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Novembre 2014
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Conseil Municipal
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2014 DSTI 1020 - Association OW2 Consortium. - Adhésion et cotisation (10.000 euros).

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2014


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous examinons le projet de délibération DSTI 1020 : association OW2 Consortium. Il s'agit d'une adhésion et de cotisation. Monsieur Jérôme GLEIZES, vous avez la parole.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Madame la Maire. Ce projet de délibération me permet une nouvelle fois de revenir sur la stratégie de logiciels libres de la Ville de Paris. Comme le rappelle le projet de délibération, la Ville de Paris a réalisé un outil logiciel dénommé "Lutèce". Elle a reversé les codes sources de l'outil à la communauté du Libre en septembre 2002 de manière que le travail réalisé puisse profiter à d'autres organismes. D?autres applications, basées sur "Lutèce", ont été reversées par la Ville, comme l?outil de dématérialisation de la séance du Conseil de Paris (ODS), que nous utilisons tous, et l'application de gestion des concours et examens professionnels. Après examen du logiciel "Lutèce" par OW2 Consortium, celle-ci a adopté ce logiciel dans sa communauté. C?est un grand honneur pour Paris car OW2 fait partie des grandes fondations de logiciels Open Source telles que Mozilla ou Apache. Je tiens à féliciter la Direction des Systèmes et des Technologies de l?Information de la Mairie de Paris pour son implication dans le développement de ces solutions libres ; notamment Pierre LEVY, suppléant d?Emmanuel GRÉGOIRE pour représenter la Ville au sein de ce consortium. C'est le projet de délibération que nous allons voter. Il serait, par ailleurs, important que cet esprit collaboratif concerne toutes les directions de la Ville et tous les maires adjoints. Au-delà de l?argument économique, qui intéressera Julien BARGETON, au-delà de l'argument innovation, qui intéressera Jean-Louis MISSIKA - qui n'est pas là, c?est dommage ! -, c?est l?importance de la défense des biens communs mais surtout de leur production qu'il faut souligner ici. Quoi de plus pertinent qu?une collectivité territoriale pour gérer des biens communs ? Comme je l'ai déjà dit en 1ère Commission, cette dimension doit être prise en compte dans les commissions d'appel d?offres. Il n?est pas normal ainsi que la plateforme participative "Dialoguons" mise à disposition de la Mairie de Paris pour la concertation sur le projet de modification du P.L.U. par l'agence "Strat&Act?" soit basée sur le logiciel Google Analytics qui, dans les mentions légales, explicite que - tout cela, c?est marqué sur le site de la Ville de Paris - : "Les données générées par les cookies concernant votre utilisation du site, y compris votre adresse IP, seront transmises et stockées par Google sur des serveurs situés aux Etats-Unis." Au-delà de la légalité douteuse de ce transfert d?information pour lequel je n'ai toujours pas eu de réponse, il serait plus adapté pour la Ville de développer une plateforme participative sous format libre, comme elle l'a fait avec Lutèce. Comme l?ont montré les débats d?hier sur le budget participatif, cette plateforme a besoin d'être sécurisée et pourrait être utilisée dans de nombreuses applications par de nombreuses directions de la Ville. Votons ce projet de délibération et amplifions l'action de la Ville dans le domaine du libre. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur GLEIZES. Madame SIMONNET ?

Mme Danielle SIMONNET. - Je n'ai pas tout à fait le même avis sur ce projet de délibération. C'est vrai que ce projet de délibération est d'un premier abord très technique. N'étant pas une spécialiste des questions informatiques, j'avoue avoir du mal à m?y plonger. Mais, dans toute question technique, il y a toujours in fine du politique. Je tiens à remercier les militants en faveur du logiciel libre qui ont bien voulu m?éclairer sur ce dossier. Je vous invite, d'ailleurs, à ne pas hésiter à lire sur mon site la note descriptive qu?ils m?ont fournie qui, peut-être, vous éclairera également. Ce qui est demandé dans ce projet de délibération, c'est l'adhésion de Paris à OW2 Consortium, comme Paris est déjà adhérente à l?ADULLACT, par exemple. OW2 est une association d'entreprises qui font du développement de logiciels métier, des logiciels visiblement si pointus que je pense que ni vous ni moi n?aurons a priori à les installer sur nos ordinateurs mais que, très certainement, la Ville pourra nous faire utiliser, voire nous fait déjà utiliser, comme cela peut être le cas, par exemple, avec ODS. Le problème est que OW2 est plus dans la mouvance Open Source que dans la mouvance libre. Les aspects philosophiques et politiques du libre, c'est-à-dire justement des biens communs, soulevés par mon collègue Jérôme GLEIZES, leur passent assez loin au-dessus de la tête. En fait, ils favorisent également les modèles "Freemium" et de quoi s'agit-il ? L'éditeur propose une base libre mais avec des extensions verrouillées dont il reste propriétaire. En gros, si j'ai bien compris les longues descriptions qui m'ont été faites, on a accès à une version libre basique et c'est seulement si on en a les moyens que, moyennant finances, on a la possibilité d'acheter les logiciels de complément, d'approfondissement qui, eux, ne sont pas libres, c'est-à-dire que le contrat est restrictif, ne donnant aucunement la possibilité de mutualiser. Le problème, ce n'est pas tant le prix mais ce sont bien les contradictions et les restrictions de liberté totalement contraires à l'engagement du libre, du partage de la connaissance, des savoirs et des techniques comme biens communs. Une fois qu'un logiciel a été financé et payé, il doit pouvoir être partagé. Il me semble que là est l'engagement fondamental de la démarche du logiciel libre, que la Ville affiche soutenir. Je souhaiterais profiter de cette intervention pour mettre en lumière l?existence d?autres associations tournées vers l'éthique, la vraie liberté des utilisateurs. Il s'agit notamment de l?AFUL, l?APRIL, FRAMASOFT. Je souhaiterais que la Ville, conformément à son discours d'affichage en faveur des logiciels libres, décline et traduise son engagement dans tous les domaines où cela est possible ; là, on se retrouve avec Jérôme GLEIZES. Par cette adhésion, par contre, je n'ai pas le sentiment que ce soit totalement le cas, donc j?aimerais vraiment avoir des précisions parce que l'association "OW2 Consortium", si elle regroupe des entreprises et organismes actifs dans le développement de logiciels d'infrastructure libre, de qualité industrielle, son action se situe plutôt dans cet écosystème Open Source qui est, certes, proche du logiciel libre mais sa finalité, à l'Open Source, sur les aspects techniques et l?efficacité, ne met pas l?accent sur la liberté des utilisateurs, donc cela me semble être des approches plutôt incompatibles. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous. Je vais donner la parole à Emmanuel GRÉGOIRE, pour vous répondre.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint. - Merci, Madame la Maire. Merci beaucoup aux deux orateurs d'avoir insisté sur différents éléments importants du débat autour de l?Open Source et du logiciel libre. Tout d'abord, je voudrais m'associer aux paroles de M. GLEIZES pour remercier la DSTI parce que l?adhésion à OW2 Consortium, c?est d'abord la reconnaissance de la qualité et du travail de la Ville, de nos informaticiens, des services de la DSTI, sur le développement de l'application "Lutèce". La labellisation de "Lutèce" et son intégration en référencement par le consortium OW2 sont une consécration et auront un intérêt important pour la Ville : c'est d'assurer une plus grande visibilité pour cette solution et donc plus d'utilisateurs et donc une communauté de développeurs plus importante. J'ai entendu, Monsieur GLEIZES, également vos regrets sur le P.L.U. En revanche, je dis, la DSTI fait de plus en plus de choses elle-même en interne : notamment la cotation logement, par exemple, ces dernières semaines ou la plateforme du budget participatif. Elle ne peut pas encore tout faire mais, évidemment, nous montons en puissance sur le développement de nos propres solutions, notamment en utilisant Lutèce. Enfin, Madame SIMONNET, ce que vous évoquez est tout à fait juste. D'abord, OW2 n'est pas le seul organisme d'animation de l'écosystème de l?Open Source et du logiciel libre. Nous discutons, et donc je suis heureux d?avoir noté les noms que vous avez évoqués et on regardera avec la DSTI tout cela très attentivement. Evidemment, mais je l'avais dit, là aussi, au Conseil précédent, le logiciel libre, c?est aussi un écosystème entrepreneurial.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je vous demande de faire silence parce qu?on n?entend plus l?orateur !

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint. - Le logiciel libre repose aussi sur un écosystème entrepreneurial. Il y a des acteurs économiques. Vous avez raison de souligner que tous les gens qui y participent ne sont pas sans intentions commerciales, parfois, mais ce n'est pas grave. Si on veut l'acheter, si c'est bien, si c?est intéressant, on le fait. Si ce n'est pas intéressant, on ne le fait pas. Il nous a paru quand même très intéressant, et je pense que les arguments que vous développez, qui sont fondés, ne plaident pas contre l?adhésion à OW2, mais nous incitent à ne pas nous contenter de cela et à regarder dans toutes les directions et toutes les solutions. Encore une fois, félicitation à la DSTI, et nous confirmons notre engagement à aller plus loin en faveur de l'utilisation des logiciels libres. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur GRÉGOIRE. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DSTI 1020. Qui est pour ? Qui est contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2014, DSTI 1020).