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Mars 2004
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24 - III - Question d'actualité de M. Jean VUILLERMOZ à M. le Maire de Paris concernant la situation de l'A.P.-H.P

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2004


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question de M. VUILLERMOZ concernant la situation de l'A.P.-H.P.
Vous avez la parole, Monsieur VUILLERMOZ.
M. Jean VUILLERMOZ. - Je vous remercie, Monsieur le Maire, et je vous prie d'excuser mon retard.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous êtes plus excusé que l'Exécutif qui doit être là à l'heure pile.
M. Jean VUILLERMOZ. - Mme VAN LERBERGHE, directrice générale de l'A.P.-H.P., a été auditionnée par la 6e Commission de notre Assemblée. A cette occasion, elle a développé les mesures qu'elle mettait en ?uvre pour réduire les dépenses de l'A.P.-H.P., conformément aux décisions du Ministre de la Santé qui exigeait de l'A.P.-H.P. qu'elle réalise une économie de 60 millions d'euros par an, pendant quatre ans.
Dès cette année, ce plan se traduit par la suppression de 920 postes, dont 539 pour le personnel soignant et environ 160 dans les unités de soin de longue durée, ce qui semble d'ailleurs annoncer un certain désengagement de l'A.P.-H.P. vis-à-vis de la prise en charge des personnes âgées.
Cette politique intervient alors que la demande de soin progresse en raison de l'augmentation de l'espérance de vie et aussi de l'émergence de nouvelles pathologies. D'un côté, les sources de financement se tarissent et d'un autre côté, il faut faire face à une demande croissante et à l'évolution d'une médecine de plus en plus coûteuse.
Dans ces conditions, vous avez eu raison, Monsieur le Maire, de vous opposer à ce budget et à ce plan gouvernemental parce qu'il menace à notre avis sérieusement la qualité des soins et aggrave obligatoirement les conditions de travail dont on connaît déjà les lourdeurs pour le personnel.
En ce qui nous concerne, nous avons été reçus le 13 février par la directrice générale de l'A.P.-H.P. pour manifester notre désapprobation et demander l'annulation des mesures visant à réduire le nombre de postes. L'A.P.-H.P. a certes besoin de se réorganiser pour mieux répondre aux attentes de la population. C'est l'enjeu du plan stratégique qu'elle doit définir, non pas, à notre avis, à partir des critères exclusivement financiers, mais à partir des besoins de la population pour que chacun, quelle que soit sa situation, puisse accéder aux meilleurs soins.
Bien entendu, ce plan stratégique doit prendre en compte la nécessité d'une bonne utilisation de l'argent public. C'est cela que la population attend. Par conséquent, après avoir entendu la directrice générale de l'A.P.-H.P., nous souhaitons, Monsieur le Maire, vous qui présidez cette institution, avoir votre avis sur cette situation.
Merci.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur VUILLERMOZ.
La parole est à M. LHOSTIS.
M. Alain LHOSTIS, adjoint. - Monsieur le Maire, Monsieur le Président, je constate que nos vues convergent assez largement. C'est vrai, comme vous le rappelez, qu'il y a un plan d'économie drastique à l'A.P.-H.P. On nous a expliqué que ce plan était motivé par différentes raisons, mais il est vrai qu'on a aussi admis que le déséquilibre budgétaire était le résultat d'une sous-dotation budgétaire depuis plusieurs années.
Ce plan est curieux puisque l'on nous a annoncé qu'il était nécessaire dans la mesure où nous aurions, à l'A.P.-H.P., 250 millions d'euros de déficit à la fin 2003. Or, en réalité, aujourd'hui, quelques mois plus tard, on constate que le déficit sera encore certes important, mais de près de 100 millions d'euros de moins. Ce n'est pas seulement l'épaisseur du trait. On voit bien qu'avec des calculs de ce type, on peut faire dire ce que l'on veut aux chiffres.
Je crois que ce qui est très inquiétant, c'est le fait que 920 postes sont supprimés et notamment dans des hôpitaux de soins de longue durée. Contrairement à ce qui a été dit, des postes de soignants sont supprimés dans ces unités. "L'Expansion", vendredi dernier, à la suite d'un entretien avec la directrice générale, confirmait l'annonce de la suppression de 4.000 postes en totalité, au cours des années qui viennent.
Nos inquiétudes ne sont donc pas des inquiétudes spéculatives, mais malheureusement bien fondées.
Par ailleurs, vous connaissez les conditions de travail dans les hôpitaux. Le Maire de Paris a eu l'occasion de le constater et de le dire à plusieurs reprises. Nous pensons que la qualité des soins risque d'en pâtir. Toutes ces raisons nous ont conduits à nous opposer au budget de l'Assistance publique 2004.
Vous l'avez rappelé, cela ne veut pas dire immobilisme, l'Assistance publique a besoin de se réorganiser pour mieux s'adapter aux besoins et à l'évolution de la médecine. Il faut certes mieux dépenser non pas en faisant des économies sur le dos du patient ou sur le dos du personnel, mais en réorganisant et en proposant une offre de qualité partout où l'on entre à l'Assistance publique, ce qui n'est peut-être pas encore le cas parce que l'on peut encore améliorer les choses sur cet aspect là.
La démarche qu'a expliquée Mme VAN LERBERGHE à la 6e Commission n'a pas placé le malade dont le mot n'a même pas été évoqué, au c?ur de ses préoccupations. Je regrette d'ailleurs que mes collègues qui étaient présents ne l'aient pas relevé eux-mêmes. A aucun moment, la direction générale n'a parlé de pathologie et de patients.
On est en train de discuter du prochain plan stratégique. Il est évident que pour nous, le plan stratégique doit d'abord s'articuler autour du malade et d'un projet médical. Il faut aussi définir un projet social susceptible de répondre aux attentes du personnel et un projet de gestion pour une bonne utilisation de l'argent public.
Voilà ce qui nous anime au niveau de l'A.P.-H.P. et nous serons évidemment vigilants dans les mois et les années à venir.
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").