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Novembre 2014
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Conseil Municipal
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IV - Question d'actualité posée par le groupe UDI-MODEM à Mme la Maire de Paris, relative aux blocages des lycéens parisiens.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2014


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Alors, nous passons à la question suivante qui est posée par le groupe Union des démocrates et indépendants. La parole est à Mme LECOUTURIER.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - C?est le groupe UDI-MODEM, Madame la Maire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Votre en-tête n?est pas comme ça.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - Eh bien, c?est le groupe UDI-MODEM.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - J?ai lu votre en-tête : Union des démocrates et indépendants. C?est votre papier à en-tête.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - C?est le groupe UDI-MODEM au Conseil de Paris, Madame la Maire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mais il faut que vous changiez le papier en-tête ou faire quelque chose. Mais vous avez la parole.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - Merci. Nous assistons depuis quelques semaines à des manifestations de lycéens venus rendre hommage à Rémi Fraisse, jeune manifestant mort tragiquement sur le site de Sivens dans le Tarn. Si nous comprenons l?émotion suscitée par le décès de ce jeune, nous réprouvons la tournure que prennent les manifestations à Paris avec le blocage des établissements scolaires et la violence qu?entraînent ces blocages. Rappelons tout d?abord, Madame la Maire, que l?accès des élèves à leur classe est une liberté fondamentale. En effet, les écoles, les collèges et les lycées doivent être des lieux de sécurité et de protection pour tous les élèves, sans entraver leur accès. Or, nous voyons que cette sécurité n'est plus assurée dans certains lycées parisiens puisque des élèves bloquent les portes des établissements, empêchant ceux qui le souhaitent de rejoindre leur classe. Ces élèves sont alors contraints de rester dans la rue et privés de suivre leurs cours. Des éléments radicaux ont déjà profité de cette mobilisation pour prendre la tête des cortèges et chercher l'affrontement avec les forces de police. Des scènes de violence de casseurs ont été observées en plein Paris. Face à cette situation, l'immense majorité des lycéens et leurs parents sont légitimement excédés, suscitant un climat tendu aux abords des lycées. C'est ce qui s'est passé vendredi dernier, le 14 novembre. Au quatrième jour de blocage, de graves incidents ont eu lieu devant le lycée Montaigne. Une fois encore, des lycéens venus aussi d'établissements voisins, ont commencé à renverser des poubelles devant la porte du lycée, empêchant l?accès de l?établissement à ceux qui souhaitaient y entrer. Malgré les demandes insistantes des parents et du personnel enseignant, les lycéens bloqueurs ont décidé d?en découdre avec les parents, en leur lançant des projectiles et les arrosant de neige carbonique. Très énervé, un père de famille a saisi des mains d'un jeune manifestant un extincteur et a frappé violemment un élève qui tentait de s'interposer. Cet incident est très choquant, et nous le condamnons vivement, comme nous condamnons les provocations de ces jeunes manifestants. Nous ne pouvons tolérer, Madame la Maire, ni cette justice privée, ni cette inaction des pouvoirs publics. L'inaction du Rectorat de Paris et de la Préfecture de police n'est pas acceptable. Malgré les demandes renouvelées des associations de parents d?élèves à la Mairie de Paris, aucune précision ne leur a été donnée sur le statut juridique des abords des lycées, car là est la vraie question. Qui est responsable de la sécurité des élèves à ces abords ? Est-ce aux parents ou au personnel enseignant de faire respecter l'ordre ? Nous demandons donc au Rectorat de Paris et à vous, Monsieur le Préfet, de donner des consignes claires aux établissements en cas de blocage et ne pas les laisser dans le désarroi le plus complet. Doit-on encore attendre un cran supplémentaire dans la montée de la violence de ces manifestations ? Il est donc grand temps de mettre un terme à ces exactions. Il est grand temps que les pouvoirs publics prennent leur responsabilité. Il serait vain de miser sur l'essoufflement de ce mouvement. C'est un pari dangereux et peu responsable. Il est de notre rôle à présent à nous élus, Rectorat de Paris, Préfecture de police, de mettre en ?uvre toutes les mesures pour un retour à l'ordre dans nos lycées à Paris. Les élèves et les parents vous le demandent : écoutons-les, écoutez-les, Madame la Maire. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien. Monsieur le Préfet de police et ensuite, Colombe BROSSEL.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, Madame la Conseillère, je suis très heureux de répondre à votre question pour que vous puissiez être parfaitement informée des difficultés de l?ordre public lors de manifestations de lycéens. L'énoncé de votre question, ce que vous avez dit sur l?inaction de la Préfecture de police, m'amène à me réjouir que je puisse rectifier ces propos. La gestion des manifestations de lycéens est toujours une question extrêmement délicate et je peux vous assurer qu'elle fait l'objet de ma part, de la part du Recteur de Paris, avec lequel je suis en permanence en contact, d'un suivi extrêmement attentif. En effet, contrairement aux autres manifestations revendicatives - il y en a plus de 4.000 chaque année à Paris, donc on a une certaine habitude - il est très difficile d'établir un travail préparatoire pour le choix du trajet, pour l'organisation du service d'ordre mis en place par les organisateurs. Souvent, d'ailleurs, il n'y en a pas. C'est la raison pour laquelle des consignes de très grande vigilance, mais aussi de très grande prudence, sont données par mes soins aux forces de l'ordre dans la gestion de ce type d?événement, compte tenu de l'âge des manifestants. Encore une fois, avec le Recteur de Paris, nous sommes en contact permanent pour gérer ces situations. Et fort heureusement, contrairement à la description que vous en faites, par rapport d'ailleurs à d'autres mouvements lycéens que j'ai pu connaître dans ma carrière de préfet, les récents blocages de lycées parisiens n'ont pas donné lieu à des incidents importants, et je vais m'expliquer. Vous l'avez rappelé - après la mort de Rémi Fraisse et pour lui rendre hommage - plusieurs organisations lycéennes ont lancé un mot d?ordre de grève devant les établissements, à la suite, d'ailleurs, de certaines organisations politiques. A compter du 6 novembre, nous avons compté de 20 à 30 lycées parisiens, sur plus d'une centaine, impactés par le plus souvent des filtrages, parfois par des blocages à l'entrée de l'établissement, qui ont duré une partie de la matinée. Mais, dès la semaine suivante - nous étions le jeudi - dès le lundi, le nombre de blocages a très vite décru. Le 13 novembre, à l'appel de la F.I.D.L., de l'Union nationale lycéenne ainsi que de l'assemblée générale lycéenne, 500 personnes ont défilé au départ de la place de la Nation. Cette manifestation - je vais vous la raconter puisque cela illustre la difficulté d'avoir un contact utile avec des organisateurs - cette manifestation s'est rapidement scindée en deux groupes distincts, puisque des militants radicaux s'en sont pris aux services d'ordre des autres organisations. Ces autres organisations ont quitté le cortège et ont mis fin à la manifestation. Une centaine de manifestants radicaux ont poursuivi leur chemin jusqu'à Tolbiac, commettant quelques dégradations, des tags sur du mobilier urbain et des véhicules de police. Je précise que l'identification des fauteurs de troubles est en cours. Nous avons déjà quelques indices. Au total, aucun incident majeur ne s'est produit. Il peut d'ailleurs être noté que la manifestation de 1.400 personnes à l'appel de plusieurs organisations politiques et syndicales, partant de Bastille et rejoignant la place de la Nation le 8 novembre, n'a pas mobilisé les lycéens en nombre. Donc ce n'est pas un mouvement qui a beaucoup mobilisé les lycéens par rapport à ce que nous avions pu connaître. Alors un seul incident notable, mais aussi regrettable, s'est produit le 14 novembre devant le lycée Montaigne entre un élève d'un autre lycée et un parent d'un élève du lycée Montaigne. Je dois dire que grâce à la mobilisation de tous - la police, d'ailleurs, n'était pas très loin et est intervenue rapidement - mais grâce à la mobilisation de tous, le Rectorat, le proviseur de l'établissement, les parents et le Maire de l'arrondissement, la tension est très vite retombée. J'ajouterai, pour compléter ma réponse, que le personnel en tenue, lorsqu'il y a un risque de blocage ou de filtrage, n'est jamais très loin pour pouvoir faire face à tous les incidents. Il y a des personnels en civil qui surveillent l'entrée des établissements et nous pouvons donc intervenir très rapidement à la demande d'un chef d'établissement ou à la demande du Recteur. Mais je crois que prépositionner des forces de l'ordre en tenue devant les lycées pour empêcher les blocages, serait lourd de risques, y compris pour la sécurité des élèves. Je crois que c'est une pratique constante, que j'ai rappelée, pour la gestion des manifestations de lycéens à Paris. Elle donne de bons résultats et je n'ai pas l'intention d?en changer.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet. Vous avez notre soutien. Madame Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci beaucoup, Madame la Maire. En complément de ce que vient de dire très justement M. le Préfet, et sur le rappel des faits, et sur la doctrine - si je peux l'appeler ainsi -, trois éléments : D'abord, oui, il y a eu une émotion légitime dans la jeunesse parisienne comme ailleurs, notamment chez les lycéens, suite à, bien entendu, la mort de Rémi Fraisse mais également au placement en centre de rétention administrative du jeune Yéro SALL sur lequel les uns et les autres sont déjà intervenus dans d'autres cadres, notamment, que cet hémicycle. Et cette émotion légitime a provoqué un certain nombre de manifestations. Je ne sais pas s'il est besoin - implicitement, M. le Préfet vient de le faire à l?instant - de dire quel est le statut juridique de la sécurisation de la voie publique. Oui, en effet, c'est du ressort de la police nationale et de la Préfecture de police que de travailler à la sécurité des Parisiens sur la voie publique. Je dois vous avouer que je suis étonnée par le ton polémique et les propos, à mon avis, inutilement blessants, et pour la Préfecture de police, et pour l'ensemble de ceux qui ont concouru au calme de ces manifestations, évoquant leur inaction et leur inactivité. Et je veux au contraire remercier et féliciter tous ceux qui ont pris cette situation en main. On sait combien elle est difficile, on sait comment elle est mouvante, fluctuante et que, parfois - pardon pour l?image - il suffit d?un tout petit craquement d?allumette pour embraser des situations. Je tiens ici à féliciter publiquement M. le Préfet de police, ainsi que tous ceux qui ont concouru au fait que le calme soit le plus largement possible maintenu devant les établissements et dans les manifestations. Ce n'est pas simple et n'ayons pas de facilité de prise de position sur ce sujet. Alors, merci à tous ceux qui ont travaillé : c'est, en effet, bien entendu, le Préfet de police et l'ensemble de ses agents, mais ce sont aussi les proviseurs de lycées et les principaux de collège. Il y en a un certain nombre qui ont passé beaucoup de temps à s'occuper de l'extérieur de leurs établissements, considérant que la sécurité de leurs élèves est dans le champ de leurs prérogatives. Si nous sommes arrivés à une situation qui, globalement, n'a pas été émaillée de plusieurs incidents graves, sauf un qu?a rappelé à l'instant M. le Préfet ; si aujourd'hui, il n'y a plus aucun lycée bloqué ni avec des barrages filtrants, c'est, en effet, grâce à l'engagement de l'ensemble de ces adultes qui se sont mobilisés pour la sécurité des jeunes lycéens parisiens. Sachons aussi rendre hommage à ceux qui, sur le terrain, travaillent efficacement, Madame.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Colombe BROSSEL. Oui, Madame, vous pouvez reprendre la parole.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - Je ne comprends pas pourquoi vous voyez des propos blessants ou polémiques, ce sont juste des interrogations des parents qui sont venus nous voir pour cette situation. Vous leur expliquerez ce qu?il y a de blessant ou polémique quand on empêche leurs enfants d'aller dans les classes. Merci de cette explication, Monsieur le Préfet. En revanche, vous n'avez pas répondu à ma question, à savoir l'inquiétude des parents quant à la sécurisation des abords des lycées. Effectivement, il y avait des policiers qui étaient en tenue civile mais qui ont dit aux parents : "Nous n'interviendrons pas." Je trouve que les parents restent, de toute façon, dans leur insécurité et dans leur inquiétude. Merci beaucoup.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien. Tout a été dit et chacun l'a fait dans son style et avec sa vérité, mais j'apprécie et le propos de M. le Préfet et la réponse de Colombe BROSSEL.