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Novembre 2006
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Conseil Municipal
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VI - Question d’actualité posée par le groupe Union pour la démocratie française à M. le Maire de Paris relative au Racing Club de France.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2006


M. LE MAIRE DE PARIS. - Maintenant, nous passons à la question du groupe U.D.F. et la parole est à M. POZZO di BORGO.

M. Yves POZZO di BORGO. - Merci, Monsieur le Maire.

Depuis 1886, le site de la Croix Catelan, situé dans le bois de Boulogne, était géré par le Racing Club de France. Le fonctionnement de ce club était simple : avec les cotisations de ces membres, des gens aisés et riches, il finançait les activités sportives du plus grand nombre, avec aussi des athlètes de haut niveau, aux résultats flatteurs dans de nombreuses disciplines. Il était ainsi le premier en Europe pour les médailles olympiques.

En outre, il accueillait dans ses installations, comme la piscine de la rue Eblé, les élèves des écoles publiques du 7e, du 8e et du 15e, suppléant par là même la carence de la municipalité ou des municipalités qui n?ont jamais investi pour remplacer ne serait-ce que la piscine Deligny pour ne parler que de l?arrondissement dont je suis l?élu. Et tout cela, sans que cela coûte un seul centime aux contribuables.

Après un appel d?offres lancé par la Mairie de Paris, le site a été repris par Arnaud LAGARDÈRE, nouveau concessionnaire depuis le 1er septembre 2006. Il s?était engagé à garantir la pérennité des 18 sections sportives. Or, dès son arrivée, il a commencé à rechigner, ne voulant pas des sections qui n?étaient pas parisiennes et souhaitant à sa guise utiliser le sigle, les bâtiments et les installations qui appartiennent au Racing Club de France.

Une période d?incertitude s?est ouverte pour l?ensemble des demandes du Racing, pour les enfants et les familles qui profitaient des retombées du club. Tout ceci, parce que vous avez décidé de faire du sport avec de l?argent.

Vous avez préféré la gestion par des intérêts privés. Ceux-ci ne sont pas critiquables. Ils ont des actionnaires. Dans le sport de haut niveau, il faut de l?argent. Ils sont dans leur rôle de créer de la valeur. Mais comprenez qu?ils n?ont pas les mêmes valeurs que tous ces acteurs bénévoles du Racing.

Par cette décision, nous avons et vous avez rompu l?équilibre économique original où les riches payaient pour ceux qui ont moins de moyens, sans qu?il y ait intervention de l?Etat ou de d?une municipalité.

Par cette décision, nous avons brisé ce fameux creuset de mixité sociale qu?était le Racing qui voyait converger... C?est 3.000 enfants de la rue Eblé qui fréquentent ce lieu !

? qui voyait converger chaque jour des sportifs, des jeunes espoirs, encadrés par des moniteurs d?excellence, dans des sections où se croisent le talent, la volonté et l?engagement.

Mardi dernier, les négociations ont été rompues entre le groupe ?Lagardère? et le Racing.

Ce jeudi, le bureau directeur du R.C.F. a démissionné et un administrateur devrait être nommé aujourd?hui - je crois d?ailleurs que c?est fait - pour préparer l?assemblée générale du 13 décembre.

Je sais que, demain, vous ne pourrez pas, Monsieur le Maire, empêcher que les qualités de don de soi, propres à certains esprits sportifs, ne disparaissent face à la logique de l?argent qui va guider ces nouveaux acteurs dans la poursuite des activités du club. La question que je vous pose est la suivante : aurez-vous suffisamment d?autorité pour imposer à une structure financière privée sa promesse de maintien des emplois en jeu et la formidable action de bénévolat qui existe dans ce club et dans l?environnement du bâtiment de la rue Eblé dans le 7e arrondissement ? Qu?en est-il aussi du comité de suivi qui devait être mis en place après le vote du 10 juillet ?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Parler du Racing ancienne manière - d?ailleurs, cela ne vous dérangeait pas - qui, en plus, versait une redevance ridicule comme d?un lieu philanthropique, je ne sais pas à qui vous allez faire croire cela !

Pascal CHERKI, je préfère que ce soit toi qui répondes. Sinon, moi, je vais me fâcher !

M. Pascal CHERKI, adjoint. - Brièvement car la question de M. POZZO di BORGO a une vertu, Monsieur le Maire, c?est qu?alors que dans ce club le comité directeur n?est plus soutenu ni par aucun président de section sportive ni par aucun des salariés, que ce soit les représentants ou autres, je me demandais s?il avait encore un soutien dans l?espace parisien. J?en ai trouvé un, M. POZZO di BORGO. Ils ne sont pas aussi isolés que cela.

Pour revenir au fond de l?affaire, quelle est la question ?

M. POZZO di BORGO le sait très bien. A la suite d?un v?u déposé par une formation de l?opposition municipale, le Conseil a décidé à l?unanimité de mettre en concurrence l?ensemble des conventions d?occupation domaniale existantes.

Une procédure a été lancée. Toujours à la demande de l?opposition municipale, nous avons voté un deuxième v?u demandant la mise en place d?une commission pluraliste. Cette commission a procédé à des auditions. Elle a classé, en fonction des critères du dossier de concurrence, les impétrants et a retenu que sur trois des quatre critères le groupe ?Lagardère? était en tête et que, sur le quatrième critère, c?était un autre concurrent qui n?était pas le Racing.

Sur la base de cet avis motivé, le Maire a considéré qu?il n?y avait pas d?ambiguïté et a proposé à la représentation du Conseil de Paris de voter une délibération passant un contrat de convention d?occupation domaniale avec le groupe ?Largardère?, qui a été votée très largement dans les rangs de cette Assemblée, y compris par vous, Monsieur POZZO di BORGO. A l?époque, vous ne vous êtes pas ému des conséquences de ce vote.

Il se trouve que, personnellement, en tant qu?adjoint aux Sports, j?ai réfléchi, ainsi que le Maire de Paris et d?autres élus qui ont dit que, certes, ils étaient tenus de se prononcer simplement sur la question du contrat, mais qu?ils n?étaient pas dupes et qu?ils savaient que cela aurait une conséquence concrète : si jamais ce n?est pas le Racing, qui n?a pas de rente et qui doit faire valoir ses droits chaque fois, qui récupère le contrat, il y aura des problèmes pour le financement de cette section sportive.

Dès le vote intervenu, nous nous en sommes préoccupés. Il se trouve que le groupe ?Lagardère? a déclaré qu?il prendrait un engagement moral de veiller à la pérennité de cette section.

Début septembre, cet engagement moral ne s?est concrétisé que partiellement. Le Maire de Paris, moi-même et d?autres membres de cette Assemblée, nous sommes intervenus et nous avons dit aux représentants du groupe ?Lagardère? qu?ils avaient pris un engagement moral et qu?il fallait le respecter.

Il y a environ quinze jours, le groupe ?Lagardère? a fait une proposition de pérennisation des financements des sections sportives, de garantie de financement du lieu où elles se déroulaient et de reprise de l?intégralité des salariés.

D?une certaine manière, Monsieur POZZO di BORGO, il s?agissait de reconstituer l?ancien modèle, à une différence près, et cela m?a marqué. Je remarque que le comité directeur n?est soutenu par aucune des sections sportives ou par aucun des représentants des salariés. Le paradoxe, c?est que cette crise a eu une vertu : pour la première fois, les sections sportives ont pris le dessus. Comme le groupe ?Lagardère? a besoin de cette caution, il est conduit à dialoguer avec elles. D?une certaine manière, nous nous trouvons peut-être dans l?ébauche d?un nouveau club sportif qui mettra le sport au centre de ses préoccupations. Je l?espère.

Où en est-on concrètement ? Je pensais jusqu?à présent que la nouvelle direction du Racing avait la volonté de tourner la page et de se préoccuper du sport. Comme le groupe ?Lagardère? est arrivé avec cette proposition, nous avons pensé que les problèmes étaient en voie d?être réglés.

Or, on m?a présenté autre chose, une logique patrimoniale avec laquelle je ne peux pas être d?accord car, même si je ne suis pas membre de ce club comme élu parisien, je dois veiller à ce que les intérêts de 20.000 adhérents ne soient pas dilapidés au profit d?un petit groupe de personnes.

J?ai déclaré que je ne serais pas d?accord avec une logique patrimoniale et je me suis fait le porte-parole des sections sportives et des représentants du personnel.

Il y a eu blocage. Qu?avons-nous demandé, Monsieur POZZO di BORGO ? La démocratie. Quand il y a blocage, on retourne vers la souveraineté. Et le peuple souverain d?une association, ce sont ses adhérents. C?est l?Assemblée générale.

Nous avons demandé que ce soit soumis au vote de l?Assemblée générale. Devant le refus de la direction du club, les salariés et les sections sportives ont pris la seule décision qui s?imposait de mon point de vue, ils ont pris un avocat et ont déposé une requête auprès du Tribunal. Le 23, il y a une audience afin de demander la nomination d?un administrateur judiciaire dont la mission sera de permettre aux adhérents du Racing de décider de leur avenir et nous les soutenons.

M. LE MAIRE DE PARIS. - M. POZZO di BORGO veut ajouter un mot.

M. Yves POZZO di BORGO. - Je suis ravi de l?intervention de M. CHERKI. Je suis ravi que le groupe ?Lagardère? maintienne ce concept qui existait auparavant. Je souhaite que cela dure longtemps, mais j?en doute.

On en avait déjà parlé, il y a un mois, et j?avais attiré l?attention sur ce problème. L?adjoint au Maire s?est largement impliqué dans cette affaire, mais j?attends comme vous le vote du 13 décembre. Je souhaite qu?il soit positif, mais je continue franchement à penser qu?on avait un modèle qui fonctionnait?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Non.

M. Yves POZZO di BORGO. - C?est vous qui dites cela, Monsieur le Maire. 3.000 enfants et adolescents des 7e, 15e, 6e, 8e arrondissements fréquentent cette maison de sport qui est unique à Paris, dans la rue Eblé. Je vois les choses et ce ne sont pas des enfants de familles aisées. Je suis désolé. N?ayez pas cette image un peu caricaturale ; il y a bien sûr des gens aisés, mais ils finançaient des gens qui n?étaient pas aisés. Laissez-moi quand même défendre mes positions.

Je suis ravi de la question de M. CHERKI. On verra bien comment cela évoluera. On verra bien le 13 décembre.

J?ai posé la question du comité de suivi et je n?ai pas eu la réponse.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vais vous la donner.

Je demande d?abord à M. CHERKI de réunir ce comité de suivi dans les meilleurs délais.

Deuxièmement, je veux le remercier parce qu?il fait un travail remarquable et objectif.

Troisièmement, honnêtement, je connais très bien ce dossier et je ne suis qu?aux côtés des pratiquants des sections sportives, y compris de l?ancien Racing. Nous avons pris nos responsabilités ensemble pour un projet sportif de qualité, en rupture avec le projet conservateur précédent qui exploitait une partie du territoire parisien au profit de quelques-uns.

Nous avons décidé ensemble un projet de plus haut niveau et plus efficace pour les Parisiens. Honnêtement, nous faisons tous nos efforts pour qu?il y ait une synthèse entre le nouvel opérateur et les pratiquants des 17 sections sportives du Racing que je défends personnellement.

Mais je n?ai pas à défendre une poignée d?ex-dirigeants qui ne pensent qu?à leur intérêt personnel. Je ne parle pas pour vous, Monsieur POZZO di BORGO. Je constate que certains, dans cette Assemblée, au prix d?un retournement et d?un double langage que je n?estime pas très convenable, soutiennent en fait quelques privilégiés qui cherchent à récupérer pour leur intérêt privé, je peux le dire, un problème qui met en cause la pratique sportive de 17 sections. Et, elles, je suis de leur côté. Voilà la vérité.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).