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Septembre 1996
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71 - 1996, D. 1052 - Section d'investissement du budget spécial de la Préfecture de police. - Affectation d'une autorisation de programme de 112.900.000 F pour financer la restructuration de la caserne " Ménilmontant " de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (20e).

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 1996



M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du projet de délibération D. 1052 concernant la caserne " Ménilmontant " de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris située dans le 20e arrondissement.
La parole est à M. AUTEXIER.
M. Jean-Yves AUTEXIER. - Le Conseil de Paris est invité aujourd'hui à inscrire une autorisation de programme de 112.900.000 F pour les opérations de reconstruction de la caserne de sapeurs-pompiers de Saint-Agrève. Et je dois vous le dire, nous les aurions votées avec plaisir s'il s'était agi de moderniser cette caserne qui en a tant besoin, cet édifice ancien, inadapté, et s'il s'agissait de donner aux sapeurs-pompiers un cadre de vie et de travail conforme à leur mission ! Bref s'il s'était agi de moderniser sans détruire, s'il s'était agi de donner des conditions d'aujourd'hui à une caserne de pompiers qui vit selon une architecture d'hier, nous l'aurions fait volontiers.
Mais ce projet, vous le savez parce que le Conseil de Paris en a déjà été saisi, a choisi, pour construire le nouveau centre, de détruire. Il a choisi de détruire une partie de l'ancienne caserne qui date de 1904, qui a fière allure, qui est un bon bâtiment qui marque ce quartier d'une architecture ferme, en pierre, en brique, un porche, une façade pastiche d'un château du XVIIIe siècle, bref un monument familier auquel les habitants du 20e arrondissement sont attachés.
Il est fâcheux de constater que lorsqu'on le veut, je pense aux grands boulevards, on garde les façades des édifices du début du siècle et on modernise l'intérieur, conservant l'aspect auquel les Parisiens sont attachés. Mais quand on ne le veut pas, eh bien, on rase !
Vous nous proposez de le faire à Saint-Fargeau pour construire un autre édifice. Je suis d'autant plus choqué de la décision, qui est confirmée en somme par votre majorité aujourd'hui, que lorsque j'avais demandé le coût d'un arrêt du projet initial, le coût d'une remise en chantier des plans de l'architecte, on m'avait évoqué le chiffre de 7 millions de francs, et on m'en faisait valoir l'importance ! Mais aujourd'hui, je suis en mesure de rapporter le coût d'une annulation du saccage : 7 millions de francs, au coût total : 112 millions.
Pour moins de 7 % du coût total du projet, on aurait pu éviter un nouvel acte de vandalisme dans Paris, supprimant les traces d'un passé, supprimant une architecture intéressante et qui marque ce quartier.
Donc véritablement ce projet est mal conçu.
Peut-être n'est-il pas trop tard pour se ressaisir. Il n'est jamais trop tard pour arrêter une erreur.
Je vous demande avec la dernière insistance de repenser cette affaire. Vous ne pouvez pas laisser détruire ce bâtiment, mettre en caisse, comme il est proposé, la superbe fresque qui orne le pignon de la caserne, une fresque à l'honneur des pompiers à laquelle tout le monde est attaché, qu'on vient photographier comme un lieu de tourisme.
Vous ne pouvez pas mettre cela en caisse et le reste en ruines. Il est encore temps de se ressaisir, et c'est ce que je vous demande de faire.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - La parole est à M. RIOU.
M. Alain RIOU. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, au sujet du projet de délibération relatif à une autorisation de programme pour financer la restructuration de la caserne de sapeurs-pompiers " Ménilmontant ", place Saint-Fargeau, je voudrais vous rappeler la position du groupe socialiste, de la mairie du 20e arrondissement, et subsidiairement du conseil de quartier Saint-Fargeau-Gambetta, unanime sur une question qui a déjà été abondamment discutée devant ce conseil.
Nous sommes favorables à une restructuration de cette caserne et un meilleur confort des soldats du feu, mais pas comme cela. C'est-à-dire en détruisant le bâtiment des officiers et la fresque en trompe l'oeil qui le met en valeur.
Je vous rappelle que durant la campagne électorale, nous avons proposé aux électeurs par contrat de tout faire pour empêcher cette mutilation.
Une assemblée générale de quartier, puis un conseil extraordinaire de quartier se sont prononcés dans ce sens. La Commission du Vieux Paris a voté à l'unanimité en faveur de la protection de cet ensemble. Les représentants de votre majorité, dont certains de vos maires adjoints - j'en profite, Monsieur LEGARET, puisque vous présidez cette séance, pour dire que vous avez voté à la commission du Vieux Paris contre la démolition - ont voté sans observation.
Monsieur le Maire, vous présidez cette dernière commission. Vous vous êtes engagé à plusieurs reprises à tenir le plus grand compte des avis de celle-ci. Nous constatons aujourd'hui qu'en nous présentant ce projet de délibération, vous ne tenez pas une fois de plus votre parole.
La population du quartier Saint-Fargeau-Gambetta, ses élus, ceux du 20e arrondissement, la commission du Vieux Paris sont hostiles à votre projet. Vous ne les écoutez pas, alors qu'ils ne songent qu'à défendre le patrimoine du 20e arrondissement saccagé durant de nombreuses années.
Il est temps encore de revoir ce projet destructeur.
En tout cas, le groupe socialiste votera contre ce projet de délibération.
Je vous remercie de votre attention.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Madame SCHNEITER, vous avez la parole.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, je ne ferai qu'appuyer les interventions de M. AUTEXIER et de M. RIOU en vous disant qu'effectivement les habitants du quartier ont proclamé leur attachement au bâtiment actuel, et particulièrement au porche et au mur-pignon orné de cette mosaïque.
La dépose de la fresque, sa conservation et son éventuelle repose vont peser dans le budget de ce programme d'investissement de près de 113 millions de francs. Voilà une dépense qui peut être évitée.
Mais le plus grave, c'est que vous parlez d'une éventuelle repose. Où en est ce projet ? Quel est le destin de cette fresque ? Sauf découverte de nouvelles techniques, la dépose a toutes les chances d'aboutir à la dégradation irrémédiable de l'oeuvre.
Si elle aboutit, elle permettra au mieux sa repose sur un nouveau bâtiment, sans ce qui fait l'intérêt de l'ensemble actuel, c'est-à-dire l'unité indissociable entre le bâtiment IIIe république et le décor en trompe l'oeil placé en vedette sur un axe de sortie de Paris.
La loi du 8 janvier 1993 sur la protection et la mise en valeur des paysages demande pour tout permis de construire que " le projet architectural précise par des documents graphiques ou photographiques l'impact visuel et l'insertion dans l'environnement, ainsi que le traitement de leurs accès, de leurs abords ". L'avez-vous respectée ?
Comment pourra-t-on développer la création artistique dans l'espace public si l'on détruit une réalisation que le public s'est approprié pour sa qualité et pour son insertion, et qui renvoie si finement à l'idée de patrimoine ?
Veut-on nous faire croire qu'il s'agissait d'une intervention artistique éphémère, juste destinée à survivre par la photographie, comme tant d'oeuvres et de bâtiments aujourd'hui disparus ?
Enfin, le 26 février dernier, au nom des habitants et des associations, je vous avais également proposé sous forme d'amendement, et dans l'attente de la révision architecturale du projet, de prendre en compte les éléments suivants :
- cohérence du projet avec l'aménagement harmonieux de la place ;
- étude d'un plan de circulation permettant un dégagement rapide des véhicules d'intervention des pompiers ;
- étude du réaménagement de la place Saint-Fargeau afin d'assurer la sécurité des piétons lors du franchissement des chaussées ;
- obtention de l'accord de l'artiste créateur de la mosaïque afin de permettre son démontage et sa réinstallation sur les lieux.
En avez-vous tenu compte ?
Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, vous nous demandez une autorisation de programme sans apporter de réponse à ces questions pourtant essentielles.
Tant que ce projet ne tiendra aucun compte des demandes des riverains pour la qualité de leur environnement quotidien et pour la sauvegarde de la fresque, je m'y opposerai fermement.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. GOUJON pour répondre aux orateurs.
M. Philippe GOUJON, adjoint, au nom de la 3e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Je dois dire qu'une fois encore il s'agit d'un combat que je qualifierai d'arrière garde, et qui consiste à multiplier les obstacles à chaque étape du dossier de cette opération pourtant d'intérêt public.
Alors évidemment, c'est bien beau d'entendre nos collègues refaire un projet de casernement qui a pourtant été étudié par la Brigade de sapeurs-pompiers, par la Préfecture de police, après des jurys de concours pendant des années, et qui constitue une réelle priorité pour la Brigade puisqu'il s'agit de la restructuration d'une caserne aujourd'hui - et d'ailleurs les orateurs l'ont dit - totalement inadaptée et obsolète. Personne ne l'a contesté.
Ce que je voudrais quand même ajouter, c'est que la conséquence est que cette caserne ne permet plus d'assurer la mission première de la Brigade de sapeurs-pompiers dans ce quartier qui est la lutte contre l'incendie. Et c'est pourquoi l'opération était classée prioritaire dès 1989.
Depuis que cette caserne a été construite au début du siècle, les activités des pompiers ont décuplé. Les engins d'intervention se sont modernisés, à tel point que les issues actuelles dans le casernement les obligent à des manoeuvres longues, complexes, dangereuses, lors des interventions pourtant très urgentes qu'ils doivent réaliser.
Qui plus est, les conditions d'hébergement et de vie quotidienne des pompiers ne sont pas acceptables.
Je ne prendrai qu'un exemple, l'infirmerie compétente pour 5 compagnies est installée dans des appartements qui ont été libérés et la salle de soins des brûlés, dans une ancienne salle de bains.
Voilà les conditions dans lesquelles aujourd'hui l'on veut continuer à faire vivre les pompiers de Paris.
Refuser ce projet, c'est imposer cet inconfort d'un autre âge à des centaines d'hommes qui se dévouent 80 heures par semaine et qui, pour sauver des vies, risquent tous les jours la leur.
Depuis 1980, plusieurs projets ont été abandonnés car ils ne respectaient pas suffisamment l'environnement.
L'Architecte des Bâtiments de France, qui paraît qualifié pour le moins en la matière -peut-être autant que certains collègues ici présents-, consulté, a considéré que la priorité architecturale était la préservation du bâtiment de la rue Haxo et a donc autorisé les travaux de la rue Saint-Fargeau.
Ce sont les recommandations suivies par la Brigade.
Je propose d'ailleurs que la Commission du Vieux Paris entende l'architecte car son information a pu être incomplète ou à sens unique.
Le projet qui vous est soumis a donc fait l'objet de réelles améliorations avec un nouvel emplacement pour le porche, qui n'est pas supprimé mais reconstruit ailleurs.
La conservation de la fresque de la rue Saint-Fargeau dans l'attente de sa nouvelle apposition, rue Haxo, en fonction des volontés de son auteur qui peut souhaiter également une oeuvre d'inspiration nouvelle, puisque des négociations ont lieu actuellement avec lui. L'habillage du mur de pierres et de briques, l'accroissement de plus d'un tiers de l'espace vert intérieur protégé et la réhabilitation complète du bâtiment de la rue Haxo.
Beaucoup de ces améliorations ont été obtenues grâce à la ténacité de Didier BARIANI qui a favorisé la concertation, pour laquelle trois réunions ont eu lieu, ainsi qu'une opération "portes ouvertes" à la caserne, ce qui témoigne de notre volonté de tenir compte des contraintes opérationnelles de la Brigade mais aussi, au maximum, de l'environnement urbain et de la conservation du domaine bâti.
Evitons les polémiques politiciennes sur le dos des pompiers et soyons guidés dans ce dossier par les seules considérations d'intérêt public.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - M. le Représentant du Préfet de police a la parole.
M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - La caserne des sapeurs-pompiers de Ménilmontant a été construite en 1904, à une époque où les activités de lutte contre les incendies se limitaient à deux ou trois interventions par jour.
Depuis lors, l'activité de cette caserne a connu un développement considérable puisque les sapeurs-pompiers du secteur de Ménilmontant effectuent aujourd'hui plus de 10.500 sorties par an.
La restructuration de la caserne " Ménilmontant " était, par conséquent, devenue indispensable, sauf à compromettre la qualité des interventions assurées par celle-ci.
Un concours a été organisé en 1993, afin de choisir un projet architectural permettant de concilier les exigences techniques et opérationnelles du programme, le respect du patrimoine bâti et la protection des espaces verts.
La Préfecture de Paris a délivré les autorisations nécessaires à la réalisation de ce projet immobilier à savoir, le permis de démolir accordé le 17 janvier 1995 et le permis de construire accordé le 19 janvier 1996.
Ce projet, qui a suscité beaucoup d'observations, a fait l'objet de nombreuses concertations avec les élus et les riverains au terme desquelles des modifications notables ont été apportées au programme initial.
Le bâtiment de la rue Haxo, de style néo-classique caractéristique de la fin du XIXe siècle, sera rénové et mis en valeur. Le porche du pavillon des officiers dont la taille ne permet pas le passage des véhicules lourds d'intervention sera déplacé et restera visible depuis la rue.
Le bâtiment à construire comporte de la pierre agrafée et de la brique à l'identique du bâtiment de la rue Haxo. Enfin, les espaces verts passeront de 650 mètres carrés à 1.050 mètres carrés.
La disparition prévue d'une fresque sur le mur pignon de la rue Saint-Fargeau a fait l'objet de nombreuses critiques. L'auteur de cette ?uvre, M. REBUFFET, a d'ailleurs intenté une action en référé auprès du Tribunal de grande instance afin que soit interdite la destruction de son ?uvre, action dont il a été débouté.
Par la suite, des contacts ont été pris avec M. REBUFFET afin d'envisager soit le déplacement de l'?uvre en un autre lieu, soit la réalisation d'une ?uvre nouvelle. La préférence de l'artiste semble aller vers cette dernière solution.
Ces contacts sont actuellement poursuivis entre l'artiste, la Préfecture de police et la Ville de Paris afin de rechercher la solution la plus appropriée.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération D. 1052.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, les groupes socialiste et apparentés, communiste, du Mouvement des citoyens, Mmes SCHNEITER, SILHOUETTE, SCHERER, BILLARD et M. BLET ayant voté contre. (1996, D. 1052).