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Septembre 1996
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Conseil Municipal
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64 - 1996, D. 1135 - Dénomination de la voie provisoirement dénommée DU/20.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 1996



M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Monsieur MALBERG, vous avez la parole sur le projet de délibération D. 1135.
M. Henri MALBERG. - Mesdames, Messieurs, Monsieur le Maire, j'exprime l'émotion des élus communistes de Paris au moment où nous allons nous prononcer sur la dénomination d'un rue nouvelle qui traversera la cité du 140, rue de Ménilmontant.
Chaque fois qu'une rue, une école, un collège, une plaque viennent nous rappeler les moments exceptionnels qu'ont été la Résistance, la déportation, la Libération de Paris, cela a évidemment un sens politique. Double. D'abord, cela rappelle cette époque où est montée des profondeurs du peuple, ce qui est très vrai dans l'arrondissement que j'ai l'honneur de représenter, dans des conditions effroyablement difficiles, la passion de la liberté et de la démocratie.
Ces concepts continuent de vivre et méritent d'être rappelés et défendus puisque l'on parle du manque de sens de notre époque, voici qui en donne !
Ensuite, je n'ai pas envie de me cacher derrière mon petit doigt ! Au moment où montent des idées férocement réactionnaires, racistes, xénophobes, une décision comme celle d'aujourd'hui prend évidemment un sens tout particulier.
Bien que cela fâche, je veux rappeler ici que j'ai mis en opposition lors de notre dernière séance, la plaque à Frédéric Dupont, que je ne trouve pas honorable, et celle que nous n'avions pas encore décidée pour Hélène Jacubovitz. C'est le cas aujourd'hui, c'est une bonne décision. Les élus communistes s'en réjouissent.
Permettez-moi de rappeler ce qu'a de singulier le destin de cette jeune fille fauchée à 17 ans et combien ce destin apparaît comme une image forte de cette époque avec plein de contradictions et de choses que les gens plus anciens ont vécues.
Parents juifs, étrangers, polonais, installés à Paris depuis les années 1930, lui ouvrier métallurgiste, elle, finisseuse en confection. Lorsque la France est occupée, la maison de cette famille étrangère devient un lieu de résistance, une petite imprimerie s'installe où sont édités des journaux clandestins. Et puis c'est la douleur et l'honneur. Un des fils, Maurice, est arrêté, déporté à Auschwitz où il disparaîtra. L'autre fils, Charles, F.T.P., est également arrêté et la jeune fille de 16 ans adhère à la Jeunesse communiste et entre dans la Résistance. Elle est arrêtée, elle est emprisonnée à Troyes, elle est déportée à Auschwitz où elle disparaît presque aussitôt. Tout le monde sait que disparaître presque aussitôt à Auschwitz, c'est passer à la chambre à gaz, dont certains aujourd'hui nient l'existence !
La proposition de donner à cette voie qui traverse le 140 le nom de Hélène Jacubovitz a été faite au nom des élus communistes, elle a été adoptée par le Conseil du 20e arrondissement, elle a été transmise par le Maire du 20e au Maire de Paris. Nous prenons cette décision aujourd'hui, je m'en réjouis, et je me permets de mettre comme un point final à cette histoire qui est belle. Le jeune homme, fiancé à cette jeune fille, avant d'être fusillé au Mont-Valérien, Jacques Sysbin-Arbizer (c'est un nom difficile), qui était en même temps un beau petit "titi" parisien, a écrit à sa fiancée : "Tu vas faire une drôle de bobine, tu ne t'attendais pas à voir ton petit héros finir si glorieusement. C'est une fin comme une autre et, mourir pour mourir, mourons en brave ! Te voilà veuve à 17 ans !"
Eh bien, que cette petite veuve de 17 ans ait une rue dans le 20e, j'avoue que cela me fait plaisir.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Monsieur BRET, vous avez la parole.
M. Bertrand BRET. - Un mot, Monsieur le Maire, pour à mon tour et bien évidemment, au nom de la Municipalité du 20e, je peux le dire, toute unie, nous féliciter de cette adhésion. Bien évidemment, on ne peut que regretter le fait que seul un élu du Front national n'ait pas souhaité s'associer à cet hommage unanime, ce que, pour ma part, je dénonce.
Je voudrais tout particulièrement remercier en cet instant les services de Mme Anne-Marie COUDERC et elle-même d'ailleurs, qui a eu à instruire ce dossier, parce que c'est effectivement la première fois, je crois, depuis longtemps, que l'on répond ainsi directement et de façon positive à une demande émanant d'un Conseil d'arrondissement. Je souhaitais également le souligner, associer Mme COUDERC et ses services à cet hommage rendu et dire qu'au-delà de l'émotion que cela procure, c'est aussi tout un symbole, le symbole d'une jeunesse française, d'une jeunesse qui se bat, qui n'hésite pas à payer de sa vie le combat pour la liberté, et je crois qu'en ces temps où le combat pour la liberté, pour la liberté d'expression, prend de plus en plus sa valeur, c'est un symbole fort dont Paris ne peut que s'honorer.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Madame COUDERC, vous avez la parole.
Mme Anne-Marie COUDERC, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Monsieur le Maire, après ces deux interventions de M. MALBERG et de M. BRET, je ne souhaite rien dire d'autre, si ce n'est que, bien évidemment, le Maire de Paris et moi-même avons eu le souci de répondre le plus vite possible à cette demande qui nous était transmise par le Conseil du 20e arrondissement.
Je voudrais dire que, pour nous tous, il s'agit là d'un symbole important dans l'histoire de la Capitale, et c'est un bonheur et un honneur pour nous de rendre aujourd'hui hommage à une toute jeune femme qui avait choisi la France et la liberté, choix qui s'est fait au péril de sa vie qui lui a été ôtée si vite.
Je pense donc que pour les uns et les autres, c'est une opportunité qui nous est donnée de nous retrouver côte à côte dans ce souvenir et dans cet hommage.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
M. Alain DESTREM, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, ce projet de délibération.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (1996, D. 1135).