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Mai 2014
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I - Question d'actualité posée par le groupe UMP à Mme la Maire de Paris relative à la Samaritaine.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2014


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je vérifie que le groupe UMP est présent, vous posez la première question d?actualité. Monsieur LEGARET, vous avez la parole.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Madame la Maire, mes chers collègues, la Samaritaine, vaste paquebot échoué en plein c?ur de Paris nécrosant tout le commerce environnant, vient de subir un nouvel et grave avatar : 70.000 mètres carrés, 460 millions d?euros de budget, plus de 2.000 emplois à la clé se trouvent paralysés par la décision, aussi inattendue qu?inédite, du Tribunal administratif de Paris qui, le 13 mai dernier, a annulé le permis de construire délivré par la Mairie de Paris.

C?est la première fois que, de manière aussi subjective, les magistrats qui doivent juger en droit se sont prononcés sur des critères purement esthétiques. En résumé, le projet de l?agence "Sanaa", pourtant lauréate du très prestigieux prix Pritzker 2010, est jugé trop moche pour son environnement monumental.

Comment en est-on arrivé à cette situation aberrante ?

D?abord, parce que le Plan local d?urbanisme, notre célèbre P.L.U. accouché dans la douleur en 2006, est aussi confus que mal rédigé. Puisque ce sont ses termes mêmes qui ont permis ce jugement et ce, malgré une révision partielle en 2010, qualifiée en interne d?"amendement Samaritaine", qui n?avait d?autre projet que de faciliter le projet phare porté par le groupe LVMH. Pardon de dire les choses crûment mais je pense qu?on est là pour se parler.

Voilà le résultat affligeant d?une très mauvaise approche de la Mairie de Paris sur la place de l?architecture contemporaine dans notre ville. Place d?ailleurs bien controversée.

Qu?on en juge par les sorties intempestives et malheureuses de Bertrand DELANÖE au sujet des tours, seul remède, selon lui, pour faire face à la crise de la construction à Paris.

Qu?on en juge à proximité immédiate sur le site des Halles par le résultat plus que contestable des choix architecturaux du Maire de Paris.

Qu?on en juge dans le 15e arrondissement par le projet de la tour Triangle.

Est-ce là votre contribution à la création architecturale contemporaine dans notre ville ?

En ce jour, Madame la Maire, où vous soumettez à notre Assemblée une charte de déontologie, que dire du rôle d?un maire d?arrondissement appartenant à votre majorité, en situation manifeste de confusion, voire de conflit d?intérêt ?

Aujourd?hui deux questions se posent. La première, il est vrai, ne relève pas des prérogatives municipales : quel sera le jugement en appel des juridictions administratives ? Mais la deuxième nous concerne : la Mairie envisagerait une nouvelle révision partielle du P.L.U., un deuxième "amendement Samaritaine" en quelque sorte. Dans quel but et pour aboutir à quoi ? A renoncer à une création architecturale contemporaine ou, a contrario, à faciliter, par dérogation au principe général du P.L.U., un tel projet ?

Par ailleurs, quelles dispositions comptez-vous mettre en ?uvre pour faire taire les soupçons de bienveillance particulière de l?Exécutif parisien à l?égard de ce projet ? Et préciser le rôle d?un maire d?arrondissement, élu socialiste, très mal élu par ailleurs, mais très concerné par les règles de déontologie que vous prétendez attendre des élus parisiens.

Sur ces points, Madame la Maire, vous devez une réponse.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. MISSIKA, pour vous répondre.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Vous aviez bien commencé votre intervention, et je partageais pour l?essentiel votre analyse sur la décision et l?interprétation qu?il faut faire de la décision du Tribunal administratif. Vous la terminez moins bien, cher Monsieur LEGARET.

D?abord, je voudrais vous dire que c?est une surinterprétation, et même une interprétation erronée du P.L.U., qui, à mon sens, a conduit le Tribunal administratif à prendre la décision qu?il a prise. Je voudrais juste vous citer un extrait des attendus du jugement.

Je cite le Tribunal, le juge : L?homogénéité de l?ensemble est assurée par l?emploi de la pierre de taille en façade - il parle du tronçon concerné - par un même traitement des toitures en pente, en ardoise ou en zinc, par une unité de registre décoratif, notamment ceux des fenêtres et des balcons, et par une relative régularité des volumes. Que si des façades d?immeubles voisins de la Samaritaine comportent des éléments disparates, voire peu heureux, la cohérence d?ensemble du tissu urbain de la section commerciale et populaire de la rue de Rivoli a globalement été respectée. Et le juge considère que la façade de l?agence "Sanaa", qui effectivement a obtenu le prix Pritzker, qui est l?équivalent du prix Nobel pour l?architecture, que cette façade en verre est dissonante.

Juste un mot sur le P.L.U. Le P.L.U. dit : l?objectif recherché ne doit pas pour autant aboutir à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche. Ainsi l?architecture contemporaine peut prendre place dans l?histoire de l?architecture parisienne. Excusez-moi, mais les attendus du jugement du Tribunal administratif laissent le choix aux architectes entre l?imitation et le pastiche. Il n?y a aucune possibilité, vu la définition qu?ils donnent de ce que doit être une insertion harmonieuse, il n?y a aucune autre possibilité que le pastiche. Ce qui est exactement contraire à ce qui est écrit noir sur blanc dans le Plan local d?urbanisme. Donc je suis vraiment désolé, je ne vois pas quel est le rapport entre la première partie de votre intervention et la seconde partie de votre intervention. D?ailleurs, il y a eu une levée de bouclier de tous les experts, de tous les architectes, même l?Académie d?architecture a lancé une pétition sur ce sujet-là, pour dire que, si jamais les principes qui s?opposaient dans ce jugement étaient appliqués, il serait impossible, rigoureusement impossible, de faire de l?architecture contemporaine à Paris. Bien évidemment, je voudrais juste quand même préciser une chose qui me paraît essentielle, c?est que la demande d?harmonie, qui est tout à fait légitime, est compatible avec la notion de dissonance. C?est au nom de la dissonance que le juge a cassé l?arrêté. Mais la dissonance en musique ou dans les Beaux-Arts ou dans l?architecture fait partie de l?harmonie. Si jamais il n?y avait pas d?acte de dissonance en matière architecturale, jamais le centre Pompidou n?aurait pu être construit à proximité du Marais, jamais la Pyramide du Louvre n?aurait pu dialoguer avec le Palais du Louvre, et même jamais la Tour Eiffel n?aurait pu dialoguer avec l?Arc de Triomphe. Excusez-moi mais le P.L.U. est extrêmement précis dans sa formulation et il est précis dans le sens où il autorise les gestes de rupture architecturale qui permettent le dialogue entre les siècles, qui permettent le dialogue entre les architectures. Si nous continuons dans la direction tracée par le Tribunal administratif, il sera tout simplement impossible de construire à Paris de l?architecture contemporaine. On sera dans une espèce de ville musée, voire même de mausolée haussmannien, et ce serait tout à fait détestable. Je souhaite, mais je ne peux rien faire d?autre que souhaiter car cela relève de la décision du Conseil d?Etat, que cette décision du Tribunal administratif soit remise en cause par le Conseil d?Etat. Quant à votre mise en cause du maire du 4e arrondissement, elle est particulièrement malvenue et malveillante. Elle n?a aucun sens. Il s'est toujours tenu à l'écart de toutes les délibérations qui ont été votées à propos de la Samaritaine ou du bâtiment du bois de Boulogne. Si vous vouliez interdire aux gens qui sont élus au Conseil de Paris de travailler dans le secteur privé, vous ne vous y prendriez pas autrement.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Jean-Louis MISSIKA.

Avant de vous redonner la parole, je voudrais dire que ce genre de mise en cause est vraiment étonnant et vraiment malvenu dans ce lieu.

Vous dites vous-même : comment arrêter cette rumeur sur l'amalgame ? La meilleure façon d'arrêter une rumeur, c?est de ne pas l'alimenter soi-même. Je vous propose donc à la fois de retirer ces propos désobligeants par rapport à un collègue qui fait son travail honnêtement et qui le fait en séparant bien les choses. Vos commentaires sur "bien élu, mal élu", bon, je vous les laisse, mais je les trouve assez peu délicats.

Quant au projet de la Samaritaine, je souhaite vraiment, comme l'a dit Jean-Louis MISSIKA, que nous soyons entendus en appel par le Conseil d'Etat pour que l'architecture contemporaine ait sa place à Paris, dans les conditions qui sont celles qui sont proposées sur la Samaritaine.

Vous avez évoqué des sujets comme par exemple les Halles en parlant du "projet du Maire de Paris". Je rappelle ici, pour les collègues qui seraient nouveaux dans cette Assemblée, que le projet de Canopée des Halles, avait été jugé à l'unanimité du jury (je crois que vous y participiez vous-même) pour sa qualité architecturale. Chacun peut réécrire l'histoire s'il le souhaite, mais les faits sont têtus. Vous voulez ajouter un mot ?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Madame la Maire, le meilleur moyen d'entretenir la rumeur et les amalgames, c?est de ne pas répondre aux questions. J'ai posé en réalité deux questions dans ma question, c'est peut-être une de trop, mais je n'ai pas envie de retirer celle que vous jugez en trop. La première question, c?est effectivement de s'interroger sur le fondement et la logique?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vous ne reposez pas votre question, vous répondez à ce que l'on vient de vous dire, cela figure dans le règlement.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - J'ai droit à deux minutes de réplique, je n?en abuserai pas, Madame la Maire.

C'est effectivement une décision très inattendue, je l'ai dit, je crois que Jean-Louis MISSIKA partage effectivement ce point de vue.

La deuxième question, vous savez ce que c?est qu?une question d'actualité ? C'est une question qui est liée à l'actualité et aux informations que donne la presse. Vous ne pouvez pas ignorer que, quand on parle de la Samaritaine aujourd'hui, on évoque, avec des intentions plus ou moins malveillantes, le fait que le Maire de Paris lui-même et un maire d'arrondissement ont joué les bons samaritains. Il vous appartenait aujourd'hui de répondre de façon nette, précise à ces questions et d'apporter de bonnes réponses. C'est manifestement ce que vous n'avez pas envie de faire et, cela, je le regrette profondément.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur LEGARET, tout ce qui se fait dans cette instance est sous le regard du droit ; d'abord des Préfets qui peuvent déférer lorsqu'il y a une illégalité dans ce qui se fait ici, ensuite des tribunaux.

Si vous aviez jugé bon de saisir les tribunaux pour qu?une quelconque irrégularité liée au rôle du Maire de Paris et au rôle du maire du 4e, qui n'était pas maire du 4e à l'époque, soit jugée, vous pouviez le faire. Je vous laisse vraiment à la propagation de ce type de rumeurs, elles ne grandissent pas, en général, ni la démocratie ni celles et ceux qui alimentent ce type de propos.

Je vous propose de passer à la question suivante.