviter de figurer, ceux qui s'appellent " Paris Perdu ", " Paris Massacré ", les " Massacres de Paris ".
Je ne souhaite pas à la majorité du Conseil, aujourd'hui, d'adopter un projet de délibération qui se traduirait par la destruction d'un ouvrage de mémoire architecturale.
Je rappellerai que c'est aussi la deuxième fois que vous vous trouvez en opposition avec une municipalité proche : Boulogne-Billancourt, avec l'affaire de l'Aquaboulevard, la piscine Molitor. La majorité parisienne aurait tout intérêt à respecter un peu plus ses partenaires, les Parisiens et leur position sur des sujets délicats comme ceux-là.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, du Mouvement des citoyens et communiste).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, un ensemble architectural unique en son genre en France.
A Molitor fut créé cet ensemble architectural, comprenant dans un seul bâtiment un bassin couvert et chauffé, un bassin découvert transformable l'hiver en patinoire et des services divers : cabines, douches, restaurant, bar, salles de réunion, magasin et café.
Un ensemble architectural unique en son genre en France : tel est le verdict de Catherine WEILL-ROCHAN, rapportant au nom de la Conservation régionale de l'Inventaire des monuments et des richesses artistiques de la France.
L'histoire de la piscine Molitor est exemplaire. L'acharnement méthodique, reconduit au fil de ans, visant à sacrifier un chef d'oeuvre architectural " Arts déco " sur l'autel de la promotion immobilière a quelque chose de fascinant et de répugnant.
Dès septembre 1989, la mise à mort est programmée. Vous refusez de proroger la concession consentie par la Ville. Vous murez la piscine. Vous refusez d'intervenir. Vous la laissez à l'abandon. Vous la laissez sciemment, délibérément se dégrader. Vous l'offrez aux pilleurs d'épaves qui la dépècent de ses ferronneries et à " Meunier Promotion ", filiale de la B.N.P., qui avec son architecte Alain GAILLOT veut la raser, pour y construire des hôtels de grand rapport.
Mais en novembre 1989, la C.O.R.E.P.H.A.E. décide de l'inscrire à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Fâcheux contretemps qui ne vous désarme pas.
Apparaît alors l'architecte REICHEN, assisté de la C.O.G.E.D.I.M. et du Racing soucieux d'y établir ses bureaux. Un appel d'offre est lancé en avril 1991.
La Commission se réunit en septembre, mais ne décide rien. L'appel d'offres est infructueux, le projet " REICHEN " n'est pas retenu. Il détruisait le bassin d'hiver qu'il reconstituait aussi en sous-sol.
Mais le président de " Meunier Promotion ", M. BERTHEAU, ne renonce pas. Il se rapproche de REICHEN. Nouvel appel d'offres en mai 1996, mais limité hypocritement à la rénovation des équipements de la piscine.
De fait, cet appel d'offres n'est qu'un habillage visant à faire passer le candidat refoulé en 1991, REICHEN. C'est un détournement de pouvoir en termes juridiques.
Cet appel d'offres a été fait pour entériner le projet " REICHEN ". En fait de rénovation, il présuppose avec la couverture du bassin d'été, la destruction du bassin d'hiver et la fin de la patinoire.
Cette couverture comportant un élément fixe permanent dénature définitivement la configuration du lieu, qui de surcroît sera surplombé par les cinq étages de l'hôtel. Bref, un bassin engagé, mis à l'ombre. Il s'agit là d'une véritable dénaturation du site. En fait d'urbanisme à visage humain, c'est du vandalisme pur et simple.
La concertation est inexistante, bafouée.
L'association des piscines Molitor et son président, M. Alain RATIE, n'a jamais été reçu par vous, Monsieur le Maire. Vous n'avez jamais répondu à ses courriers. Pis encore, il n'a même pas été convié lors de votre visite sur place avec les élus du 16e.
Pourquoi cet acharnement ?
Alors que la piscine Pontoise, oeuvre du même architecte Lucien Pollet, mais de moindre qualité esthétique, est l'objet de toute votre attention et que vous ne lui avez jamais compté les crédits. Il est vrai que son siège est dans le 5e !
Il est vrai qu'une autre piscine du même architecte, la piscine Pailleron, est aussi l'objet de votre vindicte, sa destruction est aussi programmée. Pauvre Lucien Pollet dont l'oeuvre est vouée aux gémonies !
Alors pourquoi cet acharnement sur la piscine Molitor ?
Parce que, depuis toujours, elle a été livrée au promoteur BERTHEAU, à " Meunier Promotion ". Que cette opération en plein 16e est plus que juteuse. Que le projet " REICHEN " en est devenu l'instrument. Que ce pur joyau " Arts déco ", que ce chef d'oeuvre n'est rien en face du fric ! Que tout cela était concocté, ficelé depuis belle lurette ! Et que nous en avons l'aveu cynique, dans une lettre du Secrétaire général M. HUBERT, en date du 17 mai 1995, adressée à M. BOISSIERE, directeur général du groupe S.E.C.I.P. qui pensait naïvement se voir confier le projet Molitor avec l'architecte : " Je tiens à vous informer que la Municipalité (...) a fixé lors de la séance du Conseil de Paris qui s'est tenue le 22 mars 1995 (au fait, je pense que c'était le 20 mars) ses orientations en vue de la restructuration du site Molitor ". Il n'y a eu aucune délibération ce jour-là, je tiens à le préciser.
" Le parti architectural proposé en 1991 par M. REICHEN et qui se distinguait par sa grande qualité et le respect des caractéristiques essentielles de l'ancienne piscine Molitor doit être globalement retenu, sous réserve des indispensables adaptations au programme actuellement élaboré.
La qualité architecturale du projet de M. REICHEN et le strict respect des prescriptions liées à l'inscription du vitrail et de la piscine à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques permettent une restructuration du site conforme aux principes et aux obligations fixées pour ce projet. "
Et Jean-Michel HUBERT, secrétaire général de la Ville de Paris, concluait perfidement : " Je ne peux que vous laisser le soin à partir des éléments de cette analyse, d'apprécier la suite à donner à votre projet. "
Ce favoritisme éhonté se traduit par un véritable escamotage.
Les élus du Conseil de Paris sont délibérément privés des éléments nécessaires à leur information.
Ils ne peuvent se prononcer ni sur le parti architectural ni sur le choix urbanistique par rapport aux quartiers avoisinants.
Une nouvelle procédure devrait être décidée pour sélectionner dans la plus grande transparence le titulaire des marchés relatifs aux études à effectuer pour la totalité de l'opération, et ce, avant même, sous couvert du marché d'étude, de proposer des marchés de maîtrise d'oeuvre.
De plus, le Conseil de Paris ne s'est jamais prononcé ni sur la partition du site, ni sur sa dévolution pour partie aux intérêts privés de " Meunier Promotion ".
Appartenant au domaine de la Ville, la piscine Molitor ne peut, sans une procédure appropriée transparente, faire l'objet d'une opération purement privée.
Après le Théâtre des Champs-Elysées, l'immeuble Larousse, le patrimoine " Arts déco " est malmené à Paris, Paris qui en fut la Capitale.
La destruction de la piscine Molitor est un acte de barbarie !
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. MORLÉ.
M. Jean-Loup MORLÉ, adjoint. - Juste quelques mots car il est difficilement tolérable d'entendre des propos excessifs. Quand M. MANSAT disait : " Regardez toutes ces critiques sur les bancs ", ces critiques ne m'étonnent pas car elles viennent de l'opposition.
Je voudrais me réjouir, au nom d'une grande majorité d'élus du 16e arrondissement, de voir enfin le problème de la piscine Molitor se dénouer. Cette opération, cela fait des années qu'on en parle, qu'on nous interroge, mais encore fallait-il trouver un équilibre financier. Il est trouvé, cela ne coûtera rien aux contribuables, et enfin, on verra cette piscine Molitor revivre.
L'architecture, c'est très subjectif. Quand on est dans l'opposition, c'est tellement facile de critiquer. On a une opération équilibrée où l'on retrouve l'ancienne piscine telle qu'on l'avait connue dans notre jeunesse et en même temps une piscine qui pourra servir l'hiver avec un système tout à fait astucieux de toit amovible.
La concertation est en cours.
On parlait de la maquette en disant qu'elle avait disparu. J'ai vu cette maquette plusieurs semaines à la mairie du 16e, elle a été un moment transférée à Boulogne pour la montrer aux Boulonnais, elle est revenue dans le 16e car, vendredi dernier, à ma permanence, je voyais cette maquette dans le hall.
La concertation est en cours, des remarques seront exprimées et nous aurons la possibilité, à la rentrée, de tenir compte de ces remarques. Nous aurons une piscine qui pourra enfin profiter à tous les enfants des écoles du 16e.
Aussi, je crois qu'il ne faut pas tenir compte de tout ce qui est excessif, ne pas se passionner, comme ont l'air de le faire certains de nos amis.
Il y a enfin la renaissance de la piscine Molitor, et pour ma part, je m'en félicite.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Paris-Libertés " et " Rassemblement pour Paris ").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - La parole est à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, dès 1989, la piscine Molitor a dû être fermée en raison de son état avancé de dégradation, dégradation engendrée par un manque d'entretien évident et probablement volontaire, vu les projets immobiliers qui y étaient concoctés. C'est sciemment que, petit à petit, on l'a laissée mourir. Sous le prétexte que des réparations lourdes s'imposaient, la Municipalité d'alors a préféré envisager la démolition et la construction d'un nouvel ensemble, pourtant beaucoup plus cher qu'une réhabilitation.
Il a fallu la levée de bouclier de riverains, de nombreux Parisiens, d'associations, l'avis défavorable de l'Architecte des Bâtiments de France et l'inscription à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques pour stopper ce massacre programmé. Malheureusement, l'état dans lequel la piscine avait été laissée a entraîné une accélération de la dégradation des installations, suite à des fuites d'eau non colmatées ou des actes de vandalisme.
Le projet que vous nous présentez aujourd'hui ne préserve que bien peu de choses de ce monument, symbole de l'architecture Arts-Déco, qui vivait au rythme des saisons, pour le bonheur des petits et des grands. Les bulldozers vont sévir. L'?uvre de Lucien Pollet va être détruite. La piscine Molitor sera méconnaissable. C'est Paris que vous défigurez. Ce sont des dizaines de milliers de Parisiens que vous avez privé de la seule patinoire digne de ce nom qui existait à Paris depuis la démolition de celle du rond-point des Champs-Elysées.
Vous sacrifiez ce bel ensemble sous la pression de la spéculation immobilière, au bénéfice de quelques logements de luxe et d'un complexe hôtelier, dont l'utilité à cet endroit reste à prouver. Le bassin d'été sera reconstitué, mais partiellement couvert, enchâssé par les nouveaux immeubles. La partie nord sera entièrement rasée, le bassin d'hiver détruit. La patinoire disparaît.
Vous avez montré depuis deux ans votre volonté de développer la concertation. Aujourd'hui encore vous l'affirmez dans ce projet. Rien n'est plus faux s'il ne s'agit que de modifier quelques points de détails ou de se conformer aux avis du Ministère de la Culture. Vous parlez de " restructuration du site occupé par l'ancienne piscine Molitor ", les termes sont choisis, révélateurs. C'est l'ensemble de l'opération qu'il faut revoir afin de procéder à la restauration à l'identique de l'ensemble.
Cette restauration à l'identique ne coûterait certainement pas beaucoup plus cher que la restructuration que vous proposez pour un montant de 56,9 millions de francs. Si vous gardez les deux bassins, vous n'aurez plus besoin de recouvrir à grands frais le bassin d'été.
Le complexe Arts-Déco Pailleron, dans le 19e arrondissement, risque de subir le même sort. Piscine et patinoire fermées, vous envisagez, là encore, la destruction du bâtiment. Ainsi, vous ne tirez pas les leçons des erreurs du passé. Pourtant, ici la restauration coûterait bien moins cher ; chacun sait que pour un franc investi, la réhabilitation est plus grande créatrice d'emplois que la construction. Les Parisiens sont sensibles au montant des dépenses publiques et à leur bon usage, vous le savez.
Monsieur le Maire, ce projet reste désastreux, la copie est à revoir dans son ensemble, il est même loin de faire l'unanimité dans votre majorité, malgré les apparences. Vous pouvez prendre une décision courageuse et une orientation nouvelle pour sauvegarder cet ensemble, témoin du Paris des années 30 et redonner des activités sportives aux Parisiens dans un cadre qui était et peut redevenir exceptionnel.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. BULTÉ.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au lieu et place de M. Dominique CANE, adjoint, au nom de la 4e Commission. - Monsieur le Maire, je remercie M. MORLÉ d'avoir apporté ces précisions, et il y a au moins un point sur lequel je suis tout à fait d'accord avec l'ensemble des orateurs de l'opposition municipale qui se sont exprimés, c'est qu'il n'est plus possible de tergiverser. Il faut prendre des mesures car Paris ne peut plus laisser l'ensemble Molitor poursuivre sa dégradation.
Il n'est pas inutile de rappeler que l'Etat a inscrit en 1990 l'édifice et les vitraux à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, imposant ainsi des contraintes non négligeables à la Ville de Paris.
Cependant, les services du Ministère de la Culture ne s'opposant pas à une reconstitution de l'édifice, une consultation d'architectes promoteurs fut lancée en 1991, sur la base d'un programme incluant, d'une part, la reconstitution fidèle du bassin d'été, le maintien du Pavillon sud avec son vitrail, et d'autre part, des locaux dont l'affectation était proposée par les candidats.
Les représentants du Ministère de l'Agriculture estimèrent qu'une réflexion pouvait être menée sur les bases du parti architectural proposé par M. REICHEN, lequel se distinguait par sa qualité.
Voilà l'origine des études qui ont abouti à la définition des programmes privés et publics, composant le futur ensemble Molitor.
La partie privée du programme proposé par le groupe " Meunier Promotion " comprenant la construction d'un complexe hôtelier, des espaces de réception et de logements, serait essentiellement située au Nord pour préserver l'ensoleillement du bassin.
Le programme public prévoit la reconstitution du Pavillon sud et les cabines d'été.
Le bassin accueillera le public et les écoliers de Boulogne-Billancourt.
Il faut souligner que les écoles primaires et les établissements secondaires du 16e arrondissement attendent depuis longtemps la réalisation de ce bassin.
Pour répondre à cette demande, et plus généralement à l'ensemble des Parisiens, des perfectionnements techniques permettront une optimisation de cet établissement. Ainsi est prévu un système de murs mobiles qui détermineront deux bassins distincts, autorisant plusieurs modes d'utilisation de la piscine. De même, un concours a été lancé en 1996 en vue de doter la piscine d'une couverture mobile très fonctionnelle et invisible de la rue.
M. REICHEN a participé à l'élaboration du cahier des charges de la consultation afin d'assurer une bonne cohérence de l'ensemble du projet. Le parti proposé par M. MIMRAM qui a été retenu à l'issue de la consultation permettra non seulement d'avoir une utilisation toute l'année, mais également de redonner à la piscine son caractère estival qui a fait son charme par le passé.
C'est donc un très beau projet qui est envisagé, et au plan architectural, toutes les précautions seront prises pour respecter les contraintes résultant de l'inscription de l'édifice à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques.
Fidèle à ses engagements, le Maire de Paris, M. Jean TIBÉRI, a souhaité une large concertation avec les habitants de Paris et les habitants de Boulogne. C'est ainsi que dans le cadre de la loi d'orientation sur la ville, une exposition s'est déroulée dans les mairies du 16e arrondissement et de Boulogne-Billancourt. Sur les registres accompagnant chaque exposition, deux cents personnes ont fait part de leur satisfaction ou parfois même de leur inquiétude.
Toutes les remarques formulées font déjà l'objet de réflexions complémentaires, et conformément à la loi, il vous sera rendu compte à l'automne prochain du bilan de cette concertation, des réponses apportées et, si besoin, des inflexions envisagées.
Vous serez ensuite saisis sur le déplacement des volumes à céder à " Meunier Promotion ", sur la promesse de vente correspondante et sur le permis de démolir et de construire.
Il n'est pas inutile de souligner que cet ambitieux projet sera réalisé en autofinancement et donc sans faire appel aux contribuables parisiens, la vente des droits à construire permettant de financer la réalisation de l'équipement public. Dans l'immédiat, vous êtes appelés à délibérer sur les marchés de maîtrise d'oeuvre ; ces marchés permettront notamment d'approfondir les études sur le découpage en volume de l'ensemble qui subordonne les promesses de vente, de réaliser les avant-projets et de répondre à certaines questions posées lors de la concertation.
Voilà les réponses que je souhaitais apporter à vos questions et qui montrent encore notre détermination pour mener à son terme ce projet, certes complexe, mais tellement important pour Paris et qui a recueilli l'avis favorable de pratiquement l'ensemble des élus du 16e arrondissement. Je parle de M. LEBAN, Mme GIAZZI, M. TAITTINGER, M. MORLÉ, M. GOASGUEN.
Voilà l'ambition que nous avons pour le 16e, mes chers collègues.
(Vifs applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris Libertés ").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie M. BULTÉ.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DPA 135 dont nous venons de débattre.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, les groupes socialiste et apparentés, communiste, du Mouvement des citoyens, Mmes SILHOUETTE, SCHERER, BILLARD, MM. BLET, DUMAIT et MESMIN ayant voté contre, M. REVEAU s'étant abstenu. (1997, DPA 135).