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Septembre 1996
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13 - III - Question d'actualité de M. Michel CHARZAT et des membres du groupe socialiste et apparentés à M. le Maire de Paris concernant les récents événements relatifs aux foyers George Sand et Crimée.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 1996



M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Nous passons à la question d'actualité de M. CHARZAT relative aux foyers George-Sand et Crimée.
La parole est à M. Michel CHARZAT.
M. Michel CHARZAT, maire du 20e arrondissement. - L'exclusion prend de l'ampleur à Paris à mesure que se creusent les inégalités dans notre pays et les jeunes sont particulièrement touchés par cette paupérisation.
En effet, ils ne bénéficient pas d'un dispositif adapté aux situations d'exclusion. Ainsi, à Paris, nous ne disposons que d'un seul hébergement réservé aux jeunes S.D.F. de moins de 27 ans où ils peuvent séjourner au maximum que pour un mois.
Il s'agit du foyer George-Sand dans le 20e arrondissement.
Aussi, chaque été, les mêmes causes produisant les mêmes effets, des jeunes se mobilisent pour revendiquer d'être intégrés dans un processus d'insertion. Cette fois encore, après un mois de tension et de mobilisation, un dispositif exceptionnel a été décidé permettant un retour au calme avant la prochaine explosion...
Mes chers collègues, nous ne pouvons accepter des règlements improvisés au coup par coup, sous la pression des événements. Nous devons donc agir sur les causes avec le souci de l'efficacité et avec la volonté d'assurer la dignité de la personne humaine.
En conséquence, je souhaite, Monsieur le Maire, mes chers collègues, connaître les mesures concrètes qui seront prises afin que chaque jeune S.D.F. de la Capitale puisse bénéficier, et nous considérons que cela est justifié, d'une proposition de relogement, d'une intégration dans un parcours d'insertion, enfin de moyens de subsistance.
Par ailleurs, je constate que les centres d'hébergement et les permanences sociales sont concentrés dans quatre arrondissements de la Capitale, les 20e, 19e, 18e et 11e arrondissements. Monsieur le Maire, comment la Ville de Paris entend-elle assurer à l'avenir une répartition de ces structures assurant mieux qu'aujourd'hui la nécessaire solidarité entre les arrondissements de la Capitale ?
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Je vous remercie.
Madame HERMANGE, vous avez la parole.
Mme Marie-Thérèse HERMANGE, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.
Nous avons eu effectivement George-Sand II, puisque l'année dernière il y avait eu George-Sand I ! Le 12 août, en effet, à 7 heures du matin, une trentaine de résidents accompagnés par le Comité des sans-logis ont envahi ce foyer.
Nous avons fait une requête et, le mardi 13 août, dans la soirée, l'ordonnance d'expulsion a été signifiée.
Le centre a été fermé du 14 au 19 août, afin qu'un certain nombre de travaux puissent être effectués et qu'il puisse être remis en état. Et entre temps, il y a eu divers incidents.
Les élus accompagnant les jeunes qui avaient envahi ce foyer ont essayé de dialoguer, avec le Centre d'action sociale et avec Mme BRAQUY.
Nous avons enfin, le 27 août, au cours d'une journée particulièrement difficile, puisque nous avons été enfermés de 15 heures à 2 heures du matin au Centre d'action sociale, essayé de résoudre ce problème.
Qu'avons-nous constaté une fois l'accord trouvé ?
1°) Nous avons constaté qu'il y avait en définitive 57 jeunes qui devaient être pris en charge dans le dispositif que nous allions mettre en place.
2°) Reçus un par un, avec les services de l'Etat et avec les services du Centre d'action sociale, en présence d'un certain nombre d'élus du 20e arrondissement, nous avons constaté que ces jeunes étaient tous sans famille et sans repères...
M. Bertrand BRET. - Ce sont des S.D.F. !
Mme Marie-Thérèse HERMANGE, adjoint. - ... 3°) Monsieur CHARZAT, nous posions deux questions :
- quelles sont vos relations familiales ?
- depuis quand habitez-vous Paris ?
Eh bien, je pense en particulier à un jeune qui, montant dans l'ascenseur et apprenant qu'il allait être relogé dans un foyer d'hébergement, rouspétait. Je lui ai demandé :
- " Depuis quand habitez-vous Paris ? "
- " Depuis quinze jours ".
- " D'où venez-vous ? "
- " De Marseille. "
Un autre venait de Dijon, quelques-uns venaient de Dreux, d'autres étaient Français parce que nés sur le sol français et étaient repartis en Algérie, mais en raison des événements d'Algérie ils étaient revenus en France. Autrement dit, c'était tous des jeunes qui étaient sans repères familiaux et, dont la moitié, au moins, n'habitait pas Paris...
M. Bertrand BRET. - Les sans-domicile-fixe ne peuvent pas avoir de domicile fixe !
Mme Marie-Thérèse HERMANGE, adjoint. - J'ajoute qu'un certain nombre d'entre eux avaient des problèmes qui ne relevaient pas du social. Nous avons dû à 22 heures 30 appeler un médecin pour l'une de ces jeunes qui était dans une situation très difficile puisqu'elle était en état de drogue, et nous avions vraiment des difficultés puisqu'elle refusait toute offre que nous lui proposions.
Sur ces 57 jeunes, la plupart avaient moins de 25 ans.
Nous les avons tous logés dans des hôtels sociaux, avec bien sûr, je le précise, l'appui du Secours catholique, du Fonds social juif unifié, du Centre d'action protestant et de l'Armée du salut ; la seule association qui ne nous a pas aidés, ce fut Emmaüs, je tenais à le dire au passage.
Donc, nous avons hébergé ces jeunes.
Ces jeunes arrivant dans ces hôtels sociaux, certains se sont bien comportés, d'autres se sont moins bien comportés.
Nous leur avons donné le soir même un bon pour se rendre dans ces hôtels et nous leur avions indiqué que, dès le lendemain, ils devaient se rendre dans telle ou telle mission locale pour l'emploi, réparties comme vous l'avez dit dans cinq arrondissements de Paris.
Je me suis moi-même rendue le lendemain dans certains de ces hôtels pour voir si tout le monde avait accepté ce relogement. Certains avaient accepté ce relogement, d'autres ne s'étaient pas présentés dans les hôtels que nous leur avions trouvés. Ce fut la même chose en ce qui concerne les missions locales pour l'emploi.
40 jeunes étaient sans emploi. Parmi eux, 6 étaient inscrits à l'A.N.P.E., 6 bénéficiaient d'un emploi, 3 étaient en stage, 2 bénéficiaient du R.M.I., 1 percevait l'allocation d'adulte handicapé.
Depuis cette date-là, Monsieur CHARZAT, toutes les semaines nous faisons des réunions de coordination entre les missions locales, les services de l'Etat et les services du Centre d'action sociale pour faire le point sur chaque dossier.
On peut dire aujourd'hui que 3 sont en recherche de formation, 15 sont entrés en stage ou en formation, 3 sont en recherche active d'emploi, 7 sont entrés en emploi et 1 est en attente de R.M.I.
Certains cas sont largement positifs, d'autres, hélas, refusent tout ce que nous leur proposons. Je pense à quelqu'un qui a refusé un contrat d'apprentissage, mais revient chaque jour à la mission locale avec un comportement agressif qui n'est pas acceptable pour les travailleurs sociaux. Je pense à une autre personne qui s'est vu attribuer un appartement, une place en crèche, un emploi au Centre d'action sociale, et qui refuse tout dispositif.
Donc, nous avons un certain nombre de difficultés avec certains d'entre eux.
Nous leur avons promis qu'ils seraient tous traités de la même façon, qu'il y aurait un contrat individualisé pour chacun d'entre eux, mais à une seule condition, c'est que chacun d'entre eux n'insulte pas les travailleurs sociaux et accepte les dispositifs de formation et de contrat d'apprentissage. Si l'un d'entre eux insulte un travailleur social ou ne va pas dans le dispositif de formation qui lui est proposé, nous ne pourrons pas suivre ces jeunes qui, dans certains cas, ne relèvent pas de nous.
Voilà ce que je voulais vous dire sur ce dossier qui est un dossier délicat et qui a demandé beaucoup de travail aux services de la Ville.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. Bertrand BRET. - Ce n'est pas la question !
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Madame BRAQUY, en tant qu'élue du 20e, je vous accorde quelques mots en complément, puisque vous avez suivi le dossier...
M. Bertrand BRET. - Certainement pas ! Et le règlement intérieur ? Mme HERMANGE avait deux minutes et demie pour pouvoir répondre, elle a parlé cinq minutes et elle n'a pas répondu à la question !
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Si vous voulez reprendre le règlement intérieur...
M. Bertrand BRET. - Je vous demande de l'appliquer !
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - ... d'abord, auriez-vous l'amabilité de m'écouter une seconde ? Le règlement intérieur indique clairement que la question et la réponse font au total cinq minutes...
M. Bertrand BRET. - Eh bien ! Deux minutes et demie pour Mme HERMANGE, deux minutes pour M. CHARZAT...
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Plus de deux minutes pour M. CHARZAT et si vous voulez que, pour les prochaines questions, je compte, je le ferai !
M. Bertrand BRET. - Respectez le règlement, s'il vous plaît !
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Madame BRAQUY, vous avez la parole.
Mme Arlette BRAQUY. - La situation de la plupart de ces jeunes méritait certes attention mais je voudrais ici publiquement m'exprimer sur cette affaire à laquelle, en tant qu'élue du 20e arrondissement et présidente de la mission locale pour l'emploi, à la demande de la Mairie de Paris, j'ai été particulièrement impliquée.
Je voudrais d'abord faire part de mon indignation devant l'incroyable manipulation dont ces jeunes ont fait l'objet. On les a de toute évidence montés contre la Mairie de Paris, incités à refuser le dialogue et conduits même à dormir dehors alors que certains d'entre eux étaient malades.
Je ne crois pas que les responsables politiques agissent correctement quand ils conduisent des jeunes désemparés dans cette voie.
Nous avons constamment offert à ces jeunes une négociation et nous sommes en train de leur proposer, par la mission locale, des solutions à leurs problèmes. La solution de fin était bien celle que je préconisais depuis 15 jours : traitement individuel des situations, refus de traiter collectivement les dossiers.
Mais il ne suffit pas d'imposer une solution, encore faut-il que les deux parties collaborent et coordonnent leurs efforts.
Or, une fois les fureurs médiatiques passées, l'examen des dossiers montre que ces jeunes qui réclamaient un logement n'avaient même pas entamé les élémentaires démarches préliminaires ; pas un n'a, en effet, déposé de dossier de demande de logement.
Ceux qui les encourageaient à protester d'une façon véhémente auraient pu les conseiller utilement en leur faisant remplir cette demande.
On peut d'ailleurs douter quelquefois de la volonté de réinsertion de certains de ces jeunes ; un nombre significatif d'entre eux ne répondent même pas à la 3e convocation de la mission locale, qu'il s'agisse d'information, de santé ou d'emploi.
Nous suivons néanmoins attentivement les dossiers de ceux qui veulent réellement s'en sortir.
Encore une fois, j'encourage nos adversaires politiques à traiter ces jeunes avec plus de sérieux.
La détresse, la misère ne sont pas des armes politiques, des moyens de faire, contre la Ville de Paris, du papier journalistique, il s'agit d'êtres humains qu'il faut aider mais aussi responsabiliser, conduire dans le chemin de la réinsertion. C'est en tout cas notre philosophie et la politique que nous menons, d'une manière responsable, sans tapage.
M. Pierre MANSAT. - En tant qu'élu du 20e, je demande aussi que mon intervention soit portée au Bulletin municipal officiel !
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - C'est admis. Donnez-la !