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Novembre 2014
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2014 DICOM 1023 - Conventions de partenariat (Neuflize ; Samsung ; LVMH ; la Caisse des Dépôts et Consignations ; EVESA ; BFM TV et Time Out, LAFUMA) pour l’opération Nuit Blanche 2014.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2014


 

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Nous examinons le projet de délibération DICOM 1023 relative à une convention de partenariat pour l'opération Nuit Blanche 2014. La parole est à Mme SIMONNET, pour cinq minutes maximum.

Mme Danielle SIMONNET. - Chers collègues, pour commencer, je tiens à regretter qu'une fois de plus on nous fasse délibérer sur des conventions relatives à un événement qui s'est déjà déroulé, puisque l'opération Nuit Blanche 2014 a bien eu lieu le 4 octobre dernier, il y a plus d'un mois. Je trouve cela quand même regrettable. Une fois de plus, c'est par des conventions de mécénat que vous avez décidé de cofinancer un événement artistique et culturel. Je ne vais pas vous refaire une fois de plus l?histoire de la petite grenouille qu'on réchauffe à petit feu parce que vous commencez à la connaître, mais je ne suis pas de la famille des batraciens : vous n'arriverez pas à m'endormir et je continuerai sans relâche à dénoncer cette logique du mécénat. Je vous rappelle ce beau slogan que vous avez certainement dû entendre : "La République, l'art est public". En République, parce qu?il relève de l?émancipation commune, l'art doit disposer de financements publics. Le matraquage, dans les brochures d'événements culturels, de la propagande commerciale des grosses boîtes rentières, à proportion de leur fausse générosité à l'égard de la culture, insulte notre collectivité. Et les bracelets V.I.P. qui leur sont réservés, toujours au prorata de leur bon vouloir financier, montrent bien que dans notre pays, l'enjeu de l'abolition des privilèges de ces princes de la finance est toujours d'actualité. C'est par l'impôt, mes chers collègues, par l?impôt qu'ils doivent contribuer au financement de nos politiques publiques, de gré ou de force, de force par l?impôt redistributif, n'en déplaise à M. DUBUS - visiblement, cela déplaît au MEDEF. Oui, c'est par l'impôt que l'on doit faire contribuer au financement de nos collectivités publiques, et il serait grand temps qu?une révolution fiscale soit instaurée pour réévaluer de fond en comble leur contribution. S'agissant de la Nuit Blanche, je voudrais que l'on profite de ce projet de délibération pour avoir un échange sur les objectifs de nos politiques culturelles. On en a eu un fort intéressant sur la question de l?achat et de l'installation des ?uvres d'art sur le parcours du tramway. Je pense que ces discussions sont extrêmement importantes. Nous devons avoir pour principe de permettre non seulement la diffusion de toute la diversité des langages et ne pas céder à des effets de mode souvent dictée par la loi du marché de l'art ou de la F.I.A.C. Les différents langages artistiques du moment doivent être mis en partage et récemment, à l'occasion de l'inauguration de la Fondation Vuitton, plus d'une trentaine d?artistes, écrivains et philosophes ont publié sur Mediapart une tribune intitulée : "L'art n'est-il qu'un produit de luxe ? " Je vous recommande sa lecture. Ce qu?ils décrivent, ce n?est rien d?autre qu?une forme de système oligarchique où le marché de l'art est un bon placement défiscalisé pour quelques rentiers et où finalement, peu importe l'intérêt de la recherche, du langage, pourvu que l'objet d'art soit un bon placement. À côté de ce marché, et pour qu?il ne soit pas le seul à dicter la loi, il faut qu?il y ait un soutien de la République à l'art considéré comme un travail de recherche et d'élaboration d'un langage artistique. Cela doit être fait en favorisant bien plus la commande publique pour donner à voir autre chose que ce que produisent ce marché et cette forme d'art officiel montré par les plus grandes galeries. Alors, attention aussi à la facilité ou la lâcheté? Je ne sais pas, il peut se calmer, s'inscrire, aller faire un petit tour, non ? C?est possible !

(Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, remplace Mme Colombe BROSSEL au fauteuil de la présidence).

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Allez-y, Madame SIMONNET, c?est à vous !

Mme Danielle SIMONNET. - C?est à moi, mais je n?en ai pas l?impression, mais visiblement, il s?intéresse à l?art, peut-être des commentaires ou des conseils sur les placements !

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Vous perdez des minutes précieuses, Madame SIMONNET !

Mme Danielle SIMONNET. - Bien sûr ! Attention donc à la facilité que peut constituer l?événementiel, l?éphémère. Nous devons assumer une commande publique d'?uvres d'art qui aient vocation à rester de façon pérenne. C'est d'autant plus vrai pour la sculpture monumentale. Et c'est pour cela que ce que nous faisons sur le parcours du tramway est important, ceux qui connaissent la profession de mes parents comprendront tout à fait cette préoccupation et mon attachement au respect de l?extension du principe du 1 % artistique dans tous nos projets de construction de bâtiments publics. Je pense aussi qu?il faut renforcer le rôle des artistes parisiens dans le choix démocratique de ce que l'on donne à voir. Ce n'est pas aux politiques ni aux spécialistes de la culture autoproclamés de décider seuls des langages artistiques qui doivent être donnés à voir aux citoyens. Enfin, pour qu?il y ait appropriation sociale de la culture, il faut qu'il y ait confrontation autour des ?uvres. Il faut que des temps de rencontre permettent à ceux qui réceptionnent et rencontrent les ?uvres s'expriment. Cette démarche demande une organisation et une animation. Il y a des structures de l'éducation populaire qui pourraient nous aider à organiser cela. Sans cela, une culture dominante impose ses codes et ses choix et en exclut une partie de la population. Dans beaucoup d'événements, on peut passer devant les ?uvres comme on zappe devant sa télé. Or, c'est justement la rencontre organisée qui permet d?échanger à plusieurs nos appréciations et impressions contradictoires de la recherche de l'artiste, amène à réfléchir sur ce qui nous est montré et nous émancipe.

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Allez vers votre conclusion, Madame SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Oui, mais il faudrait qu?il arrête de me couper la parole ! Nous devons reconnaître un droit de réaction du citoyen sur la réception de l'?uvre. Les gens ont le droit de ne pas adhérer à la recherche de l'artiste, d'en contester l'intérêt, comme ils ont le droit de s'en extasier, et on doit leur permettre de s'en exprimer. Montrer la diversité des langages artistiques, permettre l'implication démocratique des artistes et engager une politique d?éducation populaire et de confrontation au service de l'appropriation sociale de la culture, ce sont les trois fondements d?une politique culturelle ambitieuse au service de l'émancipation. C'est pourquoi je voterai contre ce projet de délibération.

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Merci, Madame SIMONNET. La parole, pour vous répondre, est à M. JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci. Je propose de vous éviter à nouveau les éléments de réponse sur le mécénat. On ne se convaincra pas, chère Danielle SIMONNET : vous avez fait la moitié de l'histoire de la grenouille, je me permettrai donc de vous répondre en style télégraphique et de vous rappeler les trois conditions qui font que, pour nous, il est supportable de pouvoir bénéficier de mécénats dans des manifestations culturelles. C'est d'abord la liberté totale des artistes et de la programmation. C'est le fait que les contreparties demandées soient tout à fait raisonnables, y compris dans la visibilité et, enfin, le fait que les marques ou les entreprises avec lesquelles nous travaillons correspondent aux valeurs que nous souhaitons défendre. Un mot tout de même concernant l'art contemporain. Je pense qu'il serait erroné d'opposer, d'un côté, l'art contemporain soumis aux règles du marché, et il est vrai qu'il y a aujourd'hui un très fort dynamisme et même une envolée des prix de l'art contemporain. Les foires d'art contemporain, partout dans les villes d'Europe et du monde, dans les grandes villes du monde, battent des records du monde et, en effet, y compris pour des artistes vivants, nous voyons aujourd'hui des prix qui sont tout à fait déraisonnables dans ce marché finalement totalement dérégulé. En même temps, l'art contemporain, ce n'est pas que cela. C'est aussi un investissement public majeur, notamment à Paris ; je pense au Musée d'Art Moderne ; je pense à des équipements d'Etat ; je pense à des manifestations publiques comme "Nuit blanche". Une des raisons qui font que Paris est une capitale majeure de la culture au monde, c'est parce qu'il y a aussi un investissement massif public pour la création. En effet, cet investissement public, il est nécessaire pour garantir la diversité, pour garantir la liberté des créateurs et qu'ils ne soient pas soumis uniquement aux règles du marché. Mais nous aurions tort de limiter la présence de l'art dans l'espace public, mais même d'ailleurs dans des lieux privés, au seul financement public. Il y a besoin à Paris de lieux d'exception, comme le Musée d'Art moderne, essentiellement financés par la Mairie de Paris, mais il y a aussi besoin, et il y a une place pour des lieux privés. Je pense à la Fondation Louis Vuitton qui complète parfaitement l'offre de culture et d'art contemporain à Paris. Ce serait déraisonnable, et même pas supportable, s'il n'y avait pas aussi une présence toujours plus importante de la puissance publique dans l'art dans l?espace public. Nous allons, dans cette mandature, faire encore plus pour la présence de l'art contemporain, mais également d'autres esthétiques, dans l?espace public. C?est le mandat que m?a confié la Maire de Paris et croyez bien que je me mobiliserai pour le respecter.

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DICOM 1023. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2014, DICOM 1023).