Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mars 2015
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

V - Question d'actualité posée par le groupe UMP à Mme la Maire de Paris relative au devenir du Théâtre musical de Paris/Châtelet.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2015


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Question d'actualité du groupe UMP. M. LEGARET a la parole.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Madame la Maire, mes chers collègues, le Châtelet est en crise ouverte. Notre prestigieuse institution culturelle, qui rayonne depuis des années au plus haut niveau international, est remise en question par la Mairie de Paris. Le 19 février dernier, au début de la séance du Conseil d'administration, le président Jérôme CLÉMENT présentait sa démission. Sa déclaration fait notamment état de la dérive croissante de la gestion, ajoutant que les statuts ne sont pas respectés. Malgré des courriers, des demandes réitérées, le président n'aurait eu aucune réponse de la Maire de Paris et du Premier adjoint. Je veux rendre hommage à Jérôme CLÉMENT qui, avec l'aide de Jean-Luc CHOPLIN, a conduit une période particulièrement brillante du Châtelet, dans la ligne de ses prédécesseurs, Marcel Landowski, Maurice Ulrich et André Larquié. Et dans ce contexte, paraît dans le journal "Le Monde", le 13 février, un article de Michel GUERRIN qui commence en toute lucidité par ces mots : "le climat est bizarre au théâtre du Châtelet". Puis le journaliste, manifestement bien informé par la Mairie de Paris, se livre à des attaques médiocres, indignes et même diffamatoires contre Jérôme CLÉMENT, qualifié de président qui pantoufle, terme particulièrement inadapté pour de telles fonctions. Pour le reste, que nous dit cet article ? Que la Ville considère que la subvention annuelle, plafonnée à 17 millions d'euros, depuis des années, depuis 2001, en réalité est trop élevée ; que des travaux sont programmés pour un montant de 26 millions ; qu'un nouveau président aurait été trouvé en la personne de Sébastien BAZIN ; que, plus curieux, la Ville aurait eu l'intention de vendre le Châtelet ou de le louer à un privé pour s'adresser à, je cite, "un public plus jeune et moins élitiste ". On serait aujourd'hui sur un scénario plus soft de "retrait". Avec une stratégie à peine dissimulée, on ferme le théâtre pour travaux, puis Jean-Luc CHOPLIN ne sera plus là et on l?on verra alors vers où voguera le navire", conclut l'article. Heureusement que les élus parisiens et les administrateurs du Châtelet ont pour information la lecture de la presse. Mais cette situation inédite appelle des questions. Des travaux pour un montant de 26 millions d'euros, mais pour quoi faire ? A titre de comparaison, combien ont coûté à la Ville de Paris les travaux de quatre institutions culturelles parisiennes qui ont toutes connu de graves déboires : le 104, la Gaîté lyrique, la Maison des métallos, la Cité de la mode et du design. A votre avis, combien cela a coûté ? 226,5 millions. Combien coûtent en subventions annuelles de fonctionnement ces quatre mêmes institutions ? 15,1 millions par an. A 17 millions par an, le Châtelet pourrait être subventionné pendant 60 ans pour égaler le coût des travaux de la Canopée des Halles. Veut-on encore à Paris d'un théâtre public de création ? Au surplus, la fermeture du Châtelet coïnciderait avec celle du théâtre de la Ville. Comment pourront survivre pendant cette période des commerces riverains, déjà pénalisés depuis 10 ans par la fermeture de la Samaritaine ? Quel avenir pour le Châtelet ? Veut-on lui interdire d?être un lieu de création, veut-on le fermer, le vendre, veut-on en faire un music-hall banalisé, privatisé ou toute autre chose à condition que cela coûte moins cher ? Que deviendront les 143 membres du personnel permanent du théâtre ? Nous avons, avec les élus de notre groupe comme avec beaucoup de Parisiens, une haute et grande ambition pour le Châtelet. Quelle est la vôtre ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci. La parole est à M. Bruno JULLIARD pour vous répondre.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci, Madame la Maire et merci, Monsieur LEGARET, de me donner l'occasion de rappeler le plan ambitieux d'investissement de 52 millions d'euros qu'a décidé la Maire de Paris pour mettre aux normes et moderniser nos deux plus grands théâtres, le théâtre du Châtelet et le théâtre de la Ville. Ces travaux étaient demandés de très longue date par les deux théâtres. Tous s'accordent à rappeler l'urgence de leur réalisation, ce qui d'ailleurs impose une fermeture en même temps, ce que nous pouvons évidemment regretter ensemble. Pour le théâtre du Châtelet - vous l'avez dit - plus de 26,5 millions d'euros seront dégagés pour assurer les mises aux normes d'accessibilité pour tous, la modernisation des équipements techniques, ainsi que la rénovation de la salle et des espaces publics. Les travaux auront lieu du début de l'année 2017 à l'été 2019. Concernant la situation du théâtre pendant les travaux, en raison du modèle économique existant et des jauges nécessaires pour la diffusion des productions du théâtre du Châtelet, il est très peu probable qu'il puisse y avoir des programmations hors les murs. Cela dit, nous envisageons et nous travaillons déjà avec l?équipe de direction du théâtre du Châtelet pour qu?une solution soit proposée à l'ensemble des personnels. Il n'y aura aucun licenciement économique. Je suis très heureux que vous soyez autant attentifs à la situation sociale des salariés du Châtelet. C'est au moins autant notre cas. Ensuite, nous avons en effet besoin pour cette gouvernance d'un climat de confiance avec la présidence du Châtelet. Ce n'était plus le cas avec le président démissionnaire. Je le remercie d'ailleurs d?en avoir tiré les conséquences. Il est nécessaire, pour une institution aussi importante, qu?il puisse y avoir un climat de confiance qui, de fait, n'existait plus avec Jérôme CLÉMENT. Nous avons également besoin d'une présidence au travail pour nous accompagner dans la mise en place et la tenue de ces travaux, ce qui j'en suis sûr sera le cas avec le président qui sera élu lors du prochain conseil d'administration. Enfin, nous allons discuter d?une convention pluriannuelle qui permettra de garantir que le théâtre du Châtelet demeurera un théâtre public, bien évidemment, et il n?a été dans l'esprit de personne, ni de privatiser, pas même de confier à une délégation du service public ce théâtre. Il s'agira d'un théâtre de production et de création, et évidemment un théâtre public. Je me disais en vous écoutant, Monsieur LEGARET, que vous n'avez pas besoin pour fêter la première année de votre défaite, de faire appel à quelque caricaturiste, tant vous êtes vous-même doué de cette compétence naturelle dans le domaine de la caricature. J'ai retrouvé, en lisant le programme culturel de Mme KOSCIUSKO-MORIZET...

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Ecoutez, enfin, c'est intéressant ! Allez-y, Bruno JULLIARD ! Eclairez-nous parce que nous ne pouvons pas mourir idiots. S'il nous arrivait quoi que ce soit, je veux savoir.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - J'ai d'excellentes lectures et j'ai lu - remarquez que cela ne m'a pas pris beaucoup de temps - le programme culturel de Mme KOSCIUSKO-MORIZET lors de la dernière campagne, et il était dit?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Ils ne veulent pas qu?on leur rappelle !

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Cela devrait vous plaire. C'était une époque assez lointaine? A cette époque-là, en tout cas, Mme KOSCIUSKO-MORIZET s'intéressait encore à Paris et en parlait à quelques reprises, au moins médiatiquement. Elle nous disait qu'il fallait s?en prendre aux grandes institutions culturelles. J'imagine qu'elle parlait du Châtelet puisque c'est la plus grande institution culturelle.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Lesquelles ?

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Mais vous ne reculez devant aucune contradiction. Je termine, Madame la Maire, car j'ai été coupé, en vous disant à quel point nous sommes fiers, comme vous-même, du travail de qualité qui est fait par le Châtelet et par ses équipes. Dans quelques jours, une magnifique production, "Un Américain à Paris", sera présentée à Broadway avec un très grand succès. Toutes les productions font salle comble au Châtelet. Je peux faire la différence avec les villes qui ont élu récemment un maire de droite qui, toutes, ont diminué les subventions culturelles. Je pourrais citer la Ville de Reims, de Tourcoing, du Blanc-Mesnil ou encore la Ville de Rochefort. Bref, en regardant les dégâts que vos amis font dans les villes que vous dirigez, nous sommes fiers de notre politique culturelle.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, excellente réponse Bruno JULLIARD. Monsieur LEGARET, vous voulez reprendre la parole ?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur JULLIARD, vous refusez de répondre parce qu?il vous faudrait dire la vérité. Le premier rôle d'un élu est d'assumer ses responsabilités et de faire parfois preuve de courage. J'ai l'honneur et l'avantage d?être membre du conseil d?administration du Châtelet et du théâtre de la Ville. J'ai eu la surprise de vous voir assister et participer au conseil d'administration du théâtre de la Ville, dont vous n'êtes pas membre, et de ne pas assister à celui du Châtelet dont vous étiez encore membre de droit, précisément le jour où Jérôme CLÉMENT démissionnait. Vous avez fait pire. J'ai demandé pourquoi le conseil d'administration du Châtelet ne s'était pas réuni depuis juin 2014. Jérôme CLÉMENT a répondu en séance du conseil d'administration que la Mairie de Paris lui avait donné instruction de ne pas convoquer le conseil d'administration. Vos préjugés de culture de gauche vous obnubilent, Monsieur JULLIARD. Tout ce qui est excellent n'est pas élitiste, tout ce qui est populaire n'est pas ringard. Ignorez-vous la réalité et les raisons mêmes du succès du Châtelet ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - On va conclure, Monsieur LEGARET !

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - J?ai deux minutes !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Allez-y, vous avez deux minutes.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Ça suffit ! J?ai deux minutes de réplique. Vous avez laissé M. JULLIARD parler deux minutes de plus.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur LEGARET, je viens de vous dire? Vous n'avez pas besoin?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Madame la Maire, vous ne me couperez pas la parole. J?ai la parole et je la garde !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur LEGARET, vous me laissez parler. J'étais en train de dire que vous aviez deux minutes pour parler. Ne vous excitez pas ainsi sur cette table. Elle ne vous a rien fait. Vous avez deux minutes pour parler.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Madame la Présidente, soyez objective. Vous avez voulu me couper la parole au bout de 10 secondes. Vous avez laissé M. JULLIARD répondre deux minutes de plus. Vous êtes incapable de présider une séance ! Sous la présidence de Jérôme CLÉMENT et la direction de Jean-Luc CHOPLIN, le Châtelet, c?est huit créations mondiales, 17 créations en France, c'est 70.000 places à moins de 20 euros, c?est 50 % du public âgé de moins de 50 ans. Je vais vous dire le fond de vos arrière-pensées, Madame la Maire, Monsieur le Premier adjoint. Ce que vous ne pouvez pas supporter, c'est que de grandes réussites parisiennes ne vous soient pas dues. Vous n'avez alors pas d'autre objectif que de détruire ce qui marche, ce qui a du succès, ce qui depuis des années fait l'honneur de Paris, sans vous, malgré vous et même contre vous.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Alors, permettez-moi de vous dire quelques mots. Je ne vous connaissais pas ce soutien affirmé pour la présidence du Châtelet. Il se trouve que nous avons estimé? Vous êtes élu depuis plus longtemps que moi, je le sais. Mais il se trouve que nous exigeons de la présidence un engagement qui n'était pas à la hauteur de ce que nous attendions pour cette grande institution culturelle. Les présidents ne sont pas nommés à vie. D'ailleurs, ce sont les conseils d'administration qui les désignent et qui les élisent. En ce qui concerne le directeur, Jean-Luc CHOPLIN est un grand, très grand directeur du Châtelet. Et d?ailleurs, lui-même a sollicité cette décision que nous avons prise concernant la présidence. Et Jean-Luc CHOPLIN est un grand créateur, un grand créatif, un grand manager en qui nous avons et j?ai toute confiance. Il nous a permis, avec cette réorientation du Châtelet, notamment vers les comédies musicales, vers ce type de spectacles, à la fois très populaires et très exigeants, de faire revenir au Châtelet des publics qui n?y venaient plus, des publics extrêmement populaires, ouverts. Il y a des grandes réussites, une première grande réussite qui va être accompagnée d?ailleurs par Bruno JULLIARD à New York, puisque comme il l?a dit, la création? Oui. Mais oui ! Mais oui ! La création, la grande création de "Un américain à Paris", cette grande création va arriver à Broadway. C?est une première mondiale et en tant que Maire de Paris, j?espère que vous êtes tous fiers, les élus de Paris, de savoir qu?une création du Châtelet en première mondiale vient à Broadway. Deuxièmement, la création en cours actuellement, "Singin' in the Rain", au Châtelet est une création magnifique, magique. Et en vous entendant, je me disais : "ça doit faire longtemps que M. LEGARET n?est pas allé voir un spectacle au Châtelet", parce qu?il ne parlerait pas de cette façon-là. Il ne parlerait pas de cette façon-là s?il avait assisté au bonheur du public, debout, à la première et depuis, pour cette grande création, cette très grande création, qui m?a même fait dire en sortant : "je vous assure, ça devrait être remboursé par la Sécurité sociale, tellement quand on sort de ce type de spectacle, on est transcendé et de bonne humeur". Je vous offre une place, Monsieur LEGARET, pour que vous puissiez être de bonne humeur et que vous ne soyez pas aussi nerveux que vous l?avez été ici. Je vous remercie. Alors, nous continuons.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - J?ai deux minutes de réplique après que vous soyez...

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Non. Non, non, non, non. Quel est votre rappel au règlement ? Eh bien? Mais vous avez déjà répliqué, et je vous invite à venir au Châtelet. Allez ! On ne vous avait pas assez entendu. Vous avez raison. Je donne la parole à Mme la Présidente, qui va nous faire un appel au règlement. Mme la Présidente de l?UMP. Allez-y, Madame, vous avez la parole.

Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Oui, Madame la Maire. Je crois que notre Assemblée mérite une présidence qui présente un minimum d?impartialité dans sa manière d?être et de faire. C?est bon, il y a un règlement intérieur pour ça. Il suffit de le lire. Vous y trouverez les informations suivantes : pour les questions d?actualité, il y a un droit de réponse qui permet que celui qui a posé la question soit le dernier à prendre la parole. Cela donnerait donc le droit logiquement à Jean-François LEGARET de répondre à votre long développement concernant vos sorties nocturnes et parisiennes. Et concernant votre réponse, vous y avez mis en cause les maires d?arrondissement au titre de leur politique culturelle. Ma collègue Brigitte KUSTER demande donc à prendre la parole au titre du 17e.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vous deviez être un peu distraite, parce que je n?ai absolument pas utilisé le mot "maire d?arrondissement". Mais, Madame KUSTER, c?est toujours un plaisir de vous entendre, donc je n?hésite pas à vous donner la parole.

Mme Brigitte KUSTER, maire du 17e arrondissement. - Madame la Maire, je vous remercie et je m?adresse à M. JULLIARD. Monsieur JULLIARD, vous avez, dans un effet de manche, remis en cause la politique culturelle des mairies de droite. Attendez, laissez-moi vous répondre, Monsieur JULLIARD. C?est beaucoup trop facile de faire cela d?un effet de manche. Pourquoi ? Parce que les mairies de droite? Nous avons, les uns et les autres, des volontés, et vous le savez très bien, ne serait-ce que dans le 17e, sur la politique? Monsieur JULLIARD, laissez-moi aller jusqu?au bout. Vous pouvez? Monsieur JULLIARD, vous pouvez avoir?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Un peu de calme. Laissons Mme KUSTER terminer et après, on passe à la question suivante. Madame KUSTER, vous terminez.

Mme Brigitte KUSTER, maire du 17e arrondissement. - J?essaie surtout de poursuivre, et pour dire qu?il y a un moment, il y a les grands établissements en effet qui sont nobles, dont le Châtelet, avec ce que vient de nous en dire le maire du 1er arrondissement, et je voudrais vous dire également que dans les autres arrondissements, Monsieur JULLIARD, la culture a un sens, et particulièrement dans le 17e. C?est pour cela que je ne veux pas vous laisser le dire, parce que justement, la culture dans le 17e, et vous le savez très bien, avec les différentes initiatives que nous avons prises, dont la carte Paris 17? Mais au-delà de ça, Monsieur JULLIARD, j?ai essayé de faire avec vous, pour ne pas politiser les débats, avancer les dossiers sur les théâtres de l?Odéon Berthier, sur les décors de l?Opéra, et donc, j?aimerais ici que vous ne balayiez pas comme ça d?un revers de manche les efforts que nous faisons tous pour que la culture à Paris ait encore un sens. Je voulais juste le signaler.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien, merci. Très bien, mais ça ne s?adressait pas à vous, Madame KUSTER, ça s?adressait à d?autres maires. Voilà. Alors, on continue.