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Fevrier 2014
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IV - Question d'actualité posée par le groupe U.M.P.P.A. à M. le Maire de Paris relative à l'Office du Tourisme.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2014


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Pour la question d'actualité posée par le groupe U.M.P.P.A., je donne la parole à Mme Florence BERTHOUT.

Mme Florence BERTHOUT. - Monsieur le Maire, il y a six mois, le directeur général de l'Office du Tourisme et des Congrès de la Ville de Paris était poussé vers la sortie, et ce départ, acté en Conseil d'administration, s'est accompagné du versement d'une indemnité assez inhabituelle puisque "Le Point" nous révèle, et cela n'a pas été contredit, que l'indemnité équivaut à peu près à 14 SMIC annuels. "Le Point", qui n'est pas, vous me l?accorderez, un hebdomadaire à sensation, nous dit que le départ et l'indemnité auraient été justifiés par un possible conflit d'intérêts, le directeur général détenant des participations dans une société gérant des hôtels.

Le directeur général, agent chargé d'une mission de service public, pourrait, je suis extrêmement prudente, être sous le coup des conséquences de l'article 25 de la loi du 13 juillet 83, définissant les champs possibles de conflits d'intérêts.

Compte tenu du montant très important et inhabituel, vous me l'accorderez chers collègues, de cette indemnité de départ, compte tenu des conditions pour le moins assez opaques qui auraient entouré son départ, certains de vos conseillers, Monsieur le Maire, sont abondamment cités, en particulier l'un d'eux, le risque que les vraies raisons sortent est une probabilité significative, compte tenu du fait que la Ville est un des principaux contributeurs, comme chacun le sait ici, de l?OTCP, il est de mon devoir de vous demander au moins deux explications, Monsieur le Maire, et il est sans doute de votre devoir de nous donner les éclaircissements sur deux points particuliers.

Quand avez-vous eu précisément connaissance qu'il pouvait y avoir conflit d'intérêts ? Est-ce au moment du recrutement de cette personne, dont d'ailleurs le professionnalisme et l'expérience n'ont jamais été mis en question ? Et si vous avez eu connaissance du conflit, d'un éventuel conflit, pourquoi ne pas en avoir informé le Procureur ?

Deuxième question très concrète : vous avez commandité une étude à un cabinet d'avocat. Que dit précisément cette étude ? Pouvez-vous vous engager très solennellement à en communiquer le contenu ? J'ajouterai que je pose rarement des questions d'actualité et que je ne suis pas adepte de la politique politicienne, mais je suis choquée : ce n'est pas parce que certains de mes collègues à gauche traitent par le mépris ce type de questions, qui se situent sur le terrain de l'éthique, que pour autant, la question n'est pas légitime. Et je suis choquée?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Il faut conclure, Madame BERTHOUT.

Mme Florence BERTHOUT. - Je conclus, Monsieur le Maire. Je voulais vous dire que j?étais choquée, comme élue et comme citoyenne, des contours de cette affaire et je vous remercie de bien vouloir répondre à ces deux questions extrêmement précises.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame. La parole est à M. Bernard GAUDILLÈRE.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire. Un mot, peut-être, de rappel sur ce que nous avions décidé en conférence d'organisation, où l'ensemble des groupes avait convenu que cette dernière réunion devait revêtir un aspect plutôt technique et que les polémiques, qui sont tout à fait naturelles dans la période actuelle, avaient davantage leur place en dehors de cette dernière réunion, mais toute règle, même consensuelle, a ses exceptions et, tout en le regrettant, je vais évidemment répondre sur le fond à Mme BERTHOUT, et je vais le faire en quatre points. Premièrement, pourquoi Paul ROLL a-t-il quitté la direction de l?Office du Tourisme ? Comme vous le savez, et Mme BERTHOUT le sait très bien, puisqu'elle est administratrice de l'Office, nous sommes à la veille d'une transformation profonde des structures du tourisme en Ile-de-France et il est apparu opportun que ces changements s'accompagnent d'une relève de personnes, d'autant plus que M. ROLL occupait cette fonction depuis 12 ans, et je souligne au passage, ce que n'ont pas fait les journalistes, que la Région a fait exactement le même choix d'une relève à la tête du Comité régional du tourisme. On a évoqué la découverte par la Ville que le directeur de l'Office du Tourisme détenait une participation dans une société hôtelière. Il s'est avéré, après une étude juridique approfondie, et j'en dirai un mot dans un instant, que ce mélange des genres ne constituait pas une prise illégale d?intérêt, mais il est clair qu'il a conforté les intentions de l'Office et de la Ville. Mme BERTHOUT a demandé communication du document juridique que nous avons fait établir. La Municipalité, Madame, n'a aucune objection à cette communication, elle va simplement prendre une précaution, qui est élémentaire au regard de la loi de 1978, elle va saisir dans les jours qui viennent la Commission d'accès aux documents administratifs, afin qu?elle établisse de manière incontestable le caractère communicable ou non communicable ou partiellement communicable de ce document ; c'est le respect de la loi et je pense que personne ici ne songera à nous le reprocher. Deuxièmement, comment a été calculée l?indemnité perçue par le directeur au moment de son départ ? Cette indemnité a été calculée, non pas, comme vous l'avez dit à trois reprises, de manière exceptionnelle, elle l?a été strictement, c'est-à-dire en fonction du droit commun, en fonction du contrat de travail de M. ROLL et en fonction de la durée de sa présence à l'Office et le chiffre exact de l'indemnité qu'il a touchée n'est pas celui que vous avez cité, il est de la moitié, le reste étant constitué par des charges légales. Troisièmement, qui a payé l'indemnité, parce que tout le monde a bien compris que, sans le dire clairement, les auteurs de ces questions suggèrent que le contribuable parisien a payé cette indemnité ? C'est évidemment faux ! C'est l'Office du tourisme, puisque c'était lui l'employeur ; en aucun cas, la Ville n'a assumé cette dépense, et j'ajoute que l'adjoint aux finances est heureux de le répéter. Quatrièmement, ces décisions ont-elles été prises en dehors de toute transparence, parce que, là aussi, nous avons depuis quelques jours entendu et lu beaucoup d'assertions fausses ? Il n'en est rien ! Le départ du directeur, et d'ailleurs, Mme BERTHOUT a eu l'honnêteté de le reconnaître tout à l'heure, a été acté par le Conseil d'administration de l'Office le 24 avril 2013 et, j'ai lu le procès-verbal avec beaucoup d'attention, cette relève ou ce départ n'a suscité aucune opposition des deux élus de l'opposition qui étaient présents, c'est-à-dire: M. GABORIAU et Mme TACHENE, Mme BERTHOUT était absente et Mme KUSTER avait donné un pouvoir et son représentant, d?ailleurs, ne s?est en rien opposé à ce départ. De même, le Conseil d'administration de janvier - je ne sais pas si vous y étiez présente, Madame BERTHOUT, parce que je n?ai pas eu le procès-verbal - a été informé des modalités de calcul de cette indemnité en nombre de mois de salaire, en fonction du contrat de travail que détenait M. ROLL et, là aussi, sans que soit soulevée la moindre objection. Ma conclusion est simple : ce processus de relève à la tête de l'Office du tourisme était parfaitement légitime et justifié, la relève a été conduite dans un respect scrupuleux de la gestion des deniers publics et dans la transparence la plus complète, comme tout ce que nous avons fait depuis 13 ans. Merci, Monsieur le Maire.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. Les réponses ont été extrêmement précises, je suppose que vous ne voulez pas y revenir ; si ? Alors je vous en prie, brièvement.

Mme Florence BERTHOUT. - Je n'ai pas eu de réponse sur une question majeure : quand avez-vous eu à connaître d'un éventuel conflit d'intérêts ?

Ma question était extrêmement simple, vous n'y avez pas répondu et je note que verser 14 années de S.M.I.C. vous paraît être un respect scrupuleux des deniers publics, je le regrette.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Madame BERTHOUT, je suis un petit peu surpris du ton de votre interpellation et de ce que vous venez de dire à l'instant, car Bernard GAUDILLÈRE a fait l'effort de vous répondre avec une transparence, une clarté totale. Il n'y a pas, chère Madame, de sujet moral, comme vous dites, et vous qui avez été proche de l'équipe qui m'a précédé, je suis un peu étonné? N'est-ce pas, Monsieur TIBERI ? Elle vous doit beaucoup !

M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - Oh oui !

M. LE MAIRE DE PARIS. - S'il vous plaît ! C'est un sujet sur lequel je veux la plus grande clarté, car, Madame BERTHOUT, cela ne vous va pas bien ce que vous venez de faire. Nous sommes, sur ce sujet, d'une clarté totale.

M. Paul ROLL, comme vous l'avez dit, bon professionnel, et d'ailleurs, les succès de l'Office du Tourisme le montrent, a été pendant 12 ans directeur de l'Office du Tourisme. Ce n'est pas la Ville qui dirige l'Office du Tourisme, mais la Ville y a une influence, notamment à travers votre intermédiaire, vous y êtes.

Deuxièmement, effectivement, la question a été posée de savoir si ces interventions récentes dans des activités touristiques étaient un conflit d'intérêts ou pas.

Ce n'est pas un conflit d'intérêts et Bernard vous a répondu très clairement sur l'autorisation que nous demanderons à la C.A.D.A. pour vous transmettre la consultation d'avocat. Il n'y a pas de prise illégale d'intérêts.

En revanche, le Conseil d'administration de l'Office du Tourisme, avec mon accord, parce que nous sommes partie prenante, a considéré qu'il y avait une sorte de confusion des genres.

Il n'y a pas d'illégalité, il y a, au bout de 12 ans et à travers des prises de participation récentes, réponse à votre question, dans des activités touristiques, le souhait que la situation ne soit pas maintenue. Deuxièmement, sur le montant des indemnités, si vous vous interrogez loyalement, lorsque Bernard GAUDILLÈRE vous répond en disant que vous vous trompez sur les chiffres et que c'est la moitié de ce que vous dites, admettez-le. Ou alors vous n'êtes pas de bonne foi. Madame BERTHOUT, vous n'avez pas la parole, je vous ai écoutée avec beaucoup de patience. Eh bien, Madame BERTHOUT, si vous y tenez, je ne comptais pas, pour la dernière séance, y faire allusion? Madame BERTHOUT, j'ai été 24 ans dans l'opposition et 13 ans Maire de Paris ; pendant ces 13 ans, il y a eu des tentatives de mettre en cause mon honneur ; cela n'a jamais marché, parce qu'il n'y avait pas de base réaliste, réelle, alors vous n'allez pas essayer à la dernière séance ! Ce n'est ni classe ni habile ni opportun. Madame BERTHOUT, cette Ville a une longue histoire, elle n'a pas commencé en 2001. Je ne vous suggère pas d'aller sur un terrain où je pense que vous ne serez pas tout à fait à votre avantage, pas vous personnellement. Mme BERTHOUT a évoqué la déontologie et ce n'est pas la première fois en 13 ans - cela dit, vous n'avez pas eu beaucoup de prétextes -, pour essayer de semer le doute. Cela ne marche pas, cela n'a jamais marché pendant 13 ans, parce que nos actions sont transparentes, honnêtes, de bonne foi, conformes à la légalité, y compris dans le cas de l'Office du Tourisme. Voilà mon dernier mot sur ce sujet ! V - Question d'actualité posée par le groupe U.D.I. à M. le Maire de Paris relative à l'avenir du Grand Paris.

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. POZZO di BORGO pour la question d'actualité du groupe U.D.I. Nous terminerons dans l?ordre et conformément au règlement.

Monsieur le Président POZZO di BORGO ?

M. Yves POZZO di BORGO. - Merci, Monsieur le Maire.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Bertrand DELANOË !

M. Yves POZZO di BORGO. - Bertrand DELANOË !

Alors que vous vous apprêtez, comme beaucoup d'entre nous, à quitter vos fonctions, je considère, et je l?ai dit plusieurs fois, c'est pourquoi je n'ai aucun scrupule à le dire, que vous avez été celui qui a cassé la barrière psychologique du périphérique avec votre adjoint Pierre MANSAT, qui a mis en musique en multipliant cette idée, en multipliant les contacts avec l'ensemble des villes de la périphérie.

Cela s?est traduit par la loi sur la Métropole du Grand Paris qui, de l'aveu même de la Ministre Mme LEBRANCHU qui portait ce projet, a été calée avec vous et cadrée par vos consignes.

Je suis désolé, c'est ce qu'elle a dit ! Je ne vais pas refaire ici le débat du Parlement, mais je pense que mes collègues du Conseil de Paris devraient savoir que nous avons, nous, quelques critiques à faire, ce qui permettra de vous poser une question à la fin de cela. Je vois dans ce texte quelques faiblesses et quelques risques. La faiblesse, c?est d'abord l'absence de simplification. La loi crée une nouvelle superstructure, sans en supprimer aucune. La faiblesse ou les risques, c'est que toutes les compétences se chevauchent et les structures administratives se multiplient dans une sorte de puzzle où les pièces ne s'emboîtent pas. La faiblesse aussi, c'est le flou sur le Grand Paris des taxes et des impôts. La fiscalité des entreprises échappera aux collectivités locales, la révision de la péréquation également nécessitera une plus forte contribution de la Capitale aux différents fonds et la note d'expertise de Paris Métropole avance enfin l'hypothèse d'une hausse significative de la taxe d'habitation pour les Parisiens et une augmentation de 35 % du taux de la contribution financière des entreprises. Le risque aussi, ou la faiblesse aussi, c'est aussi le manque de légitimité démocratique. La désignation du futur président de Paris Métropole n'aura pas cette légitimité du suffrage universel direct. Il semble, d'après moi et d'après les débats que nous avons eus au Parlement, que ce système de gouvernance apparaît déjà obsolète, avant même d'avoir vu le jour, inadapté aux exigences de légitimité démocratique du 21e siècle, inadapté aux besoins de simplification et d'efficacité des villes monde.

Je suis dans l'opposition, donc je suis dans la critique, et ma question pourrait être "Êtes-vous content, Monsieur le Maire, de ce texte ?" mais je ne serai pas grossier à ce point pour vous poser cette question, bien sûr !

En revanche, si vous le permettez, je ne vous poserai pas une question mais je vous demanderai un avis. Alors, je sais que c?est Pierre MANSAT qui va répondre. Je vous demanderai un avis qui vous permettra peut-être de nous répondre, si vous le souhaitez, sauf si c'est Pierre qui répond, de voir "Comment situez-vous Paris dans la logique du Grand Paris de l?avenir ?"

Voilà ! Merci.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Vaste question ! En 3 minutes, Pierre ! Pierre MANSAT ?

M. Pierre MANSAT, adjoint. - Merci, Monsieur POZZO di BORGO, d?ouvrir un débat aussi important en cette fin de séance. Je répondrai peut-être en deux points simplement. Tout d'abord, vous l'avez souligné, mais c'est bien la vision de Bertrand DELANOË de la place de Paris dans son ensemble qui a modifié radicalement le débat autour de la gouvernance de la Métropole du Grand Paris. C'est bien l'idée énoncée dès 2001 qu'il fallait que se joue un nouveau rapport, un nouvel investissement de Paris dans la relation avec la banlieue et que l'avenir de Paris était lié à cette évolution. C'est ce qui est en train de se passer avec le projet de loi qui met en place la Métropole du Grand Paris. Le travail est devant nous. La mission de préfiguration va se mettre en place au lendemain des élections municipales et nous aurons deux ans d'un travail extrêmement exigeant des élus parisiens, avec l'ensemble des élus, de Gauche et de Droite, de la métropole pour bâtir cette métropole qui verra le jour au 1er janvier 2016. Pour répondre peut-être avec une note optimisme sur votre interrogation, je crois que c'est "l'exemplarité", entre guillemets, de Paris qui va jouer un rôle extrêmement important dans la dynamique autour de cette métropole. Exemplarité de Paris liée à son dynamisme, son dynamisme démographique par exemple, son dynamisme économique, son dynamisme dans le domaine de l'innovation et des nouvelles technologies, son dynamisme en matière de logement, grâce à sa capacité et sa volonté, dans des conditions parfois difficiles, de réaliser les logements dont les habitants ont besoin. Je pense que c'est cette dynamique-là qui va permettre à Paris de s'inscrire de façon tout à fait optimiste dans le développement du Grand Paris.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Pierre MANSAT. C'est vrai que, pendant ces 13 ans, Pierre MANSAT a été particulièrement efficace pour changer l'état d'esprit. Nous avons pu nouer des coopérations avec nos voisins, de Droite comme de Gauche d'ailleurs, et franchir un certain nombre d'étapes. Il y a eu d'abord la Conférence métropolitaine, puis Paris Métropole qui avait imposé sa légitimité à tous les gouvernements d?ailleurs. Je veux d'ailleurs, à cette occasion-là, puisque, Monsieur POZZO di BORGO, vous n'avez pas demandé à rebondir, je veux rendre hommage aux pionniers de Paris Métropole parce qu?il y en avait de Droite et de Gauche. Il y avait le maire de Nogent-sur-Marne, il y avait le maire de Sceaux, mais aussi, bien sûr, le maire de Cachan et bien d'autres, je ne vais pas tous les citer, le maire des Lilas. C'est une poignée d'une quinzaine de personnes, élues de l'agglomération parisienne, fédérées par Pierre et avec beaucoup, beaucoup de volonté et de conviction. Il y aura d'autres étapes, Monsieur POZZO di BORGO. C'est normal. Là, il y a cette loi. Il y a cette loi et la Métropole naîtra le 1er janvier 2016. Elle aura? Nicolas SARKOZY a joué son rôle et je n'ai pas osé le dire, Monsieur LEGARET, je vais vous dire pourquoi : parce que Nicolas SARKOZY a rendu hommage à l'existence de Paris Métropole et à son travail. Comme cela passait à l'époque comme un compliment qu'il me faisait, je ne voulais pas le souligner, mais merci de m'avoir obligé à le faire.

Mais ce que je peux dire, Monsieur LEGARET, puisque vous y tenez, c'est qu'en matière de gouvernance, je me souviens aussi que Nicolas SARKOZY avait dit : "Bon, il y a Paris Métropole qui fait avancer les choses, mais je n'irai pas plus loin en matière de gouvernance." C'est donc bien le Président François HOLLANDE, et ce gouvernement, et cette Majorité parlementaire, qui ont permis de passer une autre étape.

Vous me demandiez un avis, Monsieur POZZO di BORGO. Je pense qu'il faudra que tous les élus de mars, de Droite comme de Gauche, de toutes les collectivités de l'agglomération parisienne, travaillent avec beaucoup d'attention sur la période transitoire. Entre avril 2014 et le 1er janvier 2016, il y a beaucoup de choses à faire, à régler pour que ce 1er janvier 2016 soit vraiment un moment de démarrage fédérateur de toutes les énergies.

Et puis, parce que c'est cela la loi du temps, je pense qu'il y aura au fur et à mesure des évolutions qui se feront.

Commençons par cette étape-là qui est le prolongement naturel de l'étape que vous avez saluée vous-mêmes, de ce travail de 13 ans. Après, certainement que la Métropole, telle qu'elle est définie dans la loi aujourd'hui, n'est pas un aboutissement pour dans 30 ans. Sachons accomplir des progrès positifs au fur et à mesure. En tout cas, ce dossier aussi, cher, Monsieur POZZO di BORGO, n'est pas dans le même état qu'en 2001. Et sans doute, et là aussi, je veux être honnête, cela doit beaucoup à certains de Droite, et à certains de Gauche. Le Grand Paris est en marche, tant mieux parce que c'est un enjeu majeur de notre temps pour servir mieux nos concitoyens. VI - Question d'actualité posée par M. Jean-François MARTINS à M. le Maire de Paris relative aux investissements étrangers à Paris.

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Jean-François MARTINS.

M. Jean-François MARTINS. - Monsieur le Maire, alors que le climat économique et social national reste dégradé, nous savons qu'à Paris, comme ailleurs, la croissance et l'emploi ne reviendront qu'à condition que reviennent l'investissement et la confiance. Si le taux de chômage à Paris demeure plus faible que la moyenne nationale, il n?en reste pas moins que nous devons faire toujours plus, sans relâche, pour créer des emplois, de l'activité, car il en va de notre responsabilité de Ville, évidemment, mais aussi de Métropole et, encore plus, de Capitale. A ce titre, les investissements internationaux sont un indicateur clé de la confiance des acteurs économiques dans Paris et de l'attractivité de notre ville, mais plus qu'un indicateur économique, c'est aussi un marqueur global du rayonnement culturel de Paris, de la qualité de ses équipements publics, de ses infrastructures et de ses talents. Nous sommes dans cette compétition des investissements étrangers à travers le monde, en compétition contre Londres, New York, Berlin, Pékin et aussi Shanghai qui ont d?autres atouts.

La course, vous le savez, Monsieur le Maire, ne se fera pas uniquement sur la question du coût du travail mais de la qualité de nos universités, de nos incubateurs, de la créativité des Parisiens, de la qualité également de nos infrastructures publiques, de nos infrastructures de transport en commun, qui font aussi partie des raisons pour lesquelles les investisseurs choisissent Paris.

Ces investisseurs internationaux, en plus de participer au nécessaire développement économique de la métropole, nous permettent d'avoir une ville dynamique et solide capable d'assumer financièrement ses missions de solidarité et l'aménagement ambitieux de notre ville.

Ainsi, j'ai lu, comme vous probablement, Monsieur le Maire, l?étude réalisée par Paris Capitale Économique et KPMG sur les investissements internationaux en 2013, qui annonce que Paris réalise la meilleure progression dans les grandes capitales mondiales, devançant même à ce titre Pékin, sur les investissements en particulier "greenfield", c'est-à-dire ceux qui créent de la valeur et de l'emploi.

Paris représente même désormais 50 % des investissements étrangers en France. Ma question est donc simple, Monsieur le Maire, et je veux aussi vous la poser comme l'un des benjamins du Conseil de Paris, car elle concerne notre avenir, l?avenir de Paris et sa place dans le monde.

Quelles sont les tendances de l?investissement à Paris, dans la métropole, sur lesquelles nous pouvons compter pour imaginer l'avenir ? L'attractivité actuelle de Paris nous permettra-t-elle de rester une place économique et culturelle d'envergure mondiale ?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. La parole est à M. Christian SAUTTER.

M. Christian SAUTTER, adjoint. - Monsieur le Maire, je remercie M. MARTINS de me donner la possibilité de souligner que, dans le ciel assez contrasté de l'investissement étranger en France, il y a un coin de ciel bleu, et ce coin de ciel bleu, c'est Paris.

C'est ce que confirme l'étude annuelle de KPMG que M. MARTINS a citée, qui est nourrie de données du "Financial Times", donc personne ne peut les contester parce qu'elles sont anglo-saxonnes, étude qui a été publiée le 6 février par Paris Ile-de-France Capitale Économique, dont chacun sait que le président est l'ancien responsable de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris.

Effectivement, Paris a gagné trois places, de la dixième à la septième place, entre 2012 et 2013. Paris occupe fermement la première place dans la zone euro. Le nombre de projets est en hausse. Il était de 108 projets en 2012. Il est passé à 119 projets en 2013. Donc ce n'est pas une érosion, c'est un progrès qui continue alors qu'il faut le souligner, sur l'ensemble de l'Europe de l'Ouest, l'investissement étranger a baissé de 5 %. C'est un fait, M. MARTINS y a fait allusion, que Paris attire les sièges sociaux, les centres de décision, les centres de recherche et que le pari fait sur l'innovation donne des effets extrêmement concrets pour tout ce qui concerne les industries de la connaissance. Je donnerai rapidement une autre preuve, l'activité de Paris Développement. Chacun connaît cette association au conseil de laquelle siègent des conseillers de la majorité comme de l'opposition. C'est une association dont la vocation exclusive est de prospecter et d'accueillir des investissements étrangers en liaison avec l'Agence française des investissements internationaux et l'Agence régionale de développement. Eh bien, l'an dernier, 65 projets ont été accompagnés et réussis grâce à Paris Développement ; ils étaient 61 en 2012. Quelques exemples pour illustrer cette attractivité. Uniquement pour l'an dernier, la troisième banque chinoise, l?Exim Bank, est arrivée à Paris. China Telecom est arrivée à Paris. Microsoft a créé son accélérateur pour incuber des jeunes pousses. Twitter s'est installée à Paris. Une chaîne allemande d?hôtels, Motel One, va construire un hôtel porte Dorée. Une chaîne britannique, Generator Hostels, va construire une auberge de jeunesse assez particulière de 900 lits place du Colonel-Fabien. Pour conclure, je citerai un industriel indien qui m'a parlé de "la nouvelle vibration de Paris". Je remercie tous ceux, et je le fais brièvement, qui ont contribué à ce bel effort et je souhaite un bel avenir à Paris et à son attractivité.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, nous avons terminé l'ordre du jour de cette séance. Nous sommes donc en train, les uns et les autres, de vivre les derniers instants, non pas de cette mandature, mais des séances du Conseil de Paris. Je le dis parce que je veux rappeler à tous que le mandat s'arrête le 30 mars et que nous avons une tâche à accomplir jusqu'au bout. C'est particulièrement vrai pour l'Exécutif. Et je veux rappeler aux adjointes et aux adjoints que, jusqu'au 30 mars, il y a du travail et que j'attends de vous, les Parisiens attendent de vous, que vous soyez à votre tâche jusqu'au dernier instant. Et même nous tous, les élus, si nous n'avons pas de fonctions exécutives, nous avons à exercer notre mandat dans la loyauté vis-à-vis de ceux qui nous ont envoyés ici jusqu'au 30 mars. Il se trouve que c'est bien là la dernière séance du Conseil municipal et du Conseil général de Paris. Je voudrais vous dire à toutes et à tous, de la majorité comme de l'opposition, que je suis fier de vous. Non pas que nous partagions tous les mêmes convictions, ce serait dommage. Nous avons été ensemble, pendant ces six ans, la démocratie à Paris. Certes, ce matin, il y avait un petit peu moins de polémique, un peu plus de sourire qu'à d'autres séances, mais toutes les séances ont été utiles aux Parisiens. Il n'y a pas une élue, un élu de Paris qui n'ait été utile aux Parisiens. Nous sommes dans une période de crise, de crise économique, sociale, de crise démocratique, de crise des valeurs parfois. La société a besoin de notre exigence démocratique. Elle a besoin de notre diversité. J'ai connu cette Assemblée lorsque l'opposition était très faible. Et je pense que c'est mieux quand l'opposition existe, qu?elle est elle aussi exigeante et tonique, c'est plus sain. Et la démocratie parisienne s'en porte mieux. Faites le bilan de ces six ans, je vous fais confiance, dans la campagne électorale aux uns et aux autres, vous n'en aurez pas la même vision. Mais quand même, il me semble bien qu?il y a 125.000 Parisiens de plus. Il me semble bien qu?il y a 16.000 familles de plus. Il me semble bien qu?il y a 31.000 jeunes de plus, ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'INSEE.

Il me semble aussi qu'il y a des éléments qui tiennent à la situation économique et sociale : le taux de chômage a changé, et a vraiment pris un autre cap en 2006, Paris compte 82.000 entreprises supplémentaires, c'est ce que dit KPMG.

Après, on peut contester. Peut-être n'était-il pas justifié de faire 70.000 logements sociaux supplémentaires ou 10.500 places en crèche. Cela, c'est le débat, mais les faits sont là !

Chers collègues, de la majorité comme de l'opposition, je vais vous dire quelque chose que je ressens profondément.

Vous avez tous été fidèles au mandat que vous avez reçu des électeurs. Ici, il y a bien sûr des élus de toutes les tendances : ce sont toutes les opinions des Parisiens. Et chacune et chacun est représentatif d'une part de la conviction de Paris. C'est pourquoi il est si important que chacun soit respecté car, que l'on soit dans la majorité ou dans l'opposition, on représente une part de la légitimité, de la représentativité, du peuple de Paris. Je veux de ce point de vue vous dire à toutes et à tous que vous avez fait honneur à Paris, y compris quand je ne partage pas du tout vos convictions. Vous avez été fidèles à ce que vous avez exprimé lors des élections municipales de 2008. Et je veux donc vous en donner acte et vous dire aussi, parce que jusqu'au 30 mars, j'ai une certaine légitimité de Maire de Paris, je veux vous redire que je suis fier de vous parce que vous êtes fidèles aux convictions que vous avez présentées aux Parisiens. Et puis je veux vous dire un dernier mot. C'est aussi pour certains d'entre nous la dernière séance du Conseil de Paris.

Certaines et certains, je le vois bien, à droite, à gauche, vivent leurs derniers instants? de Conseillers de Paris ! - moi qui me plains que certains papiers aient un petit côté nécrologique, si j'y apporte ma contribution... - leurs derniers instants de Conseillers de Paris, et je pense, y compris parce que j'ai échangé avec certaines et certains d'entre vous sur le sujet, que c'est un moment fort et tout à fait respectable.

Je pense que nous sommes tous imparfaits. Nous avons tous fait de notre mieux, mais nous avons tous cherché à servir l'intérêt général. Et quel que soit le groupe politique auquel nous appartenons, je suis sûr que servir Paris, représenter Paris, ce sera tout au long de notre vie des moments auxquels nous penserons avec beaucoup d'affection et beaucoup de gratitude. Justement, je veux vous dire qu'en ce moment précis, parce que je vais pour la première fois, depuis l'âge de 26 ans ne plus être élu de Paris - je suis rentré ici en 1977 avec mon ami Daniel VAILLANT, nous étions les deux plus jeunes parmi les hommes, il y avait une femme communiste du 18e qui était plus jeune que nous - et à ce moment précis, je pense à tous les collègues que nous avons eus, tous ceux qui ont voulu servir Paris. Vous ne m'en voudrez pas de saluer avec beaucoup de respect mes deux prédécesseurs, Jacques CHIRAC et Jean TIBERI. Je tiens aussi à saluer deux personnes avec qui nous avons été en compétition, mais qui ont défendu leur vision de Paris, avec tout à fait honorabilité et de manière tout à fait valable par rapport à leurs convictions, je veux saluer M. Philippe SEGUIN et Françoise de PANAFIEU. Enfin, chers amis, qu'est-ce qui reste de tout cela ? Je n'ai aucune nostalgie, aucune tristesse, j'ai plein de joie dans le c?ur parce que c'est Paris. Parce que cette ville mérite tous les enthousiasmes, mérite tous les élans d'amour, mérite de travailler, mérite que l'on donne tout. C'est une ville qui mérite vraiment qu'on aime son histoire, que l'on sache se rassembler aussi parfois. Vous avez vu comment nous avons su nous rassembler souvent tous, à l'unanimité, pour commémorer ou pour célébrer l'âme de Paris, l'histoire de Paris. Tout à l'heure, nous évoquions la commémoration de la Grande guerre de 14-18. Chaque année, chaque 25 août, quel moment d'unité de la société parisienne ! Et ce 70e anniversaire en 2014, je suis tellement heureux que vous ayez accepté qu'on le prépare tous ensemble de manière consensuelle. Je ne sais pas qui sera à ma place - en tout cas, ce ne sera pas moi ! - mais il y aura un 25 août 2014 et il doit être beau, il doit être grand, il doit être dédié à la jeunesse. Il doit être dédié aux valeurs que nous ont transmises les héros de la Libération de Paris. Ils étaient de toutes les couleurs, de toutes les religions, de toutes les opinions politiques, de toutes les générations, de toutes les composantes sociales. Ils étaient Paris. Nous sommes tous également leurs héritiers. Voilà, chers collègues, je veux terminer en vous disant ma gratitude immense vis-à-vis de tous les personnels de la Ville. Toutes et tous méritent notre respect, notre considération, notre gratitude. Ils font vivre la cohésion de la société parisienne, c'est eux qui font qu'il y a un service public, un service public qui fait le lien entre tous les Parisiens. Et ma dernière pensée, je veux qu'elle soit évidemment pour les Parisiennes et les Parisiens. Ils m'ont fait l'immense honneur de me faire confiance en 2001, en 2008. Je crois que je n'ai jamais rien reçu de plus grand, de plus noble et de plus exigeant : être le Maire des Parisiens, être le Maire de tous les Parisiens. Je comprends que cela suscite de l'ambition. Et l'ambition est un sentiment noble, quand il s'agit de donner, quand il s'agit de servir Paris. Et enfin, oui, dans cet instant qui n'est pas conclusif, car il ne sera conclu qu'après les élections des 23 et 30 mars, mais dans ce moment qui nous réunit, je le sens, où nous sommes unis et en harmonie grâce à Paris, je veux que nous dédiions tous nos sentiments, toute notre gratitude, toute notre considération à celles et ceux qui nous ont fait ce que nous sommes, c'est-à-dire les citoyennes et les citoyens de Paris.

(Longs applaudissements).