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Mai 2014
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2014 DEVE 1008 - Dénomination "Elsa Triolet" de l'allée nord-sud du jardin Nelson Mandela, rue Berger (1er).

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2014


 

Mme Myriam EL KHOMRI, adjointe, présidente. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DEVE 1008 relatif à la dénomination "Elsa Triolet" de l?allée Nord-Sud du jardin Nelson Mandela, rue berger dans le 1er arrondissement. La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Merci, Madame la Maire.

Une petite minute de poésie pour finir ce premier Conseil de Paris en ce qui me concerne. 

"Il ne nous est Paris que d?Elsa", pourrait-on dire en paraphrasant Aragon. Si cet immense poète a donné ce titre à l?un de ses livres, c?est bien que dans son imaginaire, Elsa et Paris ne faisaient qu?un, tout comme Elsa a hanté aussi Grenade et Moscou. C?est à Paris qu?ils se sont rencontrés dans la salle enfumée de la Coupole à Montparnasse. Il écrira plusieurs années après leur rencontre : "Que serais-je sans toi qui vint à ma rencontre, que serais-je sans toi qu?un c?ur aux bois dormant". C?est à Paris qu?il vendait les bijoux qu?elle créait la nuit. C?est à Paris qu?elle a écrit son premier roman en français "Bonsoir Thérèse". C?est à Paris qu?elle a reçu le prix Goncourt, première femme à être ainsi honorée.

De la rue du Château à l?atelier de la rue Campagne première, de la rue de la Sourdière à la rue de Varenne, du marbre de "L?humanité" rue du Faubourg Poissonnière au 120 rue Lafayette, comme devant le carrefour de Châteaudun, ses pas résonnent encore sur le bitume parisien.

Si russe et pourtant si parisienne, si "sorcière" et si midinette parfois, elle est de ces femmes qui ont marqué la littérature du XXe siècle. N?oublions pas non plus qu?elle a aussi usé les fauteuils de l?Opéra et de la Comédie Française, qu?elle a chroniqué entre autres les spectacles de Renaud-Barrault et les concerts de Johnny HALLIDAY, elle a été de tous les rendez-vous parisiens. Ses chroniques théâtrales faisaient date.

Elle a été de tous les combats pour la culture, pour le livre avec le comité national des écrivains, pour les Rosenberg, pour la paix. Elle a été de toutes les batailles aux côtés du peuple vietnamien et dans toutes les luttes anticoloniales, comme elle s?était engagée dans la Résistance, seule décoration qu?elle a acceptée. A la fin de sa vie, elle n?hésita pas à intervenir en faveur des dissidents soviétiques.

Alors "écoutez voir", avant que "le rossignol ne se taise à l?aube", jamais au "grand jamais", quand vous passerez devant "le monument", en allant au "rendez-vous des étrangers", vous ne vous comporterez en "inspecteur des ruines" dans une tenue de "camouflage", dégustez plutôt "des fraises des bois" ou achetez des "roses à crédit", en vous dirigeant vers feu "Lunaparc", n?ayez pas "mille regrets", ne soyez pas dans les "manigances", ne pensez sur cette belle allée surplombant les Halles qu?à Paris, au Paris de Louis et Elsa.

Permettez-moi ce dernier clin d??il, cette dernière citation que j?ai fait mienne : "Le ménage du monde est comme celui d?un logement, il faut recommencer tous les jours". N?est-ce pas ce que nous tentons de faire chaque jour ?

Mme Myriam EL KHOMRI, adjointe. - Merci à vous. Pour un premier conseil ! Je donne la parole maintenant à M. LEGARET, maire du 1er arrondissement.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Merci, Madame Raphaëlle PRIMET, qu?il soit permis en cette fin de séance de parler d?amour et de poésie.

Je voudrais bien entendu me féliciter de cette proposition de dénomination honorant Elsa Triolet dans le jardin Nelson Mandela, mais je voudrais rappeler que, jusqu?à sa transformation radicale, le jardin des Halles portait le nom de grands poètes français : Louis Aragon, André Breton, Paul Eluard, Saint-John-Perse, Federico Garcia Lorca, Pierre Emmanuel. Avec ces travaux?

Comment ?

Blaise Cendras, merci Jacques BOUTAULT, c?est important.

Et la transformation du jardin a supprimé ces allées. On a attribué un nom d?une rue ailleurs à Paris à Louis Aragon. J?ai regretté qu?on ne garde la place, en quelque sorte, mais j?aimerais poser la question de la restitution de dénomination de rues. On le fait pour Saint-John-Perse, c?est bien. Mais Blaise Cendras, André Breton, Paul Eluard, Federico Garcia Lorca, ce sont des noms importants et j?aimerais que l?on se pose la question. Quant à Elsa Triolet, j?ai souhaité et on a d?ailleurs émis un v?u au Conseil du 1er arrondissement? C?est vrai que matériellement j?aurais dû le transformer en v?u au Conseil de Paris, je suis un peu fautif, mais normalement les v?ux qui sont adoptés au Conseil d?arrondissement devraient être pris en compte par le Secrétariat général du Conseil. Ce v?u disait simplement que nous aurions souhaité et nous suggérons que la dénomination de cette allée dans le jardin des Halles porte le nom de Louis Aragon et Elsa Triolet, parce que leur aventure est une grande aventure amoureuse, politique, littéraire, fusionnelle et que cette dénomination commune avait d?autant plus de sens qu?ils ont habité ensemble à proximité dans le 1er arrondissement, rue de la Sourdière. J?ai d?ailleurs eu l?honneur il y a quelques années d?apposer une plaque sur la maison de Louis Aragon et Elsa Triolet. Même s?il est encore un peu tard, je redépose, Madame la Maire, cette proposition de dénomination Louis Aragon et Elsa Triolet pour cette dénomination dans le jardin Nelson Mandela. Je vous remercie.

Mme Myriam EL KHOMRI, adjointe, présidente. - Merci. Pour répondre, la parole est à Mme Catherine VIEU-CHARIER.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - Madame la Maire, Monsieur le Maire, mes chers collègues, pour ce qui concerne votre première préoccupation, à savoir la "disparition" des noms des poètes qui étaient sur les jardins des Halles - je parle sous le contrôle de ma collègue Colombe BROSSEL - ces noms ne disparaissent pas de Paris. Ils sont attribués dans d?autres lieux et nous suivons ce dossier de façon extrêmement précise. Je pense à Federico Garcia Lorca, il y a notamment des lieux qui ont retrouvé le nom de ces poètes. Mais nous vous ferons un point précis sur cet état des lieux, parce qu?il est bien entendu qu?il n?est pas question que les noms des poètes disparaissent.

La deuxième chose, j?entends bien votre demande à l?égard de Elsa Triolet et Louis Aragon, mais voilà, il y a un parti pris aussi dans le fait qu?Elsa Triolet n?était pas la femme de, mais une vraie femme littéraire, une vraie femme politique, une grande femme, une grande dame, qui avait connu une vie avant Aragon et qui était tout à fait indépendante dans sa création. Je trouve cela important que les femmes puissent avoir un lieu en tant que tel, parce qu?elles sont créatrices, elles sont écrivaines, elles sont peintres, et quelquefois résistantes aussi. Souvent on nous dit - j?en sais quelque chose parce que pendant six ans j?ai eu ce problème à régler - on aimerait mettre le mari de madame untel ou l?épouse de.

Je comprends bien l?association. Quelquefois elle est importante parce que les choses se sont faites vraiment ensemble, mais là je trouve qu?Elsa Triolet est vraiment une femme qui a agi, écrit et milité de façon extrêmement indépendante. Par exemple, elle a assisté en 1946 au procès de Nuremberg, elle a été très importante dans le rapport qu?elle a fait dans les "Lettres françaises" sur ce procès de Nuremberg mais c?était elle et pas Louis Aragon.

Ensuite, elle est intervenue pour faire traduire et paraitre en France le roman de Soljenitsyne, "Une journée d?Ivan Denissovitch". C?est la même chose, c?était elle. Puis elle a exprimé sa critique du stalinisme en 1957, notamment dans une ?uvre qui s?appelle "Le monument" et là aussi c?était vraiment elle, de façon très forte. Donc elle a porté des choses qui étaient véritablement, de façon propre, sans que Louis Aragon ait à intervenir, bien qu?ils vivent ensemble, bien qu?ils s?aiment et qu?ils soient extrêmement liés dans la vie. Voilà pourquoi, même si elle est considérée comme la muse d?Aragon, il serait souhaitable qu?un lieu lui soit donné en propre, comme celui d?une femme de conviction qui a aidé à l?émancipation humaine et qui a été une créatrice à part entière. J?espère que j?ai répondu à votre question, Monsieur LEGARET.

Mme Myriam EL KHOMRI, adjointe, présidente. - Merci.

Un mot ?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je regrette quand même que Louis Aragon soit si loin. J?aurais aimé que l?on trouve une dénomination.

Je comprends la réponse, qui est assez bonne, mais si on avait pu les rapprocher, ce serait un assez beau symbole : "est-ce ainsi que les hommes vivent et leurs baisers, au loin, les suivent comme des soleils révolus ?"

Mme Myriam EL KHOMRI, adjointe, présidente. - Madame VIEU-CHARIER, on finit sur l?amour, allez-y !

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - Je suis quand même très sensible à votre demande, Monsieur LEGARET, et j'ai une proposition à vous faire : ce serait celle d'apposer une plaque là où ils ont vécu en mettant leurs deux noms.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - C'est déjà fait !

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - C?est déjà fait ?

Mme Myriam EL KHOMRI, adjointe, présidente. - Il y aura peut-être une autre proposition à l'avenir.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 1008.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2014, DEVE 1008).