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Octobre 2004
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Conseil Général
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16 - 2004, DASES 385 G - Autorisation à M. le Président du Conseil de Paris, siégeant en formation de Conseil général, de souscrire un avenant n° 4 à la convention triennale du 5/12/2002 portant attribution d'une subvention de fonctionnement de 50.000 euros pour 2004 à "Coordination Toxicomanies 18" sise 87, rue Marcadet (18e), au titre de l'extension des activités de l'association dans le 19e arrondissement

Débat/ Conseil général/ Octobre 2004


Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Nous passons à l'examen du projet de délibération DASES 385 G relatif à l'attribution d'une subvention de fonctionnement de 50.000 euros pour 2004 à "Coordination Toxicomanies 18" sise 87, rue Marcadet (18e), au titre de l'extension des activités de l'association dans le 19e arrondissement.
Mme Véronique DUBARRY a la parole.
Mme Véronique DUBARRY. - Merci, Madame la Présidente.
Alors que l'Etat se désengage de façon inquiétante en matière de réduction des risques, on l'a vu lors du colloque organisé la semaine dernière à la Mairie de Paris par M. LHOSTIS, et que les usagers de drogue continuent à être traités comme des criminels et non pas comme des personnes ayant besoin d'une prise en charge sociale et sanitaire, il est d'autant plus important, à notre avis, de réaffirmer l'engagement de la Ville en matière de politique de réduction des risques.
Le soutien à la "Coordination 18" fait partie de cet engagement. En effet, la création de ce dispositif a constitué un tournant majeur dans la façon d'aborder les problèmes posés par la toxicomanie de rue dans des milieux urbains défavorisés. Pourtant, sa mise en place n'a pas été simple. La coordination a dû se former aux méthodes et aux techniques de médiation dans un contexte d'urgence assez peu propice pourtant au temps pourtant indispensable en médiation. La coordination a dû s'adapter à des attentes hétérogènes des habitants, et elle s'est souvent heurtée à des cultures professionnelles différentes et aux résistances du monde médical et des services publics encore trop fermés sur eux-mêmes.
On peut dire maintenant que ce travail de maillage est une réussite, notamment grâce à la persévérance de celles et ceux qui animent ou ont animé la "Coordination 18".
Le rapport d'évaluation le souligne : "La grande réussite du dispositif est d'avoir donné au mot "territorialisation" un sens de mise en mouvement et en convergence d'initiatives diverses, de compétences distinctes pour renouveler et approfondir l'approche de la toxicomanie de proximité".
C'est donc à l'émergence d'un nouveau métier que nous avons assisté, d'une nouvelle compétence, un métier de santé publique de quartier, partant de l'idée que nous pouvons tous agir sur notre environnement, notre quart d'heure de vie à tous les niveaux, que ce soit professionnel, usagé ou riverain.
Les missions de la "Coordination" peuvent aller de l'accompagnement social et sanitaire des usagers de drogue à la promotion des projets d'habitants visant à l'amélioration des conditions de vie dans leur quartier.
Si je m'interroge aujourd'hui, ce n'est pas sur la pérennisation ou la continuité des actions de "Coordination toxicomanies 18", mais sur les conditions de la mise en place de cette nouvelle équipe de rue qui est signalée dans cette délibération. On me parle d'un secteur Stalingrad dans le 19e arrondissement. Pourtant, comme vous le savez tous, le secteur dit de Stalingrad concerne les 18e, 19e et 10e arrondissements.
Je vous interroge donc sur l'extension ou en tout cas sur la mise en place de cette équipe sur ces trois arrondissements, et non pas sur un seul. Les frontières sont en effet très ténues et l'intervention de cette nouvelle équipe de rue ne peut pas s'arrêter aux limites des arrondissements.
De plus, nous nous interrogeons sur les moyens qu'elle aura à sa disposition pour intervenir sur ce nouveau territoire, et surtout en l'étendant et en en dépassant les frontières. Nous souhaiterions savoir également de combien de personnes se composera cette nouvelle équipe et nous espérons qu'il ne s'agira pas uniquement d'un redéploiement interne à l'association, mais bel et bien que le nombre d'équivalents temps plein global sur la coordination sera augmenté. Nous voudrions également savoir quels seront les profils des postes qui seront ainsi créés.
De plus, le quartier Stalingrad étant en pleine mutation, requalification du quartier à l'?uvre, nombreuses réhabilitations en cours, cette intervention sur le cadre de vie aura forcément des effets sur cette scène de la drogue à Paris.
On peut donc d'ores et déjà imaginer un déplacement de la scène et par la même des usagers. Or cette évolution nous paraît devoir être estimée très rapidement, de façon à ne pas se retrouver avec une nouvelle scène ailleurs dans Paris qui nous laisserait démuni.
Nous souhaiterions savoir, et c'est une réflexion à mener ensemble, dans quelle mesure on peut anticiper ce phénomène, afin de pouvoir justement, dès à présent, envisager un suivi des usagers.
La question reste la même que celle du début de mon intervention. Est-ce que les associations auront les moyens d'accompagner ces évolutions ?
En plus de ces interrogations, je voudrais réaffirmer ici que ce n'est pas en chassant les toxicomanes ou en comptant sur un déplacement que l'on pourra agir sur le phénomène. J'en veux pour preuve l'évacuation récente du squat situé à la Plaine-Saint-Denis, qui nous a donné un triste exemple de ce qu'il ne fallait pas faire. En effet, le suivi social et sanitaire mené par les associations de soutien aux usagers de drogue a été remis à zéro, par l'évacuation par les forces de police. Ceci dit, il est évident pour nous qu'il y avait urgence à intervenir sur ce lieu qui offrait des conditions indignes d'hébergement, en matière sanitaire et de sécurité.
Mais force est de constater que l'évacuation brute n'a pas réglé le phénomène, mais l'a tout au plus déplacé. Car nous le répétons, il ne s'agit pas, pour nous, de faire la guerre à la drogue, de chasser et de traquer les consommateurs qui ne feront ainsi que se déplacer, se cacher et se soustraire à toute intervention et à toute aide. Le pragmatisme dont les acteurs de terrain ont fait preuve en matière d'accompagnement des usagers de drogue a été et demeure la première manière efficace d'intervention sur les différents aspects de la consommation de drogue : baisse du nombre des overdoses, responsabilisation des consommateurs, éducation à la santé, baisse de la criminalité également. J'espère que c'est ce message que la municipalité parisienne continuera à affirmer.
Cependant, face à des phénomènes aussi évolutifs que les drogues et leurs usages, il est évident que nous ne pouvons pas nous contenter de réponses figées. Il nous faut accompagner ces évolutions, voire les anticiper, comme ce que je disais à propos de Stalingrad. Pour cela, il va falloir que nous nous donnions les moyens de cette politique et surtout que nous n'ayons pas peur d'expérimenter des dispositifs qui ont fait leurs preuves ailleurs.
J'espère que la municipalité parisienne aura de la suite dans les idées et aura ce courage dans la mise en place de dispositifs innovants. Je vous remercie.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - M. Alain LHOSTIS a la parole.
M. Alain LHOSTIS, au nom de la 6e Commission. - Si j'avais autant d'argent que de courage, on avancerait plus vite. Très sérieusement, je vous écoute toujours avec beaucoup d'attention, d'autant plus que, dans cette Assemblée, vous êtes sans doute une de ceux qui connaît le mieux les problèmes.
Je voudrais dire que je n'ai pas bien saisi un certain nombre d'interrogations que vous avez émises. Tout à l'heure, j'ai rappelé que les 7 et 8 octobre derniers, et vous avez été une participante active à l'organisation et au déroulement de ce forum, nous avions eu 1.000 participants pendant 2 jours et que j'ai eu l'occasion d'exposer clairement quelle était la politique de la Municipalité en matière de prévention des toxicomanies. Comme vous l'avez dit, notre problème n'est pas de faire la guerre aux toxicomanes, mais bien la prévention des toxicomanies. Je ne veux pas revenir sur ces 2 jours, mais je pourrai vous faire parvenir le texte intégral de ce que j'ai dit, parce que vous n'êtes peut-être pas restée au moment où je suis intervenu.
Vous avez raison, face aux situations complexes que nous rencontrons, les solutions doivent être articulées et imaginatives.
Nous avons fait le choix de développer une politique de prévention des usages des produits psycho-actifs, mais aussi d'accompagner et de soutenir un ensemble de structures qui couvre l'accueil, la médiation, la réduction des risques sanitaires et sociaux, et l'insertion. C'est la démarche que nous avons mise en ?uvre.
Mais l'objet du projet de délibération, c'est de mettre en ?uvre cette action, sur un site précis qui rayonne sur trois arrondissements, les 10e, 19e et 18e arrondissements. C'est la décision commune que nous avons prise au cours d'une réunion que j'ai organisée avec les trois maires d'arrondissement concernés. C'est d'un commun accord que nous avons fait cette proposition qui faisait suite au panel citoyen dans le 19e, et qui a permis aux habitants de s'exprimer. Dans ce panel, il y avait 14 habitants dont la moitié avait été tirée au sort après appel à candidature et l'autre moitié comme membres du comité de pilotage. Ce panel s'est réuni pendant 6 mois. 24 personnes, en six séances publiques, ont été entendues. Cela a fait l'unanimité des participants, moins une personne. Donc tout le monde a été d'accord sur les solutions proposées.
Nous avons décidé de ne pas créer une nouvelle structure et d'utiliser des structures existantes dont vous avez rappelé toutes les qualités.
En clair, il s'agit de mettre des moyens sur le 19e arrondissement, et lorsqu'il y aura une montée en charge, nous regarderons comment nous devrons amplifier notre démarche vers le 10e arrondissement où les problèmes se posent également, mais ne se posent pas, de notre point de vue actuellement, avec la même urgence que dans le 19e arrondissement.
C'est bien une démarche évolutive et constructive. Bien évidemment, il faut rester attentifs, en particulier concernant les populations qui sont amenées à se déplacer, comme vous l'avez dit. C'est le rôle de la Mission toxicomanie de la Mairie de Paris qui est de veiller, en liaison avec les associations de terrain, à cette approche.
Tout cela dépend aussi des moyens que l'Etat continuera à nous accorder. Mais là-dessus, je ne peux pas donner d'assurance, d'autant que j'ai interpellé vivement la représentante de la MILDT à cette réunion, la représentante de l'Etat, et que nous n'avons pas eu de réponses claires.
Concernant le squat de la Plaine-Saint-Denis, vous avez dit qu'il y avait eu des problèmes, mais vous avez ajouté qu'il fallait prendre les mesures qui ont été prises, car il y avait danger pour la vie des personnes. Je ne crois pas du tout que tout le travail est à refaire. Actuellement, et vous le savez, nous allons voir très rapidement les conditions dans lesquelles il pourrait être répondu à la situation nouvelle créée. Mais là aussi, il faut des engagements de l'Etat. Tout à l'heure, nous avons une réunion de travail à ce sujet, pour éventuellement dégager des propositions.
Voilà l'état d'esprit de la Municipalité, il n'y a pas du tout d'hésitation dans ces affaires. Il y a un examen des situations au cas par cas, dans le cadre d'une démarche extrêmement volontaire et courageuse que j'affirme publiquement, au nom du Maire de Paris. Je confirme aujourd'hui : respect des personnes usagères de drogue, respect de la tranquillité des riverains, ce sont les deux thèmes sur lesquels je suis longuement intervenu dans le cadre du forum et, bien évidemment, nous serons attentifs aux évolutions que vous avez évoquées et qui pourraient nécessiter des moyens supplémentaires.
Mais, une nouvelle fois, l'inquiétude subsiste très fortement de la part de la Municipalité vis-à-vis de l'Etat pour savoir si les moyens seront maintenus à l'ensemble des associations et si, par exemple, face à la montée de l'utilisation du crack dans ce secteur on ne nous propose pas de nous occuper du crack en ôtant des moyens à d'autres politiques de prévention.
Nous serons bien évidemment très attentifs sur les conventions que nous passeront avec l'Etat pour la mise en ?uvre de politiques nouvelles.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - M. VUILLERMOZ a demandé la parole.
M. Jean VUILLERMOZ. - Je voudrais indiquer que dans le 18e et dans le 19e arrondissement, et M. LHOSTIS le sait bien, il y a déjà des équipes de l'hôpital public de Maison Blanche qui travaillent, notamment à "La Terrasse", association que l'on a formée, et dans une boutique dans le 19e, "Boréal".
Les équipes sont prêtes et il serait bon de les associer au travail qui est fait, notamment dans le 19e arrondissement et à Stalingrad. Les équipes de rue sont prêtes et des structures existent déjà. Ce sont des psychologues, des psychiatres et des infirmiers totalement prêts à travailler en accord avec l'ensemble des associations présentes.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Madame DUBARRY, vous vouliez ajouter encore un mot.
Je redonnerai ensuite la parole à M. LHOSTIS, s'il le souhaite.
Mme Véronique DUBARRY. - Monsieur LHOSTIS, vous m'avez mal comprise. Je saluais le travail qui a été effectué, mais c'était au moment où vous parliez avec votre collègue. C'était le début de mon intervention.
Ensuite, je m'interrogeais, Monsieur LHOSTIS. Vous me dites 10, 18, 19, et je vous réponds tant mieux, mais dans la délibération elle-même il n'y a écrit que "extension des activités de l'association dans le 19e arrondissement".
Bien évidemment, je souhaitais vous entendre dire qu'il était envisagé que ce serait dans les trois arrondissements et pas seulement, comme c'est écrit dans la délibération, dans le 18e arrondissement.
Vous avez raison de signaler ou de rappeler que c'est le rôle de la Mission toxicomanie de l'Hôtel-de-Ville de déterminer comment les déplacements de la scène s'effectuent dans l'est parisien et qu'ensuite on puisse y apporter une réponse.
Troisième point, il va de soi que toute politique mise en place par l'Hôtel-de-Ville, par la Mairie de Paris, ne sera viable ou en tout cas ne sera pleinement efficace que si elle reçoit un soutien financier de l'Etat. Là encore je vous rejoins, mais jusqu'à présent nous n'en avons pas une assurance certaine et il ne s'agirait pas, excusez-moi de cette expression malheureuse, que le crack cache le reste des toxicomanies.
En effet, cela a été dit à plusieurs reprises lors du colloque de la semaine dernière, nous avons affaire à des pluri-toxicomanies et il ne faut pas s'attaquer à un problème, mais bien à l'ensemble des problématiques qui nous sont posées.
Je vous remercie.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Rapidement, Monsieur LHOSTIS, vous avez la parole.
M. Alain LHOSTIS, rapporteur. - Je voudrais apporter deux précisions.
Concernant l'extension de l'intervention de la Coordination 18e, vous savez que cela n'a pas été une chose simple. Dans un premier temps, la Coordination du 18e arrondissement ne souhaitait pas étendre son intervention, justement pour des raisons d'assurance de moyens.
Dans une première étape, on lui donne les moyens d'intervenir dans le 19e arrondissement et on précise bien que c'est dans le 19e. C'est également à sa demande, sinon on va lui créer des difficultés car elle n'aura pas les moyens d'accomplir sa mission.
En même temps, nous étions convenu, au cours de la réunion avec les trois maires d'arrondissement concernés, que la situation du 10e serait suivie de très près pour éviter de ne pas répondre aux déplacements des populations concernées.
J'ajoute simplement que le 10e arrondissement m'est très cher. Cependant, j'ai été également élu, de 1971 à 1977, du 19e arrondissement et je ne l'ai pas oublié.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 385 G.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2004, DASES 385 G).