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Novembre 2014
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par l'Exécutif relatif à une stratégie parisienne pour l'enfance : faire le Paris des enfants.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2014


 

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Et nous passons à l'examen de v?ux non rattachés. Le v?u référencé n° 123, déposé par l'Exécutif, est relatif à une stratégie parisienne pour l'enfance. La parole est, pour le coup, à Mme VERSINI pour cinq minutes.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, ce v?u est relatif à la mise en place d'une stratégie parisienne pour l'enfance. Comme cela a été dit, comme chacun le sait, nous fêtons actuellement le 25e anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant. A cette occasion, Paris souhaite mobiliser l'ensemble de ses moyens pour mieux préparer l'avenir des 380.000 enfants parisiens et assurer à chacun d'eux une pleine égalité des chances dans cette période de crise économique qui frappe de nombreuses familles. Quand je parle des enfants, bien sûr, je parle des enfants de 0 à 18 ans et je parle de tous les enfants, bien évidemment, qui vivent sur le territoire de Paris. Sachant que, depuis des années, le Comité des droits de l'enfant des Nations-Unies incite la France à avoir une stratégie nationale coordonnée pour l'enfance et que, à ce jour, nous ne l'avons pas. Paris a décidé de devenir exemplaire, et même modèle, en ayant cette stratégie parisienne pour l'enfance, qui permettra de coordonner l'ensemble de nos directions, l'ensemble des adjoints concernés par l'enfance - et ils sont très nombreux dans tous les domaines - et également, de permettre d'amplifier la politique qui a été menée jusque-là en direction des enfants, dans le cadre du développement des crèches, en direction des familles, en direction des aides aux familles. Nous savons la volonté de mettre en place un comité inter-adjoints qui permettra que chaque adjoint puisse, autour de la Maire, porter un volet enfance et qui permettra de penser aux enfants dans toutes les actions que nous mènerons. Je crois que c'est extrêmement important parce qu'aujourd'hui, nous devons vraiment coordonner l'ensemble de nos politiques et travailler avec l'ensemble des partenaires institutionnels, de l'Etat, du champ associatif, avec les parents eux-mêmes et les enfants. Oui, il est important aussi d'entendre la parole des enfants parce qu'ils sont les habitants de cette ville et ils seront les adultes de demain. Il appartient aussi de les entendre, comme cela a déjà été fait à de nombreuses reprises dans la précédente mandature et par Anne HIDALGO plus récemment, de les entendre pour entendre ce qu'ils souhaitent avoir. D'ailleurs, dans le cadre du budget participatif, n'en déplaise à certains qui pensent que les enfants n'ont pas la capacité de pouvoir décider d'un projet pour la Ville, les enfants pourront faire des propositions dans le cadre de projets participatifs. Je crois que, ce que je voudrais dire, c'est que nous lançons une démarche. C'est une démarche participative et partenariale qui vise à vraiment coordonner, développer, amplifier l'aide aux familles pour le développement des enfants, dans tous les champs d'intervention de la Ville. Il est évident que nous serons amenés à avoir aussi un regard? Quand je dis les enfants, il y a aussi les adolescents dans les enfants, puisque les enfants le sont de 0 à 18 ans. Les adolescents présentent des problématiques particulières sur lesquelles il nous faudra travailler au regard de la consommation d'alcool, qui est importante chez les adolescents, des addictions, de la souffrance psychique, de la lutte contre le décrochage scolaire, les uns entraînant les autres. Egalement, nous devrons insérer dans cette stratégie un volet de lutte contre la précarité et l'exclusion parce qu'à Paris, il y a 22 % d'enfants qui vivent dans des familles qui sont en dessous du seuil minimum de pauvreté. A 22 %, c'est extrêmement important. Certes, ce sont les chiffres nationaux, mais dans les arrondissements du Nord et de l'Est, les chiffres sont beaucoup plus importants. Donc, nous devons lutter contre les inégalités territoriales et sociales. Nous devons permettre aux enfants des familles les plus en difficulté et les plus pauvres, d'avoir accès aux places de crèches, et nous devons rapprocher les parents des institutions car, comme nous le disait hier l'association "ATD Quart Monde" que nous avons rencontrée, les familles qui sont dans la pauvreté sont toujours en difficulté d'approche et de rencontre avec les institutions, parce qu'elles ont toujours peur d'être repérées en tant que mauvais parents. Il est vrai qu'à l'aide sociale à l'enfance, les enfants confiés sont souvent des enfants de famille en situation de grande pauvreté. D'ailleurs, le Schéma de protection de l'enfance que nous sommes actuellement en train de mettre en place pour la mandature, est un schéma de protection qui visera justement à témoigner d'encore plus d'attention à l'accompagnement des familles dans leur rôle de parents, à essayer de leur permettre de l'exercer, à développer des formes alternatives au placement, qui n?est pas forcément la meilleure des solutions, sauf lorsqu'il y a des faits avérés de violence et de maltraitance. Nous ferons donc tout cela, sans oublier l'accès à la culture, aux loisirs, aux sports, bref, faire de Paris une ville encore plus adaptée aux enfants et développer pour eux, partout dans la ville et avec mes collègues, de nouveaux lieux accessibles pour eux durant les vacances, durant les week-ends. En plus, nous souhaitons faire des enfants porteurs des droits de l'enfant et donc des droits de l'homme, et tous les enfants des écoles de la Ville auront une sensibilisation à la Convention internationale des droits de l'enfant parce que c'est ainsi que l'on fait des enfants qui n'ont pas de réflexes discriminatoires, qui comprennent que l'égalité est une chose et que le respect de l'autre en est une autre. Voilà, mes chers collègues.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Dominique VERSINI. Des explications de vote sur ce v?u, et nous commençons par Rémi FÉRAUD.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, je souhaite, au nom du groupe des élus Socialistes et Apparentés, saluer l'ambition qui est celle de la Municipalité portée par Anne HIDALGO et par Dominique VERSINI particulièrement, ambition d'associer les enfants à la vie de Paris, de leur ville. En effet, à travers ce v?u, nous pouvons lire la volonté très forte et qui était déjà présente dans la campagne électorale d'Anne HIDALGO, qui a interrogé et associé les enfants sur leurs projets et souhaits pour Paris, la volonté d?associer les enfants à la politique de notre ville et de la concevoir pour eux et avec eux. Comme le dit le titre de ce v?u, il s'agit bien de faire le Paris des enfants. Nous sommes fiers de la politique que nous avons menée depuis 2001 à ce sujet, qui a conduit à construire des crèches pour rattraper un retard très important, et pour augmenter le soutien aux familles qui explique notamment le retour de beaucoup d'entre elles à Paris. Nous sommes heureux que ce v?u propose une stratégie globale pour l'enfance et pour les familles, en concertation avec les partenaires, en créant une politique transversale avec les principaux adjoints concernés et les services de la Ville concernés. Déjà, nous pouvons nous féliciter des actions entreprises sous les précédentes mandatures, visant par exemple à associer les enfants aux choix architecturaux des écoles, comme celle de la rue Olivier-de-Serres, dans le 15e, ou encore pour imaginer les mobiliers et les aménagements des berges de Seine. La place faite aux enfants dans notre ville doit être aujourd'hui encore plus importante, et c'est bien sûr en multipliant ces initiatives que nous façonnons une ville encore plus bienveillante à leur endroit. Mais il faut aussi, et Dominique VERSINI l'a rappelé, agir pour protéger les enfants des dangers de la rue, de l'exclusion et de la pauvreté. Pour cela, je sais que nous pouvons compter sur le travail remarquable de Dominique VERSINI, dont je voudrais saluer l'engagement et l'efficacité. Pour toutes ces raisons, et en attendant de fêter demain, je crois, le 25e anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant, nous voterons évidemment avec enthousiasme pour ce v?u.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Rémi FÉRAUD. La parole est à Mme Emmanuelle BECKER.

Mme Emmanuelle BECKER. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, la crise que nous traversons en Europe et en France fait porter aux enfants de notre pays et de notre continent des stigmates que l'on croyait définitivement oubliés. Oui, la pauvreté augmente, les rapports annuels d?Emmaüs, du Secours Catholique et du Secours Populaire le confirment. Le chiffre de 22 % d'enfants vivant sous le seuil de pauvreté dans notre capital est un indicateur alarmant. Il contrebalance la vision que certains ont de notre ville lumière, mais Paris est aujourd'hui lumineuse pour qui ? Dans ce v?u, vous rappelez justement ce que fait la Ville dans tous les domaines : de l'accueil du jeune enfant aux activités périscolaire à la protection de l'enfance en danger, et sur la nécessité d'associer les enfants à la vie de la cité. Sur chacun de ces aspects, nous n'avons pas à rougir de notre bilan municipal mais nous voyons aussi les limites du bouclier social de notre Ville quand la politique gouvernementale et la situation économique et sociale sapent quotidiennement nos efforts. Nous avons tous été très fiers que la France ait porté sur les fonts baptismaux cette convention universelle il y a 25 ans. Nous avons été moins fiers de notre pays quand vous-même, Madame VERSINI, dans une autre vie, avez dû donner des explications à l?O.N.U. sur le traitement des mineurs étrangers sous les gouvernements précédents. Votre approche critique des politiques d?alors était lucide, elle était courageuse. Vous avez fait avancer les droits, Madame, lorsque vous en aviez la charge. Vous continuez, comme adjointe au Maire de notre ville, et c'est tout à votre honneur. Je regrette, nous regrettons comme vous l?absorption dans la question générale de la défense des droits de la spécificité des droits de l'enfant, car c'est à l'aune du traitement des enfants et du droit des femmes que l'on peut juger l'évolution d'une société démocratique. Alors, dans l'ensemble de votre propos, nous retrouvons vos convictions et vos engagements. Peut-être pourrait-on commencer par la participation des enfants à la vie de la cité. L?école, les centres de loisirs sont des lieux où l'on ne doit pas seulement entendre parler de démocratie, mais commencer à la faire vivre. Notre société a ces dernières années considéré l'enfant d'abord comme un consommateur potentiel, jamais comme un acteur de sa propre vie et de la vie de la cité. Il est temps de reprendre les préceptes de Janusz Korczak, qui a théorisé sur la "République" des enfants, où les enfants peuvent eux-mêmes édicter leurs règles de fonctionnement et de participation à la vie collective. Sachons leur faire confiance si les adultes qui les entourent, en particulier les professionnels, les accompagnent dans cette démarche participative. Sur la question de l'accueil de la petite enfance, nous serons attentifs à vos propositions. J'entends bien qu?il faille s?adapter aux nouveaux rythmes de vie des familles, mais en aucun cas cela ne doit être fait au détriment de la qualité de l'encadrement et du travail éducatif qui y est mené. Une crèche, vous le savez, est le premier lieu de vie collective pour un enfant. Il doit pouvoir évoluer, s'épanouir dans un environnement qui doit avoir pour but de lui faire toucher et connaître des domaines qui peut-être pour lui sont étrangers. Il importe que la qualité reste notre marque de fabrique, même si je ne nie pas l?importance du nombre de places à créer, bien entendu. Ce que je viens de dire pour la petite enfance vaut aussi pour les activités périscolaires, qui dépendent énormément des moyens qui leur sont consacrés, mais aussi et surtout de la qualité des formations des intervenants, qu'ils soient contractuels, vacataires ou titulaires, voire intervenants éducatifs. Votre souci de voir progresser l?éducation à l?égalité femmes-hommes va ravir, j'en suis sûre, notre collègue Hélène BIDARD, qui sera évidemment sur ce sujet comme sur d'autres votre alliée. L'un des critères sur les différents projets d?action des rythmes éducatifs pourrait être : comment comptez-vous associer les enfants eux-mêmes aux projets qui leur sont proposés ? Votre souci de ne pas oublier les parents dans ce dispositif général est essentiel. Les parents demandent l'aide, le soutien et la coopération avec l'ensemble de celles et ceux qui ont en charge l?éducation de leurs enfants et ils ont raison. Le maillage de réponses que vous proposez nous apparaît adapté, mais il est source de dépenses nouvelles. Pouvez-vous nous apporter la garantie aujourd'hui que ceci est bien contenu dans votre projet de budget 2015. Sinon, il s'agirait plus d'un v?u pieux que d'une nouvelle politique publique. Enfin, et pour conclure, vous comprendrez que je ne puisse ignorer la question des mineurs isolés étrangers, faibles parmi les faibles. Malgré la circulaire TAUBIRA, nous avons encore bon nombre de cas alarmants de jeunes à l?aube de leur majorité qui ne sont dans aucune case prévue : ni mineurs protégés, ni majeurs en cours de potentielle régularisation. Je sais que vous travaillez avec mes collègues à un dispositif de mise à l'abri. C'est une bonne chose, mais il convient surtout que l'arsenal législatif change et progresse afin que leur prise en charge puisse se faire sans accroc. Il conviendrait par exemple de revenir sur l'obligation des trois ans de protection avant que de pouvoir exiger une régularisation. Ce dispositif inventé par le Gouvernement précédent est une machine à faire plonger dans l'illégalité des jeunes qui ont été sous la protection de l'A.S.E. et qui ont fait des études. Il faut que nous puissions, à Paris comme ailleurs, contribuer pour ce qui est de notre part à l?accueil de ces enfants qui, faut-il le rappeler, n'ont pas hésité à franchir les mers, parfois même les continents, pour venir être protégés dans la patrie des droits de l'homme.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Je vais vous demander de conclure, Madame BECKER.

Mme Emmanuelle BECKER. - Je vais conclure : nous revenons à notre propos liminaire. Il ne peut y avoir d?avancée des droits de l?enfant si parallèlement, il n'y a pas de progrès des droits humains. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci. Je donne maintenant la parole à Mme Aurélie SOLANS.

Mme Aurélie SOLANS. - Madame la Maire, mes chers collègues, par ce v?u, le groupe Ecologiste tient à saluer la volonté de l?Exécutif parisien d'une politique globale sur l'enfance. Par exemple, historiquement, la petite enfance est toujours cantonnée du côté du sanitaire et social plutôt que dans le champ de l'éducation. Entre l'éducation populaire et l'Éducation nationale, les liens se sont distendus et des ponts sont à reconstruire. La mise en ?uvre de la récente réforme des rythmes l?a bien montré. Par ailleurs, la démarche de ce v?u propose d'associer les acteurs, et notamment les familles, parents et enfants, à l'élaboration des politiques. Nous y adhérons pleinement : c'est ce que les écologistes défendent. Sur le fond, oui, nous sommes bien d'accord : faisons le Paris des enfants. Chaque enfant doit y trouver sa place, dans sa singularité et celle de sa famille. Le secteur de la petite enfance doit être un outil dans la lutte contre les inégalités. Il peut et doit devenir un véritable outil dans ce sens. Pour cela, outre l'ouverture des 5.000 nouvelles places prévues dans la mandature, toutes les réflexions sur la question le confirment : l?accès aux crèches doit s?élargir aux enfants des familles les plus fragiles ainsi qu?à ceux pour qui ce sera un tremplin vers la réussite scolaire. De ce point de vue, plusieurs éléments retiennent notre attention : aller vers ces familles, qui ne connaissent pas forcément leurs droits, travailler sur la visibilité et l'ouverture des structures dans les quartiers, se pencher sur les commissions d'attribution des places, sur lesquelles un travail à l'image de la cotation dans l'attribution des logements pourrait y contribuer, adapter les moyens aux structures petite enfance des quartiers populaires, à l'image des zones d'éducation prioritaire ou des secteurs "politiques de la ville". Compte tenu des besoins spécifiques, nous pourrions en particulier porter des innovations et des expérimentations pédagogiques dans ces quartiers. Les inégalités à combattre sont aussi territoriales. C'est, par exemple, l'exposition aux pollutions, particulièrement les pollutions de l'air, des enfants des quartiers périphériques. La lutte contre la pollution de l'air est un impératif d'égalité, un impératif de santé publique. Doit-on rappeler que les enfants sont les plus fragiles ? De même, l'accès de tous les enfants à une alimentation sans pesticide, avec la politique ambitieuse que nous portons dans nos établissements. Dans cette même direction, nous devons poursuivre et, par exemple, étendre la démarche des "Ecolo crèches", pour développer avec les acteurs professionnels des crèches et les parents des dynamiques d'évolution des pratiques, des jouets non toxiques, en passant par des innovations dans les aménagements, vers des économies d'énergie, des réductions des déchets, pour le confort de tous. La lutte contre les inégalités filles-garçons doit être un des points-clefs du logiciel de conception des pédagogies, avec la remise à plat des projets pédagogiques et la formation des personnels, et pas seulement par des actions ponctuelles. Pour ce qui concerne la protection de l'enfance et à l'occasion des 25 ans de la convention internationale des droits de l'enfant, plus d'enfant à la rue dans notre ville refuge, accès aux soins, à un lieu d'accueil, même en urgence, mise à l'abri des mineurs systématique : notre Ville a beaucoup à faire, en particulier en matière, encore une fois, de structures d'hébergement et de prise en charge, ainsi qu'en matière de logement. Le "Paris des enfants", c'est aussi faire de Paris une ville attractive pour les familles, ou pour le dire plus justement, une ville plus accueillante, une ville qui ne chasse pas les familles. De ce point de vue, la politique du logement volontariste, sur laquelle notre majorité municipale s'engage, doit être efficiente. Il y a urgence, avec plus de 150.000 familles en attente de logement social. La place de l'enfant dans la ville et dans l'espace public doit être pensée, élargie. La rue aux enfants ne doit pas rester un slogan. La place de la voiture doit être réduite, au profit d'une sécurisation des piétons, vers une réduction des vitesses en premier lieu, le partage de l'espace public, avec des zones de rencontre, mais aussi des zones "Paris respire" dédiées aux enfants. Des installations ludiques dans les parcs et jardins doivent permettre d'élargir les champs d'expérience de nos enfants, avec une volonté d'innover, découvrir la nature en ville, avec des jardins pédagogiques, comme une ressource pour les équipes éducatives, encadrés par des animateurs nature diplômés, des fermes urbaines, des carrés potagers. Nous devons porter une réflexion globale sur toutes nos actions municipales à destination des enfants et des familles, des lieux d'accueil de nos enfants, du tout-petit à l'adolescent - vous l'avez dit -, et revoir le maillage sur chaque arrondissement. L'égalité entre les quartiers doit être au c?ur de nos préoccupations, car nous savons bien qu'en termes d'équipements culturels, les inégalités entre les quartiers sont importantes. Nous devons améliorer la cohérence et recentrer nos actions sur des objectifs, à commencer par la lutte contre l'échec scolaire, et bien sûr, répondre aux besoins des familles. Sur les horaires par exemple, il nous faut revoir les propositions. Nous avons des crèches qui ouvrent à 7 heures et demie, et des écoles à 8 heures et demie, par exemple. Ces disparités sont-elles fondées ? Alors, faire le "Paris des enfants" : oui. Le groupe Ecologiste répondra présent au sein de la majorité pour faire de Paris une ville où il fait bon vivre en famille et élever ses enfants. Je vous remercie.

(M. Julien BARGETON, adjoint, remplace M. Ian BROSSAT au fauteuil de la présidence).

M. Julien BARGETON, adjoint, président. - Je vous remercie. Je vous informe que deux scrutins sont ouverts dans la salle de travail à côté, et je donne la parole à M. Jean-Bernard BROS.

M. Jean-Bernard BROS. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, chère Dominique VERSINI, le v?u qui nous est présenté pour créer le "Paris des enfants" propose d'élaborer une politique transversale pour répondre à l'ensemble des besoins des petits Parisiens et de leur famille. La Ville de Paris mène déjà des actions fortes et structurantes en direction de ce public, mais plutôt que de s'en satisfaire, nous saluons la proposition de l'Exécutif de porter une ambition plus grande encore. Ainsi, nous souhaitions particulièrement souligner les efforts prévus en direction du secteur de la petite enfance, en continuant la création de nouvelles places de crèche, en accompagnant aussi, par des mesures ciblées, le recours à d'autres modes de garde. La Ville promeut largement ce service public indispensable à rendre aux familles parisiennes. Les efforts envers les familles les plus en difficulté sont aussi à souligner. La pauvreté des enfants n'est pas supportable dans une société moderne. Il nous faut cibler les actions et ouvrir des possibilités aux plus jeunes, et la stratégie répond à cette nécessité. Nous attendons aussi de travailler les propositions détaillées en faveur des familles qui vivent dans la rue. La Ville a la capacité de répondre à cette grande difficulté. Il était temps que le problème soit pris dans toute sa globalité et sa complexité. Enfin, l'association prévue au développement de la future stratégie des parents et des premiers concernés, les enfants, est extrêmement importante et montre la volonté innovante de cette nouvelle démarche de co-construction des politiques publiques. J'en termine : nous avions, pendant la dernière campagne, l'ambition de faire le "Paris de l'avenir". Chère Dominique, vous l'avez fait avec le "Paris des enfants". Je vous remercie.

(Mme la Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Jean-Bernard BROS. Je donne à présent la parole à M. BOURNAZEL, pour le groupe UMP.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Merci, Madame la Maire. Nous voterons évidemment pour ce v?u, qui fait écho à l'anniversaire de la convention internationale des droits de l'enfant, mais nous restons tout de même un peu circonspects, eu égard aux toutes récentes données parisiennes concernant la natalité. Deux éléments édifiants, Madame la Maire : d'abord, celui de la démographie. Tout récemment, un article du "Parisien" relatait la baisse de la natalité à Paris. Les Parisiennes n'ont jamais fait aussi peu de bébés, constat que l'A.P.U.R. expliquerait soi-disant par la mauvaise conjoncture ; peut-être, mais pas seulement, malheureusement ; et aussi peut-être parce que Paris n'est pas aussi bébé "friendly" que vous le prétendez à longueur d'interview ou lors de votre campagne électorale. Les jeunes parents, malheureusement, préfèrent souvent partir et quitter Paris pour rejoindre la banlieue, la grande banlieue, pour trouver un logement de taille suffisante. Un deuxième élément, malheureusement, corrobore cette baisse de la natalité qui nous inquiète, c'est aussi l'exode des familles, qui a été évalué par le C.D.E.N. du 6 novembre dernier. En effet, d'après le constat de rentrée de l'Académie de Paris, selon les données de l'Insee, on enregistre une baisse de plus d'un millier d'enfants de 3 ans résidant dans l'Académie de Paris à la rentrée 2014. Où sont passés ces enfants ? En tout cas, pas dans le privé. Ce n'est pas l'excuse que vous pourriez donner, puisque le privé n'enregistre pas de telle hausse dans le préélémentaire, que ce soit dans le privé sous contrat ou hors contrat. Enfin, dans votre v?u, vous vous glorifiez d'avoir une politique ambitieuse à destination des familles, qui se traduirait notamment par un ensemble particulièrement important dans la dette financière - je vous cite. Pourtant, la seule véritable aide en matière de garde d'enfant, c'est Papado, et vous vous apprêtez à la supprimer. C'est assez, pour le moins, contradictoire, vous l'avouerez. Je voudrais vous dire aussi que la dernière étude de l'I.N.S.E.E. doit nous inquiéter. Elle montre une paupérisation, notamment des familles monoparentales. Elle dénonce d'ailleurs la concentration des difficultés dans les mêmes quartiers. Et il faudra peut-être venir à de nouvelles propositions et avoir le courage de relancer l'idée, à chaque fois qu'on finance un logement social, de financer, par exemple, un logement intermédiaire, comme nous, nous l'avions déjà proposé pour les classes moyennes, lié aussi au logement privé, si on veut faire de la véritable diversité sociale, par cage d'escalier, donc dans nos quartiers, donc dans nos crèches, dans nos écoles, et permettre à chaque enfant, quelle que soit son origine, quelle que soit sa condition sociale, de connaître l'altérité, la différence. Or, l'étude de l'I.N.S.E.E. dit tout le contraire. Donc, je voudrais éveiller votre curiosité sur ce point-là. Nous voterons ce projet v?u, mais nous restons quand même sur notre faim quant à la politique qui est appliquée à la Ville de Paris. Je pense qu'il serait bon de prendre de nouvelles mesures et nous vous faisons un certain nombre de propositions.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Oui, très bien. La parole est à Mme Béatrice LECOUTURIER, pour le groupe UDI - MODEM.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - Merci, Madame la Maire. 25 ans après l'adoption de la convention internationale des droits de l'enfant, consacrant juridiquement l'intérêt supérieur des enfants, dans la lignée d'une longue tradition humaniste héritée des Lumières, Paris propose d'élaborer une stratégie parisienne, à l'heure où l'exclusion et les inégalités n'ont malheureusement jamais été aussi prégnantes. Ainsi, dans son portrait social de la France, publié ce jour, l'I.N.S.E.E. révèle que près de 31.000 enfants vivent dans la rue, dans les grandes et moyennes agglomérations françaises. Ce chiffre effrayant est à mettre en parallèle du constat tout aussi préoccupant d?une paupérisation à l?échelle nationale. En effet, 22 % des enfants se situent avec leur famille sous le seuil de la pauvreté. Ces situations prennent d?autant plus d?ampleur à Paris où 28 % des familles sont monoparentales, et donc pour certaines d?entre elles doivent parvenir à concilier vie professionnelle, éducation de leurs enfants, tout en ayant en permanence cette angoisse des fins de mois difficiles, sans toujours trouver un mode de garde adéquat, ni un soutien opportun. A côté de ces chiffres, la Mairie de Paris se félicite de l?attractivité de Paris pour les familles, avec 15.000 familles supplémentaires depuis 2001. Or, comme l?a déjà souligné mon collègue BOURNAZEL, selon une étude de l?I.N.S.E.E., le taux de natalité a baissé de 1,2 % en un an à Paris, et de 9 % en dix ans, faisant ainsi mentir Bertrand DELANOË et son statut autoproclamé de maire aphrodisiaque. De plus, à y regarder de plus près, le solde démographique parisien est négatif, indiquant que le nombre de familles quittant Paris est supérieur à celles qui s?y installent. Alors, le groupe UDI-MODEM se réjouit, Madame la Maire, de la démarche initiée par Mme Dominique VERSINI, dans la droite ligne de la lettre de mission qui lui a été confiée de placer l?enfant au c?ur de la politique parisienne de lutte contre l?exclusion et la précarité. Si l?association, dans cette démarche et cette réflexion, des parents, de la caisse d?allocations familiales et des acteurs associatifs est à saluer, il n?en demeure pas moins nécessaire d?associer l?ensemble des élus parisiens, afin d?élaborer un corpus de recommandations et de propositions constructives, dans un esprit collaboratif. En effet, nul doute que ce juste combat saura susciter le soutien de l?ensemble de notre Assemblée. Je vous remercie, Madame.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à l?ensemble des orateurs et oratrices. Je vais redonner la parole à Mme Dominique VERSINI pour répondre à ce débat. Je voudrais vraiment saluer le travail remarquable qu?elle fait à mes côtés, notamment sur ce sujet et bien d?autres. Madame Dominique VERSINI, vous avez la parole.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Merci, Madame la Maire. Mes chers collègues, merci à tous les intervenants pour la richesse de vos propos et l?engagement évident de tous, pour les enfants à Paris. C?est vraiment extrêmement important. Bien évidemment, la démarche dans laquelle nous entrons visera à associer l?ensemble des partenaires qui viennent d?être cités mais évidemment les arrondissements et les élus d?arrondissement, l?ensemble des élus parisiens, dans un esprit parfaitement collaboratif, comme nous le faisons dans le cadre de la grande cause de lutte contre la grande exclusion. Evidemment, sur la question de l?enfance et son intérêt supérieur, que l?ensemble des acteurs et des élus puisse participer, ainsi que les parents, ainsi que les enfants, ainsi que tous les acteurs institutionnels et associatifs. Pour moi, c?est quelque chose extrêmement important. Je voulais dire que c?est une démarche que je trouve vraiment remarquable, parce que Paris est déjà "Ville amie des enfants", label reconnu par l?Unicef, et nous souhaitons progresser encore. D?ailleurs, nous viendrons dans quelque temps devant vous pour que Paris soit aussi Ville amie des aînés, et donc Ville amie de tous les âges. À cet effet, je voudrais préciser que je n?oublie pas aussi dans ce travail la place des grands-parents qui est importante auprès des enfants et toute l?action intergénérationnelle qui est menée et que nous mènerons encore plus et encore mieux. L?idée est vraiment d?être dans une coconstruction pour les enfants et de permettre évidemment à ceux qui sont les plus en difficulté d?avoir accès à tous leurs droits et d?avoir accès à ce qui est important pour eux, c?est-à-dire l?accès à une place en crèche qui permette aux parents, à la maman quand elle est seule, de pouvoir travailler et se former, l?accès aux loisirs, à la culture, etc. C?est absolument important car on s?aperçoit aujourd?hui que, pour les enfants qui naissent dans une famille pauvre, dès l?école maternelle, l?avenir peut être pénalisé si tout l?environnement culturel et éducatif n?est pas mis en place et c?est cela que nous voulons faire. Nous pensons aussi à toutes les familles des classes moyennes, comme vous l?avez dit, Monsieur BOURNAZEL, parce que pour nous, évidemment, c?est extrêmement important, notamment dans cette période de crise économique, de crise sociale, dans une société dans laquelle il y a de plus en plus de séparations parentales, de parents isolés, de recompositions familiales, de pouvoir aider toutes les familles. C?est vraiment l?objet, avec une attention évidemment plus particulière pour les plus vulnérables, les plus pauvres, les enfants ayant des handicaps. Et avec également, pour moi, une chose très importante : ce sont les adolescents, qui sont à la porte d?entrée de devenir des jeunes, et qui ont des problématiques particulières qu?il faut que nous regardions de plus près, avec l?ensemble de mes collègues qui sont concernés. Bien sûr, tous ces enfants dont nous parlons - je dirais de façon répétitive et c?est bien, et j?en remercie les orateurs de Conseil de Paris en Conseil de Paris -, ceux que l?on appelle les mineurs étrangers isolés, oui, nous avons la volonté pour eux d?un dispositif efficace et adapté. Oui, nous avons la volonté de leur permettre, à chaque fois que c?est possible, d?accéder au droit commun et de pouvoir s?insérer et d?avoir des projets de vie. C?est important. Aujourd?hui, nous avons avec la Maire rencontré hier les associations de défense des droits de l?Enfant, l?Unicef, ATD Quart Monde, et tous nous ont dit aujourd?hui : il faut coconstruire avec les familles, il faut agir dans la transversalité, il faut aller vers ceux qui ne viennent plus vers le droit commun, car on sait que les plus pauvres ne viennent pas, ils ont peur, ils ont même peur d?aller à l?école parce qu?ils ont peur que l?on remarque ou que l?on imagine qu?ils ne pourraient pas être de bons parents. Dans ma délégation, j?ai la chance d?avoir la protection de l?enfance et justement, avec les équipes de la protection de l?enfance que je salue, on veillera à protéger au maximum les enfants qui en ont besoin et à faire en sorte que tous les autres n?aient pas besoin d?avoir accès à ce dispositif de protection de l?enfance. Voilà, Madame la Maire, ce que je souhaitais dire en quelques mots.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame VERSINI. Je voudrais vraiment vous remercier pour ce travail, remercier les adjoints qui travaillent aussi avec vous sur ce sujet transversal et saluer, au-delà de nos services les services de la Ville et du Département qui sont très engagés bien sûr sur ces sujets qui sont souvent difficiles, également les associations. Vous y avez fait référence. Nous avons rencontré hier les associations qui travaillent sur le droit des enfants. Je crois qu?elles nous ont dit, en tous les cas c?est le message que j?ai entendu, à la fois qu?elles attendent beaucoup de nous mais qu?elles sont très demandeuses d?un travail collaboratif avec elles. Paris est pour elles une ville qui prend la question des droits des enfants au bon niveau, à partir de cette stratégie que vous allez porter, chère Dominique VERSINI. Je voulais aussi évoquer ces points, avant de passer au vote de ce v?u. Je vais donc mettre aux voix le v?u n° 123 sur cette "Stratégie parisienne pour l?enfance : faire le Paris des enfants". Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de v?u déposé par l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le projet de v?u est adopté à l'unanimité. (2014, V. 317). Merci, Dominique VERSINI.