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Novembre 2006
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Conseil Municipal
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2006, DAC 693 - Apposition d’une plaque commémorative à la mémoire de Malik Oussekine 20, rue Monsieur Le Prince (6e).

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2006


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAC 693 concernant la position d?une plaque commémorative à la mémoire de Malik Oussekine.

La parole est à M. CHERKI.

M. Pascal CHERKI, adjoint. - Oui, très brièvement parce que vu l?heure tardive? Mais il y aurait quand même beaucoup à dire sur cette initiative dont je voudrais féliciter vraiment la collectivité et notre collègue Sandrine MAZETIER de le faire.

Il est important que Paris honore les événements joyeux et les événements moins joyeux.

La mort de Malik Oussekine, battu à mort par les forces de police, à l?époque le peloton des voltigeurs motocyclistes qui heureusement a été dissous depuis, est restée dans la mémoire d?une génération d?étudiants et lycéens qui a fait l?important mouvement contre le projet de loi ?DEVAQUET? de l?époque, qui a été un moment important de l?éducation collective et en même temps de défense d?une certaine conception publique, laïque et gratuite de l?enseignement supérieur.

Et il était donc important que la Ville de Paris honore, 20 ans après, la mort de ce jeune homme et adresse un signe qu?elle n?oublie pas ce qui s?est passé à ce moment-là et ce qui s?est passé dans les rues de Paris, rue Monsieur le Prince, dans la nuit - de mémoire- du 5 à 6 décembre.

J?étais dans le quartier latin quand cela s?est passé. J?étais moi-même militant à l?époque, responsable d?une section de l?UNEF dans la Fac de Sceaux, et je peux vous dire que la mort de Malik Oussekine a été une émotion très importante et qu?elle reste comme un des signes tangibles de cette mobilisation et du fait que peu de temps après plusieurs centaines de milliers de jeunes manifestent dans la rue en criant ?plus jamais cela?.

Il était donc important que cette Municipalité de gauche le fasse et je pense que c?est un geste fort.

Je voulais vous en remercier.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole à Mme MAZETIER. Puis il y aura une explication de vote de M. BLOCHE.

Melle Sandrine MAZETIER, adjointe, au nom de la 7e Commission. - Ce projet de délibération répond à un voeu du groupe socialiste déposé lors de notre dernière séance.

Il est juste que Paris honore la mémoire de Malik Oussekine, étudiant, victime de la répression du mouvement étudiant de novembre-décembre 1986.

Ce mouvement a marqué toute une génération. La mort de Malik Oussekine, sous les coups des voltigeurs, était un événement impensable pour les lycéens et étudiants qui manifestaient dans l?enthousiasme et la bonne humeur. Elle a fait suite à la terrible répression de la manifestation nationale du 4 décembre, qui avait déjà vu les forces de maintien de l?ordre déraper en utilisant, place des Invalides, des tirs tendus de grenades contre les manifestants. Avec les nombreux blessés du 4 décembre et la mort de Malik Oussekine dans la nuit du 5 au 6 décembre, ce mouvement jeune et gai a soudain basculé dans la gravité et l?amertume.

Nous avons silencieusement et massivement manifesté le 10 décembre pour dire ?Plus jamais ça?. Et c?est aussi ce que veut signifier cette plaque à la mémoire de Malik Oussekine.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - M. BLOCHE a la parole.

M. Patrick BLOCHE. - Oui, je voulais m?inscrire totalement dans le cadre du Règlement de notre Assemblée. Et je ne me permettrais, avec l?autorisation de notre président de séance, de lire comme explication de vote ce qui aurait pu être, s?il avait pu être là, l?intervention de notre collègue David ASSOULINE.

C?est donc David ASSOULINE qui parle puisque je suis plus âgé que lui et que je n?étais plus étudiant en 1986, hélas.

?Monsieur le Maire, chers collègues, je vous avais déjà fait part de mon émotion quand, au nom du groupe socialiste et radical de gauche, avec son président Patrick BLOCHE, je proposais à notre Conseil d?adopter un voeu demandant au Maire de Paris d?apposer une plaque en souvenir de Malik Oussekine frappé à mort dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, rue Monsieur-le-Prince suite à la dispersion des occupants de la Sorbonne.

Elle est d?autant plus grande aujourd?hui au moment d?adopter ce projet de délibération proposé par le Maire, c?est-à-dire au moment de prendre cette décision qui permettra que concrètement le 6 décembre prochain, dans moins d?un mois, soit inscrit sur les pierres de notre Capitale le souvenir de ce moment qui a marqué pour toujours toute une génération, la mienne, comme celle de beaucoup d?élus ici présents ; le souvenir de ce jeune qui a eu la malchance de se trouver là alors que se déchaînait de façon démesurée une chasse à tout ce qui ressemblait à un étudiant dans le quartier latin.

Je ressens aussi la même fierté d?appartenir à cette majorité municipale et de soutenir cet Exécutif parisien au même moment où Bertrand DELANOË a de façon courageuse proposé d?apposer une plaque en souvenir des Algériens morts le 17 octobre 1961.

C?était il y a 20 ans. Des centaines de milliers de jeunes, près d?un million, à Paris, le 4 décembre, manifestaient pour le retrait de la loi ?DEVAQUET? établissant une sélection sociale pour l?entrée à l?université.

C?était dans chaque université, dans beaucoup de lycées des moments de rencontres, de débats, de prise de conscience, de fête et de joie aussi, qui rassemblaient une génération généreuse et éprise d?égalité, comme un sursaut dans une France où le Ministre de l?Intérieur pouvait déclarer qu?il couvrirait les bavures. Des monômes bon enfant où l?on entendait crier ?CRS avec nous, vos enfants sont dans la rue?.

Puis suite à la fin de non recevoir du Gouvernement, des charges brutales, violentes, des tirs de grenades à fût tendus, des jeunes grièvement blessés, comme Jérôme DUVAL, et la nuit tragique du 5 au 6 décembre où, après une évacuation des occupants de la Sorbonne, les PVM décidèrent de nettoyer le quartier latin.

Malik finissait sa soirée comme beaucoup de jeunes et moins jeunes et s?apprêtait à rentrer chez lui.

Des PVM le poursuivent. Il se réfugie dans une cage d?escalier rue Monsieur-le-Prince.

Des PVM lâchent leurs motos, rentrent dans le hall, il se protège. Il est battu ; son visage, son corps sont tuméfiés.

Plus tard, il meurt. Il avait 22 ans.

Rien ne justifiait une telle violence.

?Ils sont devenus fous?, je répétais cela au journaliste qui m?interrogeait au petit matin. Abasourdi, et ce poids de la responsabilité, ne rien dire qui puisse inciter à répondre à la violence par la violence et notre appel à une gigantesque manifestation silencieuse derrière cette unique affirmation ?Plus jamais ça?.

Et depuis 20 ans, ce sentiment contradictoire, souvenir d?un grand moment de symbiose, d?échange, de lutte, d?espoir, de conviction, d?être acteur de son histoire mais aussi l?amer-tume, la tristesse, que Malik y soit resté.

En ce moment, je pense à sa mère, à ses frères et s?urs, à tous ceux à qui il a été arraché. Il nous manquera toujours. Avec lui, c?est un bout de nous-mêmes qui est parti le 6 décembre 1986.

En votant ce projet de délibération, notre Conseil fera un acte de justice et de mémoire qui honorera notre Ville. Pour moi, pour les socialistes, nous avons aussi simplement rempli notre devoir.

Je vous remercie.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Monsieur GOUJON, vous avez la parole.

M. Philippe GOUJON. - Monsieur le Maire, le drame survenu ce soir-là, rue Monsieur-le-Prince, si terrible, si injuste nécessite effectivement de condamner très fermement et sans ambiguïté les agissements qui y ont conduit, d?autant plus que ceux qui s?y sont livrés disposaient de l?usage légitime de la force et que celle-ci ne doit être employée qu?à bon escient.

D?ailleurs, cela est si vrai que les deux policiers coupables ont été condamnés, sanctionnés administrativement, chassés de la police et que le PVM a été lui-même dissous.

Vous savez combien la police française généralement, et plus spécialement la Préfecture de police, est exemplaire dans le domaine du maintien de l?ordre. Il n?y a qu?à voir d?ailleurs la façon dont se sont terminés les événements en banlieue, sans aucun décès. La police française forme de nombreuses polices pour le maintien de l?ordre, dans le monde entier.

Mais une fois que j?ai exprimé cette indignation qui est la mienne aussi, je crois que l?expression qui est employée, celle de ?frappé à mort?, cette formule choc, avec sa résonance criminelle, est inadaptée car elle signifie l?intention qu?il y aurait eu de donner la mort, la volonté de tuer.

Alors, oui, il y a eu des violences tout à fait inadmissibles qui ont été sanctionnées fortement, fermement, à juste titre, aussi bien par la police que par la justice. Mais on ne peut laisser dire qu?il y a eu intention de donner la mort.

D?ailleurs, la Cour d?Assises qui a condamné les auteurs de ces coups mortels l?a fait sur le fondement de coups et blessures ayant entraîné la mort sans l?intention de la donner. C?est la justice qui s?est prononcée.

Il suffisait donc de reprendre la formule qui figure d?ailleurs sur le document qui est joint à ce projet de délibération et je ne comprends pas pourquoi la formule a été modifiée. Cette formule figurait dans le document joint : ?Décédé suite à la manifestation du 6 décembre 1986?. Ce qui aurait permis à notre groupe de voter ce projet de délibération.

Si cette formule n?était pas rétablie, malheureusement, et après tout ce que j?ai dit, nous ne pourrions cautionner une telle formule qui ne correspond pas à la réalité telle qu?elle a été jugée par la Cour d?Assises.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 693.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2006, DAC 693).